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Langenberger Christiane · Ständerat · 2005-06-06

Langenberger Christiane · Ständerat · Waadt · Freisinnig-demokratische Fraktion · 2005-06-06

Wortprotokoll

L'actualité m'incite à intervenir sur ce sujet en tant que présidente de l'Association suisse pour l'orientation scolaire et professionnelle. Nous avons organisé la semaine passée, avec la participation de Monsieur le conseiller fédéral Deiss, un congrès sur le problème du manque de places d'apprentissage et du chômage des jeunes à la fin de leur formation. De plus, le 15 juin prochain, je vous informe, et vous le savez probablement déjà, que le Conseil national entamera un débat important sur ce problème. Le sujet est donc vraiment brûlant.

Je crois qu'il ne s'agit pas ici d'enjoliver ou de dramatiser la situation. Les chiffres sont suffisamment éloquents et parlent d'eux-mêmes. En 2004, 38 500 jeunes ont consulté un centre régional de placement (RAV-Zentrum) et le chômage des jeunes stagne à 6 pour cent pour ceux qui ont entre 20 et 24 ans. C'est donc un niveau élevé.

Nous nous trouvons ainsi, malgré des efforts tous azimuts, pratiquement au même stade qu'il y a une dizaine d'années. Nous avions alors enclenché la révision de la loi sur la formation professionnelle, consacré presque 200 millions de francs à une "Bildungsoffensive" et deux arrêtés fédéraux urgents à ce problème de places d'apprentissage. Or, même si nous nous trouvons en plein débat sur le programme d'allègement budgétaire, même si les cantons crient famine ou presque, même si nous devons admettre que notre économie se relève moins rapidement que prévu, notre société ne peut accepter que des jeunes se trouvent ainsi sans perspectives d'avenir. Nous devons tout entreprendre afin d'éviter que ces jeunes deviennent des cas sociaux et se retrouvent à l'AI, ceci d'autant plus que d'année en année les cas s'ajoutent les uns aux autres et que c'est véritablement une petite bombe à retardement qu'il s'agit de désamorcer à temps.

Lors de ce congrès des milieux de l'orientation professionnelle, nous avons vu que pratiquement tous les cantons déploient de très nombreux efforts pour informer, accompagner et "coacher" les jeunes. Des patrons se réunissent et soutiennent les jeunes dans leur démarche de recherche de place d'apprentissage. A cette occasion, ils se rendent d'ailleurs compte à quel point ces démarches sont fastidieuses et souvent peu gratifiantes. Bourse de places d'apprentissage sur Internet, permanences téléphoniques, "mentoring" en faveur des jeunes sans solution après l'école obligatoire, semestres de motivation, techniques pour la recherche d'emplois, bref, la liste de tout ce qu'on entreprend est longue. Et, malgré cette débauche d'efforts, la situation reste tendue avant et après l'apprentissage.

Alors, que pouvons-nous faire de plus? Monsieur Berset demande la mise en place du suivi individuel pour les jeunes qui sont en difficulté, permettant en cela de rassurer et d'accompagner les employeurs potentiels.

Pour ma part, je suis en faveur de cette motion, parce qu'il m'apparaît de plus en plus que ce sont précisément ces jeunes en difficulté qui posent actuellement les problèmes les plus importants.

N'oublions pas que nous vivons de plus en plus dans une société du savoir et de haute technologie et que les petits métiers qui demandent relativement peu de formation tendent à se raréfier. D'autre part, il semblerait qu'il reste des moyens à disposition dans le cadre de l'arrêté I sur les places d'apprentissage. Les moyens à disposition dans le cadre de l'arrêté II ont été utilisés, mais des montants sont encore disponibles dans le cadre de l'arrêté I et je pense qu'il est absolument nécessaire de les utiliser le mieux possible. De plus - je pense que le Conseil fédéral le dira -, le Département fédéral de l'économie met à disposition 67 millions de francs afin de créer 10 000 places d'apprentissage ou de semestre de motivation. Mais sans doute faut-il aller encore plus loin et s'attaquer au mal en amont.

Que faisons-nous des entreprises "Trittbrettfahrer", qui ne participent pas à la formation? Nous avions à l'époque renoncé à toute mesure coercitive. Mais, suivant la nouvelle loi sur la formation professionnelle, il existe des fonds en faveur de la formation professionnelle, alimentés par chaque branche et par les entreprises qui ne participent pas au financement des coûts de la formation professionnelle. L'idée est d'obliger ces resquilleurs à verser des montants dans un fonds de solidarité.

Comment ce fonds évolue-t-il? A-t-on déjà maintenant, après une année, une expérience? Doit-on adopter ou adapter les programmes scolaires que nous avons pris l'habitude de corriger, sans les revoir fondamentalement, afin qu'ils adhèrent mieux aux besoins du monde professionnel actuel? Faut-il faire intervenir l'orientation scolaire à un âge plus précoce? Faut-il instituer une année de préparation à l'emploi en dernière année scolaire - c'est ce que demandent les milieux économiques? Pourrait-on mieux coordonner l'information sur les mesures prises, notamment la création de "Lehrverbünde", particulièrement intéressante pour des petites entreprises ou des entreprises très spécialisées qui ne peuvent tout simplement pas se payer le luxe de former? Evitons enfin de réinventer la roue dans nos 26 cantons.

Enfin, s'il est beaucoup question du soutien aux jeunes en difficulté, il ne faudrait en aucune façon baisser le niveau de la formation scolaire et professionnelle. La valeur ajoutée dans des produits de niche, la haute technologie dans notre société du savoir, sont le "lot" futur pour assurer la compétitivité de notre pays. Nous n'avons pas d'autre choix. Et si, dans le cadre du PNR 43 du Fonds national suisse, des chercheurs estiment que nos jeunes reçoivent dans l'ensemble une formation compatible avec les exigences de la majorité des places d'apprentissage, il ne faudrait pas ignorer non plus que les remarques critiques de nos patrons ont été faites par rapport à la formation de nos plus jeunes.

Certes, certaines entreprises, tributaires de collaborateurs qualifiés à long terme, renoncent, pour des raisons conjoncturelles, à former elles-mêmes des apprentis, parce que ces derniers engendrent une valeur ajoutée trop faible pour l'entreprise lorsque la situation économique s'assombrit. Mais d'autres patrons expliquent leur réticence à l'embauche de jeunes par le manque de connaissances élémentaires, leur manque de motivation, de savoir-vivre, de discipline, d'enthousiasme ou de combativité et le grand responsable à leurs yeux est l'école, l'école coupable d'avoir dénaturé sa mission première, l'acquisition de connaissances, au profit d'une pédagogie toute-puissante, mais peut-être stérile.

Bref, notre combat en faveur du travail des jeunes doit se poursuivre et j'espère que vous le soutiendrez toutes et tous.