Roth-Bernasconi Maria · Nationalrat · 2005-06-14
Roth-Bernasconi Maria · Nationalrat · Genf · Sozialdemokratische Fraktion · 2005-06-14
Wortprotokoll
Je vais parler d'un aspect qui n'a pas encore été beaucoup abordé, sauf tout à l'heure par Monsieur Vischer, à savoir celui de la faim dans le monde. En effet, on entend souvent que la culture des OGM est un moyen de lutte contre la faim dans le monde. Cette affirmation est non seulement fausse, mais elle est également fallacieuse. En effet, si la culture d'OGM progresse, la faim dans le monde ne recule pas pour autant. Selon le Programme alimentaire mondial, la production alimentaire mondiale pourrait nourrir 12 milliards de personnes aujourd'hui. Le problème ne se situe donc pas sous l'angle du manque de ressources, mais sous l'angle de la distribution de celles-ci. Au contraire même, la culture d'OGM pourrait mener au renforcement de cette distribution inégale de la production alimentaire et ce, pour plusieurs raisons.
Première raison: l'industrie agrogénétique est aujourd'hui concentrée dans les mains d'une poignée de multinationales - qui sont, pour être précise, au nombre de six. Elle a donc une emprise énorme sur l'approvisionnement en matières premières de la population mondiale. Elle tente d'ailleurs de faire supprimer le moratoire international sur la technologie Terminator. Si elle y parvenait, cela signifierait qu'elle pourrait vendre aux petits producteurs - et nul doute qu'elle le ferait - des graines utilisables une seule année. Il faudrait donc que les paysannes et les paysans des pays du tiers monde, comme des pays développés, rachètent des graines chaque année. Quand on sait dans quelle précarité vit une grande partie de la population paysanne, on imagine aisément quelles conséquences néfastes aurait la levée de ce moratoire.
Deuxième raison: l'aberration qu'est l'introduction de produits génétiquement modifiés dans l'agriculture, et son prétendu effet sur la lutte contre la faim, observable dans différents pays. La Colombie est exemplaire à plus d'un titre. En effet, ce pays, dans les années 1990, assurait son autosuffisance alimentaire à hauteur de 90 pour cent. Désormais, il importe 70 pour cent de maïs, son premier aliment de base, la pression des multinationales sur le gouvernement pour que les aliments transgéniques supplantent la production locale étant sans commune mesure avec celle que les producteurs locaux sont capables de mettre en place. Les consommateurs et consommatrices se voient donc obligés de consommer des produits contenant des OGM, alors que l'agriculture locale sombre petit à petit.
La Zambie, quant à elle, a résisté à l'aide du Programme alimentaire mondial qui offrait des aliments génétiquement modifiés. Ce refus a amené à "un spectaculaire sursaut national et a permis à ce pays non seulement de renouer avec l'autosuffisance, mais encore d'exporter des denrées alimentaires". Par ce refus, la Zambie a également tenté de ne pas se fermer aux marchés européens, très réticents face aux OGM. En effet, même si une partie seulement des graines transgéniques proposées avaient été plantées, il y a fort à parier qu'elles auraient contaminé d'autres champs censés être exempts d'OGM. Dès lors, les agriculteurs et agricultrices zambiens se seraient vu forcés de passer aux OGM. Or, on sait que la technologie génétique favorise la monoculture et les grandes exploitations, et donc une agriculture nécessitant peu de main-d'oeuvre. Les agriculteurs et agricultrices des pays du tiers monde, ainsi que les agriculteurs suisses, ne feront pas le poids face aux multinationales détentrices d'un quasi-monopole sur le marché des produits transgéniques. Or, la lutte contre la faim repose sur deux piliers: la préservation de la biodiversité des cultures et le savoir-faire des paysans et des paysannes, deux piliers que la propagation du génie génétique met largement en péril.
Les raisons qui justifient l'acceptation de cette initiative populaire sont nombreuses. Tant du point de vue économique qu'environnemental, ces technologies ne sont pas rentables et pourraient avoir des coûts très importants, conséquence d'autant plus inacceptable que, comme on l'a vu, les animaux génétiquement modifiés n'apportent rien, bien au contraire, du point de vue de la lutte contre la faim dans le monde.
Pour ces raisons, je vous invite à suivre la majorité de la commission qui recommande d'accepter l'initiative populaire dite Stop OGM.
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