Epiney Simon · Ständerat · 2004-06-15
Epiney Simon · Ständerat · Wallis · Christlichdemokratische Fraktion · 2004-06-15
Wortprotokoll
A la lecture de l'histoire, on constate que toute construction de tunnel recèle des inconnues, des impondérables. On se rappelle que dans les années 1880, lors de la construction du tunnel du Gothard, on a enregistré 17 pour cent d'augmentation des coûts sur un montant de l'ordre de 230 millions de francs. Vous voyez que depuis lors le renchérissement a sensiblement augmenté et nous devons faire avec. D'ailleurs, dans la construction des routes nationales, lors de chaque construction de tunnel, il y a eu à de rares exceptions près des dépassements de crédits. Donc, l'évolution des coûts doit nous préoccuper, nous interpeller. Mais, ce qui inquiète davantage, à mon sens, c'est la manière avec laquelle on essaye aujourd'hui de modifier les tracés, de créer des plus-values et surtout d'esquisser de nouveaux ouvrages qui vont créer des précédents pour le futur.
C'est inquiétant parce que des surcoûts présumés de plus de 1 milliard de francs son annoncés, puisque nous en sommes à 15,8 milliards de francs. On constate que les avances de la Confédération au fonds ne pourront pas être remboursées, aussi bien le capital que les intérêts; cela représentera 5,5 milliards de francs en fin d'exercice, dans les années 2025 environ. On constate que le renchérissement fera plus de 1 milliard de francs avec les intérêts intercalaires et la TVA. On imagine que les risques géologiques au tunnel du Gothard, puisqu'on n'en a construit qu'environ le tiers, peuvent être estimés aujourd'hui de manière très sommaire à environ 1,4 milliard de francs. Tous ces éléments montrent que la construction des deux tunnels reste quelque chose d'incertain. On l'a vu au Lötschberg avec le passage de la zone charbon. Mais, pour l'instant, on peut dire que les coûts sont dans une fourchette acceptable.
Par contre, si vous commencez à modifier le projet, comme l'a accepté le Conseil fédéral, en particulier en acceptant l'entrée de la "Bergvariante" dans le canton d'Uri, Monsieur le conseiller fédéral, vous mettez là le pied dans l'engrenage. Vous suscitez des appétits dans toutes les régions du pays, et nous, les représentants de certains cantons, sommes aujourd'hui mal à l'aise, parce qu'on nous demande d'équiper le deuxième tunnel du Lötschberg. On nous demande de faire une liaison centrale avec le canton du Valais et, à partir du moment où vous acceptez des modifications de projet, vous devez appliquer l'égalité de traitement.
C'est un souci pour le futur, parce que pour beaucoup d'entre nous, c'est "après moi le déluge", parce qu'on sait qu'en matière de tunnels, ceux qui font l'histoire ne seront pas ceux qui la racontent. C'est à mon avis le plus grand danger de la réalisation des transversales alpines, mais je répète qu'en l'état actuel il n'y a pas de raison de craindre un chaos, une dérive complète du financement des transversales alpines. Par contre, en cas de changements du projet, vous risquez d'aboutir à un véritable chaos, et c'est exactement ce qui s'est passé dans le tunnel sous la Manche.