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Gentil Pierre-Alain · Ständerat · 2006-06-07

Gentil Pierre-Alain · Ständerat · Jura · Sozialdemokratische Fraktion · 2006-06-07

Wortprotokoll

Je ne vais pas m'opposer à l'entrée en matière, parce que le premier conseil s'est déjà prononcé et que l'enthousiasme footballistique qui semble régner dans cette enceinte rendrait la tentative un peu vaine. Mais je vais vous expliquer brièvement les raisons qui me conduiront à refuser ce crédit.

Il y en a trois. La première, c'est l'augmentation incroyable du montant du crédit entre les deux messages de 2002 et 2005; la deuxième, c'est le fait que les organisations du football ne participent pas équitablement aux charges d'organisation; et la troisième, c'est le fait que les responsabilités sont si mal réparties entre la Confédération, les cantons et les villes hôtes qu'on peut craindre un méli-mélo juridique et financier à l'issue des manifestations, surtout si les charges prévues sont dépassées.

Je reprends mes arguments brièvement dans l'ordre. Premièrement, l'incroyable augmentation du montant du crédit en trois ans suffirait à elle seule à justifier un refus du crédit. Je ne vais pas m'étendre sur cette question, elle a été abondamment traitée par d'autres orateurs. Il est parfaitement clair que les charges ont été sous-estimées en 2002 et il n'est pas absolument certain qu'elles aient été correctement estimées en 2005. Pour n'importe quelle autre activité de l'Etat, personne dans ce Parlement n'admettrait la multiplication par 17 d'une demande de crédit avec des justifications aussi minces que celles qui nous ont été données: les attentats de New York ont vraiment bon dos! En réalité, la problématique est plus simple: le Conseil fédéral a pris des engagements de manière imprudente et il veut maintenant naturellement faire embarquer le Parlement sur le bateau pour ne pas être seul responsable du naufrage.

Deuxièmement, il vaut la peine de revenir sur l'incroyable arrogance et le manque de transparence dont font preuve les associations de football qui organisent cette compétition. Leur raisonnement est on ne peut plus simple: "Si vous voulez accueillir la manifestation, payez-la!" Et le plus incroyable, c'est que cela marche! Pour n'importe quelle autre manifestation, les pouvoirs publics exigeraient une participation des organisateurs. Même le World Economic Forum de Davos doit passer à la caisse et payer une participation; par contre, les footballeurs pas. Quand on parle de football, tout esprit critique semble disparaître. Pourtant, ces mêmes milieux ne peuvent pas pleurer misère, ils affichent une santé financière éclatante, négocient chèrement les droits télévisés pour leurs manifestations et manifestent un enthousiasme modéré - pour s'exprimer poliment - pour payer les impôts que l'on exigerait de n'importe quelle autre société de cette importance.

Il y a même plus grave: la gestion de ces organismes du sport - la FIFA, l'UEFA - fait régulièrement la une des médias. Dans le meilleur des cas, on évoque un manque gênant de transparence, et dans le pire, on parle de corruption généralisée. Le train de vie des dirigeants de ces institutions fait les délices de la presse de boulevard et ce sont les mêmes qui viennent, la bouche en coeur, nous parler de la valeur éducative du sport, alors qu'ils conduisent une lutte d'arrière-garde contre les contrôles antidopage, refusent d'assumer les conséquences négatives de leurs manifestations, en particulier les troubles de l'ordre public et l'augmentation de la prostitution. Il y a véritablement de quoi se poser des questions et de quoi remettre en cause l'engagement d'autant d'argent public dans cette manifestation, sans contrepartie sérieuse des institutions du monde du football.

Troisièmement, il n'y a pas besoin d'être un grand visionnaire pour prédire que le Parlement aura encore à s'occuper de cette affaire, tant les responsabilités entre la Confédération, les cantons et les villes sont peu claires.

En conclusion, je dois vous avouer que mes compétences footballistiques ne sont pas suffisantes pour vous donner des conseils, des tuyaux, comme on dit en français, sur les résultats de la Coupe du monde de football ou sur le Championnat d'Europe de football. Par contre, je serais assez porté à prendre des paris sur le championnat d'Europe du dépassement des crédits. Dans cette discipline, le Conseil fédéral a réussi avec succès à nous qualifier pour le tour préliminaire et le Parlement me semble bien parti pour nous faire disputer, avec de bonnes chances, la grande finale en 2008!

C'est donc pour moi le moment de voter non, de déclarer forfait en quelque sorte et bien sûr de vous prédire, si vous votez oui aujourd'hui, qu'il y aura certainement des prolongations, voire des tirs au but en 2009!