Rossini Stéphane · Nationalrat · Wallis · Sozialdemokratische Fraktion · 2008-03-17
Wortprotokoll
Dans le cadre de ce débat sur l'initiative populaire concernant l'AVS, permettez-moi trois constats:
1. Depuis la crise des années 1970, le discours dominant au sujet de l'assurance-vieillesse et survivants se limite, d'une part, à un catastrophisme économique et financier très marqué dans toutes les prévisions et, d'autre part, à construire, à inventer une sorte de rentier suisse moyen qui n'existe pas, qui est un fantôme en bonne santé et qui jouit d'une très bonne situation économique. Ces deux approches sont malheureusement extrêmement réductrices et ne reflètent pas la réalité. Elles biaisent toute la réflexion et donnent une orientation soit pessimiste soit dogmatique à la construction prospective de cette assurance sociale.
2. Avec l'alarmisme et la peur, on ne construit strictement rien de bon. Sans le développement de la protection sociale dans ce pays, nous n'aurions pas amélioré l'état de santé de la population, et plus particulièrement de la population âgée. Nous n'aurions pas amélioré la situation économique des rentiers, qui constituaient une frange relativement importante de la catégorie de personnes qualifiées de pauvres, rentiers qui, aujourd'hui, voient leur situation économique s'améliorer. Evitons donc de reculer, de prendre des positions en retrait qui, finalement, détruiraient les progrès sociaux et placeraient les populations de rentiers dans une mauvaise situation. Voir ou appréhender la réforme de la protection sociale dans la seule perspective de la réduction des dépenses est une pure et simple aberration. Nous devons faire preuve de plus d'ambition et suivre l'évolution des besoins auxquels doivent satisfaire les personnes bénéficiant des régimes de protection sociale.
3. Face à la retraite, il n'y a pas de rentier statistique type. Les différences sont énormes en raison des différences dans les conditions de travail, de niveau de formation, en raison des inégalités de revenu et de fortune, des inégalités devant l'invalidité, devant la mort. A voir les projets que l'on nous propose, à voir l'attitude des politiques, je me pose quelques questions simples: est-ce que les politiciens avec [PAGE 334] qui nous croisons le fer, ou les gens de l'administration, ont déjà discuté avec un vrai rentier, pas un rentier statistique, mais un rentier de la vie de tous les jours? Est-ce que quelqu'un a déjà vu un rentier malade, un rentier qui, pour quelques petits francs n'a pas droit aux prestations complémentaires, un rentier qui, pour quelques petits francs n'a pas droit aux subventions à l'assurance-maladie, un rentier qui vit tous les mois en ne parvenant pas à nouer les deux bouts?
Nous ne faisons pas une révision de l'AVS pour celles et ceux qui disposent de hauts revenus, d'un excellent deuxième pilier et d'un très bon troisième pilier, pour celles et ceux qui peuvent choisir le moment de se retirer du marché du travail. Nous ne faisons pas une révision de l'AVS pour les rentiers pour lesquels l'AVS n'est que l'argent de poche, mais pour les centaines de milliers de rentiers de ce pays qui n'ont, malheureusement, que l'AVS pour vivre. Et cette rente AVS, vous en connaissez le niveau maximal: c'est à peine plus de 2100 francs par mois. Pour ces gens-là, nous devons respecter la Constitution, nous devons atteindre le niveau du minimum vital, et nous devons également mettre en oeuvre une flexibilisation de l'âge de la retraite. Ce mandat nous a été donné par le peuple en mai 2004.
Force est de constater que, suite aux travaux de la commission, la seule alternative crédible reste encore cette initiative populaire que je vous invite à soutenir.