de Dardel Jean-Nils · Nationalrat · 2000-10-05
de Dardel Jean-Nils · Nationalrat · Genf · Sozialdemokratische Fraktion · 2000-10-05
Wortprotokoll
Pour reprendre ce que mon préopinant vient de dire, soit les déclarations de M. Roschacher, procureur fédéral, je serais intéressé, Madame la Conseillère fédérale, à ce que vous nous donniez votre opinion sur ces déclarations qui effectivement minimisent, comme essaie de le faire M. Mathys, les violences de l'extrême droite. Beaucoup d'intervenants aujourd'hui oublient que l'on ne parle pas de la perturbation de l'ordre public ou de la violence en général, mais de la violence d'extrême droite, c'est-à-dire d'une violence dirigée contre une minorité qui est définie par sa race et qui est très démunie.
Utiliser la discrimination ethnique et le rejet de l'étranger comme thème politique privilégié, ce n'est pas une caractéristique de la seule extrême droite. C'est un aspect qu'on retrouve dans la droite traditionnelle, et pas seulement dans l'UDC. Le Conseil fédéral, depuis les années trente, a constamment présenté la surpopulation étrangère comme un danger fatal pour notre société, et les organisations de gauche, aux plans syndical et politique, ont absorbé cette conception pendant très longtemps.
Autrement dit, le rejet des étrangers a une longue tradition dans notre pays, et on peut dire - on le voit encore aujourd'hui et dans des débats récents de notre Parlement - que cette tradition est encore très vivante en Suisse. Par exemple, l'internement des étrangers récalcitrants est soutenu aujourd'hui par une partie très importante du Parlement, alors qu'il s'agirait d'une violence institutionnelle sans comparaison au niveau européen. Même le FPÖ de Jörg Haider en Autriche n'énonce pas une telle revendication. Quand le Conseil fédéral constate que des requérants d'asile récalcitrants sont renvoyés bâillonnés, ligotés et maintenant munis de langes par les polices cantonales et qu'il déclare ne rien pouvoir faire, il banalise une violence institutionnelle illégale du point de vue du droit international et de notre propre constitution. Si, au niveau officiel, la brutalité dans le discours et l'action est normalisée, il ne faut pas s'étonner que certains s'estiment légitimés à recourir à une violence privée. Il y a donc tout un environnement et toute une histoire politique dans lesquels la violence d'extrême droite trouve ses racines.
Plus de conscience et plus de connaissance de la réalité du nazisme, du fascisme, de l'épuration ethnique dans la vie politique suisse, plus de connaissance de ces grands événements historiques ne feraient pas de mal. Certes nous avons vécu, pendant quelques années, une grande discussion, un grand débat sur les responsabilités suisses pendant la Deuxième guerre mondiale. Mais maintenant que les banques suisses sont apparemment hors d'affaire, le Conseil fédéral est manifestement soucieux de tourner la page. Il est, par exemple, symptomatique que le problème de l'indemnisation des réfugiés refoulés par la Suisse vers les camps d'extermination n'ait pas été réglé dignement par notre pays. Le racisme et l'exclusion ethnique sont à l'origine des pires crimes contre l'humanité perpétrés dans la deuxième moitié du XXe siècle. La Shoah, le million de personnes massacrées au Rwanda, les massacres dans l'ex-Yougoslavie démontrent l'extraordinaire potentialité criminelle du racisme lorsqu'il devient un thème d'action politique. Plus de conscience historique, surtout à l'intérieur même des autorités, chez les hommes et les femmes politiques, cela permettrait de mieux maîtriser la situation et de mieux isoler l'extrême droite.
Ensuite, dernier point que j'aimerais aborder. Faut-il combattre l'extrême droite et les violences qu'elle commet par un nouveau développement de la police préventive? C'est ce que préconise, semble-t-il, le Département fédéral de justice et police. De notre côté, nous sommes absolument opposés à cette conception. Les idées nazies, xénophobes ou racistes ne seront jamais démontées par des mesures de police fouineuse. En revanche, lorsque des délits sont commis, il faut évidemment que la police et la justice interviennent pour faire respecter la loi et la démocratie. Par exemple, lorsque des skinheads organisent une attaque violente à Saint-Gall contre un local fréquenté par des Africains, il ne faut pas que la police, comme elle l'a fait en tout cas dans un premier temps, évoque une prétendue rixe entre skinheads et Africains. Il faut que les autorités saisissent bien qu'il y a des agresseurs et des victimes et qu'il faut qu'elle porte secours aux victimes. En ce qui concerne ces mesures de police [PAGE 1162] préventive, nous nous opposons tout particulièrement à ce que l'on parle de réintroduire des écoutes téléphoniques préventives, c'est-à-dire une institution qui a été refusée à plusieurs reprises par le Parlement. Et je pense que le Parlement saura maintenir une telle décision.
En résumé, il faut que les autorités montrent l'exemple. Il faut que les brutalités, même contre les soi-disant récalcitrants, soient supprimées. Il faut tirer les conséquences de l'histoire du XXe siècle et il faut respecter la démocratie, même quand il s'agit d'engager des poursuites pénales contre des crimes ou des infractions.