Baettig Dominique · Nationalrat · 2009-03-04
Baettig Dominique · Nationalrat · Jura · Fraktion der Schweizerischen Volkspartei · 2009-03-04
Wortprotokoll
Je ne peux, en tant que personne profondément libérale voire libertaire, que me féliciter du fait qu'une telle initiative ait été déposée et qu'on puisse enfin répondre aux questions qu'elle soulève.
En entendant le débat de la journée, je mesure à nouveau la profondeur abyssale du fossé qui sépare la classe politique - avec les doctes réflexions juridiques et très soucieuses de l'image de la Suisse qu'on entend dans cet hémicycle - de la pertinence des questions que se posent les gens du peuple. Ces gens-là, on les rencontre au café du Commerce, dernier lieu de culte encore fréquenté dans notre civilisation. Ces questions-là, nous devons y répondre. Nous ne pouvons pas faire l'impasse là-dessus. Nous ne pouvons surtout pas dire aux gens qu'ils n'auront pas le droit de se poser ces questions, qu'il ne faut même pas y penser.
Je trouve bon que cette initiative ait été déposée, et je trouve génial qu'un tel débat puisse avoir lieu. C'est un signe de notre bonne santé démocratique. J'ai aussi bien entendu qu'il y a un certain nombre de gens qui vont travailler de manière très active à ce qu'on ne puisse même plus un jour se poser la question. Pour moi, les peurs qui sont légitimes doivent pouvoir s'exprimer, doivent pouvoir être entendues et non pas refoulées. Les réticences de la population doivent être entendues, et j'espère que la communauté musulmane aura le bon sens et la retenue de mettre un bémol à ses revendications très provocatrices et de se donner le temps de l'intégration nécessaire.
Un aspect qui me choque, pour ma part, c'est le silence observé sur cette question par la gauche, le camp laïque, les féministes patentées. On aurait pu imaginer que ce soit ce camp-là, au nom de la lutte contre l'obscurantisme, la superstition, qui se manifeste contre la construction de minarets. On aurait pu espérer que ce soient ceux qui ont exigé la séparation de l'Eglise et de l'Etat - à juste titre, d'ailleurs -, ceux qui se sont parfois battus pour faire enlever les crucifix dans certaines écoles, ceux qui veulent dispenser les élèves d'autres religions des cours d'enseignement du christianisme qui, justement, au nom de la laïcité, de la liberté de pensée et d'expression, combattent cette demande abusive de pouvoir construire des minarets.
Or on n'entend strictement rien, alors que manifestement cette religion véhicule encore des pratiques très anciennes, très archaïques - on en a parlé -, discriminatoires pour la femme, intolérantes par rapport à l'homosexualité. Il est quand même incroyable, aujourd'hui, quand on sait la sensibilité des homosexuels par rapport à ces questions-là, qu'on oublie complètement que l'islam a une position extrêmement négative par rapport à l'homosexualité. Je m'étonne aussi beaucoup qu'on considère cette religion en faisant abstraction du fait qu'elle ne fait pas la différence entre la lettre et l'esprit.
Ce qui s'est passé chez nous, c'est que la pratique religieuse a évolué. Partant de racines païennes, celtiques, gréco-romaines, à travers les influences du christianisme, de [PAGE 105] la Réforme, de la libre pensée et des Lumières, nous sommes arrivés à une manière de pratiquer la religion qui est très discrète, qui relève plutôt de la sphère privée, et on ne veut pas qu'elle empiète sur la sphère publique.
C'est la révolution que nous avons faite; il nous a fallu des années pour nous adapter. Or, manifestement, l'islam n'est pas du tout à ce niveau-là et il y a un saut énorme d'adaptation et de compatibilité à faire entre les valeurs de l'islam et celles de notre société laïque et tolérante. Ce fossé est énorme, la population le perçoit, et je pense qu'on ne va pas pouvoir faire l'économie de ce débat.
Le fait de demander à construire des minarets n'est pas non plus un bon signal par rapport à l'intégration. C'est vraiment prendre des choses extérieures à la culture européenne pour les "planter" de manière très provocante. Je pense que les extrémistes, du côté musulman, vont aussi capitaliser là-dessus en faisant monter la pression contre notre société, qui est pourtant une société libérale.
Derrière la question des minarets, il y a aussi toute une série de pressions qui s'exercent aujourd'hui sur notre style de vie, autour de la mixité qui est refusée, des tabous alimentaires qui nous sont imposés. C'est une religion qui ne distingue pas l'esprit de la lettre, qui ne sépare pas le comportement et la foi, une religion qui se base aussi sur les aspects visibles - il y a un aspect provocateur dans l'islam, au niveau de l'habillement et au niveau des revendications. Nous avons peur, si la revendication concernant les minarets aboutit, qu'elle ne soit suivie d'une série d'autres demandes et de pressions toujours plus exigeantes et auxquelles on n'osera pas dire non. C'est ouvrir la porte à tous les accommodements nécessaires - comme on dit au Québec -, aux exceptions, aux dispenses, aux "deux poids, deux mesures".
C'est la raison pour laquelle je ne peux que vous inciter à accepter cette initiative, de manière à combattre une religion et ses pratiques qui sont prosélytes, intolérantes, susceptibles, et combattre cette prétention qui voudrait que toutes les religions sont égales, certes, mais que l'islam est un peu plus égale que les autres.