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Freysinger Oskar · Nationalrat · Wallis · Fraktion der Schweizerischen Volkspartei · 2009-03-04

Wortprotokoll

La question qu'il faut se poser est de savoir ce qui garantit la paix religieuse. A mes yeux, c'est la loi civile qui doit être et rester la norme absolue, basée sur le suffrage universel et la démocratie. Et c'est là une des avancées constituantes, si l'on veut, de la modernité européenne.

Maintenant, comment insérer dans cette exigence-là le rôle de la croyance? La croyance, par définition, est invérifiable. Je peux croire en Allah, en Mahomet, en Jésus-Christ, c'est égal; toujours est-il que c'est invérifiable. Toute croyance, puisqu'elle est invérifiable, est donc égale à une autre. Il n'y en a pas une qui est meilleure; elles sont toutes égales entre elles. Cela implique aussi que l'on peut changer de croyance, on peut passer de l'une à l'autre, puisqu'elles sont invérifiables et que c'est une affaire tout à fait personnelle.

L'article 16 de la Constitution fédérale garantit en Suisse le savoir scientifique libre. Or, si une des religions arrive à instaurer, si on veut, la prépondérance d'un dogme absolu, elle est en contradiction avec ce savoir scientifique libre puisque, alors, le dogme invérifiable, étant donné que nous avons affaire à une croyance, s'érige finalement au-dessus de ce savoir scientifique libre.

Lorsqu'une croyance devient politique, cette politique devient dogmatique. On interdit dès lors d'autres croyances, et nous n'avons plus cette garantie d'égalité entre les croyances. Or l'Etat protège la croyance, pas la religion, qui sort de la croyance pour devenir politique. Ainsi, tant qu'on est dans le contexte d'une croyance, celle-ci est protégée, mais ce n'est plus le cas quand elle devient politique. Le culte n'est protégé que s'il est apolitique. Pour assurer cette protection, la loi civile doit être supérieure au dogme religieux, parce que l'instance protégeante doit être supérieure à l'objet protégé. C'est une évidence.

Qu'en est-il maintenant de l'islam? L'islam ne pose pas un problème théologique - ce n'est pas le christianisme contre l'islam, etc. -, mais c'est une religion politico-juridique. J'en veux pour preuve certaines citations. Tout d'abord la citation de Dalil Boubakeur, ancien président du Conseil français du culte musulman, qui dit: "L'islam est à la fois religion, communauté, loi et civilisation." L'Organisation de la Conférence islamique, qui regroupe 56 Etats, dit: "L'islam est une religion, un Etat et une voie de vie complète." Et cette même organisation reconnaît la Déclaration universelle des droits de l'homme, pour autant qu'elle ne soit pas en contradiction avec la charia. Tout cela a amené la Cour européenne des droits de l'homme, dans son arrêt du 31 juillet 2001 sur l'affaire Refah Partisi, à dire que la charia tendait à supprimer "le rôle de l'Etat en tant que garant des droits et libertés individuels" et que "la charia serait l'antithèse de la démocratie". Ce n'est pas moi qui l'invente, c'est la Cour européenne des droits de l'homme qui le dit.

Pourquoi la Cour européenne des droits de l'homme en arrive-t-elle à cette conclusion? C'est que la charia, au contraire de notre loi civile, est irréversible; le droit civil démocratique, lui, est réversible: tout peut être changé, modulé. C'est nous qui faisons les lois; nous les faisons nous-mêmes et nous n'avons de comptes à rendre, finalement, qu'au peuple, alors que la charia est autonome, elle n'a de comptes à rendre à personne. La charia se base sur deux sources principales, le Coran - c'est ce qui a été dicté à Mahomet en transe, si l'on veut - et la Sunna, les hadiths - ce sont les dires du prophète qu'il a proférés sans être en transe. La charia est une norme islamique de conduite pratique. Pour tout ce qui n'est pas réglé dans le Coran ou qui y est contradictoire, il y a l'ijma, et un consensus de légistes autoproclamés - les oulémas - qui prononcent des fatwas. C'est comme cela que le droit est prononcé dans l'islam.

Concrètement, nous, ici en Europe, pourrions démocratiquement décider d'enlever la référence au Dieu tout-puissant dans la Constitution ou d'interdire, par exemple, les clochers. Nous sommes en mesure de le faire, le peuple peut décider cela. Impossible cependant d'imaginer que l'un des 56 pays de l'Organisation de la Conférence islamique abroge la référence à la charia sur la base d'une décision démocratique. Dans l'islam, le droit précède la morale, le droit est l'expression même du lien avec le divin; c'est une religion qui s'articule autour de ce droit. La preuve, c'est que, dans le Coran, 94 pour cent des raisons de se retrouver en enfer sont des raisons d'opinion contre l'islam ou contre Mahomet, l'apostasie par exemple, qui est passible de la peine de mort. Par exemple, en Europe nous disons: "Tuer est mal", et ensuite [PAGE 109] nous légiférons. Tout à coup la légitime défense apparaît, alors nous disons: "Tuer est toujours mal", c'est la morale, "mais, en cas de légitime défense, on est obligé de le prendre en compte." Dans le droit islamique, c'est inversé. Vous avez une loi qui dit: "Tu peux tuer dans telles circonstances, telles personnes" - il y a une loi qui définit que tuer des infidèles, par exemple, est bien -, mais ensuite seulement, la morale est définie par rapport au respect ou au non-respect de cette norme-là.

Maintenant, par rapport au minaret, s'il n'est pas un phare, qu'est-il? Il n'est pas nécessaire à la religion, il n'est mentionné ni dans le Coran ni dans les hadiths; il est donc un emblème politico-religieux visible, la présence ostentatoire de l'islam en terre infidèle, donc dans le daral-harb. Je vous rappelle simplement que partout où il y a dans le monde des minarets, les musulmans ont fini par y mettre des haut-parleurs et ils empiètent ainsi sur la sphère publique en décrétant justement la toute-puissance d'une norme légale contraire à la nôtre. C'est surtout cet aspect juridique qui me gêne. Beaucoup de musulmans sont tout à fait modérés, il n'y a aucun problème avec ça. Mais là il y a une incompatibilité juridico-politique.

Voilà la raison pour laquelle je soutiendrai l'initiative.