Lexipedia

Chevrier Maurice · Nationalrat · 2007-03-21

Chevrier Maurice · Nationalrat · Wallis · Christlichdemokratische Fraktion · 2007-03-21

Wortprotokoll

Comme je n'ai pas d'intervention particulière à défendre, vous me permettrez d'émettre quelques considérations générales, tantôt personnelles, parfois un brin philosophiques.

Nous devons nous accorder sur deux constats en marge de la thématique du jour: premièrement, les combustibles fossiles - pétrole, gaz et charbon - se raréfient; il en va de même de l'uranium. Deuxièmement, sans une prise de conscience collective et individuelle, la consommation explosera, augmentera de manière exponentielle, notamment du côté des pays émergents.

Sur le premier constat, sur lequel je ne m'étendrai pas - d'autres l'ont fait, et beaucoup mieux que ce dont je serais capable -, je dirai que les différences sensibles, criantes en matière d'estimation de réserves portent gravement atteinte à ces pronostics, qui donnent parfois l'impression d'un véritable casino. Nous serions en droit d'attendre une attitude plus rigoureuse de la part des scientifiques. Il n'en demeure pas moins que nous sommes tous les jours plus près de l'épuisement de ces ressources - ce qui est une lapalissade. Nous devons en conséquence décréter la promotion des énergies renouvelables comme priorité politique nationale, et cela indépendamment des clivages partisans et socioéconomiques habituels.

La décision du jour, soit le fait d'accorder 0,6 centime par kilowattheure au soutien des énergies renouvelables, va dans le bon sens. Elle ne signifie pas que nous avons décroché la lune. Elle est un signe, certes tangible, que la Suisse emprunte le bon chemin, mais nous ne devons pas lâcher la bride. L'erreur, la faute devrais-je dire, serait de monter les uns contre les autres, un type d'énergie contre un autre, de diviser le milieu des renouvelables pour mieux faire régner les énergies fossiles et l'argent facile.

S'agissant de la prise de conscience, je dois vous avouer mon étonnement, ma stupéfaction lorsque j'observe le chemin personnel parcouru dans la perception de la politique énergétique et climatique. D'une affaire de quelques pseudo-spécialistes babas cool et farfelus, ou encore d'une affaire de diseurs de mauvaises aventures, elle est devenue la préoccupation essentielle d'un nombre toujours plus grand de personnes et de milieux, en particulier de la classe politique.

Nous avons effectivement le sentiment que le citoyen consommateur, que nous autres les représentants du peuple, que l'ensemble des populations prennent tous les jours plus au sérieux cette double obligation d'arrêter ou de diminuer à moyen ou à long terme la consommation des agents énergétiques fossiles ou du moins d'en freiner l'augmentation. Ici, nous devons pleinement assurer notre rôle de leaders de l'opinion. Nous ne pouvons pas demeurer passifs. Au contraire, il nous appartient d'influer sur le cours de l'histoire énergétique en appliquant dans la mesure du possible la maxime "convaincre avant de contraindre": sensibilisons au quotidien nos concitoyens; explorons toutes les pistes et tous les types de mesures incitatives, dissuasives et technologiques, cela, sans préjugés ni a priori.

Dans ce domaine, la Vérité n'existe pas. Ce n'est ni blanc, ni noir, ni Verts, ni UDC. Nous ne parviendrons au but recherché, soit relever le défi planétaire de la deuxième partie du XXIe siècle, qu'en cumulant les approches et les solutions. De ce côté-là, il n'y aura pas de petits profits! Mais gare à l'autosuffisance, aux mensonges à soi-même. Cela ne peut pas continuer ainsi, malgré le message aussi lénifiant qu'irresponsable que s'ingénient à colporter certains. Ayons la clairvoyance et le courage d'affirmer que la victoire nécessitera et engendrera forcément des modifications comportementales, des frustrations et peut-être une diminution du confort.

De la précocité avec laquelle nous appréhenderons le phénomène dépendront l'ampleur et, au final, également la nature des sacrifices. Evitons d'aborder ce chantier colossal avec angélisme et dogmatisme en pratiquant le déni ou le catastrophisme. Surtout, ne nous dérobons pas! Il est de notre devoir de mener une politique volontariste et exemplaire, sans obsessions fiscalistes; les taxes ont montré leurs limites.

Un débat tel que celui que nous menons aujourd'hui doit contribuer à la prise de conscience que la politique énergétique et climatique est l'affaire de chacun. A défaut, ce débat demeurera un exercice de rhétorique fastidieux et vain.