Rennwald Jean-Claude · Nationalrat · 2008-03-17
Rennwald Jean-Claude · Nationalrat · Jura · Sozialdemokratische Fraktion · 2008-03-17
Wortprotokoll
Tel qu'il ressort des travaux de la commission, le projet de 11e révision de l'AVS (nouvelle version) ne contient absolument aucune mesure en faveur d'une retraite flexible à caractère social. C'est une pure opération d'économies, une pure opération de démantèlement social, en particulier sur le dos des femmes, et c'est une véritable insulte au vote du peuple exprimé en 2004. Je dois dire que tout cela ne m'étonne pas beaucoup, parce que ça se situe dans un contexte assez sérieux d'affrontement social caractérisé par des attaques massives contre les salariés - en particulier dans la branche de la construction et chez CFF Cargo -, par un contexte de croissance très inégalement répartie et aussi par un chantage à la situation financière des assurances sociales: on veut nous faire croire que l'AVS est au bord du gouffre. Voici un certain nombre d'années, le Conseil fédéral nous avait dit qu'aujourd'hui on aurait dû avoir une dette de 8,5 milliards de francs dans le fonds AVS alors qu'il y a un surplus de 9,8 milliards. C'est donc une erreur d'estimation de 18 milliards de francs. Je trouve que c'est un peu léger et même pas digne d'un étudiant de première année en sciences sociales.
Comme je suis l'un des vice-présidents de l'Union syndicale suisse, et par là je déclare mes intérêts, c'est évidemment l'initiative populaire qui nous est soumise qui a ma faveur. J'aimerais dire à ce propos qu'à partir de 60 ans, beaucoup de travailleurs sont fatigués, physiquement et psychiquement, et pas seulement ceux qui exercent les métiers les plus pénibles, notamment en raison de l'augmentation des cadences, des rythmes et du stress. Dans toutes les enquêtes que nous menons au niveau syndical, nous constatons que l'abaissement de l'âge de la retraite est la préoccupation majeure des salariés. On dit souvent que l'occupation des travailleurs les plus âgés favorise la croissance. Certes, chers collègues, mais alors dites-moi ce que vous faites de ces dizaines de milliers de travailleurs qui sont licenciés et qui, à partir de 55 ans, voire de 50 ans, ne parviennent plus à retrouver un emploi.
Dans certaines branches économiques, des solutions de retraite anticipée ont été mises sur pied par les partenaires sociaux, notamment dans le bâtiment et dans l'horlogerie. Dans l'horlogerie, les salariés peuvent quitter leur emploi une année avant l'âge de la retraite légale grâce à une rente-pont financée par le patronat. En l'espace de quatre ans et pour une population grosso modo égale d'ayants droit, le nombre des travailleurs qui ont fait usage de cette possibilité a été multiplié par quatre, ce qui montre bien que la retraite anticipée correspond à un besoin fondamental des salariés. Et je peux vous dire que cela s'est produit sans rencontrer trop de difficultés avec le patronat, dans une branche où la moyenne d'âge des salariés est plus élevée que la moyenne. Alors, on me dira: "Il n'y a qu'à régler cela entre partenaires sociaux!" Le problème, c'est que toutes les organisations patronales n'ont pas la même capacité d'ouverture et, plus important encore, que dans le secteur privé la moitié des salariés de ce pays ne sont pas au bénéfice d'une convention collective de travail.
Par rapport aux chiffres que j'ai cités au début de mon intervention, j'aimerais aussi souligner que le coût de l'initiative, environ 800 millions de francs, est parfaitement supportable. Et comme l'a très bien dit tout à l'heure Monsieur Daguet, le problème central n'est pas tant celui de la démographie, car depuis longtemps la part des actifs diminue alors que celle des retraités augmente, mais celui de mener une politique au service de la croissance économique, car c'est celle-ci qui est le meilleur garant de la santé financière des assurances sociales. [PAGE 342]
Mais le débat d'aujourd'hui ne se résume pas à ces comptes d'apothicaire. Il s'agit de savoir si nous voulons encore pénaliser les salariés en relevant, par exemple, l'âge de la retraite à 67 ans, et pourquoi pas plus? ou si nous voulons plutôt leur donner une retraite anticipée à un moment où ils peuvent encore jouir de leur vie.