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Bonhôte Pierre · Ständerat · 2007-09-20

Bonhôte Pierre · Ständerat · Neuenburg · Sozialdemokratische Fraktion · 2007-09-20

Wortprotokoll

Je remercie le Conseil fédéral de sa réponse. Je pense effectivement qu'il était important que la discussion sur l'avenir de nos Forces aériennes ait lieu suffisamment tôt dans la mesure où il s'agit d'un investissement qui sera considérable.

Je dois le dire, malheureusement, l'argumentation du Conseil fédéral renforce mon inquiétude dans ce domaine. Je souhaite revenir plus particulièrement sur deux points: premièrement, le dimensionnement des besoins de la défense aérienne; deuxièmement, les exigences spécifiques en matière de police aérienne.

Certaines considérations dans la réponse du Conseil fédéral m'étonnent effectivement. Selon la réponse au chiffre 4 de l'interpellation, le dimensionnement des Forces aériennes n'est ainsi pas basé sur des scénarios, mais sur une capacité avec pour but de pouvoir parer à toute éventualité. Une telle démarche est à mon sens inacceptable, car toutes les éventualités ne présentent évidemment pas la même probabilité. Vouloir parer à des menaces hautement improbables, voire même à la limite de l'impossible est irrationnel. Si une telle approche était pratiquée dans tous les domaines d'activité de l'Etat, je ne doute pas que la Confédération serait assez rapidement ruinée.

Je vais présenter quelques exemples. Samedi dernier, vous l'avez peut-être lu dans le journal - il y a encore un article aujourd'hui -, une météorite est tombée au Pérou. Elle a creusé un cratère de six mètres de profondeur et de 30 mètres de diamètre. Un tel événement, s'il s'était produit dans une zone urbanisée de notre pays, aurait causé des dégâts très importants et un nombre élevé de victimes. Nous devrions certainement parer à ce genre de menace. Mais dans la mesure où la probabilité est très faible et le coût de la protection très élevé, nous ne le faisons pas. Le risque de tremblement de terre n'est pas négligeable non plus en Suisse et, pour parer à cette éventualité, nous pourrions renforcer les structures d'un grand nombre de bâtiments, nous le faisons toutefois très rarement, estimant que le rapport coût/utilité est trop faible au regard de la probabilité d'un séisme majeur.

De même, un accident nucléaire majeur rendrait inhabitable une grande partie du pays. Il y a une probabilité non nulle qu'un tel événement se produise et pourtant nous exploitons des centrales nucléaires. Le réchauffement du climat fait lui aussi peser des menaces graves sur la sécurité du pays et des habitants. Nous y parons pour l'instant fort peu et avec des moyens très insuffisants. Le risque terroriste, pour sa part, est certainement bien supérieur au risque d'agression militaire et nous ne pouvons pas être préparés à toute éventualité car cela n'est pas finançable.

Alors, je dois dire que j'ai l'impression que dans la défense, par contre, et en particulier dans le domaine de la défense aérienne, nous nous trouvons dans le seul domaine d'activité de l'Etat où une analyse coût/utilité apparaît comme superflue. A mon sens, il est clair que la probabilité de devoir mener un combat aérien symétrique ou de devoir contrer une agression terrestre militaire par un engagement air-sol [PAGE 746] dans ces dix à quinze prochaines années est tellement infime que rien ne justifie un investissement de plusieurs milliards de francs. La probabilité d'un tel événement est assurément inférieure à celle d'une chute de météorite ou d'un tremblement de terre auxquels je faisais allusion tout à l'heure. En tout cas, cette menace éventuelle est tellement infime qu'elle ne justifie pas de transformer notre espace aérien en bunker inexpugnable.

Le souhait que les forces armées aériennes de la Suisse puissent continuer à mener des exercices avec les forces de l'OTAN est compréhensible dans la mesure où cela peut créer de la motivation et de la fierté. Mais je suis d'avis que ces nobles sentiments ne valent pas l'effort colossal qu'on s'apprête à demander au contribuable suisse pour le financer.

Dans la situation actuelle de stabilité et de paix que connaît l'Europe, la seule tâche qui, à mon sens, doit incontestablement être assurée, c'est la police de l'espace aérien. La notion de "menace la plus vraisemblable", qui oriente les tâches de police aérienne - d'après la réponse du Conseil fédéral - n'est malheureusement pas explicitée, ce qui rend son analyse impossible. Toutefois, en l'état actuel des connaissances, il me semble que les 33 F/A-18 actuellement en service suffisent largement à la tâche et y suffiront certainement largement pour les vingt ans à venir. Et encore, les missions de police aérienne, dans la grande majorité des cas, pourraient se satisfaire d'appareils moins sophistiqués. Les avions de combat ne sont effectivement pas les outils les mieux adaptés pour ramener dans la bonne voie aérienne les avions civils égarés.

La capacité actuelle d'engagement 24 heures sur 24 de quatre avions de combat durant un mois entier est très largement dimensionnée vu les besoins connus. Vouloir doubler cette capacité pour des seules tâches de police, comme le demande Monsieur le divisionnaire Markus Gygax, ne trouve pas de justification convaincante.

Dès lors, je demanderai au Conseil fédéral de se montrer raisonnable en matière de défense aérienne et d'appliquer une analyse coût/utilité aussi rigoureuse dans ce domaine-là qu'il le fait dans les autres domaines d'intervention de l'Etat. Car un projet d'acquisition de nouveaux avions de combat sans justification forte et plausible, à coup sûr, susciterait une assez forte opposition.