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Insuffisance des soins psychologiques et psychiatriques destinés aux adolescents et aux jeunes adultes
Texte déposé
Le niveau de détresse psychologique pesant sur les jeunes en Suisse a considérablement augmenté ces dernières années (programme d’action cantonal pour la santé mentale, Promotion Santé Suisse). Parallèlement, les soins psychologiques et psychiatriques sont confrontés depuis des années à une insuffisance structurelle, à une pénurie de personnel qualifié et à de longs délais d’attente (Rapport national sur la santé 2020). La réponse aux postulats 21.3234 et 21.3457 confirme ces propos. Depuis lors, la situation n’a cessé de s’aggraver : les jeunes doivent actuellement attendre plusieurs mois avant d’obtenir un rendez-vous pour un diagnostic ou un traitement.
Cette évolution pose problème, car c’est souvent dans cette tranche d’âge que les troubles psychiques apparaissent, et s’ils ne sont pas traités, ils peuvent devenir chroniques. Une prise en charge précoce est déterminante pour l’intégration sociale et professionnelle. La question se pose donc de savoir si l’insuffisance des soins psychologiques et psychiatriques destinés aux adolescents et aux jeunes contribue à l’invalidité. Le nombre de rentes AI versées pour cause de trouble psychique est en hausse, en particulier chez les jeunes adultes. Bien que les soins de santé relèvent principalement de la compétence des cantons, la Confédération est directement touchée par les conséquences de soins insuffisants, tant au niveau de l’AI que dans les domaines de la promotion de la santé et de la prévention.
Dans ce contexte, le Conseil fédéral est prié de répondre aux questions suivantes :
Que pense-t-il de la situation actuelle en matière de soins psychiatriques et psychologiques destinés aux jeunes ? De quelles données dispose-t-il, notamment concernant les délais d’attente, la pénurie de personnel qualifié et les disparités régionales ?
Compte tenu du manque de clarté au sujet des causes de l’augmentation des troubles psychiques chez les jeunes, dans quels domaines estime-t-il qu’il est particulièrement nécessaire d’agir ?
Voit-il un lien entre les difficultés d’accès aux soins pour cette tranche d’âge et l’augmentation du nombre de rentes AI versées aux jeunes ? Si oui, quelles mesures considère-t-il comme particulièrement efficaces pour éviter que les jeunes ne se retrouvent à l’AI et pour favoriser leur insertion professionnelle durable ?
Où en est la mise en œuvre des mesures présentées dans le rapport donnant suite au postulat 21.3234 ? Quelles autres mesures le Conseil fédéral prévoit-il pour parer à l’invalidité précoce pour cause de troubles psychiques, par exemple le renforcement de la prévention ou le développement d’offres facilement accessibles ?
Avis du Conseil fédéral
1. Des analyses et des rapports récents (p. ex. Bulletin de l’Obsan « Santé mentale – Chiffres clés » paru le 5 mai 2026) montrent que la situation des soins destinés aux jeunes reste tendue, notamment en psychiatrie et psychothérapie pour enfants et adolescents. Certains indices laissent penser que les lacunes en matière de soins, les délais d’attente prolongés et les disparités régionales au niveau de la densité de l’offre et des structures de soins devraient persister. Le rapport intitulé « Situationsanalyse Massnahmen betreffend Fachkräftemangel in der Gesundheitsversorgung von Kindern und Jugendlichen » (Analyse de la situation et mesures concernant la pénurie de personnel qualifié dans les soins destinés aux enfants et aux adolescents ; 2025), élaboré sur mandat de l’Office fédéral de la santé publique (OFSP ; disponible en allemand sur www.ofsp.admin.ch > Recherche > La recherche à l’OFSP > Rapports de recherche > Santé des enfants et des adolescents > Soins médicaux), fait état d’une offre insuffisante au sein des groupes professionnels impliqués dans la prise en charge des jeunes présentant des maladies psychiques (psychologues, médecins, personnel infirmier).
2. Les causes de l’augmentation des troubles et des maladies psychiques chez les jeunes sont multifactorielles et n’ont pas été définitivement établies du point de vue scientifique. Le Conseil fédéral estime qu’il est particulièrement nécessaire d’agir pour améliorer les données et le suivi de l’évolution dans ce domaine. C’est pourquoi il a chargé le Fonds national suisse, en mars 2026, de lancer un programme national de recherche consacré à la santé mentale des adolescents (PNR 85). Il juge en outre nécessaire de renforcer la promotion de la santé et la prévention, tout en garantissant, dans toutes les régions de Suisse, un accès rapide à des offres de soutien et de soins adaptées aux besoins. La promotion des compétences en santé mentale, des compétences numériques, de l’intervention précoce et de l’équité en santé constitue également un enjeu majeur. Les travaux correspondants sont notamment inscrits en tant que priorité dans le plan de mesures 2025-2028 de la stratégie nationale Prévention des maladies non transmissibles, avec un éclairage sur les enfants et les adolescents. Par ailleurs, le Conseil fédéral rappelle que pour toutes ces thématiques, il faut tenir compte des spécificités et des besoins des groupes à risque (notamment les filles et les jeunes femmes, les personnes ayant un faible statut socio-économique ou celles issues de la migration).
3. Les données disponibles ne permettent pas d’établir un lien de causalité entre les difficultés d’accès aux soins pour les jeunes et l’augmentation du nombre de nouvelles rentes AI dans cette tranche d’âge. Le Conseil fédéral relève toutefois plusieurs indices laissant croire à des liens plausibles : lorsqu’une maladie psychique est détectée tardivement ou insuffisamment traitée, et que cela s’accompagne d’une interruption de la formation, de la fermeture d’une structure d’accueil de jour ou de la suppression d’offres d’insertion professionnelle, la progression de la maladie peut s’en trouver aggravée. Les mesures particulièrement efficaces sont donc celles qui interviennent rapidement, qui permettent aux jeunes de poursuivre leur formation ou leur activité professionnelle, et qui garantissent un accompagnement coordonné sur les plans médical, social et professionnel. On peut citer par exemple les examens en vue d’établir un diagnostic précoce, les parcours de soins et d’intégration contraignants, la gestion de cas, la collaboration étroite entre les offices AI, les fournisseurs de prestations, les établissements scolaires, les entreprises formatrices et les employeurs, et le renforcement des ressources des jeunes concernés. Grâce au développement continu de l’AI et à la réforme d’intégration prévue, le Conseil fédéral entend par ailleurs réduire les cas d’invalidité précoce et renforcer davantage l’intégration professionnelle, en particulier celle des jeunes.
4. Les mesures présentées dans le rapport du 4 septembre 2024 intitulé « Quel est l’état de la santé psychique en Suisse et comment la renforcer pour surmonter les crises futures ? », établi en réponse aux postulats 21.3234 et 21.3457, sont mises en œuvre dans le cadre des compétences existantes. L’OFSP coordonne et soutient la mise en réseau des principaux acteurs, notamment par le biais du Réseau Santé Psychique Suisse. De plus, dans le cadre de l’agenda Soins de base, il élaborera en collaboration avec les acteurs clés des mesures visant à renforcer les soins médicaux de base, dont fait partie la prise en charge des jeunes atteints de maladies psychiques. Outre l’OFSP, des acteurs comme la fondation Promotion Santé Suisse ou les cantons s’engagent pour renforcer la santé mentale. Dans le cadre du cycle 2026 du soutien de projets « Prévention dans le domaine des soins », la fondation a mis l’accent sur le thème « Amélioration de la santé mentale chez les jeunes femmes – intervention précoce en cas de maladies psychiques ». Elle entend ainsi encourager les projets qui misent sur l’intervention précoce, facilitent l’accès aux offres de soutien et aménagent des ressources durables.