Bugnon André · Nationalrat · 2005-03-07
Bugnon André · Nationalrat · Waadt · Fraktion der Schweizerischen Volkspartei · 2005-03-07
Wortprotokoll
Nous sommes en train de parler du programme d'armement. L'armement est composé d'armes, des armes pour équiper notre armée, et on veut nous faire acheter des armes pour aller à l'étranger en nous disant: "Il y a toutes sortes de raisons pour utiliser ces avions à l'étranger." On nous a parlé de missions humanitaires, de missions en cas de catastrophe, d'aide au retour des réfugiés. Mais ce n'est pas la mission de l'armée! On veut confier des tâches civiles à l'armée suisse et c'est justement ce qu'une grande majorité du groupe UDC ne veut pas! On n'est pas contre l'armée, Monsieur Engelberger, on est pour une armée qui remplit sa mission qui est d'assurer la sécurité de ce pays, de ses habitants.
Bien sûr, on joue sur l'acceptation par le peuple suisse d'"Armée XXI". Je sais qu'on n'a pas le droit d'interpréter la loi. Je sais que dans un article de l'ordonnance de l'Assemblée fédérale sur l'organisation de l'armée, on dit que l'armée suisse peut intervenir à l'étranger sous certaines conditions.
Alors, on vend toujours cette décision populaire. Mais vous savez que, lorsqu'on fait une votation populaire sur un sujet général, à savoir la réorganisation de l'armée, en l'occurrence il y a un "tas" d'éléments dans le paquet proposé. Il y avait l'élément de la diminution de l'effectif: on a passé de 400 000 soldats à 220 000 soldats. Il y avait l'élément financier, puisqu'on a de moins en moins de moyens financiers dans ce pays pour arriver à maintenir une armée à un coût acceptable. Et il y avait énormément d'autres éléments d'organisation structurelle; on en voit encore les conséquences maintenant avec la fermeture de nombreux arsenaux et toute la réorganisation territoriale au niveau du pays. Et puis, il y avait cet élément qui permettait à l'armée d'intervenir dans certaines missions à l'étranger. Mais c'était un dixième du projet "Armée XXI".
Alors, si, pour un dixième du projet "Armée XXI", on avait refusé le tout, on aurait été quelque part peu logique avec tout ce qu'il y avait de bon dans ce programme. C'est pour ça que, personnellement, au congrès de l'UDC qui avait traité du programme "Armée XXI", je l'avais défendu, tout en attirant l'attention du Conseil fédéral en disant: "Faisons attention! N'utilisons pas ce volet de l'intervention à l'étranger pour 'amplifier' ces missions. Cela fait partie du tout. L'UDC accepte le tout, même si certains sont totalement opposés à l''Armée XXI'." Je suis quand même arrivé à convaincre des opposants avec l'appui de Samuel Schmid en disant: "Il faut véritablement passer par cette rénovation de notre armée."
Et maintenant qu'"Armée XXI" a été acceptée, on est en train de nous dire: "Vous voyez, il y a cet article qui nous permet d'aller à l'étranger. Il faut l'utiliser, c'est la volonté du peuple suisse!" Je suis persuadé que si on faisait voter aujourd'hui le peuple suisse uniquement sur la question des interventions à l'étranger et sur la façon dont le Conseil fédéral veut utiliser cet article aujourd'hui, en allant toujours plus loin, en intervenant toujours plus, le peuple ne l'accepterait pas forcément aujourd'hui. Il l'a accepté à l'époque parce que c'était dans le paquet "Armée XXI".
Il est clair maintenant que cet avion - cela a été dit vraiment dans tous les débats que l'on a eus en commission -, il faudra l'utiliser. On ne l'achète pas pour le mettre dans un hangar, c'est clair. Mais il existe d'autres moyens de remplir les missions humanitaires: des moyens civils, les organisations internationales, les ONG. On n'a pas besoin d'appareils militaires pour assurer cela. On peut très bien le faire avec les moyens civils. Il est évident que lorsqu'on aura des appareils militaires, on voudra les utiliser toujours plus, on trouvera toujours des missions supplémentaires, parce qu'il faudra bien les rentabiliser, pour utiliser un terme économique. C'est pour cela que l'on s'oppose à l'acquisition de ces avions, à cause de la notion de la neutralité, à cause de la notion du respect du rôle de l'armée à la base, et non pas seulement dans ce volet des interventions humanitaires.
Je sais aussi que le Conseil fédéral est en train de suivre une fausse tactique avec cette acquisition, parce que, bien [PAGE 181] sûr - cela a d'ailleurs été dit par certains de mes préopinants -, il y a des gens - il y en a dans cette salle - qui sont totalement opposés à l'armée. Alors, comme il faut avoir des majorités, il faut bien rendre l'armée un peu plus sensible en nous disant qu'elle peut remplir des missions humanitaires, qu'elle peut servir à certaines interventions en cas de catastrophe. On veut sensibiliser une partie de l'opinion publique qui est opposée à l'armée pour lui dire: "Vous voyez, elle est nécessaire, cette armée-là." Mais là où le Conseil fédéral se trompe, c'est que les opposants à l'armée ne changeront jamais leur point de vue, même avec deux avions qui peuvent intervenir dans des missions à l'étranger. On reproche à l'UDC de s'opposer à l'armée, et ce qui est en train de se passer, c'est qu'à droite aussi on commence à se poser des questions sur la fiabilité de cette armée, puisqu'on est en train de lui enlever des missions de base pour faire des missions complémentaires humanitaires.
Alors, ce n'est pas le rôle de l'armée d'intervenir à l'étranger. Il y a des questions de risques pour notre neutralité. Si ces avions sont pris en otage par des terroristes, l'armée sera officiellement engagée, donc notre pays sera engagé. Il y a une quantité d'éléments pour vous prouver que l'on peut accomplir ces missions différemment. Refusons l'acquisition de ces avions.