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Maury Pasquier Liliane · Nationalrat · 2007-09-18

Maury Pasquier Liliane · Nationalrat · Genf · Sozialdemokratische Fraktion · 2007-09-18

Wortprotokoll

Miracle! l'UDC aurait trouvé "la" solution après laquelle nous courons depuis des années pour abaisser le montant des primes d'assurance-maladie dans l'assurance de base! Serait-ce là l'oeuf de Colomb? Vous vous en doutez, tel n'est malheureusement pas le cas. Il ne s'agit là, finalement, que d'un assaut de populisme de plus, populisme auquel ce parti nous a largement habitués.

Mais en fait, si on lit attentivement le titre de l'initiative, on ne peut pas dire qu'on est trompé sur son contenu. Il s'agit bel et bien d'une baisse des primes dans l'assurance de base. La question qui se pose aussitôt, c'est donc de savoir comment cela est possible, ou plutôt à qui profite le crime? Sans doute pas à la grande majorité des personnes malades, puisque si l'on veut diminuer les primes, il va falloir supprimer le remboursement d'un certain nombre de prestations, qui sont actuellement incluses dans l'assurance de base. Bien sûr, on ne va sans doute pas laisser mourir une personne nécessitant des soins, quoique .... Seront ainsi pris en charges "les coûts des prestations médicales et des soins qui servent à atténuer la douleur et à guérir et réintégrer le patient, qui sont adéquats et économiques, et dont l'efficacité est reconnue par la science", selon le texte de l'initiative.

Sans même parler du flou de ces propos, que se passera-t-il pour les personnes atteintes de maladies chroniques, donc qu'on ne peut guérir? Et pour celles dont les traitements sont extrêmement coûteux ou sans garantie de réussite? Là aussi, c'est le flou qui règne. Ce qui est sûr, c'est que la solidarité enfin réalisée grâce à la LAMal ne sera en tout cas pas renforcée par cette initiative. En effet, pour être sûr d'être remboursé, il faudra disposer d'une assurance complémentaire, régie, elle, comme le dit explicitement le texte de l'initiative, "par le droit des assurances privées". C'est donc le retour à la situation qui prévalait avant 1996, autant dire au Moyen Age!

Dans l'assurance complémentaire, les primes d'assurance sont proportionnelles aux risques. Elles sont donc très élevées pour les personnes âgées qui risquent le plus d'être atteintes dans leur santé. En cas de changement d'assurance, des réserves peuvent être affectées à la prise en charge de l'ensemble des prestations, ce qui, de fait, revient à une interdiction de changement, l'assuré étant captif de son assureur. Décidément, les grands gagnants en cas d'acceptation de cette initiative seraient les assureurs, et cela grâce aux profits qu'ils réaliseraient dans l'assurance complémentaire sur le dos des assurés, et leurs actionnaires.

Quant au contre-projet proposé par la minorité, il ne vaut pas mieux que l'initiative elle-même. Il comporte les mêmes défauts et produit les mêmes effets: retour en arrière catastrophique avec la suppression de l'obligation de contracter, monisme, plus de concurrence et plus de marché. Ces recettes sont déjà mises en oeuvre dans un pays, les Etats-Unis. C'est le pays dans lequel les coûts de la santé sont les plus élevés et en même temps, celui dans lequel le plus grand nombre de personnes sont exclues de [PAGE 1228] l'assurance-maladie. C'est le pays du rationnement des soins qui voit des malades mourir faute de prise en charge adéquate. Ce n'est pas ce modèle que nous voulons suivre, ce n'est pas cet avenir dont nous rêvons, ce n'est pas ce remède que nous voulons appliquer.

Il faut donc rejeter à la fois l'initiative et son contre-projet, permettre à la population de se prononcer rapidement pour tourner la page des solutions trompeuses et mettre en oeuvre d'autres solutions, peut-être plus modestes, mais plus efficaces et plus souhaitables.