Ory Gisèle · Ständerat · 2007-06-19
Ory Gisèle · Ständerat · Neuenburg · Sozialdemokratische Fraktion · 2007-06-19
Wortprotokoll
Les hautes écoles devront relever de nombreux défis dans les années qui viennent et notre souci aujourd'hui devrait être de leur en donner les moyens, les moyens financiers bien sûr, mais aussi des moyens qui ne soient pas régulièrement remis en question par des mesures d'économies qui ne peuvent que freiner la réforme des hautes écoles et fragiliser les projets de recherche qu'elles lancent. Nous devons aussi leur donner des lignes directrices, que le message appelle "mesures transversales". Elles sont très importantes et, comme on a déjà beaucoup parlé finances ce matin, j'aimerais insister maintenant sur deux de ces mesures: la promotion de l'égalité des chances et le développement durable.
La promotion de l'égalité des chances faisait déjà partie des réflexions de fond du message précédent pour la période 2004-2007. C'est maintenant le moment d'en examiner le bilan et de voir ce qui devrait encore être fait. En ce qui concerne l'égalité des chances entre filles et garçons, des progrès légers ont été enregistrés, mais on peut dire qu'on n'en est pas encore à une égalité de fait, loin de là! Si les étudiantes sont maintenant plus ou moins aussi nombreuses que les étudiants, en revanche la proportion se dégrade sérieusement quand on parle du corps intermédiaire et plus encore quand il s'agit des professeurs. Il faut donc continuer l'effort et les programmes d'encouragement à la promotion des femmes dans le corps professoral ne doivent en aucun cas être ralentis ou abandonnés. Il faut bien sûr y ajouter des mesures qui permettent aux jeunes mères de ne pas abandonner leur métier pour élever leurs enfants, des aménagements des horaires de cours, des crèches ou des horaires scolaires compatibles avec les études ou la profession.
L'égalité des chances entre les étudiants venant de différents milieux doit aussi être améliorée, et, dans ce domaine, permettez-moi de vous faire part de quelques soucis. L'égalité des chances repose sur l'aide matérielle aux étudiants les plus désargentés. Or, que constatons-nous à l'heure actuelle? Le système des bourses est peu développé et il n'est pas harmonisé. 80 pour cent des étudiants et des étudiantes travaillent pour financer leur formation. Nombreux sont ceux et celles qui renoncent à la poursuivre parce qu'ils n'arrivent pas à tout mener de front. C'est dommage, notamment pour les personnes concernées, mais aussi pour le développement scientifique et industriel de notre pays. Nous avons besoin de toutes les compétences. Si des jeunes doivent renoncer à leur formation parce qu'ils ne peuvent pas la payer, c'est notre avenir que nous prétéritons.
Il faut donc que nous nous préoccupions de la question des bourses et des taxes et que nous cherchions une solution permettant aux jeunes d'étudier sans soucis financiers. Ce doit être une priorité. Les prêts ne peuvent être une réelle alternative. Dans un pays comme la Suisse où les gens n'aiment pas s'endetter, ils sont très peu utilisés et ne le seront pas plus à l'avenir. Qui voudrait débuter sa vie professionnelle avec une dette de plus de 100 000 francs?
Le fait que 80 pour cent des jeunes gagnent leur vie doit aussi nous interpeller. Cela signifie que le modèle de l'étudiant à plein temps est révolu et qu'il faut aujourd'hui se préoccuper d'aménager les études de manière à ce que les jeunes puissent travailler. Il faut des horaires souples, des programmes moins concentrés ou par modules.
Enfin, la répartition des cours entre les hautes écoles a aussi des conséquences. Les étudiants ou les professeurs [PAGE 558] doivent se déplacer d'un site à l'autre. Il faut donc réfléchir à l'organisation et au financement des transports.
Le deuxième point que je voudrais aborder, c'est le développement durable. J'avoue que j'ai lu le message avec une certaine perplexité. On y mentionne le développement durable comme un axe transversal, mais il n'y a malheureusement que quelques mots bien rares en ce qui concerne sa concrétisation. On cite les centres de compétence "Energie et mobilité durable" et "Environnement et développement durable" du domaine des écoles polytechniques fédérales, mais on ne retrouve plus le développement durable dans les actions stratégiques spécifiques des écoles polytechniques fédérales, des universités ou des hautes écoles spécialisées.
Nous sommes entrés l'année passée dans la Décennie des Nations Unies pour l'éducation en vue du développement durable. Plusieurs pays européens, dont l'Allemagne, ont déjà mis en place des plans d'action détaillés. Je suis convaincue que pour faire avancer l'idée du développement durable, il est nécessaire d'introduire ce concept dans l'éducation, et en particulier dans les formations dispensées dans les hautes écoles, car c'est là qu'étudient les décideurs de demain. Si nous voulons que la nouvelle génération soit consciente des enjeux du développement durable et puisse agir dans ce domaine de manière responsable dès demain, c'est dans les hautes écoles que nous devons commencer notre travail. Nous apprenons beaucoup par l'exemple, c'est pourquoi nous devons introduire le développement durable non seulement au niveau de l'enseignement, mais aussi au niveau de la gestion de l'école: gestion environnementale, énergétique, notions d'égalité des chances, etc.
Je note avec intérêt que le Conseil fédéral soutient la Décennie des Nations Unies pour l'éducation en vue du développement durable, qu'il prépare un plan d'action, que de nombreux projets touchant le développement durable sont élaborés au sein du Fonds national suisse de la recherche scientifique, de la Commission pour la technologie et l'innovation ou des écoles polytechniques fédérales et qu'un chapitre sera consacré à ce sujet dans le monitorage de la formation, afin de rendre les actions en matière de développement durable plus visibles.
J'ajouterai un mot sur la question de l'assurance qualité et la reconnaissance des titres au niveau international. On ne peut favoriser la mobilité et l'échange que si tous les titres distribués sont reconnus dans l'ensemble des pays européens et correspondent aux titres européens. Il faut que les entreprises et les services sachent qui engager et à quoi s'attendre en matière de connaissances. L'assurance qualité et la reconnaissance réciproque des titres sont donc aussi une priorité.
En ce qui concerne le financement et les fonds attribués à la formation, c'est évidemment une question fondamentale, et une augmentation notable est nécessaire si nous voulons assurer une prise en charge correcte des étudiants qui sont toujours plus nombreux. Nous avons vu que les prévisions annoncent pour 2014 une augmentation de 14 000 étudiants dans les universités et de 7000 étudiants dans les hautes écoles spécialisées. C'est réjouissant, mais cela nous oblige à fournir de plus grands efforts si nous voulons rattraper le retard que nous avons pris dans certains domaines - dans les sciences humaines, par exemple, où il y a beaucoup trop d'étudiants par professeur -, si nous voulons assumer notre responsabilité légale face aux cantons et au financement des hautes écoles par la prise en considération des nouveaux domaines - santé, travail social et arts - dans les hautes écoles spécialisées.
Nous avons aussi - du moins je le crois - l'ambition de nous maintenir au même niveau que les autres pays européens en matière de recherche et de développement. Or, l'effectif du personnel actif dans la recherche reste à peu près stable en Suisse alors qu'il augmente régulièrement et même fortement dans certains pays, par exemple en Finlande. L'Union européenne a la volonté d'augmenter l'effort en faveur de la recherche et du développement à 3 pour cent du produit intérieur brut. En Suisse, nous en sommes actuellement à 2,9 pour cent, mais cela surtout grâce à l'effort du secteur privé.
Nous avons fait le choix en commission d'une augmentation des crédits FRI de 6 pour cent; c'est un minimum. En réalité, nous avons besoin d'une augmentation de 8 pour cent si nous voulons relever les défis qui nous sont posés. Et surtout, nous devons éviter de subir à nouveau des mesures d'économies qui, comme nous l'avons vu lors des auditions auxquelles nous avons assisté en commission, ont des conséquences très pénibles sur l'efficacité et la fiabilité du travail des hautes écoles et de la recherche.
Je vous propose donc d'entrer en matière sur ce sujet.