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Menétrey-Savary Anne-Catherine · Nationalrat · 2006-03-15

Menétrey-Savary Anne-Catherine · Nationalrat · Waadt · Grüne Fraktion · 2006-03-15

Wortprotokoll

La réponse du Conseil fédéral à cette motion date d'il y a deux ans. A cette époque, à notre avis, elle devait être considérée comme non recevable. La question qui se pose est donc la suivante: "Est-ce que, deux ans plus tard, la situation s'est véritablement améliorée au point qu'on puisse dire que la Bosnie est un pays sûr?"

Je faisais aussi partie du voyage de neuf femmes parlementaires en Bosnie en juillet dernier. Je voudrais insister sur le fait que ces neuf femmes sont revenues de ce voyage avec la conviction qu'on ne peut renvoyer sous contrainte en Bosnie aucune famille bosniaque encore en Suisse actuellement, ceci pour deux raisons.

La première tient à cette question: "La Bosnie est-elle un pays sûr?" Evidemment, la Bosnie n'est plus en guerre. D'une certaine manière, elle offre un visage relativement calme et paisible, mais cette paix est extrêmement précaire et la situation politique est totalement instable. Nous avons entendu des récits concernant de nombreux incidents interethniques. Le rapport du HCR de janvier 2005 auquel il a été fait allusion tout à l'heure le mentionne aussi. On nous a parlé d'agressions, de vols, d'incendies de maisons, voire de meurtres. La violence règne dans les régions occupées prioritairement par les Serbes. Il y a aussi eu cette énorme provocation qui s'est passée au moment où nous étions sur place: on a retrouvé des explosifs à côté du cimetière sanctuaire de Potocari, ce qui a provoqué une énorme émotion chez les musulmans bosniaques.

A côté de cette question de la sécurité objective, il y a aussi la question de la sécurité subjective. Il faut vous représenter ce que c'est, pour des Bosniaques, qui rentrent de Suisse par exemple, que de s'annoncer au bureau des étrangers ou au bureau de l'aide sociale et de se trouver en face de la personne qui leur a lancé des grenades, de la personne qui a brûlé leur maison ou qui a tué leurs enfants. Les bourreaux sont encore en place! La peur règne dans la région de Srebrenica pour ceux qui y retournent. Nous avons entendu des Bosniaques nous dire qu'ils n'osent pas envoyer leurs enfants à l'école parce qu'il n'y a pas de transports publics et que le seul moyen de se déplacer, c'est d'aller avec des camions qui transportent des ouvriers serbes. Le résultat, c'est que ces enfants sont déscolarisés.

La deuxième raison pour laquelle nous pensons qu'il ne faut actuellement pas renvoyer des Bosniaques sous contrainte, c'est que nous sommes en train de sous-estimer gravement l'importance du traumatisme que ces personnes ont subi. Il est vrai qu'il y a sur place des institutions sanitaires et psychiatriques qui font un excellent travail, mais ce sont aussi ces institutions qui nous ont mis en garde contre les risques d'un retour sous contrainte: d'une part, à cause des risques d'une réactivation extrêmement forte et importante du traumatisme et, d'autre part, du fait que ces institutions sont elles-mêmes totalement débordées et dans l'incapacité de prendre en charge ces personnes.

Je crois qu'actuellement la sécurité physique, sanitaire et psychologique est loin d'être garantie en Bosnie. Il faut justement considérer que la sécurité n'est pas qu'une question de guerre ou de "non-guerre", mais c'est surtout la possibilité de vivre une vie digne, aussi bien sur le plan économique que social, ce qui n'est pas garanti pour le moment.

C'est la raison pour laquelle nous vous prions instamment d'adopter cette motion et de considérer qu'il est impossible de renvoyer les Bosniaques qui se trouvent encore en Suisse, en particulier ceux qui ont vécu le traumatisme de la chute de Srebrenica.