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Perrin Yvan · Nationalrat · 2007-12-19

Perrin Yvan · Nationalrat · Neuenburg · Fraktion der Schweizerischen Volkspartei · 2007-12-19

Wortprotokoll

"A notre époque, les enfants sont des tyrans." Comme vous avez pu le constater en lisant le courrier émanant du président de la Commission fédérale pour l'enfance et la jeunesse, Socrate avait déjà des mots très durs à l'égard de la jeunesse de son époque. L'intéressé ayant vécu de 470 à 399 avant Jésus-Christ, c'est peu dire que le débat qui nous mobilise aujourd'hui ne date pas d'hier!

Cela a déjà été dit, la génération aux commandes a volontiers porté, tout au long des siècles, un regard critique sur celle qui allait lui succéder. Peut-être faut-il voir dans cette attitude la nostalgie d'une époque révolue, voire une certaine jalousie de ceux qui savent déjà vis-à-vis de ceux qui peuvent encore. Avant de nous pencher sur la jeunesse de ce pays, n'oublions pas que bon nombre d'entre nous n'en font plus partie et que la tentation est grande de brandir le fameux: "C'était mieux dans le temps!"

La Suisse n'a pas mal à sa jeunesse. Dans leur immense majorité, les jeunes de notre pays prennent leur destin en mains, apprennent, travaillent et nous donnent toutes les raisons d'imaginer l'avenir avec confiance. Ce constat réjouissant ne doit néanmoins pas occulter le fait que tout n'est pas rose. Certains peinent à trouver leur place dans le monde que nous leur avons façonné. Les faits divers, dont les médias ont parlé ces derniers mois, ont abondamment mis en évidence un certain nombre de problèmes dont nous avons bien des réticences à admettre l'existence.

Il est vrai que si certains jeunes rencontrent aujourd'hui des difficultés, ne sont pas munis des outils nécessaires pour faire leur chemin ou des valeurs indispensables à une vie en société harmonieuse, nous en sommes largement responsables. Ces jeunes en rupture font avec ce qu'ils ont reçu, c'est-à-dire avec ce que nous leur avons transmis ou, plus précisément, avec ce que nous avons omis de leur transmettre. Il n'y a pas là de quoi être fier. Aujourd'hui, une partie de la jeunesse paie pour notre naïveté. Nous avons testé toutes sortes de méthodes d'enseignement qui, pour beaucoup, ont conduit les cobayes à l'échec. Nombreux sont les jeunes qui ne disposent pas des notions de base leur permettant d'entreprendre un apprentissage, à plus forte raison des études.

On s'interroge sur la paupérisation grandissante d'une partie de la jeunesse. Ils ne sont pas rares ceux qui, à 18 ou 20 ans tout juste, traînent déjà des milliers de francs de dettes sans la moindre perspective d'emploi. Lorsqu'on leur demande comment ils ont fait pour arriver à pareille situation, beaucoup répondent qu'ils le doivent à leur téléphone portable. Tout, tout de suite: le salaire sans la peine!

J'aimerais citer ici la triathlète Magali Di Marco-Messmer, qui dit: "Je ne comprends pas cette génération Star Ac' qui veut atteindre le sommet sans effort." On ne saurait néanmoins lui en faire le reproche, personne ne lui a transmis ces [PAGE 2000] valeurs. Souvent livrés à eux-mêmes, ces jeunes se sont éduqués sur le tas, au sein du groupe, de la bande parfois, avec un système de valeurs basé sur la force, la virilité. Ce que nous n'avons pas été en mesure de leur inculquer, les jeux vidéo, Internet, les nouvelles technologies se sont chargées de le faire.

Nous sommes à l'approche de Noël. Quel jeu vidéo a-t-il la faveur de la clientèle? Les courses de voitures où il convient de franchir la ligne avant les autres, quel qu'en soit le prix, ou les jeux de guerre où le gagnant est celui qui a "explosé" le maximum d'ennemis?

La pornographie apporte, elle aussi, sa pierre à l'édifice. Quel que soit le scénario, pour autant qu'il y en ait un, il est une scène que l'on ne trouve jamais, c'est celle où monsieur sollicite le consentement de madame. Tout, tout de suite. Certains auteurs de viols collectifs, les fameuses tournantes, en arrivent sincèrement à vivre l'intervention policière comme une injustice, tant l'idée de solliciter l'accord de leur partenaire leur échappe. Bien souvent, une intégration cahoteuse, voire inexistante, ajoute à ces problèmes. Le réflexe communautariste renforce la dynamique de groupe avec ses propres règles souvent basées sur la loi du plus fort. Encore une fois, seule une minorité de notre jeunesse pose problème, mais l'évolution est préoccupante.

En 2000, 3055 jugements pénaux furent infligés à des adolescents dans notre pays. En 2004, ce chiffre est passé à 4892. Parallèlement à la quantité, la qualité des délits, si je puis dire, inquiète également. Alors que les infractions contre la vie et l'intégrité corporelle représentaient en moyenne 3,5 pour cent du total au début des années 1990, elles atteignent maintenant 10 pour cent, soit trois fois plus. Les migrants sont particulièrement concernés par cette problématique puisqu'en 2004, le taux de jugement des adolescents étrangers a atteint 4141 pour 100 000 contre 1255 pour les jeunes Suisses.

C'est à nous qu'il appartient d'apporter des réponses à la délinquance juvénile. Nous ne pourrons le faire qu'en étudiant tous les aspects du problème, y compris sous l'angle de la nationalité, faute de quoi les solutions manqueront leur but.

Je vous demande donc de soutenir la motion 07.3406 du groupe UDC, "Transparence sur l'origine des criminels".