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Bonhôte Pierre · Ständerat · 2007-09-18

Bonhôte Pierre · Ständerat · Neuenburg · Sozialdemokratische Fraktion · 2007-09-18

Wortprotokoll

Je commencerai par déclarer mes liens d'intérêts: je suis l'heureux propriétaire de plusieurs arbres fruitiers et je n'ai aucune envie de les voir succomber aux assauts du feu bactérien. Je suis donc particulièrement sensible à l'argumentation qu'a développée Monsieur Bürgi et à la problématique à laquelle nous sommes confrontés.

Cela dit, je ne suis pas d'avis pour autant que la fin justifie tous les moyens. Tout à l'heure, nous n'avons pas voté - et heureusement, puisqu'elle a été retirée - sur la motion 07.3302 qui prévoyait une incitation à utiliser des antibiotiques pour lutter contre le feu bactérien. Si je vous invite à rejeter le postulat Leumann, c'est parce que, par son postulat, l'auteur demande quelque chose qui se fait déjà, à savoir de développer des variétés résistantes au feu bactérien; de plus, elle nous propose une voie que me paraît hasardeuse et qui est à mon sens inacceptable, c'est celle de modifier les arbres fruitiers par la voie du génie génétique. Je dois le dire, c'est plus le développement de l'auteur et la prise de position du Conseil fédéral que la demande contenue dans le postulat qui m'ont incité à proposer le rejet de celui-ci.

La promotion de la voie du génie génétique se base à mon sens sur deux principes contestables et qui sont très loin d'être démontrés: 1. l'infériorité de la méthode reposant sur la sélection naturelle par rapport à la voie du génie génétique; 2. la préférence qu'auraient les consommateurs pour des fruits issus de plantes génétiquement modifiées plutôt que pour de nouvelles variétés sélectionnées - c'est ce que nous dit l'auteur dans son développement.

J'estime qu'il est hasardeux d'affirmer que le génie génétique serait une voie plus rapide et plus sûre que la méthode de sélection classique pour développer des variétés résistantes au feu bactérien. Les déconvenues en matière de culture de plantes génétiquement modifiées sont de plus en plus fréquentes en raison de modifications non anticipées des caractéristiques biologiques des végétaux suite à l'inclusion forcée d'éléments étrangers dans leur génome. C'est le cas en particulier pour le coton génétiquement modifié qui est souvent victime d'attaques de prédateurs qui n'ont pas pu être anticipées.

La génétique moléculaire n'est pas un jeu de Meccano où l'on peut simplement remplacer des pièces par d'autres en maîtrisant le résultat de l'expérience. La multifonctionnalité des séquences géniques, sujet qui nous a déjà largement occupés dans le cadre de la discussion de la loi sur les brevets, ainsi que les nouvelles connaissances récemment acquises sur les fonctions des parties de gène non codantes, que l'on croyait inutiles jusqu'à présent, nous éloignent de plus en plus d'une vision mécaniste de la génétique sur laquelle se fonde le génie génétique.

Il est encore plus hasardeux de prétendre que les consommateurs préféreraient consommer des fruits génétiquement modifiés, plutôt que de nouvelles variétés issues de la sélection. Cela contredit tous les sondages d'opinion qui montrent que les consommateurs ne sont pas prêts à avaler des organismes génétiquement modifiés, cela avec raison parce qu'il est pratiquement impossible de déterminer l'innocuité sanitaire de telles plantes génétiquement modifiées en raison des modifications imprévisibles dans la synthèse des protéines que peut induire une modification forcée du génome.

Dans sa prise de position, le Conseil fédéral décrit tout un éventail de méthodes prometteuses pour venir à bout du feu bactérien. On comprend évidemment que l'Agroscope Changins-Wädenswil, qui a cessé ses travaux sur les plantes génétiquement modifiées en 2005, attend un signal pour reprendre ses activités. Nous devons avoir une vision plus large. Espérer que le salut de l'arboriculture réside dans le génie génétique est à mon sens trompeur à l'égard des arboriculteurs qui sont aujourd'hui désemparés par le fléau du feu bactérien. Cela risque de nous engager dans une voie sans issue qui se heurte à l'hostilité du consommateur. Cela constitue un péril aussi grand pour nos fruits que les attaques du feu bactérien.

Alors, que l'on me comprenne bien, ma proposition de rejeter le postulat n'est pas une manifestation d'hostilité à l'encontre de la recherche dans le domaine du génie génétique, mais plutôt le signe d'une volonté d'éviter que l'on s'engage dans une voie sans issue et de faire en sorte que se poursuivent les recherches telles qu'elles se font actuellement et qui me semblent être porteuses de solutions par le biais de la méthode de sélection classique.