Couchepin Pascal · Bundesrat · 2007-06-21
Couchepin Pascal · Bundesrat · Wallis · 2007-06-21
Wortprotokoll
C'est donc avec enthousiasme que je prends la parole pour m'exprimer après ce feu d'artifice d'orateurs qui se sont exprimés en faveur du plurilinguisme, en faveur de la cohésion nationale, en faveur du respect des langues, en faveur d'une meilleure compréhension nationale. J'ai participé intérieurement à ce feu d'artifice parce que s'il y a des valeurs que tous les Suisses partagent, ce sont bien celles-là. Nous sommes pour le plurilinguisme; nous sommes pour une meilleure compréhension des choses et des langues; nous sommes pour que chacun puisse mieux s'exprimer dans la langue d'autrui, en évitant parfois de lui imposer un allemand hésitant ou un français hésitant.
Le dernier orateur a dit que chacun devrait parler un petit peu dans la langue d'autrui. Je me dis que ce n'est peut-être pas la chose la plus agréable à faire, en tout cas pas pour les interlocuteurs. En effet, pour ma part, je préfère souvent qu'on me parle en allemand plutôt qu'en mauvais français, et probablement que pas mal d'entre vous préfèrent que je parle en français plutôt que dans un allemand fautif.
Mais si on peut améliorer les choses, pourquoi pas? Le seul problème, c'est de savoir comment les améliorer et quels sont les moyens pour y parvenir. Madame Kleiner m'a apporté une lettre qui n'a aucun rapport avec la discussion, mais qui se termine par une citation de Tacite: "Früher litten wir an Verbrechen, heute leiden wir an Gesetzen." Le problème est le suivant: est-ce qu'une loi dans ce domaine améliore les choses? J'étais il y a quelques jours à Barcelone, on y parle catalan. Pendant le régime franquiste, la langue catalane était interdite. Aussi bien à l'école que dans la rue, on imposait le castillan. Echec complet: dès l'instant où Franco, Caudillo de España por la Gracia de Dios, a disparu, le système s'est effondré et le catalan est réapparu. C'est l'exemple "négatif": une loi ne peut pas empêcher l'expression de l'identité d'un peuple et de sa culture, sauf si on l'extermine.
En sens inverse: une loi peut-elle imposer quelque chose que les gens ne souhaiteraient pas? C'est le grand débat en Suisse: est-ce qu'à la pointe des baïonnettes, si j'ose dire, ou plutôt grâce à des articles de loi, vous allez réussir à faire en sorte qu'un jeune Zurichois, qui se réjouit d'apprendre une langue étrangère, avec l'anglais comme première langue, apprenne le français avec le même plaisir? Pas du tout! Vous allez au contraire rendre plus odieuse encore une langue pour laquelle il a déjà moins de sympathie au départ.
Il y a des limites! Et la limite, c'est qu'on veut que les jeunes apprennent une deuxième langue nationale, c'est clair. Mais faut-il, pour atteindre cet objectif, imposer une langue qui plaît moins qu'une autre? Je ne crois pas. Je ne crois pas qu'on puisse imposer par des articles de loi même des bonnes intentions. Je ne crois pas qu'on puisse réaliser le royaume paisible du plurilinguisme avec des articles de loi.
Les cantons, qui sont directement aux prises avec ce problème, sont contre cette loi. Ils sont d'accord, dans la mesure où il y a de l'argent en jeu, mais c'est - croyez-moi, je viens du canton du Valais, qui est bilingue comme le canton de Fribourg - regarder l'affaire par le petit bout de la lorgnette, parce que les cantons ont aussi les moyens de favoriser les choses à l'intérieur de leurs frontières.
Si le seul but de la loi était d'obtenir plus d'argent de la part de la Confédération - quelques millions de francs de plus -, je ne plaiderais pas contre l'entrée en matière au nom des dépenses supplémentaires que cela engendrerait. Il ne s'agit pas de dépenses extraordinaires: on a fait un calcul, c'est 14 ou 17 millions de francs; aujourd'hui, on en paie 5 ou 6; c'est donc plus ou moins 10 millions de plus. Mais si, véritablement, le plurilinguisme dans ce pays dépend de 10 millions de francs qui viendraient de la Confédération plutôt que des cantons, alors c'est qu'on est vraiment au bout du rouleau et que, lentement, ce pays s'épuise et perd ses ambitions!
Voilà pourquoi le Conseil fédéral, sans espoir de convaincre la majorité d'entre vous, continue à plaider, avec Tacite, contre une loi qui n'est pas nécessaire. Tous les objectifs, nous les partageons, et celui qui commentera cette intervention en disant que le Conseil fédéral n'est pas d'accord avec les objectifs du projet, je le traiterai de menteur, car nous sommes d'accord avec tous les objectifs! Mais est-ce que, vraiment, vous voulez les imposer par la loi - d'autant plus qu'il s'agit d'une loi qui, finalement, n'a qu'un seul intérêt, à savoir "sortir" 10 millions de francs de plus de la caisse fédérale pour les donner aux cantons? Ce n'est pas avec cela qu'on va transformer la Suisse.
Je m'en remets à votre bon sens, mais je pense qu'il ne va pas triompher.