Eggly Jacques-Simon · Nationalrat · 2000-09-18
Eggly Jacques-Simon · Nationalrat · Genf · Liberale Fraktion · 2000-09-18
Wortprotokoll
Il est un peu piquant que M. Zbinden veuille vanter le modèle zurichois et veuille l'étendre à toute la Suisse en ce qui concerne le principe de la lutte contre l'inégalité des chances, alors que par ailleurs, il est le premier à dire qu'en effet, Zurich devient parfois bien lourd pour la Suisse, notamment lorsque Zurich se moque un peu des autres cantons en ce qui concerne la question de l'apprentissage des langues, et se moque un peu de la dimension nationale et fédéraliste qui est liée à cette question.
D'abord, en ce qui concerne l'égalité des chances: je viens d'un canton qui a inscrit, dans sa loi sur l'instruction publique, le principe de l'égalité des chances depuis bien longtemps. Comme à propos de la Révolution française, "ô liberté, que d'erreurs a-t-on commises en ton nom", on pourrait dire: "ô égalité des chances, que d'erreurs a-t-on commises et que d'illusions a-t-on semées en ton nom!".
Car véritablement, qu'est-ce que la lutte contre l'inégalité des chances? Je peux vous dire - et tant pis si, à Genève, je me fais guillotiner - que c'est une énorme illusion, et qu'aujourd'hui encore, croire que l'on peut faire une pédagogie essentiellement centrée sur le but de lutte contre l'inégalité des chances arrive à beaucoup de désillusions.
Quand vous dites, Monsieur Zbinden, qu'il faut adapter l'enseignement à la modernité, nous avons eu un congrès en présence de M. Kleiber, secrétaire d'Etat, sur cette question-là, à l'Organisation des Suisses de l'étranger. Je crois que, précisément parce que tout se démode tellement vite dans les techniques les plus modernes - et ce n'est pas un philosophe qui devrait me contredire -, il faut en rester, en ce qui concerne l'enseignement de base, à la transmission de connaissances essentielles et au développement de la personnalité, car le reste, ça se démode et ça s'apprend en cours de route. Et de vouloir uniquement brancher l'école sur ce que j'appellerai la modernité, ça peut être une illusion. Quant à une pédagogie qui devient sociologie de la lutte sur l'inégalité des chances, c'est probablement aussi une illusion qui mène à une impasse.
Mais le dernier point que je voudrais aborder, c'est de dire que, dans notre système fédéraliste, puisque vous parlez de valeurs nationales, il faut véritablement que les cantons soient parties prenantes, que les cantons aient une responsabilité, et c'est de la responsabilité des cantons, bien sûr en liaison avec la Confédération, d'arriver à s'entendre pour qu'il y ait des conceptions de base communes en ce qui [PAGE 882] concerne l'école. Et ça n'est pas la Confédération qui va, en quelque sorte, parachuter une sorte de conception pour tous les cantons. C'est des cantons et de leur concertation, de la Conférence suisse des directeurs cantonaux de l'instruction publique, dont le canton de Zurich s'est moqué tout récemment - ce qu'a d'ailleurs relevé la vice-présidente de la conférence précitée, la genevoise Martine Brunschwig Graf -, c'est dans cette concertation assumée, voulue, en toute responsabilité confédérale, que doivent être recherchées des solutions. La motion Zbinden Hans n'offre aucune véritable issue politique. Elle n'est simplement qu'un appel à la Confédération pour encore se mêler d'une tâche qui doit être une tâche de fédéralisme coopératif. C'est un appel à la centralisation alors que nous, les libéraux, nous en appelons à la coresponsabilité confédérale dans ce pays.
C'est la raison pour laquelle nous croyons que cette motion dit certaines choses justes, mais propose une mauvaise solution. Nous vous proposons donc de la rejeter.