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Thorens Goumaz Adèle · Nationalrat · Waadt · Grüne Fraktion · 2008-12-08

Wortprotokoll

La crise financière peut être comprise comme une crise de la responsabilité. Dans un contexte de dérégulation, la plus grande liberté d'action gagnée par les acteurs financiers aurait dû s'accompagner d'une prise de responsabilité correspondante. Malheureusement, il n'en a rien été. Pour être effective, la responsabilité exige que les acteurs disposent d'une compréhension minimale des tenants et des aboutissants de leurs actes et surtout de leurs conséquences. Ils doivent ensuite pouvoir établir entre ces actes et ces conséquences un lien de causalité solide pour prendre conscience du rôle qu'ils jouent dans ce processus.

En l'état actuel, le système financier ne permet pas de répondre à ces conditions et décourage donc de manière structurelle la prise de responsabilité. L'opacité des produits de plus en plus complexes qui y sont échangés ainsi que l'incurie des agences de notation rendent l'évaluation des risques aléatoire. La déconnexion des acteurs financiers du monde économique réel doit en outre être dénoncée, en aval comme en amont des échanges. La relation financière première, pourtant aux origines de tous les actifs impliqués dans cette crise, a été niée au profit de la pure transaction, tellement plus lucrative. Qui, de l'actionnaire anonyme et mobile, principalement préoccupé par son profit immédiat, ou du "top manager" aveuglé par ses bonus, était conscient du lien entre ses choix spéculatifs et la solvabilité de tels acquéreurs de villas ou étudiants vivant à l'autre bout du monde? Qui réalisait l'impact potentiel de ses actes sur cette économie où des gens investissent, innovent et produisent? Ou encore: comment se sentir responsable alors que, quels que soient les résultats de vos actes, une récompense hors de toute mesure vous attend en fin d'année?

Les Verts reconnaissent la nécessité de sauvegarder l'UBS pour protéger les PME, les particuliers et les emplois qui en dépendent. Cependant, la Confédération doit, elle aussi, se montrer responsable en minimisant les risques auxquels les deniers publics sont exposés. Ce n'est pas ce qu'elle fait en isolant des actifs illiquides à la charge de la BNS qui, pour une prise de risque de 54 milliards de dollars, ne dispose que d'une garantie de 100 millions. Ce sauvetage devrait en outre être accompagné de mesures soumettant le secteur financier à des principes de responsabilité et de durabilité.

Nous voulons un système financier qui soit au service de l'économie, et non qui la phagocyte. Nous voulons des investissements pour demain plutôt que des spéculations stériles. Nous voulons un système de régulation fiable plutôt qu'une anarchie où l'avidité fait la loi.

Concrètement, voici ce que cela signifie: la garantie que toute perte de la BNS sur les actifs illiquides qui lui ont été confiés puisse être compensée par des participations à l'UBS; l'instauration au niveau international de mesures permettant d'assurer une meilleure transparence et une meilleure fiabilité des produits financiers; une réglementation des systèmes de rémunération qui responsabilise les acteurs financiers; le renforcement de la FINMA, dont les moyens et la marge de manoeuvre ont d'ores et déjà montré leurs limites; une meilleure protection des épargnants, comme le prévoient les modifications de la loi sur les banques, assortie de mesures responsabilisant celles d'entre elles qui prennent des risques inconsidérés; enfin, des dispositions encourageant les investissements durables et responsables qui sont utiles immédiatement pour chacun et qui sont toujours payants sur le long terme.

A ce propos, j'ai déposé en septembre dernier deux motions visant à favoriser les investissements responsables de la part des caisses de pension. Elles ont été rejetées par le Conseil fédéral d'une manière que je trouve tout à fait incompréhensible dans le contexte actuel.