Lexipedia

Zisyadis Josef · Nationalrat · 2007-03-06

Zisyadis Josef · Nationalrat · Waadt · Fraktionslos · 2007-03-06

Wortprotokoll

Je vous invite ce matin, avec mon initiative parlementaire, à faire un peu de philosophie. Prenons le temps, en effet, de réfléchir à ce qui se passe dans notre société en matière d'évolution salariale. Mon initiative parlementaire peut sembler totalement utopique, mais il me semble qu'elle est l'occasion de lancer un débat qui fait rage dans toutes les couches de la société et qui commence à devenir un débat européen. C'est la première fois dans ce Parlement que nous traiterons ensemble deux questions a priori différentes: celle de la fixation d'un salaire minimum interprofessionnel - notre Parlement s'est déjà prononcé sur cette question avec l'initiative parlementaire Vanek, avec différents postulats, différentes interventions parlementaires, des réflexions sur les bas salaires et les "working poor" -, et puis en même temps celle d'une conception nouvelle, à savoir le revenu maximum acceptable.

La question philosophique de fond est celle de savoir, dans une société qui se veut démocratique, quel est l'éventail moralement acceptable entre le plus bas salaire et le plus haut salaire. Au début du XXe siècle, les libéraux américains estimaient que le maximum de différence admissible entre le plus bas et le plus haut salaire était de 1 à 20. En 2005, les dernières statistiques américaines chiffrent cette différence, cette inégalité, à un rapport de 1 à 435.

Si je prends l'exemple des revenus de Monsieur Ospel, que vous connaissez tous, entre la femme de ménage payée 25 francs par heure et les 10 000 francs par heure de Monsieur Ospel, la différence est de 1 à 400. La presse revient régulièrement sur ces questions et je donnerai juste un exemple récent: 280 000 millions de francs chacun, c'est le montant que peuvent encaisser six membres de la direction du Credit Suisse avec le fameux plan PIP (Performance [PAGE 50] Incentive Plan) pour la période 2004/05. Voilà des revenus qui dépassent l'entendement du simple citoyen!

Au-delà d'un certain seuil, les inégalités de revenus et de fortune sont des incitations à la délinquance. Ces personnes sont hors du monde, complètement déconnectées des réalités. Les hauts salaires ne récompensent à ce stade plus rien, pas même les valeurs conservatrices dont la plupart d'entre vous sont les défenseurs dans ce Parlement, défenseurs notamment des valeurs comme l'effort, le mérite et le travail. Aujourd'hui, ces trois valeurs traditionnelles de la droite et de la révolution bourgeoise ne sont même pas respectées. Ces revenus sont en soi illégitimes. Ils détruisent la substance même de nos sociétés. Quand la fortune des 225 personnes les plus riches du monde est égale au revenu de 2,5 milliards d'êtres humains, nous avons le cocktail le plus explosif de l'humiliation et de la misère, ce qui constitue vraisemblablement le réservoir de choix pour les fondamentalismes et les intégrismes de tous genres.

On pourrait dire que les salaires fous rendent fou. C'est pour cela que, dans le développement de mon initiative, je mentionne que cette question ne touche pas seulement la justice sociale et l'ordre public, mais aussi la politique de la santé. On aurait d'ailleurs pu traiter cette question sous l'angle de la politique de la santé, tout simplement: au-delà d'un certain niveau de fortune, les riches sont atteints d'un phénomène psychique - ils vivent hors des réalités de la vie quotidienne - que connaissent bien les personnes qui travaillent dans le domaine des psychoses maniacodépressives, lesquelles peuvent conduire à des mises sous tutelle ou sous curatelle des personnes étant incapables de traiter rationnellement leur argent. Les chroniques people, d'ailleurs, raffolent de ce genre de situations: elles font souvent état de managers qui sont entraînés dans un délire financier et y entraînent leur propre entreprise. C'est la raison pour laquelle je dis qu'il s'agit d'une question de salut public pour l'ensemble de la société.

Alors, par mon initiative parlementaire, je demande quatre choses:

1. que l'on instaure en Suisse un salaire minimum de 3500 francs; c'est une nécessité dans l'un des pays les plus riches du monde. Cela fait des années qu'on nous dit que cela doit être réglé par les conventions collectives; or, à un moment donné, il est indispensable qu'une société fasse le choix de dire quel est le minimum au-dessous duquel on ne peut plus vivre décemment;

2. que l'on fixe la norme minimale acceptable pour le salaire maximum. Personnellement, je l'ai fixée à dix fois le SMIG, soit 35 000 francs, bien qu'autour de moi de simples citoyens me disent déjà que c'est énorme;

3. que l'on lie le SMIG et le revenu maximum acceptable, c'est-à-dire qu'en cas d'indexation, on maintienne cet écart d'inégalité;

4. que tout revenu supérieur à ce plafond soit versé dans un impôt fédéral sur la fortune.

Je vous invite à donner suite à cette initiative parlementaire. Elle me paraît être d'une extrême nécessité dans cette période d'inégalités sociales.