FF 2026 1856
Message concernant l’arrêté fédéral relatif au financement de centrales de réserve
1 Contexte
1.1 Problématique, motif de la demande de crédit et intérêt du projet
En 2022, le Conseil fédéral avait pris différentes mesures en réponse au risque accru de pénurie d’énergie et pour renforcer l’approvisionnement énergétique en hiver. Parmi celles-ci figurait notamment l’instauration d’une réserve d’électricité complémentaire établie via des contrats conclus pour trois centrales de réserve temporaires, la première sise à Birr (GE Vernova) dans le canton d’Argovie, la seconde à Cornaux (Groupe E) dans le canton de Neuchâtel et la troisième à Monthey (Compagnie industrielle de Monthey SA, CIMO) dans le canton du Valais. L’ordonnance du 25 janvier 2023 sur une réserve d’hiver (OIRH)1, en vigueur jusqu’à fin 2030, forme la base légale de cette réserve. Le 20 juin 2025, le Parlement a inscrit la réserve thermique2 dans la loi sur l’approvisionnement en électricité (LApEl)3. Cette modification de la LApEl devrait entrer en vigueur le 1er juillet 2027. Les contrats relatifs aux centrales de réserve existantes sont arrivés à échéance à la fin du printemps 2026. Pour les remplacer, l’Office fédéral de l’énergie (OFEN) a mené un appel d’offres, suivi de négociations directes. Par le présent message, le Conseil fédéral demande un crédit d’engagement en vue de la conclusion de contrats à long terme pour les quatre centrales de réserve nécessaires. Il est prévu de créer une base légale dans la LApEl permettant de transférer à la société nationale du réseau de transport (ci-après Swissgrid), à partir de 2028/2029, la gestion des contrats et le financement de ces centrales de réserve. Toutefois, étant donné que la Confédération assume actuellement l’intégralité des engagements, le crédit d’engagement est soumis à l’approbation du Parlement dans sa totalité (cf. chap. 3.2.7).
1.1.1 Risques en matière d’approvisionnement à partir de 2026
Les risques pesant sur la sécurité de l’approvisionnement énergétique ont considérablement augmenté ces dernières années. Le contexte géopolitique est tendu et la Commission fédérale de l’électricité (ElCom) estime que l’évolution de la situation en matière d’approvisionnement restera très incertaine dans les années à venir. Un approvisionnement énergétique sûr revêt une importance capitale pour la population et l’économie. À court et moyen termes, la Suisse doit veiller à disposer de réserves suffisantes en cas de pénurie d’électricité en Europe.
Selon les analyses des risques effectuées par la Confédération, une grave pénurie d’électricité entraînerait d’importants dommages économiques se chiffrant en milliards. Dans le rapport sur l’analyse nationale des risques 2025 publié par l’Office fédéral de la protection de la population (OFPP)4, une pénurie d’électricité de longue durée en hiver figure en deuxième place parmi les risques les plus importants pour la Suisse. L’OFPP indique des dommages pouvant atteindre 84 milliards de francs en cas de baisse de 30 % de l’approvisionnement en électricité pendant douze semaines en hiver.
1.1.2 Recommandation de la Commission fédérale de l’électricité (ElCom)
Compte tenu de la situation tendue en matière d’approvisionnement énergétique durant l’hiver 2022/2023, le Conseil fédéral a anticipé par voie d’ordonnance la mise en place du cadre juridique nécessaire à l’instauration d’une réserve d’électricité afin de réduire le risque d’une grave pénurie d’électricité. Avec le Parlement, il a ensuite inscrit la réserve d’électricité5 à l’échelon de la loi en procédant à la modification de la LApEl et d’autres actes (loi du 23 décembre 2011 sur le CO26 et loi du 30 septembre 2016 sur l’énergie [LEne]7). L’ElCom, qui est chargée de fixer les valeurs-clés de la réserve d’électricité, recommande actuellement8, en plus de la réserve hydroélectrique, la mise en place d’une réserve affichant une capacité de puissance continue d’au moins 500 mégawatts (MW) à partir de 2030 et de 700 à 1400 MW à partir de 2035, afin de pouvoir faire face à des situations critiques. La puissance de réserve recommandée tient compte des incertitudes liées aux futures capacités d’importation transfrontalières.
Les études de l’ElCom montrent qu’il est impossible de se passer de centrales de réserve offrant une disponibilité élevée en continu. Seules les centrales de réserve sont en mesure de mettre à disposition rapidement, en cas de besoin, des puissances élevées de plusieurs centaines de mégawatts et de fournir de l’énergie sans interruption sur une longue durée.
1.1.3 Centrales de réserve disponibles jusqu’à la fin du printemps 2026
Les contrats relatifs aux centrales de réserve existantes, sises à Birr (GE Vernova), à Cornaux et à Monthey, d’une puissance totale de 336 MW, sont arrivés à échéance entre fin avril et fin mai 2026.
1.1.4 Centrales de réserve pour une durée d’exploitation de 15 ans
Le 14 mai 2025, le DETEC a adjugé le marché aux projets de centrales de réserve ci‑après d’une puissance électrique totale de 583 MW en se fondant sur l’ordonnance sur une réserve d’hiver. Ces installations pourront être fonctionnelles d’ici trois à cinq ans, remplissant ainsi les exigences de l’ElCom concernant la capacité de réserve (au moins 500 MW à partir de 2030). Pour 2035 et les années suivantes, un nouvel appel d’offres sera lancé en temps voulu par Swissgrid afin de répondre aux besoins en réserve, qui oscillent entre 700 et 1400 MW selon les estimations de l’ElCom.
Les deux projets de la société Getec (Eiken-Sisslerfeld et Stein) ont été regroupés en un seul projet de grande envergure d’une puissance de 57 MW à Stein, dans le canton d’Argovie, de sorte que des contrats ont été conclus pour quatre projets.
Les 583 MW mis à disposition au total par les quatre centrales de réserve qui doivent être fonctionnelles à partir de 2030 environ correspondent aux recommandations de l’ElCom datant de mai 2025.
Tableau 1
Vue d’ensemble des projets retenus et de leur puissance électrique
Exploitant | Lieu | Puissance en MW |
|---|---|---|
CIMO | Monthey (VS) | 55 |
Getec | Eiken-Sisslerfeld (AG) | 13 |
Getec | Stein (AG) | 44 |
Sidewinder | Eiken-Sisslerfeld (AG) | 180 |
Axpo | Auhafen (BL) | 291 |
Total [MW] | 583 |
La Confédération a conclu des contrats de prestations avec les exploitants qui obligent ces derniers à mettre à disposition la puissance électrique convenue pendant la période de disponibilité. Elle ne construit donc pas de centrales de réserve et n’en assure pas non plus l’exploitation. Cette tâche incombe aux exploitants.
Les coûts liés à la mise à disposition des centrales de réserve sont couverts par une rémunération annuelle convenue contractuellement, qui est versée à compter de la date de mise à disposition. La durée du contrat est de 15 ans à compter de cette même date. Conformément au contrat, les exploitants peuvent toutefois demander des acomptes avant la mise à disposition de leurs centrales afin de réduire au maximum leurs propres besoins en capitaux et, partant, les coûts de financement répercutés sur les consommateurs d’électricité. Ces acomptes doivent être considérés comme des rémunérations pour la disponibilité perçues à l’avance et seront déduits de celles-ci pendant la phase d’exploitation. Trois conditions doivent être remplies pour que la Confédération puisse les verser:
entrée en vigueur de la modification de la LApEl9 (Réserve d’électricité) (probablement le 1er juillet 2027);
approbation des crédits d’engagement et des crédits de dépenses nécessaires et inscription des fonds correspondants au budget;
garanties financières de l’exploitant couvrant, s’il faisait faillite, les acomptes qu’il a reçus.
Le contrat signé par le DETEC et les prestataires charge les exploitants de ces quatre projets de mener l’étude de projet jusqu’à l’obtention de l’autorisation de construire et de fournir les prestations préalables requises. La phase de construction d’un projet ne pourra débuter qu’après l’octroi de l’autorisation de construire exécutoire qui le concerne et une fois que le Parlement aura approuvé le crédit d’engagement demandé dans le présent message pour la mise à disposition des centrales de réserve. Pour permettre la mise à disposition des centrales de réserve sur une période de 15 ans, le Conseil fédéral demande au Parlement, via le présent message, d’approuver le crédit d’engagement et le crédit additionnel nécessaires à cet effet, qui atteignent au total quelque 2,3 milliards de francs (crédit d’engagement pour le financement de centrales de réserve et crédit additionnel intitulé «Étude de projet et prestations préalables, centrales de réserve» [V0377.01]).
1.1.5 Solution transitoire jusqu’à la mise à disposition des centrales de réserve
Étant donné que les contrats relatifs aux centrales de réserve existantes ont expiré à la fin du printemps 2026 et que les premières centrales de réserve ne seront disponibles qu’à partir de l’hiver 2029/2030 au plus tôt, une solution transitoire s’avère indispensable pour assurer la sécurité d’approvisionnement de la Suisse pendant l’hiver.
À cette fin, le banc d’essai de l’entreprise Ansaldo Energia, sis à Birr dans le canton d’Argovie, qui comprend une turbine à gaz d’une puissance de 250 MW, sera mis à disposition de février 2027 à fin mai 2030 en tant que centrale de réserve en cas de pénurie d’électricité10, tout comme la centrale à gaz à cycle combiné de l’entreprise Energie Wasser Bern (ewb), sise à Bern-Forsthaus, d’une puissance de 50 MW, de janvier 2027 à fin mai 2030. Le Parlement a déjà approuvé en décembre 2025 les crédits d’engagement nécessaires à cette solution transitoire (cf. chap. 3.2.1).
Le contrat relatif à la centrale de réserve existante du Groupe E, sise à Cornaux, a été prolongé de quatre ans, jusqu’à fin mai 2030 (cf. chap. 1.2.1 ci-après). Une nouvelle prolongation ne sera pas possible, car l’installation ne respecte pas les dispositions de l’ordonnance du 16 décembre 1985 (OPair)11 sur la protection de l’air et ne peut fonctionner qu’avec une dérogation.
Le contrat relatif à la centrale de réserve existante, sise à Monthey, et exploitée par CIMO, sera prolongé jusqu’à ce que l’installation soit adaptée pour une exploitation à long terme, soit vraisemblablement en 2029.
Les contrats relatifs aux centrales de réserve transitoires, dont l’une appartient à Ansaldo Energia et est sise à Birr et l’autre à ewb et est implantée à Berne Forsthaus, pourraient être prolongés jusqu’en 2033 respectivement 2035 au plus tard, si cela s’avérait nécessaire en raison d’un retard dans la réalisation des centrales de réserve (p. ex. en raison d’oppositions à l’octroi de l’autorisation de construire). Toutefois, aucune prolongation ultérieure n’est possible (cf. chap. 1.2.1).
La solution transitoire comprenant les quatre centrales de réserve mentionnées offre une puissance totale de 386 MW, ce qui est légèrement inférieur à la puissance de réserve de 400 MW recommandée par l’ElCom jusqu’en 2030.
1.1.6 Autres éléments de la réserve d’électricité
Il est prévu que la réserve d’électricité soit constituée par une réserve hydroélectrique complétée en premier lieu par des centrales de réserve pouvant fonctionner avec des combustibles ne générant pas d’émissions de CO2 d’origine fossile supplémentaires, auxquelles s’ajouteront des groupes électrogènes de secours, des installations de couplage chaleur-force (installations CCF) et une réserve liée à une réduction de la consommation. La combinaison de tous ces éléments permet de disposer d’une réserve d’électricité solide, qui assure au mieux l’approvisionnement en électricité de la Suisse.
La réserve hydroélectrique est un moyen de stocker de l’énergie: l’eau des lacs de retenue est conservée comme réserve d’urgence afin d’assurer l’approvisionnement pendant les mois critiques vers la fin de l’hiver. Cependant, la réserve hydroélectrique ne fournit pas d’énergie supplémentaire au système et ne permet pas de parer aux situations critiques sur une longue période.
Les groupes électrogènes de secours sont conçus pour une utilisation à court terme allant de quelques heures à quelques jours. Un concept logistique global pour l’approvisionnement en carburant diesel permet de prolonger leur durée d’exploitation jusqu’à trois semaines. Les groupes électrogènes de secours sont avantageux, mais ne conviennent pas pour une exploitation durable. Ils constituent un complément précieux aux centrales de réserve, mais ne les remplacent pas. Tant les coûts que la puissance des groupes électrogènes de secours seront fixés par Swissgrid au moyen d’appels d’offres périodiques lancés à partir de l’hiver 2028/2029, l’ElCom définissant la puissance de ces groupes.
Pendant la période critique de l’hiver, les installations CCF existantes fonctionnent généralement déjà en mode «chaleur» ou fournissent des services-système au réseau électrique, et ne peuvent donc pas apporter une contribution significative à la réserve d’électricité. C’est ce qui ressort notamment de l’évaluation de l’association professionnelle Powerloop.
Quant à la réserve liée à une réduction de la consommation, les contrats correspondants pourraient être conclus à partir de l’hiver 2027/2028 via un appel d’offres lancé par Swissgrid après l’entrée en vigueur de la LApEl modifiée. Les entreprises à forte intensité électrique s’engagent, moyennant une indemnisation, à réduire leur consommation en cas de pénurie imminente. Le concept précis et la puissance de la future réserve liée à une réduction de la consommation restent encore à définir. Les coûts et la puissance potentielle seront déterminés par le biais d’appels d’offres, l’ElCom définissant en dernier ressort la puissance effective. Les coûts de la réserve d’électricité seront répercutés sur les consommateurs d’électricité par l’intermédiaire du tarif «réserve d’électricité», qui fait partie de la rémunération pour l’utilisation du réseau de transport12.
1.2 Vue d’ensemble des centrales de réserve
Tableau 2
Vue d’ensemble de la puissance électrique des centrales de réserve et des autres éléments de la réserve électrique
Puissance électrique | Jusqu’en 2026 | Solution transitoire | Centrales de réserve |
|---|---|---|---|
Birr GE (AG) | 250 MW (en démantèlement) | ||
Cornaux (NE) | 36 MW | 36 MW | |
Monthey (VS) | 50 MW | 50 MW | 55 MW |
Birr Ansaldo (AG) | 250 MW | ||
Bern-Forsthaus (BE) | 50 MW | ||
Stein (AG) | 57 MW | ||
Eiken-Sisslerfeld (AG) | 180 MW | ||
Auhafen (BL) | 291 MW | ||
Puissance totale des centrales de réserve | 336 MW | 386 MW | 583 MW |
Autres éléments de la réserve d’électricité | Groupes électrogènes de secours ; réserve hydroélectrique | Groupes électrogènes de secours; réserve hydroélectrique | Groupes électrogènes de secours; réserve hydroélectrique; réserve liée à une réduction de la consommation |
Recommandation de l’ElCom | 400 MW* | 400 MW*, augmentation progressive à 500 MW à partir de 2030** | 500 MW** |
700 à 1 400 MW à partir de 2035** |
* Recommandation de l’ElCom du 28 juillet 2023, hors réserve hydroélectrique.
** Recommandation de l’ElCom du 8 mai 2025, hors réserve hydroélectrique.
1.3 Autres solutions étudiées
1.3.1 Poursuite de l’exploitation des centrales de réserve existantes
Au cours de l’hiver 2022/2023, en vertu des dispositions de la loi du 17 juin 2016 sur l’approvisionnement du pays, le DETEC avait conclu des contrats concernant la centrale à gaz à cycle combiné de CIMO, sise à Monthey (d’une puissance de 50 MW, et la centrale du Groupe E sise à Cornaux (d’une puissance de 36 MW), toutes deux à l’arrêt. Par ailleurs, la société GE Vernova a construit une centrale de réserve temporaire d’une puissance de 250 MW dans la commune de Birr en utilisant des turbines à gaz louées par la Confédération. Les contrats étaient limités à fin avril, respectivement fin mai 2026. La Confédération a examiné la possibilité de poursuivre l’exploitation de ces installations.
La centrale de réserve de Monthey a ainsi pu faire l’objet d’une prolongation, mais la poursuite de son exploitation sur 15 ans nécessite des travaux de rénovation complets ainsi qu’une adaptation pour l’utilisation de combustibles liquides.
Pour des raisons juridiques, la poursuite de l’exploitation de la centrale de réserve sise à Birr et gérée par GE Vernova n’était pas possible; en effet, son démantèlement, qui a été fixé pour fin 2026 au plus tard au moment de sa mise à disposition, n’aurait pu être reporté qu’en recourant à des mesures d’urgence. De plus, l’offre de GE Vernova concernant la poursuite de l’exploitation était plus coûteuse que la solution transitoire retenue par la suite, à savoir le banc d’essai de turbines d’Ansaldo exploité sur le même site.
La centrale de réserve sise à Cornaux ne pourra continuer à participer à la réserve d’électricité que jusqu’en 2030, car elle ne respecte pas les valeurs limites actuelles prévues par l’OPair et son exploitation nécessite donc une autorisation spéciale. Pour l’équiper d’un catalyseur basé sur la réduction catalytique sélective (selective catalytic reduction), qui sert à réduire les oxydes d’azote dans les gaz d’échappement des turbines à gaz, il faudrait une autorisation de construire. Or, le canton de Neuchâtel a confirmé à plusieurs reprises qu’une telle autorisation ne serait pas accordée.
Le banc d’essai de turbines d’Ansaldo, sis à Birr et servant de centrale de réserve dans le cadre de la solution transitoire à partir de l’hiver 2026/2027, pourra, si nécessaire, être maintenu pour la réserve thermique jusqu’en 2033 via une prolongation du contrat. Une nouvelle prolongation ne sera en revanche pas possible, car la société GE Vernova, propriétaire du site, fait valoir ses propres besoins pour la période ultérieure.
Le contrat relatif à la centrale de réserve de Forsthaus peut également être prolongé, mais seulement jusqu’en 2035, étant donné que la ville de Berne prévoit de mettre hors service le réseau de gaz.
1.3.2 Utilisation de groupes électrogènes de secours pour la réserve
La Confédération a conclu des contrats relatifs à des groupes électrogènes de secours disposant d’une puissance électrique totale d’environ 300 MW. Ces groupes peuvent être utilisés dans le cadre de la réserve d’électricité. À l’avenir, la puissance acquise par contrat pourrait être augmentée en raison du développement des centres de calcul.
Les mesures nécessaires pour que ces groupes électrogènes de secours puissent satisfaire aux exigences de la recommandation de l’ElCom du 8 mai 2025 concernant la capacité de puissance continue ont fait l’objet d’une analyse. Toutefois, elles se heurtent à des facteurs limitants, qui ne peuvent être levés que partiellement.
Les groupes électrogènes de secours servent à faire face aux coupures soudaines d’électricité chez les exploitants. En général, les pannes sont résolues en quelques heures, et tout au plus en quelques jours. C’est pourquoi la capacité de réservoir de la plupart des groupes électrogènes de secours va de quelques heures à plusieurs jours. Pour une exploitation durable, les groupes électrogènes de secours doivent être réapprovisionnés périodiquement. Étant donné qu’ils sont nombreux à consommer d’énormes quantités de diesel par jour, la logistique liée au carburant représente un défi de taille tant en termes de camions-citernes que de personnel. Des clarifications avec la branche ont montré que l’approvisionnement des groupes électrogènes de secours adaptés à une exploitation durable peut être assuré pendant une durée limitée, mais tout au plus pendant trois semaines.
Un autre obstacle à une exploitation durable réside dans le fait que la plupart des groupes électrogènes de secours, en particulier les plus anciens, ne respectent pas les dispositions de l’OPair régissant les moteurs à combustion stationnaires et ne peuvent donc être utilisés que 50 heures au maximum par année. Leur mise à niveau avec des filtres à particules et des catalyseurs RCS est coûteuse et, dans de nombreux cas, tout simplement impossible pour des raisons d’espace. Les groupes électrogènes de secours sont souvent installés dans des caves situées dans le sous-sol de bâtiments ou dans des conteneurs installés sur des toits. Une dérogation, telle que celle prévue par l’OIRH jusqu’en 2030, permet de lever cette limitation des heures d’exploitation.
Par ailleurs, dans plusieurs cantons, les moteurs à combustion stationnaires doivent obligatoirement être équipés d’un système d’utilisation des rejets thermiques, même s’ils respectent toutes les autres prescriptions, notamment celles de l’OPair. Sans un tel système, leur exploitation est limitée à 50 heures ou moins par an. Une adaptation de l’aide à l’exécution déterminante de la Conférence des services cantonaux de l’énergie a permis d’obtenir une dérogation concernant l’utilisation des rejets thermiques dans le cadre de la réserve d’électricité. La limitation ne prévaudra donc plus à l’avenir.
Dans la pratique, l’exploitation durable des groupes électrogènes de secours est limitée par la nécessité de les entretenir périodiquement. Une maintenance des moteurs diesel est généralement requise après 500 heures d’exploitation et ne peut être effectuée que par des spécialistes du fabricant ou du prestataire. Les services après-vente des fabricants sont organisés de façon à pouvoir effectuer correctement la maintenance des groupes électrogènes de secours dans un contexte normal, sans pénurie d’électricité. Ils ne disposent pas des ressources nécessaires pour les situations où un grand nombre de groupes électrogènes de secours sont exploités sur une période prolongée. Après quelque 500 heures d’exploitation, soit environ trois semaines, la majeure partie des groupes électrogènes de secours n’est plus disponible. Les groupes électrogènes de secours ne se prêtent donc en principe pas à une exploitation allant jusqu’à 10 semaines d’affilée.
La principale limite d’une telle exploitation réside toutefois dans le fait que les groupes électrogènes de secours sous contrat peuvent, si nécessaire, être utilisés par les exploitants pour leurs propres besoins. Cela signifie qu’en cas de pénurie, ils ne seront pas disponibles pour la réserve d’électricité, car ils seront utilisés pour couvrir les besoins propres des exploitants en cas de contingentement ou de délestages cycliques.
Les groupes électrogènes de secours constituent un élément utile de la réserve d’électricité, mais ne remplacent pas les centrales de réserve.
1.3.3 Réserve liée à une réduction de la consommation
Dans le cadre de la modification du 20 juin 2025 de la LApEl, le Parlement a établi la base légale nécessaire à la constitution d’une réserve liée à une réduction de la consommation, qui pourrait être disponible à partir de 2028 environ. L’OFEN a commandé une étude sur l’organisation de cette réserve13, qui a été élaborée avec la participation d’un groupe d’accompagnement composé de représentants de la branche. Au vu de la puissance estimée par l’association de branche Groupe gros clients d’électricité (GGS), pouvant atteindre 200 MW, la réserve liée à une réduction de la consommation peut apporter une contribution significative à la réserve d’électricité. Toutefois, en raison des répercussions économiques de son utilisation sur plusieurs semaines ainsi que de sa puissance maximale et de sa puissance permanente limitées, elle ne saurait remplacer de manière judicieuse d’autres éléments de la réserve.
1.3.4 Renoncement aux centrales de réserve
Compte tenu du coût élevé de la réserve d’électricité, la question de savoir s’il était raisonnable de renoncer aux centrales de réserve a été examinée. L’OFPP a estimé que les coûts consécutifs à une pénurie d’électricité d’une durée de douze semaines entraînant une baisse de 30 % de l’approvisionnement pouvaient atteindre 84 milliards de francs. Une pénurie de cette ampleur constituerait un cas extrême. Mais les coûts seraient également très élevés pour l’économie, même si elle était plus courte ou moins sévère. Les centrales de réserve, complétées par d’autres mesures, permettent de réduire considérablement le risque de pénurie d’électricité. D’un point de vue économique, les coûts annuels de quelque 150 millions de francs nécessaires au financement des centrales de réserve sont proportionnés. L’idée de renoncer à cette couverture a donc été écartée.
1.4 Relation avec le programme de la législature et avec le plan financier, ainsi qu’avec les stratégies du Conseil fédéral
Le Parlement a adopté le message sur le programme de la législature 2023 à 2027 le 6 juin 202414. La présente affaire est étroitement liée à l’objectif 25 de ce programme, qui prévoit que «la Suisse assure la sécurité et la stabilité de l’approvisionnement énergétique et encourage le développement de la production indigène d’énergie renouvelable». Le Conseil fédéral a commencé par mettre en place une réserve hydroélectrique pour l’hiver 2022/2023. Il l’a complétée par des centrales de réserve et des groupes électrogènes de secours regroupés en pools. Pour ce faire, il a adopté le message relatif à la modification de la LApEl au cours de la première moitié de la législature. Il visait notamment à instaurer de nouvelles capacités de réserve. La base légale permettant aux centrales de réserve, aux groupes électrogènes de secours et aux installations CCF de participer à la réserve d’électricité a ainsi été créée afin d’assurer la sécurité d’approvisionnement.
En adoptant le message concernant le supplément II au budget 2025 et le message sur le Budget 2026, le Parlement a approuvé les crédits d’engagement et les crédits budgétaires nécessaires à la solution transitoire jusqu’en 202615. Ces crédits comprennent les fonds destinés aux trois centrales de réserve existantes, à la mise sous contrat de groupes électrogènes de secours ainsi qu’à l’étude de projet relative aux centrales de réserve pour la période à partir de 2026.
La Stratégie énergétique 205016 et les réglementations inscrites dans la législation sur l’énergie et l’approvisionnement en électricité permettent à la Suisse de mettre en œuvre la transformation de son approvisionnement en énergie. Le 21 mai 2017, le peuple suisse a accepté dans les urnes le projet qui réorientait le droit de l’énergie17 en ce sens et qui est entré en vigueur au début de 2018. Dans le prolongement de la Stratégie énergétique18, il a aussi accepté le 9 juin 2024 le projet de loi fédérale relative à un approvisionnement en électricité sûr reposant sur des énergies renouvelables19. Le cadre juridique a ainsi été réorganisé et les dispositions de l’ordonnance sur une réserve d’hiver relatives à la constitution d’une réserve thermique et à la répercussion des coûts sur les consommateurs d’électricité ont été formellement transposées au niveau de la loi. Ce projet de loi, qui regroupe une révision de la loi sur l’énergie et de la loi sur l’approvisionnement en électricité, vise à renforcer le développement des énergies renouvelables indigènes ainsi que la sécurité d’approvisionnement de la Suisse, en particulier en hiver. Il entérine en outre la réserve hydroélectrique obligatoire. Une réserve thermique a également été instaurée en réponse au risque accru de pénurie d’énergie durant l’hiver 2022/2023 et pour renforcer la sécurité d’approvisionnement pendant la saison froide. L’entrée en vigueur de la base légale concernée est prévue pour le 1er juillet 2027 (cf. chap. 1.1).
1.5 Classement d’interventions parlementaires
L’arrêté fédéral proposé ne permet pas le classement d’interventions parlementaires.
2 Procédure préliminaire, consultation comprise
Conformément à l’art. 3, al. 1, let. d, de la loi du 18 mars 2005 sur la consultation (LCo)20, une consultation est notamment organisée pour des projets qui ont une grande portée politique, financière, économique, écologique, sociale ou culturelle. Il est toutefois possible de renoncer à une procédure de consultation en application de l’art. 3a, al. 1, let. b, LCo. L’arrêté proposé porte en effet sur un projet de financement qui s’appuie sur des bases légales existantes, raison pour laquelle aucune consultation ne doit en principe être menée. La base légale formelle correspondante n’a été adoptée par les Chambres qu’en 2025. De plus, les positions des milieux intéressés sont connues, car la consultation relative à la modification de la LApEl (Réserve d’électricité), qui s’est déroulée du 28 juin au 20 octobre 2023, a abouti à des conclusions importantes et exhaustives. Pendant le processus parlementaire et même après l’adoption du projet, le thème des centrales de réserve a suscité un large débat public en 2025, notamment dans les médias. En outre, les révisions de l’OIRH, sur lesquelles se fondent les crédits additionnels, ont fait l’objet de plusieurs consultations21 depuis 2022. Le projet a également été soumis au secrétariat de la Commission de la concurrence pour avis. Pour les raisons susmentionnées, aucune information nouvelle n’est à attendre d’une procédure de consultation.
2.1 Estimation des coûts des centrales de réserve mentionnées dans le message du 1er mars 2024 concernant la modification de la loi sur l’approvisionnement en électricité (Réserve d’électricité)
Dans le message du 1er mars 2024 concernant la modification de la LApEl (Réserve d’électricité), les coûts pour une puissance de 1 000 MW issue de centrales de réserve étaient estimés à 180 millions de francs par an pendant 15 ans, ce qui représente un total de 2,7 milliards de francs. Ce montant englobait les coûts d’investissement nécessaires pour construire des centrales de réserve, soit environ 1,1 milliard de francs, le reste couvrant les coûts de capital et les coûts liés à la mise à disposition des centrales de réserve pendant 15 ans. Les coûts d’investissement pour la construction de centrales électriques ont considérablement augmenté ces dernières années. La situation prévalant sur le marché a notamment entraîné une forte hausse des coûts d’acquisition de turbines à gaz et de gros moteurs diesel. Trois facteurs en particulier ont contribué à faire grimper les prix. Premièrement, la demande en matière de centrales thermiques a augmenté dans de nombreux pays en raison des besoins croissants en électricité. Deuxièmement, on observe un développement des centres de calcul et des centres de données gourmands en énergie. Enfin troisièmement, la forte expansion des installations de production d’énergie non contrôlables, telles que les installations photovoltaïques et les éoliennes, à l’échelle européenne ainsi que les nouveaux consommateurs d’électricité (p. ex. pompes à chaleur, mobilité électrique) constituent des défis pour la stabilité du réseau, ce qui accroît la demande pour des centrales thermiques. L’Allemagne, en particulier, a annoncé son intention de construire un grand nombre de centrales à gaz. Les coûts liés à la mise à disposition des centrales de réserve sur une période de 15 ans s’avèrent également plus élevés que les estimations antérieures. Dans le cadre de la modification du 20 juin 2025 de la LApEl, le Parlement a en effet supprimé la possibilité que l’OIRH donnait encore aux exploitants des centrales de réserve d’utiliser ces dernières pour fournir des services-système. Les exploitants ont compensé la perte de recettes par une augmentation de la rémunération pour la disponibilité.
3 Contenu de l’arrêté de crédit
3.1 Proposition du Conseil fédéral, avec exposé des motifs
Pour permettre la mise à disposition des centrales de réserve prévues, qui devront être fonctionnelles à partir de 2030 environ pour une période de 15 ans, le Conseil fédéral demande au Parlement, via le présent message, d’approuver le crédit d’engagement et les crédits additionnels nécessaires à cet effet, qui atteignent au total quelque 2,3 milliards de francs. Sans ces crédits d’engagement, les centrales de réserve ne pourront pas être réalisées.
Les contrats relatifs aux deux centrales de réserve transitoires, l’une appartenant à Ansaldo Energia et sise à Birr, d’une puissance de 250 MW, et l’autre appartenant à ewb et implantée à Berne Forsthaus, d’une puissance de 50 MW, peuvent être prolongés jusqu’en 2033 respectivement 2035 au plus tard. Passé ces délais, il n’y aurait plus de centrales de réserve disponibles et l’approvisionnement en électricité ne pourrait plus être assuré dans des situations exceptionnelles.
Un crédit additionnel de 100 millions de francs venant s’ajouter au crédit d’engagement intitulé «Étude de projet et prestations préalables, centrales de réserve» est requis pour financer les travaux à mener du lancement de l’étude de projet jusqu’à l’obtention de l’autorisation de construire les centrales de réserve. Il couvre les acomptes concernant les composants d’installation que les responsables de projet doivent commander plus tôt que prévu. Ces acomptes anticipés permettent de garantir des prix définis et des délais de livraison fermes. Dans l’ensemble, aucun financement supplémentaire n’est nécessaire, mais les investissements doivent pouvoir être réalisés plus tôt afin d’éviter des retards et d’éventuels surcoûts dans la suite du projet. Les dépenses liées aux crédits d’engagement demandés n’ont aucune incidence sur les finances de la Confédération. Swissgrid les répercutera sur les consommateurs finaux.
Le Conseil fédéral demande que le crédit d’engagement en cours intitulé «Réserve d’hiver complémentaire, centrales de réserve OIRH» soit augmenté de 31,3 millions de francs afin de financer la solution transitoire pour la centrale de réserve de Monthey, qui comprend les mesures de mise à niveau nécessaires et une révision de la turbine à gaz. C’est la seule façon de garantir une disponibilité sans interruption de la centrale de réserve jusqu’à ce que les centrales soient fonctionnelles. L’augmentation de ce crédit d’engagement n’entraîne pas non plus de coûts supplémentaires; il s’agit de dépenses anticipées, notamment pour la révision de la turbine à gaz, qui était initialement prévue dans le cadre du contrat à long terme. De ce fait, les coûts des travaux de transformation découlant de la solution à long terme diminueront à partir de l’été 2029.
3.2 Crédits d’engagement
3.2.1 Crédits d’engagement en cours pour le financement de la réserve thermique
À partir de 2022, le Parlement a approuvé par étapes des crédits d’engagement et des crédits additionnels d’un montant total de 1,071 milliard de francs dans le but de constituer une réserve thermique. Sur ce montant, 954,4 millions de francs sont destinés aux centrales de réserve, 66,4 millions aux groupes électrogènes de secours et 50 millions à l’étude de projet relative aux centrales de réserve. Les derniers crédits additionnels visant à mettre en place une solution transitoire jusqu’en 2030 consacraient 332,4 millions de francs aux centrales de réserve et 19,9 millions de francs aux groupes électrogènes de secours.
Tableau 3
Crédits d’engagement approuvés à ce jour pour le financement de la réserve thermique
Crédits d’engagement approuvés | Crédit | Montant |
|---|---|---|
Réserve d’hiver complémentaire, centrales de réserve OIRH | V0377.00 | 954,4 |
Étude de projet et prestations préalables, centrales de réserve | V0377.01 | 50 |
Groupes électrogènes de secours | V0382.00 | 66,4 |
Total [mio CHF] | 1070,8 |
3.2.2 Crédits d’engagement et crédits additionnels demandés
Pour assurer la poursuite de la réserve thermique composée de centrales de réserve, le Conseil fédéral soumet à l’approbation du Parlement les trois crédits d’engagement ci-après via le présent message:
– un nouveau crédit d’engagement de 2,18 milliards de francs à partir de 2027 pour la mise à disposition de centrales de réserve sur une période de 15 ans et qui doivent être fonctionnelles à partir de 2030 environ (chap. 3.2.1);
– un crédit additionnel (V0377.01) de 100 millions de francs à partir de 2027 pour l’étude de projet et les prestations préalables concernant les centrales de réserve; dans l’ensemble, aucun financement supplémentaire n’est nécessaire, mais les investissements doivent pouvoir être réalisés plus tôt afin d’éviter des retards et d’éventuels surcoûts dans la suite du projet (chap. 3.2.2);
– un crédit additionnel (V0377.00) de 31,3 millions de francs à partir de 2028 venant s’ajouter au crédit d’engagement intitulé «Réserve d’hiver complémentaire, centrales de réserve OIRH» pour la poursuite de l’exploitation de la centrale de réserve de Monthey; il ne s’agit pas non plus de coûts supplémentaires, mais de dépenses anticipées, notamment pour la révision de la turbine à gaz, qui était initialement prévue dans le cadre du contrat à long terme. De ce fait, les coûts des travaux de transformation découlant de la solution à long terme diminueront à partir de l’été 2028 (chap. 3.2.3).
Les bases légales régissant ces crédits d’engagement sont présentées au chap. 5.
3.2.3 Crédit d’engagement pour le financement de centrales de réserve
Les contrats de prestations relatifs aux quatre centrales de réserve sont conclus pour une durée de 15 ans à compter de la date à laquelle les centrales doivent être fonctionnelles (autour de 2030). Ils prévoient le versement annuel aux exploitants d’une rémunération pour la disponibilité, qui couvre l’ensemble des coûts liés à la mise à disposition des centrales de réserve, y compris l’amortissement des investissements. La Confédération peut résilier les contrats à tout moment, moyennant des frais supplémentaires. Les coûts résultant d’une éventuelle résiliation du contrat non imputable à l’exploitant devraient être pris en charge par la Confédération. Selon le moment de la résiliation, ces coûts peuvent être très élevés, car les exploitants réalisent d’importants investissements pour la construction des centrales de réserve, qui doivent être assumés même en cas de résiliation. Les coûts d’une résiliation ne peuvent toutefois pas excéder la somme de toutes les rémunérations pour la disponibilité dues (pour 15 ans au maximum).
L’ensemble des coûts liés à la mise à disposition des centrales de réserve, d’une puissance totale de 583 MW, et à leur disponibilité durant 15 ans s’élève à 1,88 milliard de francs. À cela s’ajoute une réserve de planification de 300 millions de francs, destinée à couvrir les hausses de coûts pouvant résulter de retards dans les procédures relevant de l’aménagement du territoire ou du droit de la construction. Le montant de la réserve de planification est basé sur des indices de prix spécifiques à la branche. Suffisamment dimensionnée, cette réserve reflète le degré d’éventuelles incertitudes. Elle ne tient toutefois pas compte des modifications relatives à la taxe sur la valeur ajoutée et des écarts par rapport à l’estimation du renchérissement retenue (0,8 %).
Le nouveau crédit d’engagement demandé, d’un montant de 2,18 milliards de francs (y c. la réserve de planification et la TVA), est réparti comme suit entre les différentes centrales de réserve:
Tableau 4
Nouveau crédit d’engagement pour des centrales de réserve (TVA comprise)
Nouveau crédit d’engagement | Montant |
|---|---|
Construction et exploitation de centrales de réserve | 2180 |
Monthey (CIMO) | 100 |
Stein (Getec) | 200 |
Eiken-Sisslerfeld (Sidewinder) | 610 |
Auhafen (Axpo) | 970 |
réserve de planification (16 %) | 300 |
Total [mio CHF] | 2180 |
Le crédit demandé est exclusivement consacré aux dépenses liées à la construction et à la fonctionnalité des centrales de réserve. Les dépenses supplémentaires qui pourraient résulter de l’exploitation de ces centrales en cas de recours lors d’une éventuelle pénurie d’électricité (coûts des combustibles et éventuels coûts liés à l’énergie d’ajustement) ne sont pas incluses. Leur ampleur dépend dans une large mesure du scénario et ne peut être estimée de manière fiable. On part du principe que, dans un tel cas, les prix du combustible sont très élevés. Swissgrid facturera les dépenses en question directement à l’exploitant, qui les répercutera sur le tarif «réserve d’électricité». La Confédération entend conclure un contrat en ce sens avec Swissgrid. En attendant, elle reste responsable du règlement des dépenses à engager rapidement et devrait demander les crédits correspondants (cf. également chap. 3.2.11). Dans le chapitre consacré aux conséquences pour le tarif «réserve d’électricité» (cf. chap. 4.1.), ces dépenses ne sont donc pas non plus prises en compte. À noter que lorsque les prix de l’électricité sont élevés, les coûts en question sont compensés par les recettes provenant de la production d’électricité.
3.2.4 Crédit additionnel pour l’étude de projet et les prestations préalables
Le présent projet prévoit d’ajouter 100 millions de francs au crédit d’engagement en cours de 50 millions de francs qui est destiné à l’étude de projet et aux prestations préalables concernant les centrales de réserve intervenant avant l’octroi d’une autorisation de construire, le faisant ainsi passer à 150 millions de francs au total. Dans l’ensemble, aucun financement supplémentaire n’est nécessaire, mais les investissements doivent pouvoir être réalisés plus tôt afin d’éviter des retards et d’éventuels surcoûts dans la suite du projet.
Pour les projets d’Eiken-Sisslerfeld (Sidewinder) et de Stein (Getec), des commandes importantes doivent être passées avant l’obtention de l’autorisation de construire, faute de quoi ces projets risquent de subir des retards et, par conséquent, d’encourir des coûts supplémentaires. Sidewinder prévoit pour début 2027 de verser des acomptes au fabricant de la centrale (contractant EPC) pour garantir le contrat de réalisation et de réserver les composants de l’installation dont les délais de livraison sont très longs. Getec effectuera également de telles réservations de composants en 2027 (en particulier le transformateur requis). Il est important que les deux projets ne subissent aucun retard, sinon les installations risquent de ne pas être fonctionnelles en 2033.
Afin que le crédit additionnel intitulé «Étude de projet et prestations préalables, centrales de réserve» soit disponible pour début 2027, le Parlement doit examiner le présent message de toute urgence. C’est la seule façon d’éviter les retards dus à l’absence de crédits dans les projets Eiken-Sisslerfeld et Stein. Il est important que le Parlement débatte du présent message lors des sessions d’automne et d’hiver 2026 et que l’arrêté fédéral soit disponible d’ici la fin de l’année 2026. Autrement, Sidewinder, en particulier, ne sera pas en mesure de passer les commandes nécessaires; or une telle situation risque d’entraîner des retards et des surcoûts considérables et pourrait même conduire à l’interruption du projet.
Étant donné que la date de l’octroi de l’autorisation de construire exécutoire est impossible à prévoir, le crédit additionnel contient une réserve de planification importante afin de couvrir les surcoûts liés à un éventuel retard.
Tableau 5
Crédit additionnel nécessaire à l’étude de projet et aux prestations préalables (V0377.01)
Crédits d’engagement | Crédit d’engagement | Crédit additionnel | Somme |
|---|---|---|---|
Étude de projet et prestations préalables, centrales de réserve V0377.01 | 50 | 100 | 150 |
Stein (Getec) | 10 | ||
Eiken-Sisslerfeld (Sidewinder) | 60 | ||
réserve de planification | 30 | ||
Total [mio CHF] | 50 | 100 | 150 |
3.2.5 Crédit additionnel intitulé «Réserve d’hiver complémentaire, centrales de réserve OIRH» (financement de la solution transitoire pour la centrale de réserve de Monthey)
Le Conseil fédéral demande que le crédit d’engagement en cours intitulé «Réserve d’hiver complémentaire, centrales de réserve OIRH» soit augmenté de 31,3 millions de francs pendant les années 2028 à 2030 afin de financer la solution transitoire pour la centrale de réserve de Monthey.
Tableau 6
Crédit additionnel nécessaire intitulé «Réserve d’hiver complémentaire, centrales de réserve OIRH» (financement de la solution transitoire pour la centrale de réserve de Monthey)
Crédit d’engagement solution transitoire | Crédit d’engagement en cours | Crédit additionnel | Somme |
|---|---|---|---|
Réserve d’hiver complémentaire, centrales de réserve OIRH V0377.00 | 954,4 | 31,3 | 985,7 |
Monthey (CIMO) | 38,5 | 31,3 | |
Birr (GE) | 560,0 | ||
banc d’essai Birr (Ansaldo) | 275,0 | ||
Forsthaus (EWB) | 25,9 | ||
Cornaux (Groupe E) | 37,0 | ||
réserve de planification | 18,0 | ||
Total [mio CHF] | 954,4 | 31,3 | 985,7 |
Afin de garantir la disponibilité continue de la centrale de réserve de Monthey, une révision de la turbine à gaz doit être effectuée pendant la période couvrant la solution transitoire. Cette révision, qui était initialement prévue dans le cadre du contrat à long terme, n’entraîne pas de coûts supplémentaires, mais des dépenses anticipées. Le crédit additionnel sert en outre à couvrir la rémunération pour la disponibilité pendant deux autres périodes, à savoir les hivers 2027/2028 et 2028/2029. En raison de ces dépenses anticipées, les coûts des travaux de transformation découlant de la solution à long terme diminueront à partir de l’été 2029.
3.2.6 Vue d’ensemble des crédits d’engagement
Tableau 7
Vue d’ensemble des crédits d’engagement
Vue d’ensemble des crédits d’engagement, | Approuvé | Demandé via le présent message | Total | Base légale | |
|---|---|---|---|---|---|
V0377.00 | Réserve d’hiver complémentaire, centrales de réserve OIRH (y c. solution transitoire) | 954,4 | 31,3 | 985,7 | OIRH |
V0377.01 | Étude de projet et prestations préalables, centrales de réserve | 50 | 100 | 150 | OIRH |
nouveau | Solution à long terme, centrales de réserve devant être fonctionnelles à partir de 2030 environ | 2180 | 2180 | LApEI | |
V0382.00 | Groupes électrogènes de secours (jusqu’en 2028) | 66,4 | 66,4 | OIRH |
3.2.7 Aucune clause budgétaire dans les contrats à partir de la phase de construction
Les centrales de réserve sont construites ou, dans le cas de Monthey transformées, par les prestataires dans la perspective d’une utilisation exclusive au service de la réserve d’électricité. L’indemnisation fixe prévue pour une durée d’exploitation de 15 ans couvre l’amortissement des investissements, les coûts servant à assurer à la fonctionnalité des centrales ainsi qu’un bénéfice raisonnable. L’inscription d’une clause budgétaire dans les contrats serait contraire au régime d’indemnisation prévu. Les exploitants ont d’ailleurs rejeté cette idée, qui entraînerait pour eux des risques financiers inacceptables. Aucune clause budgétaire ne figure donc dans les contrats de prestations conclus avec les exploitants puisqu’elle rendrait la conclusion des contrats impossible.
Une fois que l’autorisation de construire exécutoire a été octroyée, les prestataires doivent obtenir l’autorisation écrite du DETEC avant de pouvoir commencer la construction des centrales de réserve. Celui-ci ne peut délivrer l’autorisation de débuter les travaux que si le crédit d’engagement nécessaire a été approuvé par le Parlement. Les contrats contiennent une réserve le précisant. Via le présent message, le Parlement est informé qu’aucune clause budgétaire n’est incluse dans les contrats.
3.2.8 Économies résultant de négociations directes
L’appel d’offres lancé à l’été 2023 a donné lieu à cinq offres pour des centrales de réserve d’une puissance totale de 591 MW. Une fois ces offres rectifiées, les coûts s’élevaient à 2,711 milliards de francs pour 15 ans de mise à disposition de la puissance de réserve. Compte tenu des coûts très élevés, le DETEC a décidé de ne pas donner suite à l’appel d’offres. Il a alors lancé des négociations directes avec les prestataires et de nombreux autres fournisseurs potentiels afin d’identifier le potentiel d’économie.
Il est alors apparu que les coûts élevés étaient dus principalement à deux facteurs. Le premier concerne les coûts de capital: les exploitants construisent les centrales de réserve spécialement aux fins prévues en investissant des sommes importantes qu’ils peuvent amortir sur la durée du contrat de 15 ans. Le capital investi doit porter intérêt pendant cette période, ce qui engendre des coûts très élevés. D’où la possibilité offerte aux prestataires de demander des acomptes. Le capital nécessaire est prélevé par Swissgrid par l’intermédiaire du supplément perçu pour l’utilisation du réseau et mis à la disposition des exploitants sans intérêts. Les exploitants, pour leur part, doivent fournir des garanties financières appropriées afin d’exclure toute perte de capital.
Le second facteur est constitué des peines conventionnelles prévues pour les responsables de projet: elles étaient initialement très élevées et s’apparentaient à des dommages et intérêts. Lors de l’exploitation de centrales de réserve, les écarts entre la puissance fournie et la puissance convenue (programme prévisionnel) peuvent, dans les cas extrêmes, entraîner des coûts très élevés en lien avec l’énergie d’ajustement. Pour une grande centrale de réserve, ces coûts pourraient dépasser les 100 millions de francs en l’espace de 24 heures. Les prestataires devaient donc prévoir des provisions pour risques très élevées. Les pénalités ont donc été redéfinies de manière à être suffisamment élevées pour inciter les exploitants à déployer un maximum d’efforts afin de maintenir l’installation fonctionnelle et hautement disponible. Une indisponibilité d’un jour peut désormais entraîner des amendes pouvant atteindre quelque 700 000 francs.
Grâce aux acomptes et à la réduction des pénalités, les coûts de projet ont pu être réduits d’environ 950 millions de francs pour s’établir à 1,762 milliard de francs. La comparaison des coûts s’entend hors TVA et hors coûts de premier remplissage des réservoirs de combustible.
Le marché a été attribué sur la base de cinq critères d’adjudication. Le prix, qui était le critère le plus important, représentait 40 % de la note globale. Le deuxième critère, qui constituait 20 % de la note globale, concernait les émissions de CO2 spécifiques. Les projets ayant prévu d’utiliser de l’huile végétale hydrotraitée (hydrotreated vegetable oil, HVO) comme combustible, ils ont tous obtenu la note maximale pour ce critère. Le troisième critère d’adjudication (10 % de la note globale) portait sur la faisabilité des raccordements au réseau, qui ont une grande influence sur les coûts et les délais. Le quatrième critère (également 10 % de la note globale) demandait une durée de projet aussi courte que possible. Une durée de projet supérieure à 60 mois aurait entraîné une exclusion, car ce plafond avait été fixé comme critère d’aptitude. Enfin, le cinquième critère, qui comportait un nombre élevé de points d’évaluation (20 % de la note globale), a permis d’évaluer la qualité du projet et du prestataire. L’évaluation globale, et donc l’ordre d’adjudication, résultait de l’addition des différents critères.
La plausibilité des coûts de projet résultant des offres a été vérifiée à l’aide de données issues d’études accessibles au public.
3.2.9 Risques liés aux projets
La Confédération a conclu des contrats de prestations avec les exploitants des centrales de réserve afin de mettre celles-ci à la disposition de la réserve thermique. Les risques liés à la construction et à l’exploitation des centrales de réserve incombent donc en principe à ces exploitants.
La Confédération reste toutefois exposée à certains risques susceptibles d’entraîner des retards ou d’avoir des conséquences financières, raison pour laquelle il est prévu de mettre en place une réserve de planification dotée de 300 millions de francs.
Via le présent message, le Conseil fédéral demande les crédits nécessaires pour une période de 15 ans. À ce jour, seuls les fonds couvrant la phase allant de la planification à l’obtention de l’autorisation de construire sont disponibles. En signant les contrats de prestations pour la mise à disposition des centrales de réserve, l’OFEN n’a donc donné son feu vert qu’aux travaux liés à l’étude de projet jusqu’à l’obtention de l’autorisation de construire exécutoire. Les exploitants des futures centrales de réserve n’ont par conséquent pas encore pu conclure de contrats contraignants avec les entrepreneurs et les fournisseurs pour réaliser ces centrales. C’est pourquoi les coûts ne sont pas encore définitivement fixés. Une fois l’autorisation de construire octroyée, les exploitants actualiseront leurs offres. S’agissant de l’évolution des coûts, des valeurs cibles indicielles ont été convenues dans le contrat. Si elles sont dépassées, l’OFEN a le droit de retirer le contrat à l’exploitant et de le confier à un tiers. Indépendamment de cela, la Confédération a le droit de résilier le contrat de prestations à tout moment. Le cas échéant, les coûts justifiés liés à l’étude de projet et aux prestations préalables devraient toutefois être remboursés au responsable du projet.
Si, malgré la présence de documents pouvant être approuvés et sans faute imputable au responsable de projet, l’autorisation de construire ne pouvait pas être délivrée pour l’une des centrales de réserve prévues, le projet en question serait abandonné. Selon l’emplacement, l’octroi de l’autorisation de construire nécessite une inscription dans le plan directeur cantonal et une adaptation du règlement d’affectation et de construction, ce qui prend du temps et représente un risque de procédure supplémentaire pour la réalisation du projet. Si le projet de centrale de réserve ne peut pas être réalisé, la capacité de production d’électricité ne serait pas garantie dans la mesure prévue, sans parler de la perte des moyens engagés dans le cadre de l’étude de projet. Il faudrait alors lancer un nouvel appel d’offres pour l’acquisition de la puissance de réserve manquante.
Par ailleurs, il se pourrait que l’estimation de l’ElCom concernant les besoins en réserve soit revue à la baisse au fil du temps. Il en résulterait un excédent de puissance acquise par contrat, dont la réduction entraînerait des conséquences financières. L’ampleur de ces dernières dépend du moment où le contrat serait résilié et ne peut donc pas être représentée de manière forfaitaire. L’ElCom a tenu compte de cette situation dans ses réflexions sur le dimensionnement.
Les coûts des centrales de réserve augmenteraient également en cas de hausse du taux de TVA. Même si le renchérissement était plus important que les 0,8 % retenus dans le calcul, il en résulterait des coûts supplémentaires, qui devraient toutefois être couverts par la réserve de planification. Quant aux coûts supplémentaires occasionnés aux exploitants en raison de modifications imprévisibles des bases légales, l’OFEN s’engage dans les contrats à prendre celles-ci en charge.
3.2.10 Prise en compte des situations de pénurie de combustible
L’exploitation de centrales de réserve nécessite d’importantes quantités de combustible. Les pénuries d’électricité peuvent être liées à des pénuries de gaz. Une réduction de l’approvisionnement en pétrole ou d’autres combustibles liquides en raison de développements mondiaux ou d’événements de guerre n’est pas non plus exclue. Diverses mesures ont été prises pour permettre aux centrales de réserve de rester disponibles même dans de telles situations. Ces centrales fonctionnent avec des combustibles liquides afin qu’elles ne soient pas tributaires des livraisons de gaz. De plus, les exploitants sont tenus de stocker le combustible nécessaire pour 16 jours d’exploitation et de garantir le réapprovisionnement, y compris la logistique, pour 10 semaines.
3.2.11 Transfert des contrats à Swissgrid à partir de 2028/2029
Il est prévu de créer une base légale dans la LApEl permettant de transférer à Swissgrid, à partir de 2028/2029, la gestion des contrats relatifs aux centrales de réserve que la Confédération a conclus avant l’entrée en vigueur de la modification de cette même loi. Une fois les contrats transférés, le financement des centrales de réserve incombera à Swissgrid. Étant donné que la Confédération assume actuellement l’intégralité des engagements, le crédit d’engagement est soumis à l’approbation du Parlement dans sa totalité, et ce malgré le transfert prévu.
3.2.12 Crédits de dépenses
Afin de pouvoir assurer la planification des projets de réalisation des centrales de réserve, les prestataires doivent recevoir de premiers versements en 2027 déjà. C’est pourquoi les crédits de dépenses nécessaires seront soumis séparément au Parlement au moment de la présentation du message sur le budget 2027, dans la rubrique des crédits d’engagement et des crédits additionnels sollicités ci-dessus. Les crédits budgétaires éventuellement autorisés sont subordonnés à l’approbation des crédits d’engagement et des crédits additionnels demandés via le présent message. Ces dépenses n’ont aucune incidence sur les finances de la Confédération, car elles seront facturées à Swissgrid et répercutées sur les consommateurs d’électricité par le biais de la rémunération pour l’utilisation du réseau.
3.2.13 Fonds pour le recours à la réserve
En cas de pénurie d’électricité imminente, Swissgrid fait appel aux centrales de réserve et aux groupes électrogènes de secours. Les exploitants sont alors responsables de l’achat des combustibles nécessaires (gaz naturel, huile végétale hydrotraitée [HVO] ou diesel); les coûts variables qui en découlent leur sont remboursés.
Le montant de ces coûts dépend principalement de la durée d’utilisation des installations et des prix des combustibles. Les coûts liés à un recours aux centrales de réserve sont financés par la rémunération pour l’utilisation du réseau. Les coûts d’exploitation sont compensés par les recettes provenant de la vente d’électricité. Lorsque les prix de l’électricité atteignent environ 200 francs par MWh, les marges brutes sont positives et permettent de réduire les coûts totaux. La Confédération souhaite que les exploitants et Swissgrid gèrent directement les décomptes. Les crédits concernés ne sont pas sollicités à titre de précaution, car il n’est pas possible d’estimer à l’avance et de manière fiable la durée et la fréquence d’utilisation des centrales de réserve et des groupes électrogènes de secours. Les dispositions relatives au recours à la réserve seront prises séparément de la présente affaire, car un crédit budgétaire ne peut pas être demandé lorsqu’il est peu probable que les fonds concernés seront effectivement nécessaires.
3.3 Indices des coûts sous-jacents
Le crédit d’engagement demandé, d’un montant de 2,18 milliards de francs, se fonde sur les indices de coûts suivants:
– Renchérissement
– Le crédit d’engagement se base sur une estimation du renchérissement annuel de 0,8 % pour toute la durée concernée. Il se fonde sur l’indice suisse des prix à la consommation (IPC) de fin 2014, qui s’établit à 106,87 points. Cette estimation du renchérissement figurait déjà dans le dossier d’appel d’offres en tant que base et est reprise à titre indicatif dans les contrats. Par rapport aux prestataires, seuls les coûts liés au maintien de la fonctionnalité (coûts d’exploitation hors amortissement et coûts de capital) doivent être ajustés en fonction du renchérissement effectif.
– Taxe sur la valeur ajoutée
– 8,1 %
– Les indices de coûts à partir desquelles a été défini le volume du crédit d’engagement figurent à l’art. 2 du projet d’arrêté fédéral.
4 Conséquences
4.1 Conséquences pour le tarif «réserve d’électricité»
Les centrales de réserve prévues pour être exploitées à long terme, qui seront probablement disponibles pendant une période de 15 ans à partir de 2030, devraient coûter environ 2,3 milliards de francs sur toute leur durée d’utilisation. Dans le tarif «réserve d’électricité», cela représente un coût moyen de 0,22 centime par kilowattheure pendant les années 2027 à 2044, coûts liés à la solution transitoire et aux groupes électrogènes de secours inclus. Pour un ménage moyen affichant une consommation d’électricité annuelle de 4500 kilowattheures, le coût s’élève à 10 francs par année et pour les gros consommateurs industriels affichant une consommation annuelle de 10 gigawattheures, il est de 22 000 francs par année. Au cours de la phase de construction des nouvelles centrales de réserve, le tarif «réserve d’électricité» pourra dépasser 0,75 centime par kilowattheure pendant quelques années en raison du financement préalable. Les coûts assumés par les consommateurs d’électricité surviennent donc en partie avant même que les centrales de réserve ne soient fonctionnelles. L’objectif consiste à limiter autant que possible la fluctuation des tarifs. Swissgrid compensera les découverts ou les excédents de couverture sur une période de trois ans, ce qui lui permet de lisser quelque peu les fluctuations à court terme du tarif «réserve d’électricité». Une compensation sur une période plus longue nécessiterait une adaptation de la base légale. Par rapport au prix de l’électricité, supplément perçu sur le réseau compris, les fluctuations dues au tarif «réserve d’électricité» sont bien inférieures à 10 %.
4.2 Conséquences pour la Confédération, les cantons et les communes
Le présent projet de financement n’a pas de conséquences directes pour la Confédération en matière de finances et de personnel. Swissgrid répercutera l’intégralité des coûts sur les consommateurs d’électricité. Ce projet n’a donc aucune incidence sur le budget de la Confédération. Les travaux incombant à la Confédération en lien avec le dimensionnement et la mise en œuvre de la réserve d’électricité (les moyens financiers nécessaires à cet effet sont compensés en interne) ainsi que les conséquences pour les cantons et les communes ont été présentés dans le message concernant la modification de la loi sur l’approvisionnement en électricité (Réserve d’électricité)22. Les centrales de réserve permettent aux cantons et aux communes d’implantation de générer des recettes supplémentaires. Par exemple, l’art. 20, al. 1, de la loi du canton d’Argovie du 17 janvier 2012 sur l’approvisionnement en énergie23 prévoit que les communes accueillant de grandes installations de production d’énergie peuvent convenir d’une indemnisation avec le titulaire de l’autorisation d’exploitation, ce qui leur donne la possibilité de bénéficier de revenus supplémentaires en plus des recettes fiscales. Une indemnisation à hauteur de 1000 francs au maximum par an et par mégawatt de puissance électrique installée a été convenue avec les communes d’implantation des nouvelles centrales de réserve d’Eiken-Sisslerfeld et de Stein. En outre, le recours aux centrales peut occasionner une indemnisation susceptible d’atteindre cinq francs par mégawattheure d’énergie produite pour compenser les inconvénients dus aux immissions.
4.3 Conséquences environnementales
Les centrales de réserve sont des installations de production d’énergie thermique qui produisent de l’électricité à l’aide de turbines à gaz ou de moteurs à combustion. La combustion des agents énergétiques génère des émissions qui ont un impact sur l’environnement. Il convient de distinguer les conséquences directes sur les êtres humains et les animaux et l’impact sur le climat. Les centrales de réserve sont tenues de respecter l’ensemble des prescriptions environnementales en vigueur et de se soumettre à une procédure d’autorisation ordinaire, qui requiert notamment l’établissement d’un rapport d’impact sur l’environnement.
Les conséquences directes comprennent le bruit et les gaz d’échappement lorsqu’il est fait recours aux installations pour produire de l’électricité. Les turbines et les moteurs sont situés à l’intérieur de bâtiments insonorisés, de sorte que le bruit à l’extérieur du périmètre de la centrale est faible. Le respect des prescriptions en matière de protection contre le bruit est vérifié au moyen de mesures officielles. Les quantités résiduelles de particules fines, d’oxydes d’azote (NOx) et de monoxyde de carbone (CO) contenues dans les gaz d’échappement sont inférieures aux valeurs limites fixées par l’OPair. Des catalyseurs RCS sont utilisés pour réduire les émissions d’oxydes d’azote et des filtres à particules pour réduire les émissions de particules fines. Le respect des prescriptions concernant les émissions est vérifié par des mesures officielles au moment de la réception de l’installation. Les installations sont équipées de dispositifs permettant de mesurer les émissions en continu, ce qui permet de détecter toute variation des valeurs relatives aux gaz d’échappement pendant l’exploitation continue. De plus, l’exploitation des centrales génère de grandes quantités de CO2; ce dernier n’a certes pas d’effet sur la santé, mais il est reconnu comme gaz à effet de serre. La LApEl modifiée (Réserve d’électricité) exige que les centrales de réserve soient exploitées avec un combustible neutre en CO2 si cela est économiquement acceptable24. Les centrales de réserve fonctionneront donc avec de l’huile végétale hydrotraitée (HVO) en tant que combustible primaire, qui sera stockée pour une durée d’exploitation de 16 jours. En cas de rupture d’approvisionnement de cette huile pendant l’exploitation, l’alimentation passera au diesel ou à l’huile de chauffage extralégère. Dans ce cas, les centrales seront tenues de participer au système international d’échange de quotas d’émission et de verser la taxe sur le CO2.
4.4 Conséquences économiques ou sociales
La réserve d’électricité améliore la résilience de l’approvisionnement en électricité, car elle contribue à éviter ou à atténuer autant que possible une pénurie. Elle doit donc être considérée comme une solution d’assurance. Un approvisionnement en électricité sûr est essentiel pour la société et l’économie et renforce l’attractivité de la place économique suisse. Les coûts de la réserve d’électricité seront répercutés sur les consommateurs d’électricité via le tarif «réserve d’électricité», qui fait partie de la rémunération pour l’utilisation du réseau de transport. Les coûts supplémentaires font grimper le prix de l’électricité industrielle d’environ 1 % (19 centimes par kilowattheure), qui est déjà élevé par rapport à l’étranger, et ont ainsi un impact sur l’attractivité de la place économique suisse, en particulier pour ce qui les entreprises grandes consommatrices d’énergie. En revanche, ce surcoût, qui s’élève en moyenne à 10 francs par ménage et par an, ne réduit que très légèrement le pouvoir d’achat des ménages.
5 Aspects juridiques
En réponse au risque accru de pénurie d’énergie durant l’hiver 2022/2023, le Conseil fédéral a instauré en 2022 une réserve hydroélectrique et constitué progressivement une réserve thermique composée de centrales de réserve et de groupes électrogènes de secours regroupés en pools. Pour ce faire, il s’est appuyé sur l’OIRH, édictée en vertu des art. 8b, al. 7, 9, al. 2, et 30, al. 2, de la LApEl.
Les quatre centrales de réserve à Monthey (VS), à Stein et à Eiken-Sisslerfeld (AG), ainsi qu’à Auhafen Muttenz (BL) qui, au vu de l’entrée en vigueur de la LApEl (prévue pour le 1er juillet 2027), seront mises en service vers 2030, se fondent sur l’OIRH. Cette dernière sera abrogée au moment de l’entrée en vigueur de la nouvelle ordonnance sur une réserve d’électricité (OIREI), prévue également pour le 1er juillet 2027.
5.1 Constitutionnalité et légalité
L’Assemblée fédérale est habilitée à voter le présent arrêté financier en vertu de l’art. 167 de la Constitution (Cst.)25. La compétence de la Confédération en matière de législation et de versements aux exploitants de centrales de réserve découle de l’art. 91, al. 1, Cst. Cette disposition confère à la Confédération une compétence globale de légiférer sur le transport et la livraison de l’électricité, qui comprend notamment les mesures structurelles visant à maintenir la sécurité d’approvisionnement. Elle vise à assurer le fonctionnement effectif des réseaux électriques, pour lesquels la Confédération assume une responsabilité subsidiaire. Les centrales de réserve sont un élément indispensable de la réserve d’électricité, dans la mesure où celles-ci garantissent le maintien de la tension sur le réseau dans des situations exceptionnelles (cf. également le message concernant la modification de la loi sur l’approvisionnement en électricité [Réserve d’électricité]26 ainsi que les réserves émises par rapport à la solidité de la base constitutionnelle).
L’art. 8e, al. 2, de la LApEl (Réserve d’électricité), qui dispose que les participants à la réserve thermique reçoivent une rémunération annuelle pour la participation à la réserve d’électricité, versée à compter de la date de la mise à disposition, constitue la base légale du crédit d’engagement pour le financement des centrales de réserve. Les contrats conclus avec les exploitants prévoient que ces derniers peuvent demander des acomptes afin de réduire au maximum leurs coûts de financement, et partant, les coûts incombant aux consommateurs d’électricité. C’est pourquoi les fonds correspondants doivent être disponibles dès l’été 2027. La disposition susmentionnée de la LApEl modifiée devrait entrer en vigueur le 1er juillet 2027. Conformément à l’art. 32, al. 2, de la loi du 7 octobre 2005 sur les finances (LFC)27, les crédits restent bloqués jusqu’à l’entrée en vigueur de la base légale requise. Cela ne pose pas de problème dans la mesure où les premiers fonds issus du crédit d’engagement ne seront versés qu’après l’octroi de l’autorisation de construire exécutoire. Selon les estimations actuelles, les premières autorisations de construire devraient être délivrées au plus tôt à l’été 2027.
Le crédit additionnel de 100 millions de francs intitulé «Étude de projet et prestations préalables, centrales de réserve» vient compléter le crédit d’engagement V0377.01 (supplément II au budget 2024). Ce dernier se fonde sur l’art. 8, al. 5, OIRH. Sur cette base, les responsables des projets de centrales de réserve peuvent, en cas d’échec de la modification de la loi, obtenir une compensation destinée à couvrir les coûts générés par l’élaboration du projet et la fourniture des prestations préalables. La LApEl modifiée entrera en vigueur, mais probablement à l’été 2027 seulement. La situation décrite à l’art. 8, al. 5, OIRH ne sera alors plus d’actualité. Or, la situation restera néanmoins comparable, et conformément au sens et au but du présent projet, il faut que l’exécution des mandats apparaisse garantie à long terme pour les exploitants.
Par ailleurs, les travaux préparatoires doivent être poursuivis afin d’assurer le respect du calendrier ambitieux de l’étude de projet et la mise à disposition, dans les délais, des centrales de réserve prévues par la LApEl modifiée. Les exploitants doivent attribuer les mandats correspondants en temps utile et effectuer des paiements; pour ce faire, ils ont besoin de ressources supplémentaires déjà à court et moyen termes. Globalement, les centrales de réserve ne nécessitent pas davantage de moyens, mais ceux-ci doivent être mis à disposition plus tôt pour les raisons susmentionnées. Le crédit d’engagement de 50 millions de francs a déjà été mis à disposition dans le cadre du budget 2026. Il doit être étoffé de 100 millions de francs supplémentaires. Les acomptes provenant du crédit qui seront versés pour financer l’étude de projet et les prestations préalables seront en grande partie couverts par des fonds propres ou des garanties du groupe concerné. Le crédit additionnel de 31,3 millions de francs venant s’ajouter au crédit d’engagement intitulé «Réserve d’hiver complémentaire, centrales de réserve OIRH» pour financer la solution transitoire pour la centrale de réserve de Monthey est le troisième crédit additionnel au crédit d’engagement V0377.00. En vertu de l’art. 8, al. 2, de l’OIRH, l’OFEN peut procéder à des appels d’offres en vue d’inclure dans la réserve complémentaire d’autres exploitants de centrales de réserve existantes, de même qu’il peut lancer des appels d’offres pour de nouvelles centrales de réserve. Dans un premier temps, la centrale de réserve de Monthey fait partie de la solution transitoire, avant d’être intégrée dans la solution à long terme en tant que centrale de réserve. Afin de garantir une disponibilité sans interruption dans le cadre de la solution transitoire, une révision coûteuse de sa turbine à gaz doit être effectuée à moyen terme déjà. C’est pourquoi les fonds demandés sont nécessaires dès à présent et pas seulement au moment de la mise à disposition de la centrale dans le cadre de la solution à long terme.
La règle établie veut que le DETEC (l’OFEN) exécute les paiements découlant de contrats conclus par la Confédération (art. 22a, al. 2, OIRH) et que Swissgrid lui rembourse les coûts que cela occasionne pour la Confédération. L’OIREI, en cours d’élaboration, contiendra une disposition transitoire selon laquelle le DETEC restera compétent pour les installations dont les contrats de participation à la réserve d’électricité ont été conclus par la Confédération avant son entrée en vigueur, et ce jusqu’au transfert des contrats à Swissgrid.
5.2 Compatibilité avec les obligations internationales de la Suisse
À l’heure actuelle, l’exploitation ou le financement de centrales de réserve ne contrevient à aucune obligation internationale de la Suisse. Même après la conclusion d’un accord sur l’électricité avec l’Union européenne (UE) dans le cadre du paquet «stabilisation et développement des relations entre la Suisse et l’UE»28, la Suisse est en droit de constituer une réserve d’électricité afin d’assurer son approvisionnement. La constitution d’une telle réserve est subordonnée au respect des dispositions du droit européen et des disposions de mise en œuvre ad hoc dans le droit suisse, ce qui permet de prendre en compte les spécificités de la Suisse. La nécessité de constituer la réserve doit être justifiée par une analyse de la sécurité de l’approvisionnement fondée sur une méthodologie reconnue par l’UE. Cette analyse repose notamment sur l’évaluation annuelle de l’adéquation des ressources (European Resource Adequacy Assessment) réalisée par l’ENTSO-E29, complétée si nécessaire par des analyses nationales en mesure de tenir compte des spécificités de la Suisse. En cas de nécessité avérée, si des difficultés subsistent quant à la sécurité d’approvisionnement malgré les mesures prévues dans le plan de mise en œuvre, une réserve d’électricité peut être constituée. Celle-ci doit être proportionnée et ne doit pas entraîner de distorsions inutiles du marché. Si ces conditions sont remplies, des centrales de réserve peuvent continuer à être exploitées en tant qu’élément de la réserve thermique. Une période transitoire de six ans est prévue pour les subventions (aides d’État) liées à la réserve d’électricité qui ne sont pas compatibles avec l’accord sur l’électricité.
5.3 Forme de l’acte à adopter
Conformément à l’art. 163, al. 2, Cst., et à l’art. 25, al. 2, de la loi du 13 décembre 2002 sur le Parlement (LParl)30, l’acte à adopter revêt la forme de l’arrêté fédéral simple (qui n’est pas sujet au référendum).
5.4 Frein aux dépenses
L’art. 1 de l’arrêté fédéral, consacré au crédit d’engagement pour le financement de centrales de réserve, est assujetti au frein aux dépenses en vertu de l’art. 159, al. 3, let. b, Cst., car il entraîne de nouvelles dépenses uniques de plus de 20 millions de francs. Le crédit d’engagement de 2,18 milliards de francs doit être approuvé par la majorité des membres des deux Chambres. À noter qu’il s’agit d’une avance de la Confédération. Les coûts étant facturés aux consommateurs via le tarif «réserve d’électricité», il s’agit en fin de compte d’un financement sans incidence budgétaire.
L’art. 3 de l’arrêté fédéral, qui porte sur le crédit additionnel de 100 millions de francs intitulé «Étude de projet et prestations préalables, centrales de réserve», doit également être approuvé par la majorité des membres des deux Chambres. Ces dépenses ne sont certes pas nouvelles, mais les fonds sont nécessaires pour faire avancer l’étude de projet et les prestations préalables concernant les centrales de réserve jusqu’à l’obtention de l’autorisation de construire.
Le crédit additionnel de 31,3 millions de francs intitulé «Réserve d’hiver complémentaire, centrales de réserve OIRH» (art. 4 de l’arrêté fédéral) est lui aussi assujetti au frein aux dépenses, à l’instar d’un crédit additionnel antérieur. Il s’agit d’une nouvelle dépense, dans la mesure où ces fonds sont spécifiquement affectés à la centrale de réserve de Monthey. Ces deux crédits additionnels correspondent également à un financement sans incidence budgétaire étant donné que les coûts sont facturés aux consommateurs via le tarif «réserve d’électricité».
5.5 Conformité à la loi sur les subventions
Les fonds demandés ne serviront pas à octroyer des aides financières ou des indemnités au sens de la loi du 5 octobre 1990 sur les subventions (LSu)31. Ils permettront de financer les centrales de réserve (crédit d’engagement), de verser des acomptes aux exploitants pour la planification et l’étude de projet concernant ces installations (crédit additionnel) et encore de financer la solution transitoire (crédit additionnel).