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Défense contre les missiles guidés à courte portée. Existe-t-il des scénarios plausibles ?

Texte déposé

1. Dans le cadre du Programme d'armement 2022, la Suisse a commandé aux États-Unis un maximum de 70 missiles Patriot MIN-104E (PAC-2 GEM-T), selon une notification adressée au Congrès américain. Ces engins sont équipés d’une ogive dont le détonateur est optimisé pour la lutte contre les missiles balistiques (GEM-T, le T signifiant missile balistique tactique). Tout comme ces derniers, les Patriot PAC-3 MSE, dont la Suisse a commandé un maximum de 72 exemplaires dans le cadre du Programme d'armement 2023, ne peuvent intercepter que les missiles balistiques lancés dans un rayon de 400 km autour de la Suisse. Toutefois, si leur radar de conduite de tir reçoit les données de ciblage issues de satellites de suivi ou de systèmes à longue portée — tel le bouclier allemand Arrow prévu à Leutkirchen (Allgäu) —, cette distance est portée à 600 km.
a) Quelle est l’étendue de la bulle de défense (zone autour du système de défense dans laquelle la probabilité d'impact est réduite) du Patriot PAC-3 MSE face à un missile balistique tiré à 300 km, si le système opère sans pré-alerte radar externe ?
b) Quelle est-elle face à une attaque lancée à 600 km si la Suisse reçoit à temps les données de pré-alerte fournies par des pays voisins pour guider ses systèmes ?
c) Pourquoi les États voisins de la Suisse lui fourniraient-ils des données si elle ne s’engage pas à leur apporter son soutien ?
d) L’efficacité protectrice de tels systèmes tend-elle vers zéro en l’absence de données d’alerte précoce disponibles en temps utile ?
e) Ou alors, le Conseil fédéral envisage-t-il une coopération opérationnelle fiable avec les États voisins dans le contexte d’une situation hybride se situant en deçà du seuil de la guerre ?
f) Les systèmes pour lesquels armasuisse a émis une demande d’information sur la base du mandat du Conseil fédéral du 6 mars 2026 sont-ils soumis à des conditions techniques et opérationnelles similaires à celles des missiles Patriot commandés ?

2. Ces systèmes de défense sol-air sont optimisés pour la lutte contre les projectiles d’artillerie et les missiles guidés d’une portée maximale de 600 km et dont la hauteur maximale est d’environ 200 km, soit en dehors de l’atmosphère. Ces attaques ne pourraient donc être lancées que depuis le territoire de l’OTAN ou de l’UE, car la Russie est beaucoup plus éloignée (Kaliningrad : environ 1400 km ; territoire principal : plus de 2000 km). Les avions de combat, les missiles de croisière et les drones devraient également avoir décollé du territoire de l’OTAN ou de l’UE pour que la Suisse puisse les neutraliser à l’aide des systèmes mentionnés.
a) Le Conseil fédéral considère-t-il qu'un État membre de l'OTAN ou de l'UE pourrait tirer des missiles guidés à courte portée sur la Suisse ?
b) Ou envisage-t-il le scénario dans lequel la Russie aurait envahi l'OTAN et l'UE et où la Suisse devrait se défendre seule contre des missiles guidés à courte portée, tirés à une distance maximale de 600 km de nos frontières, puisque les systèmes mentionnés ne seraient en mesure d'intercepter que ce type de d’engins ?
c) Quelle est la probabilité d’un tel scénario à ses yeux ?
d) À quelle distance maximale de nos frontières des missiles de courte portée devraient-ils être lancés pour que les systèmes supplémentaires de défense sol-air de longue portée actuellement à l'étude puissent théoriquement les intercepter ?

3. Lors de leur guerre d'agression contre l'Iran, les États-Unis ont appris à leurs dépens que, dans une guerre asymétrique, le taux de coup au but a moins d'importance que la capacité à tenir sur la durée.
a) Quand le Conseil fédéral adaptera-t-il la protection de l'espace aérien suisse aux nouvelles réalités sécuritaires (attaques stratégiques lancées à plus de 2 000 km de distance et très grand nombre de petits objectifs pris pour cibles depuis des zones voisines de la Suisse, voire depuis le territoire suisse) ? Envisage-t-il de renoncer aux systèmes sol-air de longue portée, dès lors qu’ils ne répondent à aucune menace réaliste et sont donc inutiles tant qu’ils ne sont pas capables de contrer les missiles balistiques russes ?
b) Renoncera-t-il par conséquent à l’acquisition des systèmes Patriot et d’autres systèmes sol-air de longue portée ?

Avis du Conseil fédéral

1. Les capacités du système Patriot commandé par la Suisse en vue de lutter contre les missiles balistiques dépassent nettement celles mentionnées. Les paramètres de performance du système sont classifiés et ne peuvent donc pas être publiés.

a) et b) Une unité de feu protège à peu près la surface d’une ville suisse de taille moyenne, voire grande. En général, plus la portée d’un missile balistique augmente, plus la surface protégée diminue ; toutefois, la différence ne se fait vraiment sentir qu’au-delà de 600 km.

c) Il est aussi dans l’intérêt des États voisins d’échanger des données sur la situation aérienne. En raison de sa topographie, la Suisse dispose premièrement de données radar qui peuvent s’avérer précieuses pour l’image de la situation aérienne des pays environnants. Une meilleure image de la situation et des délais de préalerte plus longs permettent deuxièmement de mieux protéger les infrastructures critiques suisses d’importance transfrontalière contre les menaces à distance.

d) Non. L’un des points forts du Patriot est que les capacités indiquées aux points 1a) et 1b) peuvent aussi être mises à profit de manière autonome. Les données d’alerte précoce augmentent la probabilité que la défense soit efficace.

e) La Suisse coopère déjà avec les États voisins pour lutter contre des attaques hybrides, dans les limites autorisées par le droit de la neutralité. Il est possible sur le plan du droit de la neutralité et dans l’intérêt de la Suisse de renforcer l’interopérabilité des systèmes au cas où le pays serait attaqué. D’autant plus que la Suisse serait alors libre de se défendre en coopération avec ses partenaires, ce qui est justement une nécessité dans le domaine aérien.

f) Oui. Il est maintenant exigé que ces systèmes assurent un niveau de protection à peu près équivalent à celui du PAC-3 MSE pour faire face aux attaques de missiles balistiques avec des portées précises.

2. a) à d) Les hypothèses formulées ne sont pas exactes. Le Conseil fédéral ne s’exprime pas sur les scénarios de menace envisagés : comme pour la question d), il ne peut pas donner d’informations publiques pour des raisons de classification.

De manière générale, on peut dire que les scénarios de menace doivent permettre d’anticiper l’évolution potentielle d’une menace, par exemple l’augmentation de la portée, lors de la phase pluriannuelle d’acquisition de nouveaux systèmes de défense. Ce qui est pertinent pour la Suisse, ce sont surtout les développements dans le domaine des missiles balistiques, dont le temps de parcours très réduit représente un défi pour la capacité de défense.

3. a) Le Conseil fédéral renvoie à la stratégie de la Suisse en matière de politique de sécurité 2026. Si l’on regarde la situation sécuritaire, on constate que la menace représentée par les attaques à distance et depuis les airs est bien plus élevée et que les systèmes de défense sol-air revêtent d’autant plus d’importance, quelle que soit leur portée. Des attaques peuvent être lancées contre des cibles en Europe depuis un avion ou un bateau en mer du Nord, en mer Baltique, dans l’océan Atlantique ou en mer Méditerranée. Pour lutter efficacement contre tout type d’arme à distance, il faudra premièrement un système de défense aérienne complet, multicouche et intégré. Pour dissuader un adversaire d’attaquer ou combattre à distance ses systèmes clés, il faudra deuxièmement des éléments offensifs de longue portée.

b) Conformément à sa décision du 24 juin 2026, le Conseil fédéral maintient l’acquisition du système Patriot. Dans le même temps, le DDPS entame des négociations contractuelles avec différents fabricants en vue d’acquérir un deuxième système.