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Recordon Luc · Ständerat · Waadt · Grüne Fraktion · 2009-03-11

Wortprotokoll

Il s'agit là d'un aspect tout à fait différent. La culture, je crois que l'on n'en a pas assez conscience, est un secteur économique extrêmement important: non seulement elle présente un aspect proprement culturel, mais aussi elle doit être prise en considération dans une perspective conjoncturelle. On ne sait pas, en général, qu'elle représente plus de 4 pour cent du produit intérieur brut. On ne sait pas qu'en 2004 elle a créé presque 20 milliards de francs suisses de valeur ajoutée pour un chiffre d'affaires total estimé à plus de 60 milliards de francs.

En termes d'emplois, si vous tenez compte des acteurs de la culture, non seulement des artistes proprement dits mais également de tous ceux qui concourent à faire marcher le secteur culturel sur le plan technique et administratif, il semble que l'on doive compter une centaine de milliers d'emplois. Ces chiffres qui ont été publiés semblent reconnus. C'est donc un secteur qui représente en termes d'emplois à peu près autant que le secteur financier.

Cela ne peut pas être négligé dans un programme de relance, dans un programme conjoncturel, et cela d'autant moins que la culture n'est évidemment pas un secteur isolé. Premièrement, c'est en particulier un secteur qui dynamise fortement celui du tourisme. On sait bien que nombre de gens se déplacent en fonction de l'offre culturelle, y compris pour ce que l'on pourrait appeler le microtourisme à relativement courte distance et dans un délai relativement bref. Or le tourisme est précisément un des secteurs économiques qui aujourd'hui déjà souffre le plus. Donc, si nous consentons à faire ponctuellement et momentanément un effort important en faveur de la culture, nous permettons de dynamiser le secteur du tourisme et nous compensons d'emblée et rapidement et efficacement les effets du ralentissement conjoncturel dans un secteur qui est déjà en train de souffrir et qui va souffrir encore.

C'est d'autant plus intéressant que monter des offres culturelles n'est pas forcément très difficile, cela peut se faire en quelques semaines ou quelques mois; ce n'est pas du gros oeuvre comme les investissements dans les infrastructures, dont il a été question tout à l'heure.

Une seconde raison pour laquelle je pense que c'est une solution intéressante est que les sommes engagées dans le domaine de la culture par la Confédération pourraient très bien être la base de ce qu'on appelle un "tour de table", en créant un effet de levier pour que les cantons et les communes - qui sont quand même les acteurs principaux, parmi les pouvoirs publics en Suisse, du soutien à la culture - mettent aussi leur part, et pour que peut-être aussi des mécènes privés s'y intéressent. On sait que très souvent le financement des objets culturels se fait ainsi: un premier acteur apporte un financement, ce qui permet ensuite d'en convaincre d'autres. Là aussi, comme nous le disions pour l'objet précédent, nous avons un effet de levier intéressant. [PAGE 158]

Un troisième aspect qui rend la culture intéressante, à part l'effet de levier sur le tourisme et l'effet de levier propre sur des fonds qui autrement risquent de rester dormants, est le soutien apporté à une catégorie particulière d'employés. Si, je l'ai dit, il y a une centaine de milliers d'emplois liés à la culture en Suisse, ce que je n'ai pas encore souligné et qui mérite d'être dit est que ce sont des emplois fragiles. Les gens sont en général relativement mal payés, les emplois sont souvent temporaires - ou "intermittents", comme disent les Français -, et ces personnes se retrouvent assez rapidement au chômage en situation difficile, ce d'autant plus que le réflexe est souvent de couper dans les budgets culturels quand les choses vont mal, avant de réduire les autres, y compris dans l'économie privée pour ce qui concerne son mécénat ou ses efforts de parrainage.

Donc, si nous préservons ce secteur par un effort particulier, nous diminuons assez fortement le risque de voir cette catégorie peser aussi fort - j'oserai dire: que d'habitude, lorsque les choses vont mal - sur notre système de sécurité sociale, au premier chef duquel bien entendu l'assurance-chômage, mais aussi les aides que les cantons et les communes, dans leurs systèmes pour les chômeurs en fin de droits ou d'aide sociale, peuvent être amenés à apporter.

Nous avons donc trois éléments - deux effets de levier et une certaine protection par anticipation contre le risque de chômage, qui dans ce secteur est grand - qui devraient nous inciter, je crois, à accepter l'idée de placer la culture en bonne place dans les plans conjoncturels, si ce n'est dans le plan que nous venons d'adopter, puisque cela est fait, à tout le moins dans le futur troisième plan, si troisième plan il doit y avoir, et je crains malheureusement que ce ne soit le cas.