Dreifuss Ruth · Bundesrat · 2000-06-13
Dreifuss Ruth · Bundesrat · Genf · 2000-06-13
Wortprotokoll
Je partage tout à fait le souci de M. Zwygart. Je trouverais absolument regrettable que la première langue étrangère soit systématiquement l'anglais ou que, par le choix de la première langue étrangère, les langues nationales soient vraiment repoussées de façon à ce qu'il n'y ait pas une véritable incitation à les apprendre. Je me suis déjà exprimée plusieurs fois sur ce sujet, et j'ai déjà exprimé plusieurs fois ce souci qui, chez moi, est un souci de cohésion nationale. Je trouve qu'il est très important de reconnaître que, en dehors des langues qui sont nos langues du coeur, il puisse aussi y avoir une lingua franca, qu'il puisse y avoir à un moment donné, que ce soit entre autres par les ordinateurs ou par les chansons, une imprégnation qui se fait de l'anglais. Nous comprenons que, pour des enfants, cela puisse être plaisant d'apprendre, je dirais un peu irrespectueusement, à baragouiner l'anglais. Je comprends que les écoles puissent être tentées de le faire, mais il ne faudra en aucun cas confondre ce qui est lingua franca de ce qui est l'apprentissage intime d'une langue de communication qui est la nôtre, qui fait partie de nos trésors nationaux. J'ai eu plusieurs fois l'occasion d'en parler avec mes collègues, ministres de l'éducation des cantons.
Notre réponse de rejeter le postulat tient au fait que nous n'avons pas de compétence pour ce qui concerne l'école primaire et que nous ne souhaitons pas nous imposer dans ce domaine. Là où nous pouvons le faire, nous l'avons fait. Nous avons mené une longue discussion sur les programmes de maturité. Nous avons insisté non seulement sur la langue nationale comme première langue étrangère, mais sur le fait que les adolescents doivent avoir l'occasion d'apprendre deux langues nationales en plus de leur langue maternelle. Sur ce plan, nous pouvons indirectement encourager l'enseignement primaire à ne pas négliger les langues nationales.
En d'autres termes, nous ne pouvons pas faire mieux que ce que nous faisons ici, c'est-à-dire, pour des raisons de forme et aussi de compétences, repousser votre postulat tout en partageant vos soucis.
La question concernant la façon dont un parlementaire suisse - parce que c'est ainsi que j'ai compris votre question - peut s'adresser à une Conférence suisse des directeurs cantonaux de l'instruction publique (CDIP): il est vrai qu'il n'y a que deux possibilités de le faire. La première, c'est de passer par son canton. La légitimité de mes collègues est au moins aussi grande que la mienne, si vous me permettez cette expression, puisqu'ils sont élus par le peuple dans tous les cas, je crois, ou dans la quasi totalité des cas.
Par ailleurs, il nous est déjà arrivé de transmettre des messages à la suite d'un voeu du Parlement à la CDIP. Mais nous nous limitons dans ce cas à des situations où nous avons au moins une compétence résiduelle; ça n'est pas le cas ici, où c'est vraiment de la responsabilité des cantons, et où nous tenons à jouer pleinement le jeu, non pas de la subsidiarité, mais du partage des compétences.
Voilà la raison pour laquelle, Monsieur Zwygart, nous partageons votre souci. Nous nous permettons d'intervenir là où on en parle librement, mais nous ne souhaitons pas violer la compétence unique des cantons en matière d'enseignement primaire.