Savary Géraldine · Nationalrat · 2005-06-16
Savary Géraldine · Nationalrat · Waadt · Sozialdemokratische Fraktion · 2005-06-16
Wortprotokoll
La réponse du Conseil fédéral au postulat Galladé 03.3621 ressemble comme deux gouttes d'eau au communiqué lénifiant de l'Office fédéral de la formation professionnelle et de la technologie (OFFT) concernant la question des places d'apprentissage: "Circulez, il n'y a rien à voir! Tout est sous contrôle: les jeunes sont contents; les patrons pleins de bonne volonté; la Confédération comblée!" Pourtant, année après année, les chiffres sortent, qui démentent l'optimisme de l'OFFT: il manque toujours 3000 places d'apprentissage en Suisse. Dans le canton de Vaud, par exemple, 500 jeunes au minimum - c'est compté bas - se retrouvent sans emploi, sans engagement, sans perspective professionnelle autre que de retourner à l'école pendant une période qu'on appelle poliment "transitoire".
Dans sa réponse au postulat précité, le Département fédéral de l'économie semble plein de bonne volonté: il finance des actions efficaces; il investit 2,3 millions de francs pour stimuler les entreprises à former des apprentis. Mais ces "mesurettes" ne sauraient cacher la crise que traverse la formation duale; elles sont insuffisantes pour offrir aux jeunes adultes une formation de leur choix, un métier dont ils ont peut-être un jour rêvé.
Car ce n'est pas parce qu'il y a des places libres que le marché des places d'apprentissage fonctionne! Il ne suffit pas de décréter une stabilisation à long terme de l'offre de places d'apprentissage, comme le fait le Conseil fédéral, pour [PAGE 903] que tout se résolve. L'offre doit tenir compte de deux aspects déterminants pour que le système soit opérationnel: les métiers proposés et la répartition géographique de l'offre. Qu'il y ait pléthore de places de maçons à la Vallée de Joux, par exemple, ne va pas résoudre la carence de la formation duale en Suisse.
Sur le marché des places d'apprentissage, le taux de vacance est de 5,7 pour cent, un chiffre désespérément bas! Si l'on veut que le marché fonctionne, il faut une offre supérieure à la demande d'au moins 12,5 pour cent. Nous sommes encore loin du compte. En 1985, 32 pour cent des entreprises formaient des apprentis. En 2001, elles ne sont plus que 22 pour cent.
Le problème est certes conjoncturel; dans une période de faible croissance, les entreprises hésitent à former des apprentis. Mais il serait réducteur de s'arrêter à ce simple constat, d'attendre que la croissance revienne et croire que bientôt à nouveau tout ira pour le mieux.
Le problème est aussi structurel. Les nouvelles entreprises de pointe aujourd'hui se développent essentiellement dans le domaine du tertiaire. Elles n'ont pas de tradition d'apprentissage et engagent très peu d'apprentis. En outre, reconnaissons que les associations patronales professionnelles responsables de la question ne font pas d'efforts suffisants en vue de stimuler les entreprises à proposer des apprentissages.
Enfin, pour attirer les jeunes vers des métiers qui ne les attirent pas, il ne suffit pas de dire que ces jeunes sont fainéants, enfants gâtés ou démotivés. Il incombe aux associations patronales de revaloriser ces professions, en particulier en termes de salaire, de conditions de travail ou d'horaires. Bref, le champ d'intervention de l'Etat est loin d'avoir été totalement exploré.
La situation est inquiétante, Mesdames Galladé et Wyss, ainsi que Monsieur Hofmann l'ont dit à moult reprises. La situation est inquiétante pour les jeunes adultes, mais aussi pour le tissu industriel de notre pays. Ceux qui ne s'en inquiètent pas, comme Monsieur Wandfluh, sont tout simplement irresponsables. Il est triste que dans notre pays, des jeunes se retrouvent devant la porte de l'office de chômage plutôt que devant celle d'un atelier.
Je vous demande d'adopter le postulat Galladé.