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AB 57218

Menétrey-Savary Anne-Catherine · Nationalrat · Waadt · Grüne Fraktion · 2005-09-21

Wortprotokoll

La minorité V que je représente se concentre particulièrement sur les économies d'énergie. Nous avons le sentiment que notre politique énergétique est à un tournant et que son orientation se fonde sur deux piliers: les nouvelles capacités de production d'électricité fondées sur les énergies renouvelables, d'une part, et les économies d'énergie, d'autre part. Mais, hélas, ce deuxième pilier n'a jamais la place qu'il devrait avoir. Ce n'est pas un hasard si les milieux économiques et les partis bourgeois passent généralement comme chat sur braise sur cet aspect de la politique énergétique.

En effet, l'évolution de notre consommation d'électricité va à rebours de ce qu'il faudrait, puisqu'elle augmente d'environ 2 pour cent chaque année, alors que - pour reprendre l'expression d'un professeur de l'Ecole polytechnique fédérale de Zurich - nous devrions aller vers une société à 2000 watts, c'est-à-dire réduire notre consommation d'électricité d'un tiers. Mais évidemment, cette évolution contraire a de quoi réjouir les entreprises électriques qui réalisent des bénéfices confortables sur un chiffre d'affaires de quelque 8 à 9 milliards de francs chaque année. Mais le pire, c'est que cette hausse de la consommation d'électricité ne correspond pas à un besoin supplémentaire réel. De l'aveu même des électriciens: "La cause est à chercher dans le développement de technologies qui consomment de l'énergie même en état de veille." J'ai trouvé cette citation dans une revue des Electriciens Romands.

On peut d'ailleurs se demander si le discours qui transparaît dans la loi sur la sécurité de l'approvisionnement ou sur le risque de pénurie n'est pas quelque peu opportuniste pour "vendre" de nouvelles centrales ou de nouvelles installations, avec ce résultat finalement paradoxal d'amener les consommateurs à choisir le gaspillage par peur d'être confrontés au rationnement.

Dans son premier projet soumis à la consultation, le Conseil fédéral avait courageusement inscrit un objectif de réduction [PAGE 1090] de la consommation de 15 pour cent d'ici 2030. C'était modeste. Mais après coup, il semble avoir pris peur de sa propre audace, et maintenant, tout objectif chiffré a disparu du projet. Or selon diverses estimations concordantes, il serait même possible de viser 30 pour cent de réduction de la consommation dans le même délai.

Dans une lettre adressée aux membres de la commission, l'Agence suisse pour l'efficacité énergétique affirme que le potentiel d'économies est énorme: "Rien que dans le domaine des appareils, de l'éclairage, des installations du bâtiment, il est possible de diminuer d'environ 6 milliards de kilowattheures la consommation d'électricité d'ici à 2020, et cela sans aucune perte de confort." Cette affirmation repose sur une étude que l'Office fédéral de l'énergie a commandée au bureau Prognos en 2002. Or cette étude a porté seulement sur 55 pour cent de la consommation globale d'électricité, sans tenir compte du fait que, pour les 45 pour cent restants, le potentiel d'économies est de l'ordre de plusieurs milliards de kilowattheures également.

Ainsi, c'est le chiffre de 12 milliards de kilowattheures qui est évoqué à relativement court terme, et 27 milliards à plus long terme, pour une consommation globale qui se situe entre 55 et 65 milliards de kilowattheures. En francs, ces économies d'énergie représentent un montant de l'ordre de 1 à 2 milliards chaque année.

Pour atteindre cet objectif, nous estimons que les mesures volontaires ne suffisent pas. C'est par exemple assez frappant de constater qu'on ne peut pas construire un bâtiment sans respecter les directives anachroniques sur la protection civile, mais qu'on peut le faire sans respecter les standards Minergie concernant l'isolation des bâtiments, la récupération de chaleur ou le couplage chaleur-force.

Même chose pour les appareils électriques. Les plus gourmands en électricité sont les moins chers à la vente, ce qui évidemment n'est pas très incitatif.

L'efficience énergétique n'est pas seulement une question de bonne volonté, c'est aussi un business. Je crois qu'il faut arrêter de croire que dans ce domaine, économiser équivaut à une perte. Au contraire, c'est une source de plus-value économique, c'est une source de créativité technologique et c'est une source d'emplois. Le financement de projets novateurs doit être favorisé au départ, comme pour les énergies renouvelables. C'est d'ailleurs exactement ce qui est prévu dans le projet de la majorité de la commission.

Voilà pourquoi nous vous demandons de soutenir cette proposition de minorité V à l'alinéa 2bis.