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Nordmann Roger · Nationalrat · 2005-05-31

Nordmann Roger · Nationalrat · Waadt · Sozialdemokratische Fraktion · 2005-05-31

Wortprotokoll

J'aimerais remercier le Conseil fédéral d'avoir présenté ce rapport sur la politique aéronautique de la Suisse parce qu'il donne une vue d'ensemble. Il a l'avantage de poser les bases d'une discussion sereine dans un domaine qui, trop souvent, a suscité la folie des grandeurs et la démesure - les Grecs anciens parlaient d'"hubris". A l'évidence, une partie du problème était dans les têtes. Par exemple, on se demande ce qui a bien pu se passer dans le cerveau de ceux qui ont eu l'arrogance de nommer leur aéroport "Unique", ou plutôt "Unique Airport" en "Züridüütsch", et dans la tête de ceux qui ont pensé être uniques au point de pouvoir bénéficier d'un immense aéroport en se débarrassant unilatéralement des nuisances sur les voisins.

Pour le groupe socialiste, la première chose à faire est de considérer sobrement l'aviation civile comme l'un des maillons d'une politique cohérente et coordonnée des transports. J'aimerais à cet égard mettre en évidence trois problèmes.

1. Dans la cohérence et la coordination des infrastructures, il y a une lacune qui saute aux yeux: c'est le fait que l'aéroport de Bâle-Mulhouse ne soit pas relié au réseau ferroviaire, ce qui contribue à une concentration excessive sur Zurich. Le Conseil fédéral affirme vouloir corriger cette lacune à moyen terme, mais je me demande s'il n'y a pas là un projet à lancer immédiatement.

2. Les vols à courte distance ont un bilan écologique très mauvais pour plusieurs raisons. D'abord, leur consommation de kérosène par rapport aux kilomètres-passagers parcourus est très élevée parce que la phase de décollage consomme énormément. Ensuite, corollaire de ce problème, les vols dérangent beaucoup le voisinage par rapport au nombre de kilomètres parcourus. Enfin, contrairement aux vols moyen-courriers et long-courriers, une alternative performante existe, c'est-à-dire les trains à grande vitesse. Je suis d'accord avec Monsieur Triponez pour reconnaître qu'il y a des exceptions. Il a mentionné la ligne Genève-Lugano qui en est évidemment une.

Une politique cohérente des transports devrait soutenir l'aviation dans les créneaux où elle présente des avantages incomparables, à savoir dans les moyennes et longues distances. Il s'agit là d'un véritable service public. Pour les courtes distances en revanche, il faut favoriser le train, ce que notre conseil a fait en approuvant les liaisons à grande vitesse.

La question d'une taxation du kérosène doit être mise sur la table, au moins pour les vols à courte distance. En effet, les utilisateurs de l'avion ne paient pas des contributions suffisantes pour compenser les nuisances sonores et la pollution qu'il génère. A titre de comparaison, les automobilistes font un effort beaucoup plus grand par le biais de la taxation sur l'essence. Aujourd'hui, l'apparition des vols "low cost" rend la démarche urgente, car on assiste à une surconsommation de vols à courte distance, là où les alternatives écologiques et rapides existent.

3. J'aimerais souligner un dernier point, en matière de cohérence dans les décisions relatives aux infrastructures aéroportuaires. Il y a actuellement une grave discordance entre le cercle des personnes concernées et le cercle des décideurs: les aéroports bénéficient à plusieurs cantons et même à toute une région frontalière et leurs nuisances s'étendent sur une immense zone, mais l'essentiel des [PAGE 533] compétences décisionnelles est aux mains des cantons. C'est irrationnel et injuste. Il paraît évident qu'il faudra renforcer les compétences fédérales pour arriver à plus de cohérence.