26.3861

Du rôle préventif de l'accompagnement psychosocial dans le système de soins

Texte déposé

Le Conseil fédéral est chargé de répondre aux questions suivantes :

1. Que pense-t-il de l’importance de l’accompagnement psychosocial pour la prévention en matière de santé mentale, notamment sous l’angle de l’intervention précoce, de la stabilisation et de l’empêchement de la chronicisation ?

2. Qu’apporte selon lui l’accompagnement psychosocial des personnes soumises à une charge mentale, notamment lorsqu’il est assuré par des spécialistes avec diplôme fédéral, avant qu’un traitement clinique ne devienne nécessaire ?

3. Que pense-t-il de l’importance de l’accompagnement psychosocial comme complément de la promotion de la santé, de la prévention et des traitements cliniques ? À quelles conditions une prise en compte renforcée d’un accompagnement psychosocial de qualité dans les modèles de prise en charge axés sur la prévention et dans le domaine des assurances complémentaires lui paraîtrait-elle judicieuse ou digne d’être envisagée ?

4. A-t-il connaissance de conclusions nationales ou internationales concernant l’efficacité de l’accompagnement psychosocial pour prévenir les maladies psychiques, éviter les incapacités de travail de longue durée et décharger le système de santé ? Quelles conclusions en tire-t-il ?

Développement

Alors que la charge mentale est une forme de souffrance qui se répand dans la population, les structures de soin en matière de santé mentale doivent résister à des tensions croissantes. D’où l’importance des offres préventives et faciles d’accès, qui apportent un soutien précoce aux personnes concernées et peuvent empêcher leurs souffrances de devenir chroniques.

L’accompagnement psychosocial s’adresse aux personnes confrontées à une situation de stress, de crise ou de transition avant qu’il faille envisager un traitement clinique. Notamment dispensé par les conseillers dans le domaine psychosocial avec diplôme fédéral, il peut contribuer à identifier la charge mentale à un stade précoce et à renforcer les capacités de résistance individuelles de manière à réduire la nécessité de recourir ultérieurement à un traitement plus intensif.

Il serait par conséquent utile d’identifier le rôle complémentaire que pourrait jouer l’accompagnement psychosocial aux côtés de la promotion de la santé, de la prévention et des traitements cliniques, et sa contribution à la santé psychique d’une part et au désengorgement des structures de soin d’autre part.

Avis du Conseil fédéral

1. et 2. Le Conseil fédéral reconnaît l’importance d’un accompagnement psychosocial facilement accessible et de qualité pour promouvoir la santé mentale et prévenir les troubles psychiques.

L’accompagnement psychosocial peut jouer un rôle important pour aider les personnes concernées à se stabiliser, en particulier dans des situations de stress, de crise ou de transition, et ainsi décharger l’entourage privé et professionnel. Il aide à mettre les défis en perspective, à renforcer les stratégies de gestion, à activer les ressources sociales et à renvoyer les personnes concernées et leurs proches vers des services appropriés si nécessaire. Ce type d’offres est particulièrement important pour les personnes qui se trouvent dans des situations psychosociales stressantes, qui n’ont pas encore besoin de traitement clinique ou qui n’y ont pas recours par honte, incertitude, manque d’orientation ou en raison des délais d’attente.

Un diplôme fédéral en accompagnement psychosocial garantit la qualité de l’offre et la sécurité des patients. D’autres professionnels, comme les travailleurs sociaux ou les psychologues, disposent également de connaissances étendues en accompagnement pour traiter les cas ou les problèmes psychosociaux.

3. Le Conseil fédéral considère l’accompagnement psychosocial comme un complément à un système de soins reposant sur une large assise. Il peut créer une passerelle entre la promotion de la santé, la prévention, le soutien social et le traitement médical ou psychothérapeutique. L’accompagnement psychosocial ne remplace cependant pas le traitement psychiatrique ou psychothérapeutique en cas de maladie psychique qui nécessite une prise en charge adéquate. C’est pourquoi il est essentiel de délimiter clairement les rôles, de procéder à un tri minutieux, de définir les voies de transfert et d’entretenir un échange interprofessionnel.

Il peut être judicieux de renforcer la prise en compte de l’accompagnement psychosocial dans les soins, pour autant que les conditions concernant la qualification technique des professionnels soient remplies, que les normes de qualité reconnues soient respectées et qu’il existe un bon réseau avec les structures de soins existantes.

La promotion de la santé et la prévention ont surtout besoin d’offres qui s’adressent spécifiquement aux personnes en situation vulnérable. La fondation Promotion Santé Suisse soutient par exemple diverses offres faciles d’accès qui promeuvent la santé mentale, comme les campagnes « Comment vas-tu ? » et « SantéPsy.ch ».

En matière d’assurances complémentaires, les assureurs-maladie sont en principe libres de définir leur catalogue de prestations, à condition que les prestations assurées soient clairement indiquées et qu’elles ne soient pas déjà remboursées selon les tarifs fixés par la loi fédérale sur l’assurance-maladie (LAMal ; RS 832.10832.10).

4. Des études nationales et internationales montrent que des offres de soutien bien coordonnées et mises en place tôt peuvent contribuer à la santé mentale. Les approches mises en œuvre dans les établissements scolaires, sur le lieu de travail, dans les soins de base ou dans le cadre de modèles de prise en charge à plusieurs niveaux sont particulièrement bien étayées. Des études portant sur les interventions psychosociales montrent des effets positifs sur les symptômes, notamment sur la capacité à fonctionner (Ho FY, Yeung WF, Ng TH, Chan CS. The Efficacy and Cost-Effectiveness of Stepped Care Prevention and Treatment for Depressive and/or Anxiety Disorders: A Systematic Review and Meta-Analysis. Sci Rep. 2016 Jul 5;6:29281, doi: 10.1038/srep29281). Les effets diffèrent cependant fortement en fonction du groupe cible, de la méthode et du contexte. Ces conclusions confirment la pertinence des différentes mesures présentées dans les réponses aux questions 1 à 3.