Zisyadis Josef · Nationalrat · 2000-06-07
Zisyadis Josef · Nationalrat · Waadt · Fraktionslos · 2000-06-07
Wortprotokoll
Je vous avoue qu'en écoutant toutes ces interventions, avec ce petit jeu qui est en train de se faire au niveau des contre-projets, le Parlement et ses principaux partis sont en train de se distinguer pour des broutilles, tellement ils ont peur du débat européen dans notre pays. Pour une fois que vous rivalisez d'imagination, les grands partis, eh bien c'est pour reculer le moment de la décision sur la question de l'adhésion. Et tout cela face à quoi? A une initiative anodine, minimaliste, à savoir qu'en fait, normalement, avec un gouvernement responsable qui ne soit pas soumis à des tergiversations collégiales, il n'y aurait pas besoin d'avoir plus de 100 000 citoyens qui doivent récolter des signatures.
L'espoir et la volonté du Parti suisse du travail, du POP, c'est que l'initiative populaire "Oui à l'Europe!" soit rapidement soumise au peuple, et que, surtout, elle ne soit pas retirée. Nous voulons le débat sur le processus européen. Nous voulons, et vite, le débat sur l'Europe sociale, sur l'élargissement, y compris celui à la Suisse, un débat populaire qu'il ne faut pas craindre, mais engager sans tarder, et quand on dit sans tarder, on sait de quoi on veut parler dans ce pays ....
C'est pour cela que l'initiative populaire "Oui à l'Europe!" est utile, et coûte que coûte, nous invitons ses auteurs à ne pas la retirer, sous aucune pression de coulisses. Cette position, je peux la dire tranquillement, vous vient d'un parti qui est très eurosceptique, face à l'Union européenne, l'Union de Maastricht, l'Union d'Amsterdam et de Schengen, tous ces traités qui, au fond, ont créé une Europe qui applique avec détermination des recettes néolibérales, faites de limitation des dépenses publiques, d'assainissement des déficits publics, de privatisations, de démantèlement des assurances sociales; or, souvent, malheureusement, ces recettes, sans discernement, sont appliquées par des gouvernements socialistes.
Alors, sommes-nous masochistes, ceux qui à gauche veulent que la Suisse adhère rapidement à l'Union européenne? Non, je ne le crois pas. Simplement, nous sommes conscients que, adhésion ou pas adhésion, la réalité est là. La financiarisation du capital se développe sur une base internationale. Tout cela se traduit par une compétition féroce sur les marchés, accélérant la concentration des capitaux au plan mondial, avec une pression constante pour faire sauter dans tous les pays et dans tous les secteurs toute entrave à la liberté du commerce et à celle d'investir. Ceux et celles qui veulent empêcher ce processus destructeur peuvent-ils penser que la voie soit celle du repli national, avec un pays comme le nôtre, qui est déjà eurocompatible à outrance dans tous les domaines, mais qui n'a pas le droit politique à la parole, dans un ensemble politique qui le dirige presque indirectement? Alors, les vociférations de l'UDC ne sont que de la poudre aux yeux.
Ils se font ici les défenseurs de la patrie et du pays, mais malheureusement ce sont bien eux les meilleurs traîtres à la patrie. Est-ce que la meilleure preuve n'est pas la votation de 1992? Est-ce que le refus de l'Espace économique européen a empêché les politiques de dérégulation en Suisse? C'est cette droite soi-disant patriote qui a privatisé les télécoms avec 12 000 suppressions d'emplois, qui a transformé les CFF en société anonyme. C'est vous qui avez accordé des cadeaux fiscaux aux entreprises et aux personnes les plus fortunées, tandis que les collectivités publiques ont été soumises à des cures d'austérité. Est-ce que le refus de l'EEE a empêché les fusions de Novartis et de l'UBS, qui ont [PAGE 556] débouché sur des dizaines de milliers de suppressions d'emplois au profit des grands actionnaires? En fait, sur toutes ces questions économiques et sociales, l'UDC a de la peine à cacher que la Suisse est simplement à l'avant-garde de l'Europe. Mais nous pensons que le temps roule contre le repli national. Votre repli national, celui de l'UDC, est uniquement électoraliste, et le temps joue contre vous, mais il joue encore pour vous, parce que vous savez que dans cette affaire, vous êtes les valets du secret bancaire et de la Suisse de casino que vous voulez défendre. M. Schlüer, de l'UDC, fait semblant de s'offusquer de ce que demain les carnets d'épargne anonymes seront dérobés par l'Union européenne! Tout ça, c'est de la parade populiste pour cacher la politique antisociale que vous mettez en oeuvre dans notre pays, que ce soit dans ou hors de l'Union européenne.
Pour notre part, à gauche, nous voulons une adhésion à l'Europe pour construire une autre Europe, pour construire l'Europe citoyenne, avec une constitution européenne, avec un droit de référendum et d'initiative européens, une Europe syndicale avec un contre-pouvoir syndical fort. Pour le Parti suisse du travail, il n'y a pas d'alternative politique contre la domination du capital, hors du cadre européen continental.
Nous invitons les initiants à maintenir leur initiative, qui est indispensable pour faire avancer le pays. Même si cela peut faire surgir des confrontations et des cassures, cela fait partie de la vie, il faut les assumer. N'écoutez pas les chants des sirènes des politiciens soit-disant responsables qui avancent des contre-projets aussi flous qu'inefficaces!