Roth-Bernasconi Maria · Nationalrat · 2008-03-17
Roth-Bernasconi Maria · Nationalrat · Genf · Sozialdemokratische Fraktion · 2008-03-17
Wortprotokoll
Un million de femmes: c'est le nombre représenté par les quatorze associations et fédérations féminines qui ont tenu une conférence de presse le 3 mars dernier, pour manifester leur alliance contre les décisions de la commission concernant la 11e révision de l'AVS (nouvelle version). En tant que présidente des femmes socialistes, je me réjouis de ce bel élan des femmes contre des mesures qui les concernent et qu'elles ne vont pas laisser voter les yeux fermés par un Parlement désireux de faire des économies sur leur dos et peu soucieux de promouvoir l'égalité.
La 11e révision de l'AVS, telle qu'elle nous est soumise aujourd'hui, affaiblit notre assurance sociale la plus importante et la mieux portante, car l'AVS avec ces 1,5 milliard de francs d'excédents de recettes en 2007 est le coeur même de l'Etat social suisse. Elle est l'acquis principal des travailleurs et travailleuses de ce pays. Or, aujourd'hui, l'AVS et les femmes sont conjointement menacées. Malgré le net refus de la 11e révision de l'AVS en 2004, sa nouvelle version bafoue la volonté populaire en proposant à nouveau de relever l'âge de la retraite des femmes. Cette proposition faite au nom de l'égalité nous est soumise sans que quelque chose soit prévu pour compenser en contrepartie les inégalités qui frappent aujourd'hui encore les femmes.
Après avoir entendu Madame Fiala, il est intéressant que je vous rappelle quelques faits et chiffres. Pour ce qui est de s'user au travail, les femmes accomplissent en moyenne 31 heures hebdomadaires de tâches éducatives et domestiques contre 17 heures pour les hommes. A côté de cela, elles travaillent dans des conditions souvent pénibles. Ainsi, le travail sur appel, qui signifie disponibilité permanente et incertitude à la fin du mois, est essentiellement féminin: deux tiers des personnes qui travaillent sur appel ou au bénéfice de contrats à durée déterminée sont des femmes.
Pour ce qui est des bas salaires, ceux-ci sont plus souvent aussi l'apanage des femmes. Qui plus est, les femmes gagnent moins que les hommes parce qu'elles sont nombreuses à travailler à temps partiel, et parmi celles qui le font, une sur deux gagne moins de 2000 francs net par mois. Par ailleurs, rappelons que l'égalité salariale n'est pas encore atteinte en Suisse. Une différence de 19,7 pour cent subsiste entre salaires masculins et féminins. La conséquence en est que la majorité des pauvres en Suisse sont des femmes.
Nous ne pouvons donc pas accepter que le démantèlement de l'AVS aggrave encore la situation des femmes qui atteignent l'âge de la retraite. Celles-ci connaissent déjà des conditions précaires. Pour ce qui est des rentes AVS, 20 pour cent des femmes mariées touchent moins que la rente minimale, contre 5 pour cent des hommes. Et sur les 12 [PAGE 337] pour cent de bénéficiaires de l'AVS qui touchent des prestations complémentaires, deux tiers sont des femmes. Par ailleurs, si l'on tient compte des personnes sans activité rémunérée, une femme sur deux n'a pas de deuxième pilier. En 2000, un demi-million de femmes actives n'étaient tout simplement pas affiliées à une institution de prévoyance du deuxième pilier parce que leur salaire était trop bas. Et parmi celles qui en avaient un, une femme sur deux recevait moins de 833 francs par mois!
Vu tout ce qui précède, il serait profondément injuste de proposer une révision de la loi fédérale sur l'AVS qui ne soit qu'un démantèlement en défaveur des femmes. Depuis le temps que le Conseil fédéral et le Parlement promettent une solution pour mettre en place une retraite flexible adaptée à l'évolution du monde économique et de la population, comme celle élaborée par l'initiative populaire que nous discutons aujourd'hui, nous sommes en droit de nous révolter! A l'heure actuelle en effet, le commun des mortels - je devrais dire la commune des mortelles - ne peut pas prendre sa retraite quand il ou elle en a besoin, tandis que les nantis la prennent quand ils en ont envie.
Parce que les projets qui prévoient un relèvement de l'âge de la retraite des femmes se réclament de l'égalité mais qu'ils ne tiennent pas compte des inégalités existantes, je vous invite à rejeter le projet tel qu'il ressort des travaux de la commission si la majorité des membres du conseil l'adopte et à accepter en revanche l'initiative populaire de l'USS qui tend à instituer une retraite flexible à caractère social, ainsi que toute autre solution qui prévoit une retraite flexible. En effet, nous ne pouvons accepter de creuser plus profondément le fossé social et d'y précipiter les femmes.