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Couchepin Pascal · Bundesrat · Wallis · 2009-06-04

Wortprotokoll

Il y a quelque temps, j'ai eu une discussion intéressante avec un haut responsable d'une école polytechnique qui portait sur ce qu'est la créativité. Il me disait être convaincu que si Einstein n'avait pas existé, on aurait découvert la relativité, peut-être cinq ans ou dix ans plus tard, mais on l'aurait découverte. Simplement la science avance avec un front large et puis, de temps en temps, quand il y a un génie on va plus vite, et on fait des découvertes quelques années plus tôt. D'ailleurs on le voit bien dans le domaine de la science, il y a souvent des découvertes qui se font en différents points de la terre. Après il y a une bataille pour savoir lequel était le premier.

C'est possible pour la science, mais dans d'autres domaines, dans le domaine des arts, est-ce qu'on peut dire la même chose? Est-ce que si Mozart n'avait pas existé, il y aurait quand même eu la musique de Mozart, mais peut-être dix ans plus tard? Mon interlocuteur m'a dit que non, que probablement dans le domaine des arts, on n'aurait pas eu la musique de Mozart si ce dernier n'avait pas existé.

C'est la raison pour laquelle, Monsieur Stadler, les règles de gouvernance ne sont pas tout à fait les mêmes dans le domaine de la science, de l'économie ou des arts. Dans le domaine de la science, il faut avancer de front de telle manière que les moyens soient utilisés le plus efficacement possible et que les découvertes interviennent le plus rapidement possible. Mais les découvertes interviennent si la science avance avec un front uni. Dans le domaine des arts, on ne peut pas réduire la créativité à un mode d'organisation. C'est pour cela que les règles de gouvernance dans le domaine des arts ne sont pas les mêmes que celles qui existent dans le domaine de la science ou de l'économie. C'est au contraire en assurant la diversité, en ouvrant des portes au plus grand nombre possible de gens et en créant parfois une certaine tension entre différents "producteurs" ou souteneurs - dans le bon sens du terme - de talents qu'on réussit à donner sa chance à un Mozart ou à un Salieri, lequel n'est quand même pas du même niveau d'après ce que disent les spécialistes.

Voilà pourquoi je crois qu'il est bon, dans le dossier qui nous occupe, de ne pas faire de la concentration verticale, comme le voudrait la minorité. Celle-ci, au nom d'une vision de la gouvernance, qui est reprise - Monsieur Stadler en a fait la démonstration - du pilotage de la science ou de l'économie, dit: "Si on concentre verticalement - c'est-à-dire, dans le cas présent, si Pro Helvetia fait tout - dans le domaine de la promotion, on aura plus d'efficacité." Oui, peut-être dans le domaine de la science, mais pas dans le domaine de la [PAGE 500] culture ou dans celui de la créativité artistique! Or, la minorité, d'une certaine manière, dit que Pro Helvetia doit remplir deux rôles: promouvoir les artistes suisses à l'étranger, mais aussi promouvoir les artistes suisses en Suisse. C'est ce qu'on appelle la concentration verticale.

Pour notre part, nous soutenons le même point de vue que la majorité. Nous disons: "Laissons des chances à plus d'artistes, donnons la compétence aux commissions - dont parlait Madame Savary et qui ont bien fait leur travail, personne ne le conteste - de découvrir des talents suisses, et donnons aussi la chance à Pro Helvetia de ne pas toujours promouvoir les mêmes talents, de promouvoir peut-être aussi d'autres talents à l'étranger." Ainsi, on a deux sources de reconnaissance des talents: il y a Pro Helvetia, qui reconnaît des talents et qui s'efforce de les promouvoir à l'étranger; et il y a les commissions, qui reconnaissent des talents suisses qui sont peut-être les mêmes que ceux que promeut Pro Helvetia mais qui n'appartiennent pas à la même écurie, au même groupe.

La minorité veut la concentration verticale, et je crois que c'est un appauvrissement. C'est la raison pour laquelle je préfère qu'il y ait deux organes qui essaient de reconnaître les talents. Imaginez que le travail de quelqu'un - et ça, c'est l'horreur, dans un domaine aussi subjectif que le domaine artistique! -, pour une raison ou pour une autre, ne corresponde pas à ce qu'on apprécie dans l'une des commissions: cette personne a encore une chance de pouvoir être promue par l'autre commission! Le jour où vous aurez effectué la concentration verticale dont je parlais, ce ne sera pas comme dans le domaine de la science - où l'on a des critères objectifs, comme par exemple le nombre de publications dans les revues "Science" et "Nature" -, car celui qui ne plaira pas à l'un des organismes sera définitivement désavantagé.

Nous, nous sommes, avec la majorité, pour la diversité, pour la promotion de la diversité, et en définitive pour une culture plus libre, parce qu'il y a plusieurs possibilités d'accéder à la reconnaissance. C'est pour cela que je vous invite, au nom de la diversité, au nom de la capacité d'être ouvert à la diversité des talents, à suivre la majorité. Cela ne diminue en rien le rôle de Pro Helvetia, mais permet aussi d'avoir d'autres groupes qui peuvent choisir des éléments de talent - ou jugés tels - pour qu'ensuite les gens décident ce qu'ils préfèrent.

Au nom de la diversité, je vous invite à suivre la majorité.