Ruey Claude · Nationalrat · 2003-12-10
Ruey Claude · Nationalrat · Waadt · Freisinnig-demokratische Fraktion · 2003-12-10
Wortprotokoll
Pour le libéral que je suis, comme pour les libéraux suisses et probablement comme pour chacun dans ce pays, les résultats des élections du 19 octobre dernier ne peuvent pas rester sans effet. Ces résultats ont démontré qu'une forte partie de la population, à gauche, comme à droite d'ailleurs, a voulu marquer sous forme d'avertissement aux élus son inquiétude, et parfois sa déception. Une inquiétude diffuse face à l'avenir, une inquiétude pour l'emploi, une inquiétude pour le développement économique, une inquiétude pour la pérennité du deuxième pilier ou de l'AVS, une inquiétude pour la sécurité des personnes, une inquiétude pour la place de la Suisse dans le monde. Ces inquiétudes ne doivent pas rester sans réponses, elles ne doivent pas être passées sous silence. Nous avons donc ici à montrer à la population que nous avons compris le message et c'est pourquoi nous aurions attendu qu'on se mette d'accord sur un vrai programme de gouvernement, qu'on se pose les questions suivantes: élire un Conseil fédéral, oui! mais pour quoi faire et avec qui et pour quelles solutions?
Sur la croissance, est-ce que la gauche est prête à accepter cette croissance qui permet de garantir l'emploi, qui permet de garantir le social? Est-ce que la gauche est prête à accepter le fait qu'il faut limiter la pression fiscale? Est-ce que l'UDC est prête à accepter l'idée qu'il faut aussi de la formation et de la recherche et la soutenir?
Sur la démographie, alors que l'on sait que, dans trente ans, les experts prévoient qu'il n'y aura plus qu'un actif pour un retraité, est-ce que, d'une part, la gauche est prête à accepter que l'on travaille plus et qu'éventuellement on travaille plus longtemps? Et d'autre part, est-ce que la droite est prête à accepter que l'on puisse avoir une immigration contrôlée, permettant de faire face aux besoins de l'économie et à la nécessité d'assurer une relève des générations?
Et enfin, sur la sécurité, est-ce que la gauche est prête à accepter que l'on soit plus rigoureux dans un certain nombre de cas? Est-ce que la droite UDC est prête à accepter que l'on signe les Accords de Schengen et de Dublin, seule manière de lutter contre le tourisme de l'asile et d'assurer une certaine sécurité?
C'est ces questions-là que nous aurions voulu voir débattre et c'est malheureusement ces questions-là qui n'ont pas été débattues.
Alors, à défaut de programme et parce qu'on ne fait pas de la politique comme dans les livres, c'est la concordance qui doit s'appliquer. C'est la raison pour laquelle les libéraux soutiendront l'élection de deux radicaux au Conseil fédéral et reconnaissent à l'UDC le "droit" à deux sièges au gouvernement, et, s'il le fallait, au détriment du Parti socialiste si la concordance était brisée. Le pire en tout cas, ce serait le statu quo. Cela signifierait que les électeurs n'auraient pas été entendus, et cela, c'est mauvais pour la démocratie dans ce pays.