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Amgwerd Madeleine · Ständerat · 2006-03-20

Amgwerd Madeleine · Ständerat · Jura · Christlichdemokratische Fraktion · 2006-03-20

Wortprotokoll

La motion que j'ai déposée vient certainement à un mauvais moment, étant donné que les finances fédérales ont été, sont et seront encore un problème, j'en suis consciente. Cette problématique financière importante en soi - je ne la sous-estime pas - sera-t-elle résolue un jour à satisfaction? Je l'espère. Et ce jour-là, aurons-nous la largeur d'esprit et la générosité suffisantes pour nous préoccuper réellement de la pauvreté endémique de la planète? Je l'espère aussi. La situation préoccupante des finances fédérales justifie-t-elle que l'on se taise sur certains sujets uniquement parce que notre pays, un des plus riches du monde, ne prétend pas pouvoir répondre de manière positive à ses obligations à l'égard des plus pauvres?

Avant de vous donner quelques explications et données chiffrées au sujet de la demande que j'ai faite, je remercie le Conseil fédéral de sa réponse. Je suis satisfaite de constater que le Conseil fédéral reconnaît pleinement que lutter et trouver les moyens de lutter contre la pandémie du VIH/sida et des autres grandes maladies mondiales que sont la tuberculose et le paludisme sont des défis pour la communauté internationale. C'est d'ailleurs l'objectif no 6 des Objectifs du Millénaire pour le développement et c'est précisément le rôle du fonds mondial créé en 2002. La Suisse en est membre fondateur et son siège est à Genève. Voilà pour le cadre.

Comment la Suisse y contribue-t-elle? 4,4 millions de dollars en 2003, 2,3 en 2004. La Suisse a promis 4,2 millions de dollars pour 2005 et le Conseil fédéral nous indique que la contribution effective en 2005 a été de 5 millions de francs. 4,6 millions de dollars ont été promis pour 2006 et, aujourd'hui, nous apprenons dans la réponse du Conseil fédéral que la contribution pour cette année sera de 6 millions de francs. La somme promise pour 2007 est également à la hausse, avec 7 millions de francs.

Je constate donc avec satisfaction que les contributions ont été revues à la hausse et que la courbe descendante en 2004 s'est infléchie vers le haut, et j'en suis heureuse. Ces sommes peuvent paraître importantes, mais elles restent cependant modestes si on les compare au montant qui devrait être le nôtre en fonction de notre revenu national brut. En fonction de celui-ci, notre cotisation annuelle devrait en effet être de 50 millions de dollars.

Les Pays-Bas donnent l'exemple puisqu'ils versent un peu moins de 60 millions de dollars alors que leur revenu national brut est un peu plus bas que le nôtre. Il est vrai aussi, et le Conseil fédéral le dit dans sa réponse, que, dans le cadre de l'aide au développement, des sommes sont allouées à des projets bilatéraux ou multilatéraux qui, directement ou indirectement, contribuent aussi à la lutte contre ces maladies.

Nous avons lu et nous lirons encore des chiffres au sujet de la grippe aviaire. L'Europe et le monde paniquent à ce sujet. [PAGE 202] Rappelons que d'autres pandémies existent depuis de si nombreuses années qu'elles n'émeuvent plus, et ce sont justement le sida, la tuberculose et la malaria. Ces trois maladies tuent 6 millions de personnes annuellement et essentiellement dans les pays les plus pauvres. Le sida, principalement présent en Afrique, a tué 3,1 millions de personnes et 40 millions de personnes vivent en Afrique avec le virus. La tuberculose a touché 9 millions de personnes et tué 1,75 million d'entre elles en 2003, dont le tiers en Asie du Sud-Est. En présence du sida, la tuberculose fait de plus gros ravages encore, et plus particulièrement en Afrique australe. Le paludisme, ou la malaria, touche une centaine de pays d'Afrique, d'Asie et d'Amérique latine. 40 pour cent de la population mondiale y est exposée et il atteint 350 à 500 millions d'individus par an; 1 million en meurent. A nouveau, c'est l'Afrique qui est touchée le plus avec 90 pour cent des cas.

Ces chiffres doivent nous faire réfléchir sur notre responsabilité de pays riche par rapport aux immenses lacunes qui existent dans les pays en voie de développement en ce qui concerne la prévention, l'éducation à la santé et ensuite les moyens mis à disposition pour lutter contre les maladies. Dans son édition de mars 2006, un article du magazine de la DDC titrait: "La santé des pauvres, un préalable au développement". Nous devons prendre au sérieux notre responsabilité vis-à-vis de ces pays. Nous le faisons déjà dans une certaine mesure.

C'est insuffisant. C'est le but de ma motion. En aidant les plus pauvres à résoudre leurs problèmes, ce sont aussi nos problèmes que nous résolvons. Si dans ces pays la vie était plus facile, ou du moins moins difficile, une grande partie de la problématique de la migration serait autre. Les lointains continents africain, asiatique et américain de la planète Terre ne sont en fait pas si éloignés de notre petite Suisse. Si aider les autres à résoudre leurs problèmes a pu être interprété comme de la charité ou une générosité humaniste, aujourd'hui on sait très bien que c'est aussi dans notre intérêt bien compris - même si mon engagement personnel de longue date pour les problèmes liés au développement n'est pas motivé par cet intérêt bien peu altruiste des pays riches.

Je vous demande de soutenir ma motion pour donner un signal clair au Conseil fédéral que ce n'est que par une volonté ferme et engagée financièrement que l'on pourra atteindre les Objectifs du Millénaire pour le développement, et ici plus particulièrement l'objectif no 6.