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Mugny Patrice · Nationalrat · 2000-06-07

Mugny Patrice · Nationalrat · Genf · Grüne Fraktion · 2000-06-07

Wortprotokoll

Comme par hasard, la Suisse est membre de l'OMC, du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale, mais nous ne faisons partie ni de l'ONU ni de l'Europe. Les accords bilatéraux que les Suisses viennent d'accepter vont dans le même sens: ils nous ouvrent le marché économique européen, mais ils ne nous permettent pas de participer au débat politique au sens large.

Travailler à l'adhésion à l'Europe, c'est travailler à la construction d'une région commune, j'ai presque envie de dire d'un pays commun. C'est travailler à un rapprochement des peuples qui vivent sur notre continent. Lorsqu'on nous parle de l'adaptation que cela pourrait entraîner tant pour nos institutions que pour notre démocratie, je me permets de rappeler que nous avons signé des centaines de conventions et d'accords qui ont induit des modifications de nos lois et règlements. D'ailleurs, tout le monde semble trouver normal que la Suisse applique les règles de l'OMC, règles bien plus dangereuses pour notre pays et nos concitoyens que la mise en oeuvre d'une assurance-maternité, exemple de ce qui nous serait imposé par une adhésion. La Suisse n'a même pas attendu l'adhésion pour appliquer de fait des accords comme ceux de Schengen qui font notamment de l'Europe une citadelle face aux étrangers des autres continents. Chacun sait ici que, dans de très nombreux domaines, surtout en ce qui concerne la politique locale, notre démocratie directe reste parfaitement compatible.

Reste donc la soi-disant peur du peuple. Mais la politique ne consiste-t-elle qu'à relayer les prétendues peurs des citoyens ou vise-elle à mener un combat et un travail sérieux pour informer et convaincre? En fait, il faut encore avoir envie de convaincre, donc être soi-même convaincu. Et il est évident que, pour certains parlementaires ici, le discours de la prudence cache en fait un refus de toute ouverture, tant il est vrai que certaines forces politiques jouent ici depuis des années avec les sentiments xénophobes plus ou moins latents d'une partie de la population. Je ne vise pas ici uniquement l'UDC.

Je relève également que, lorsque certaines personnes osent parler d'un risque de fracture dans la population, elles feignent d'occulter qu'elles travaillent depuis des années avec acharnement à désespérer des citoyens, à créer des fractures, bref à détruire des liens importants pour la cohésion de notre pays.

En soutenant l'initiative, on ne soutient d'ailleurs même pas l'adhésion immédiate, cela a été dit et redit. On ne fait que laisser la porte ouverte et c'est de toute manière, en fin de course, le peuple qui tranchera. Finalement, il ne s'agit que de savoir si, pour une fois, la Suisse peut participer à une aventure autre que financière et économique.

En conclusion, j'espère que les initiants maintiendront leur initiative, à moins qu'un contre-projet vraiment sérieux soit adopté. Cela mérite un débat public.