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Ménétrey-Savary Anne-Catherine · Nationalrat · 2000-10-03

Ménétrey-Savary Anne-Catherine · Nationalrat · Waadt · Grüne Fraktion · 2000-10-03

Wortprotokoll

En voulant chasser l'éthique et les droits de l'homme de la loi fédérale sur la promotion des exportations, le débat de la semaine dernière a donné un mauvais signal pour celui d'aujourd'hui. Selon le rapporteur de la commission d'alors, qui est le même qu'aujourd'hui, ces principes et ces droits ont leur place dans des organismes internationaux qui discutent et élaborent des traités et des conventions que la Suisse peut signer.

Avec ce rapport, la majorité de droite de cette assemblée est bien servie! Voilà les droits humains réduits dans les bons casiers, ligotés dans l'institutionnel. Ils ne risquent pas de venir gêner les affaires économiques. Tout le monde sait qu'il y a des tensions entre la politique économique extérieure, la politique du développement et les droits humains. C'est pourquoi la DDC collabore avec le SECO; mais est-ce réciproque? Les droits humains et l'économie constituent un couple maudit dont l'un, la politique des droits humains, s'efforce de prendre des mesures de sauvegarde de l'union conjugale, alors que l'autre vit sa vie sans trop se préoccuper du reste.

Ce rapport est bourré de bonnes intentions. Peut-être trop. Il présente un organigramme, une nomenclature. Tout un travail reste à faire pour extraire les droits humains des casiers où ce rapport les a si bien rangés, pour les soumettre à l'épreuve des faits. Injustices, emprisonnements, discriminations, tortures -, les droits humains ne sont pas que ces notions circonscrites au plan individuel. Ils ont aussi une portée collective, débordant de partout du cadre institutionnel.

Quand on sait que la Suisse a prêté jusqu'à 9 milliards de francs à l'Afrique du Sud, soutenant ainsi l'apartheid, n'a-t-on pas affaire à une violation collective des droits humains? Pourquoi n'a-t-on pas appliqué alors la conditionnalité politique dont parle le rapport? Quand des centaines de milliers de personnes perdent leur terre, leur maison, leur village à cause de barrages pharaoniques en Chine, en Turquie ou en Inde, n'est-ce pas une violation des droits humains? Pourquoi les entreprises suisses qui y travaillent bénéficient-elles de la garantie contre les risques à l'exportation?

Tout au long de ce rapport, on parle des droits de l'"Homme". Nous pensons que ce n'est pas qu'une question de vocabulaire. En effet, dans la défense des droits humains, la "Femme" a généralement la portion congrue. De nombreuses jeunes filles dans le monde subissent des sévices physiques, des mutilations génitales, des rapports sexuels forcés, des accouchements précoces. Souvent elles en meurent. Au Pakistan, autre exemple, jusqu'à 90 pour cent des femmes subissent des violences sexistes et les crimes dit "d'honneur" à l'encontre des femmes sont en forte augmentation. Or, chez nous, ces atteintes aux droits et à la vie des femmes ne sont pas reconnus comme des motifs d'asile.

Un dernier mot sur la liberté économique. Lors du débat de la semaine dernière, la droite nous a expliqué que le commerce crée le dialogue, lequel favorise la prospérité, laquelle enfin garantit les droits humains. Cela, c'est de la théorie. La mondialisation de l'économie est en train de nous administrer la preuve du contraire. Le fossé des inégalités se creuse [PAGE 1096] de plus en plus. Aujourd'hui, trois milliards d'individus dans le monde vivent avec moins de deux dollars par jour et la grande majorité sont des femmes. A notre sens, réduire les gens à la misère est encore une violation des droits humains.

Ce rapport montre que nous disposons des instruments pour intervenir. Tant mieux. Nous attendons maintenant de voir comment ils vont être utilisés pour réduire efficacement les problèmes que je viens d'évoquer. C'est dans cette attente que nous en prenons acte.