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Neirynck Jacques · Nationalrat · 2000-06-07

Neirynck Jacques · Nationalrat · Waadt · Christlichdemokratische Fraktion · 2000-06-07

Wortprotokoll

Pourrait-on un seul instant sortir du cercle vicieux d'un débat qui est soi-disant ordonné par nos seuls intérêts? Dans l'affaire qui nous occupe, il ne s'agit pas vraiment de choisir de vouloir ou de pouvoir adhérer à l'Europe. Il s'agit bien évidemment d'une évidence et d'un devoir. Ce n'est pas une question d'intérêts, mais de raison et de responsabilité.

Alors, pourquoi cela ce n'est-il pas compris par certaines personnes? Comment les opposants peuvent-ils tenir un discours aussi caricatural que celui-ci? En somme, que l'Europe se construise comme un pays, cela ne nous concerne pas! Que cela se fasse, soit, pourvu que cela ne nous coûte rien, et, si possible, que cela nous rapporte quelque chose. Mais quand l'Europe s'efforce de ressembler à la Suisse, alors, elle dépasse les bornes! Nous risquons, par la faute des Européens, de finir par leur ressembler. Nous cesserions d'être exceptionnels, nous serions pareils aux autres, puisque les autres seraient devenus comme nous. Ils ne se font plus la guerre; ils deviennent prospères, ils cessent d'être impérialistes. Cela n'est pas vraiment original. Au fond, l'Europe n'est qu'un gigantesque plagiat de la Suisse, et nous avons des raisons de nous plaindre: on naît Suisse, on ne le devient pas. Nous n'allons donc pas les aider. Nous perdrions notre spécificité, comme l'a dit M. Bugnon, et notre supériorité. Il vaudrait donc mieux qu'ils échouent. Et s'ils échouent, ce ne sera pas de notre faute: nous avons les mains propres, puisque nous les avons gardées dans nos poches!

Ce discours, vous en conviendrez, n'est ni réaliste ni raisonnable. Il faut le démystifier, car il relève de la psychose collective. Les arguments économiques sont autant de prétextes, car ils n'expliquent pas la sensible différence entre les différentes régions. Les réticences des cantons alémaniques doivent être prises au sérieux, mais au niveau exact où elles se situent. Les Romands n'objectent guère, car ils ne perdraient pas leur langue en entrant en Europe. En revanche, les Alémaniques subiraient une pression culturelle qui risque de détruire leur langue, c'est-à-dire leur identité nationale.

Est-ce que ce ne serait pas la véritable raison de tous ces blocages incompréhensibles pour un observateur objectif? Et si tel est le cas, il valait la peine qu'on le dise au moins une fois dans l'espoir qu'en prenant au sérieux le vrai problème, on démystifie ce débat de plus en plus surréaliste. Il est aussi long, parce qu'il est radicalement faux. Quand l'essentiel est tu, on doit parler sans s'arrêter pour mieux le taire.