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Réforme de l’apprentissage des employés de commerce. Faire le bilan et rétablir la qualité
Texte déposé
La réforme de l’apprentissage des employés de commerce est entrée en vigueur à l’été 2023. Les apprentis qui ont commencé leur formation à la rentrée qui a suivi ont donc été les premiers à le faire sous le nouveau régime. Ces dernières semaines, cette première volée a passé les procédures de qualification (plus connues sous le nom d’examens de fin d’apprentissage), organisées pour la première fois selon les nouvelles dispositions. Les énormes faiblesses de la réforme sont alors apparues de façon criante :
des enseignants frustrés passent leurs journées à corriger les réponses d’examen que leurs élèves – souvent tout aussi frustrés – ont entièrement produites à l’aide de l’intelligence artificielle (IA), comme on le leur avait demandé ;
les examinateurs n’ont plus le droit de tester les connaissances professionnelles des apprentis et personne ne vérifie si les objectifs évaluateurs fixés dans le nouveau plan de formation ont été atteints ;
la validité des résultats est très limitée : puisque les apprentis recourent à l’IA pendant l’examen, c’est avant tout leur capacité à formuler des requêtes et à filtrer les résultats qui est évaluée ; l’acquisition de ces compétences ne nécessite pas une formation de trois ans ;
l’examen étant conçu de manière à rendre le recours à l’IA indispensable, il devient impossible de distinguer les apprentis compétents de ceux qui le sont moins ; c’est tout simplement l’IA payante la plus performante qui fournit le meilleur résultat ;
puisque tous les apprentis ne peuvent pas utiliser les mêmes modèles d’IA (notamment les modèles payants), l’examen va à l’encontre du principe de l’égalité des chances ;
le recours à l’IA compromet fortement la fiabilité ; les systèmes d’IA (tels que ChatGPT, Copilot, etc.) fonctionnent de manière probabiliste et proposent des réponses différentes à des requêtes identiques ;
le niveau de langue de nombreux diplômés est alarmant ;
il est pratiquement impossible de concevoir et d’évaluer les épreuves orales de sorte qu’elles soient inattaquables ; les apprentis ne peuvent donc pratiquement pas y échouer ;
les futurs employeurs n’ont plus aucun moyen de se faire une idée des compétences réelles des diplômés à partir de leur certificat de fin d’apprentissage.
Au vu de ce qui précède, je prie le Conseil fédéral de répondre aux questions suivantes :
Quel bilan global tire-t-il de la réforme à l’issue de ces premières procédures de qualification ?
Est-il disposé, en collaboration avec les milieux concernés (organisations du monde du travail, écoles professionnelles, entreprises formatrices, etc.), à réviser ces procédures de qualification avant la fin du délai de cinq ans prévu pour leur réévaluation, afin de remédier à leurs faiblesses manifestes ?
Avis du Conseil fédéral
1. Dans le cadre de la formation professionnelle initiale, les procédures de qualification servent à évaluer, dans des situations proches de la pratique, les compétences opérationnelles définies dans le plan de formation. Le recours à l’intelligence artificielle fait de plus en plus partie du quotidien professionnel des employés de commerce. En conséquence, les compétences requises évoluent, tout comme les modalités d’évaluation. Les premiers retours des cantons et des organisations du monde du travail compétentes montrent que les examens écrits numériques ont été organisés avec succès pour quelque 10 000 apprentis. Une étape importante de la mise en œuvre de la réforme de la formation commerciale initiale est ainsi franchie. Une partie de la procédure de qualification a été réalisée sous la forme d’examens oraux, permettant une évaluation exhaustive des compétences opérationnelles. La qualité de la réforme dans son ensemble ne peut pas être évaluée sur la seule base des résultats de la toute première procédure de qualification. Il ne sera possible de tirer des conclusions pertinentes qu’après plusieurs procédures de qualification et une évaluation approfondie.
2. Dans le domaine de la formation professionnelle initiale, la Confédération fixe le cadre de la procédure de qualification, notamment la structure et les conditions de réussite ; les organisations du monde du travail élaborent les contenus et les cantons se chargent de l’organisation. Si un besoin d’amélioration est constaté dans une profession, il doit être examiné au sein des organes compétents, composés de représentants des partenaires de la formation professionnelle. Ce premier cycle de mise en œuvre dans la formation commerciale initiale a permis d’acquérir de premières expériences avec la nouvelle procédure de qualification. La transformation numérique, et en particulier le développement de l’IA, évoluent à un rythme très soutenu et exigent flexibilité et volonté d’apprendre de la part de tous les acteurs concernés. Les bases légales, structures et organes existants permettent de procéder rapidement à des ajustements dès lors que la nécessité d’agir se fait sentir, et pas uniquement au bout de cinq ans.