John-Calame Francine · Nationalrat · 2008-06-09
John-Calame Francine · Nationalrat · Neuenburg · Grüne Fraktion · 2008-06-09
Wortprotokoll
En 2005, lors du sommet "Millénaire plus cinq", Monsieur Samuel Schmid, alors président de la Confédération, a confirmé la volonté de la Suisse d'augmenter sa part dans les efforts internationaux d'aide au développement qui consiste à prendre un ensemble de mesures afin de diminuer la pauvreté de moitié par rapport à 1990. La réussite de cet objectif dépend de la manière dont on traitera la crise alimentaire mondiale actuelle, car cette dernière touche en premier lieu les pays les plus pauvres de la planète qui sont aussi les plus vulnérables et ceux qui paieront le plus lourd tribut aux changements climatiques.
Selon l'article 5 alinéa 2 de la loi fédérale sur la coopération au développement et l'aide humanitaire internationales de 1976, la Suisse doit soutenir "en priorité les efforts des pays en développement, régions et groupes de population les plus défavorisés". Pour cela elle encourage notamment le développement rural, l'amélioration alimentaire, en particulier par les cultures vivrières destinées à la consommation locale, la promotion de l'artisanat et de la petite industrie locale, la création d'emplois, la recherche et le maintien d'un équilibre écologique et démographique.
La Suisse n'a pas trahi ces objectifs et a toujours oeuvré selon ces grands principes avec bien des succès à la clé. Notre politique cohérente et de qualité ainsi que notre absence de passé colonial nous vaut d'ailleurs une reconnaissance unanime des pays dans lesquels la DDC ou le SECO interviennent.
Malheureusement, force est de constater que le Fonds monétaire international et la Banque mondiale ont contrarié l'orientation du développement économique de certains de ces pays en encourageant, au-delà du bon sens, les grandes cultures d'exportation au détriment des cultures vivrières. Voici une des raisons, avec entre autres la pression induite par les agrocarburants, qui ont conduit à la crise alimentaire mondiale que nous connaissons actuellement et qui affecte sans commune mesure les pays les plus pauvres.
Il est donc urgent de trouver une solution et de lever des fonds en faveur du Programme alimentaire mondial, afin d'enrayer cette crise et de redonner espoir aux populations concernées. Ceci nous amène donc tout naturellement à aborder le thème financier de l'aide au développement et à la détermination du montant des fonds que notre Parlement est prêt à dégager pour atteindre les buts qu'il s'est fixés.
La Suisse est l'un des pays les plus riches de l'Occident. Il est donc incompréhensible que nous renoncions aux promesses faites devant les Nations Unies et sur la scène internationale. D'ailleurs, je tiens à rappeler que la population suisse a soutenu massivement la pétition demandant que nous engagions des fonds à hauteur de 0,7 pour cent de notre produit national brut pour l'aide publique au développement. Il s'agit de ne pas faillir à nos engagements.
Je tiens aussi à mentionner que la DDC a entrepris certaines restructurations au niveau de son fonctionnement interne avec son nouveau directeur, Monsieur Martin Dahinden. De plus, même si l'analyse menée par la Commission de gestion du Conseil des Etats mentionne quelques pistes pour améliorer encore l'efficience de l'aide, notamment dans l'identification d'"indicateurs concrets susceptibles de servir de valeurs de référence pour l'orientation stratégique et les activités de la DDC", elle n'a pas relevé de faits qui justifient les critiques selon lesquelles "les activités de la DDC ne correspondraient pas aux objectifs et aux priorités fixées par le Conseil fédéral et le Parlement" (p. 2715 du rapport de la Commission de gestion du Conseil des Etats du 8 décembre 2006).
Par ailleurs, la Commission de gestion du Conseil des Etats estime aussi qu'élaborer une stratégie demande un investissement en temps considérable et, du fait que le contexte des différents pays est susceptible d'évoluer très rapidement, "il n'est pas toujours judicieux, ni efficient de consentir autant d'efforts pour formuler des analyses approfondies qui, le cas échéant, seront déjà caduques avant même leur mise en oeuvre" (p. 2696 du rapport précité). La Commission de gestion du Conseil des Etats soutient sans équivoque "l'approche de la DDC visant à définir les besoins à partir d'une analyse de la situation sur le terrain et avec la participation de ses partenaires et bénéficiaires" (p. 2699 du rapport précité).
Le groupe des Verts votera les deux crédits de programme de la DDC et du SECO. Notre groupe soutient aussi une politique évolutive des montants alloués à l'aide au développement, afin d'atteindre 0,7 pour cent du PNB en 2015. Il votera toutes les propositions allant dans ce sens afin d'introduire un plan par étapes contraignant. En effet, si nous pouvons entendre les réticences de certains partis qui souhaitent allouer des montants précis à des projets précis plutôt que de définir des pourcentages du PNB, nous tenons à leur dire que les projets existent déjà. Mais étant donné les exigences formulées par notre Parlement pour recentrer les activités de la DDC et du SECO, certains de ces projets sont en voie d'être abandonnés, alors même qu'ils sont performants et utiles, comme c'est le cas par exemple pour le Pakistan, qui regrette amèrement le désengagement de notre pays.
Pour Genève, qui abrite un nombre important d'organisations internationales, il serait particulièrement désastreux qu'on ne parvienne pas à maintenir la Suisse dans le groupe médian des donateurs du Comité d'aide au développement de l'OCDE. C'est un risque en termes d'image qui peut avoir de sérieuses conséquences négatives à l'heure où la concurrence fait rage au niveau mondial pour attirer les organisations internationales dans des régions plus généreuses et reconnaissantes des retombées publicitaires et économiques que ces sièges internationaux génèrent.