Dreifuss Ruth · Bundesrat · 2000-06-19
Dreifuss Ruth · Bundesrat · Genf · 2000-06-19
Wortprotokoll
J'aimerais d'abord insister sur la validité de notre réponse aux questions 2 et 3. Dans la question 1, je sens, dans l'intervention orale de l'interpellateur, une réaction très digne de résistance contre un jugement qui lui paraît injustifié. J'aimerais y revenir tout à l'heure.
La question fondamentale, telle qu'elle a été posée, concerne la relation entre le Gouvernement et les activités privées d'une organisation privée de sondages d'opinion sur mandat d'organisations privées qui lui ont demandé de faire une enquête. Concernant la demande, à la question 2, que le Gouvernement en commente la méthode, le résultat et la façon dont les médias ont rendu compte de cette étude, je comprends votre déception, mais je dois insister sur le fait que nous serions sur une pente extrêmement dangereuse, si l'on demandait au Gouvernement d'intervenir de cette façon dans l'expression de ce qui est quand même une action totalement privée et qui ne concerne en rien l'Etat. Les deux exemples cités par MM. Dettling et Wicki ne peuvent pas être appliqués ici. ISO n'est pas une tâche de l'Etat, c'est une tâche du secteur privé. C'est une tâche d'élaboration de standards dans différents domaines. Bien entendu, c'est quelque chose d'extrêmement valable. Nous avons d'ailleurs indiqué, dans notre réponse, que c'est aux spécialistes qu'il incombe d'appliquer et de développer ces normes. Cela serait très important. A ce propos, je viens de lire ce week-end quelque chose qui m'a beaucoup inquiétée: non seulement certaines informations sur les sondages ne sont pas toujours précises de la part des instituts, mais les journalistes interrogés ont eux-mêmes dit qu'ils ne s'intéressaient pas aux règles qui permettent d'estimer le caractère pertinent des réponses. D'ailleurs, je ne sais pas si vous faites comme moi, mais je cherche toujours, dans une information de ce genre, le nombre de personnes qui ont été interrogées pour savoir quelle est la marge d'erreur.
C'est assez difficile à trouver. En particulier dans les commentaires des médias, ça n'est jamais mis en évidence. Je crois qu'il n'est pas opportun d'exiger de l'Etat à la fois qu'il intervienne au niveau des normes - c'est ce que réclame M. Dettling - et qu'il commente quelque chose - M. Wicki parlait d'une expertise demandée par un juge. Nous n'avons rien demandé ici, c'est une initiative avec laquelle nous n'avons strictement rien à voir. Pourquoi est-ce que nous devrions intervenir spécialement? Je suis sûre que si l'on prenait d'autres exemples de sondages d'opinion, vous seriez choqués à l'idée que le Conseil fédéral intervienne. Je dois insister sur le fait que les questions 2 et 3 - on peut être d'un autre avis - correspondent à l'esprit libéral de notre Etat et à la prudence que nous devons avoir lorsqu'il s'agit de commenter avec l'autorité du Gouvernement des activités privées.
Je donne volontiers acte à M. Inderkum que sa réaction est aussi inspirée par le sentiment d'être, par ce sondage, "accusé" de quelque chose, ou de voir une majorité du peuple suisse accusée de quelque chose qui lui paraît détestable, un délit, quelque chose d'extrêmement pervers pour l'ordre social et pour le respect des droits de l'homme. Dans ce sens, je suis très heureuse de son insistance parce qu'elle ne consiste pas à dire: "Lavons la Suisse de tout soupçon." Le risque d'antisémitisme est tellement important qu'il faut faire du travail très sérieux là-dessus et ne pas se laisser aller à une enquête qui est - je crois quand même pouvoir le dire, ça c'est mon avis personnel - relativement sommaire quant à la façon dont les questions ont été posées.
Je vois bien chez vous la volonté de dire: "Prenons ce problème particulièrement au sérieux." Je l'ai fait. Vous avez peut-être vu que j'ai donné des interviews. Je ne peux pas toujours parler au nom du Conseil fédéral, je peux parler en mon nom; finalement, en mon nom au sens plein du terme, c'est-à-dire non seulement en mon nom de personne, mais en mon nom de "Dreifuss", originaire d'Endingen, reconnaissante à cette commune d'avoir été la seule pendant très longtemps à accorder aux juifs le droit d'habiter dans ce pays. Dans les interviews précitées, j'ai insisté sur le fait que, d'abord, on ne rendait pas tout à fait justice à l'enquête, parce qu'elle donnait des éléments qui avaient été passés sous silence par les médias, pas par l'enquête elle-même. J'ai manifesté aussi le sentiment que, si l'antisémitisme est un danger permanent, il n'est pas forcément judicieux d'en simplifier la définition.
Voilà mon avis personnel. M. Wicki me l'a demandé, je le donne très volontiers. Mais je tiens à dire que nous devons être vigilants face aux dérives de ce type, quel que soit le groupe de population visé. C'est un travail que nous faisons [PAGE 390] sérieusement. Je vous invite à lire le rapport sur l'antisémitisme de la Commission fédérale contre le racisme, qui est une oeuvre extrêmement nuancée et qui montre aussi quels sont les fondements historiques d'une certaine difficulté à comprendre exactement ce qu'est la culture juive dans son altérité. Voilà notre travail, nous le prenons au sérieux. Je crois avoir éveillé en vous une certaine compréhension pour le fait que nous ne tenons pas, en tant que Gouvernement, à commenter des activités telles que celles qui ont suscité cette interpellation.
Le problème lui-même est pris très au sérieux par le Conseil fédéral, je viens de le dire. A ses yeux, il est certainement abusif d'avoir une définition aussi rudimentaire de l'antisémitisme. C'est une approche qui a été faite et qui n'est pas sans intérêt, qui révèle également une évolution de la pensée - si l'on pense aux réactions des jeunes, par exemple - qui ne peut que réjouir le Conseil fédéral.