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Vanek Pierre · Nationalrat · 2004-03-02

Vanek Pierre · Nationalrat · Genf · Fraktionslos · 2004-03-02

Wortprotokoll

Le rapport des Commissions de gestion que nous examinons évoque notamment la date du 20 mars dernier, il y a pratiquement un an, date à laquelle les bombes américaines ont commencé à pleuvoir sur l'Irak. A la veille du déclenchement de cette guerre d'agression coloniale visant à affirmer l'hégémonie mondiale de Washington et de ses multinationales, une guerre qui foulait aux pieds le droit international et la Charte des Nations Unies, l'ambassadeur des USA en Suisse déclarait au quotidien "Le Matin": "Ce n'est pas une question de preuves, c'est une question de confiance. Soit vous croyez les USA, soit vous ne les croyez pas ...." Il avait raison: une année plus tard, il n'y a pas l'ombre d'une preuve des allégations américano-britanniques concernant les armes de destruction massive de Saddam Hussein.

Dans la foulée et dans ce climat, peu après - toujours le 20 mars, et dans cette salle -, le président de la Confédération Pascal Couchepin concluait sa déclaration sur la crise en Irak devant les Chambres réunies en disant: "Les faits sont là: la guerre est déclenchée et nous ne pouvons pas revenir en arrière. Il nous reste à espérer que l'intervention américaine pourra contribuer à rétablir une certaine stabilité dans un pays où la population en a grand besoin." (BO 2003 N 533) C'est là un propos que, personnellement, je juge honteux. N'est-ce pas cette aspiration, cette croyance - au sens de ce que disait l'ambassadeur américain - illusoire en une paix coloniale imposée par la force contre le droit, qui a conduit à cette position que critique - assez timidement - le rapport des Commissions de gestion et qui consiste à poursuivre l'exportation d'armement de guerre en direction des USA, notamment des pièces d'avions de combat F/A-18 produites par la RUAG qui nous appartient, ou plus précisément par sa filiale Derendinger à Genève, et ce pendant le conflit même? Le rapport des Commissions de gestion indique à juste titre - je le souligne - qu'une "grande partie de la population suisse avait de la difficulté à comprendre" cette politique. Le rapport reproduit l'explication de sophiste du Conseil fédéral, selon laquelle ces pièces - cet armement - ne seraient pas utilisées dans l'immédiat. Comme si le fait de vendre des balles à un criminel en train de commettre un hold-up ne nous en faisait pas complices, parce que ce ne sont pas celles-là mêmes, précisément, qui sont dans le chargeur qu'il est en train de vider sur les victimes de son agression et qu'il les emploiera seulement pour son prochain crime!

L'explication donnée par le Conseil fédéral invoque, pour justifier ces décisions inacceptables, la nécessité pour notre pays de "maintenir son indépendance"! Je vous le demande: quelle "indépendance" y a-t-il à maintenir une industrie guerrière qui se paye au prix d'une soumission aussi manifeste à la superpuissance dominante dans le monde? Est-ce que c'est ça qu'on appelle indépendance, alors même que le Conseil fédéral admet - et je cite ici aussi le rapport - que le volume d'exportation de toute cette branche n'est "pas très important sur le plan économique"?

Le rapport conclut que la politique de neutralité doit être "repensée en ce qui concerne l'exportation de matériel de guerre". Je suis monté à cette tribune pour dire que pour notre groupe "A gauche toute!", c'est une évidence, et ceci dans le sens d'une interruption totale de toute collaboration militaire avec les agresseurs et les occupants qu'est la superpuissance des Etats-Unis, qu'ils se déclarent ouvertement en guerre ou qu'ils aient décrété le "business as usual" de leurs affaires. Ceci, bien entendu - mais c'est un autre débat et je n'interviendrai pas maintenant et ici là-dessus -, doit aussi s'appliquer à notre collaboration militaire avec Israël, qui mène également une politique d'occupation et d'apartheid en Palestine.