Lexipedia

Rossini Stéphane · Nationalrat · 2007-12-05

Rossini Stéphane · Nationalrat · Wallis · Sozialdemokratische Fraktion · 2007-12-05

Wortprotokoll

Lorsque l'on analyse quelle est la teneur du débat sur les politiques en matière de drogue et plus particulièrement à propos de la question du cannabis, force est de constater que plus le temps passe, plus le décalage s'accroît entre le dogmatisme et le fondamentalisme d'une majorité politique et le vécu des professionnels de la santé et du travail social. Ceux-ci tentent ou de prévenir, ou de résoudre au quotidien les problèmes réels vécus par les personnes. De toute évidence, un fossé se creuse à cause de l'hypocrisie ambiante, car on se voile la face en se donnant apparemment bonne conscience en verrouillant l'accès à toute solution pragmatique. Le débat est aussi empreint d'égoïsme et d'intransigeance lorsque l'on bloque ce débat alors que, manifestement, le statu quo est insatisfaisant.

Que l'on soit clair d'un côté et honnête de l'autre: personne ne veut banaliser, voire même sous-estimer, les effets nuisibles des toxicodépendances. Les méfaits sont évidents, les conséquences sanitaires, sociales et psychosociales démontrées et reconnues. Toutefois, et c'est peut-être l'essentiel, il convient de rester lucide, de ne pas se mettre la tête [PAGE 1811] dans un sac afin de ne plus voir et de ne plus comprendre ce qui se passe. Nous devons ébaucher des solutions constructives.

A cet égard, il est éloquent de constater que celles et ceux qui se trouvent le plus souvent confrontés aux conséquences nuisibles des toxicomanies sont aussi les personnes les plus ouvertes à un dialogue constructif, à des mesures proportionnées, à la rupture d'avec des positions sans nuances. C'est que dans cette problématique, contrairement à ce qui est lâché en pâture dans le débat politique, il en faut de la nuance! Il faut admettre que, dans la rue, on se positionne à mille lieues de nos considérations. Ne surinterprétons donc pas nos décisions et les messages qui en découlent; ne refusons pas de voir que la loi actuelle ne donne pas satisfaction.

Comme le dit le Groupement romand d'études des addictions - nous avons tous reçu son courrier -, cette loi est incomprise, inefficace, et elle est appliquée exclusivement sous l'angle de la répression. Comment réagir face à cette réalité de 30 000 dénonciations et infractions à la loi pour la seule consommation de cannabis? Comment réagir face à la consommation des adultes? Ces plusieurs dizaines de milliers de personnes, adultes, concernées par la consommation de cannabis ne sont pas des délinquants, encore moins des voyous.

Du point de vue médical, rien ne justifie une interdiction générale du cannabis, nous disent les professionnels et les scientifiques. Du point de vue de la sécurité, de l'hygiène et de la prévention, il nous faut engager de véritables moyens pour la protection de la jeunesse et celle des populations à risque. Notre message doit aussi être très clair et notre action cohérente, notamment dans le cadre des moyens que nous voulons allouer aux démarches de prévention. Pour les adultes, il faut éviter de faire de cette consommation un crime. C'est ce que demande cette initiative, rien de plus, rien de moins, si ce n'est de franchir encore le pas du contrôle de la production et du commerce par la Confédération, ce qui s'avère essentiel pour une politique moderne et efficace qui puisse véritablement contrôler ce qui se passe dans ce pays en matière de culture de chanvre. Désigner des criminels n'est pas une solution.

Je vous invite donc à soutenir cette initiative.