III. Profils normaux (annexe C)
Le profil normal adopté est un profil double, savoir un profil intérieur pour l’étiage, les eaux moyennes et les hautes eaux ordinaires et un profil extérieur pour les crues extraordinaires.
La distance entre les couronnements des deux berges, qui sont à 3,50 mètres au-dessus du fond projeté du lit, est de 120 mètres; la largeur de l’avant‑terrain est de 70 mètres, et, par conséquent, l’ouverture laissée entre les arrière‑bords, qui se trouvent à 7,60 mètres et même 8 mètres au‑dessus du fond projeté du lit, est de 260 mètres.
Les motifs pour lesquels on a adopté ce profil sont les suivants:
- On est bien en état actuellement, lorsqu’on redresse un cours d’eau, de mesurer approximativement l’influence du raccourcissement de celui‑ci, mais non pas celle que peut avoir un rétrécissement régulier du profil de débit, qui, par lui seul déjà, est à même d’exercer un effet très considérable. Or, si l’on ne peut pas fixer artificiellement le fond du lit du fleuve – ce qui, pour le Rhin, n’est ni prudent ni admissible – on pourrait se tromper dans la profondeur adoptée pour ce fond – surtout dans les parties supérieures du redressement – et alors, avec un profil trop mesquin, on risque de devoir modifier les deux lignes de digues intérieures et les traverses qui s’y rattachent en arrière, ce qui serait un travail des plus coûteux, tandis que, avec un profil plus ample, on peut plus aisément y adapter des approfondissements plus considérables.
- Mais le lit d’un cours d’eau peut encore se modifier d’une manière beaucoup plus notable et plus incalculable si le terrain est aussi mauvais qu’à la coupure de Diepoldsau, où il n’est pas impossible de rencontrer des affouillements locaux d’une très grande profondeur.
- Avec le fort charriage de galets qui caractérise le Rhin, il est plus prudent d’adopter un profil intérieur qui permette l’écoulement principal de l’eau et des galets. Le profil formé par l’avant‑terrain sert alors de garantie contre les crues extraordinaires.
- En outre, un lit trop étroit est exposé à s’engorger facilement.
- Enfin, il ne faut pas perdre de vue que plus les membres du profil sont mesquins, plus est grand le danger de voir détruire le système des digues intérieures, qui, lorsqu’il se forme une brèche dans ses liaisons avec les digues qui s’y rattachent immédiatement, peut donner lieu à des courants intermédiaires par trop dangereux.
C’est pourquoi il paraît utile d’appliquer d’abord le double profil adopté, qui, d’après les expériences faites jusqu’ici au Rhin, doit suffire pour arriver au résultat désiré. Ce n’est que dans le cas où l’on constaterait la nécessité, pour obtenir un écoulement plus intense des galets, de concentrer encore davantage le profil du Rhin, établi d’abord en deux parties, que l’on pourrait, après avoir examiné les conditions en commun et en se basant sur les expériences faites, se résoudre à exécuter ce profil plus concentré.
En ce qui concerne encore spécialement les sections intermédiaires, on a prévu, ainsi que nous l’avons déjà dit, que les lignes de digues seraient réglées de telle manière que les trop grandes largeurs seraient réduites à 120 mètres.
On maintiendra les largeurs excessives actuelles de l’avant‑terrain; mais, malgré cela, nous n’avons pas l’intention de reculer les arrière‑bords; cependant il faudra élargir, autant, du moins, que les conditions locales le permettent, l’avant‑terrain là où il est trop étroit.
Du côté suisse, cela n’est pas possible près de Monstein, par exemple, parce que, entre le Rhin et la montagne, passent le chemin de fer, la route et le canal des eaux intérieures du Bas‑Rheinthal.
Il faudra conserver aussi la haute digue vis‑à‑vis et en aval de l’embouchure de l’Ill, l’hydrotechnique justifiant amplement l’existence d’un ouvrage de ce genre vis‑à‑vis de l’embouchure d’un affluent riche en galets.
Quant à la défense et à la consolidation des rives, il y a lieu, pour empêcher leur base de s’effondrer là où la nature du terrain est mauvaise, d’établir les enrochements sur de bons clayonnages.
Dans les deux coupures, les traverses protégeront, en même temps, l’avant‑terrain; elles seront espacées, l’une de l’autre, de 200 mètres mesurés dans la direction du courant du fleuve.
On doit encore faire remarquer ici qu’il faut s’attendre à voir les digues s’affaisser notablement dans les deux coupures et tout particulièrement dans celle de Diepoldsau, à cause de la nature particulière et extraordinairement mauvaise du terrain.
V. Justification des frais sommaires des travaux à exécuter en commun
Les dépenses des ouvrages à construire en commun sont devisées comme suit:
A. Fussacher‑Durchstich
B. Section intermédiaire
C. Coupure de Diepoldsau
Récapitulation
Il faut remarquer ici que l’augmentation du montant du devis vis‑à‑vis de la somme indiquée dans le projet de traité international n’atteint que dans une mesure insignifiante les frais de construction proprement dits. Cet excédent provient, en grande partie, des faits suivants:
- On avait adopté un chiffre trop faible pour la surveillance des travaux et la régie.
- On n’avait rien prévu pour l’entretien des ouvrages communs.
- On a porté en compte maintenant une somme de 4 % environ du montant des travaux proprement dits dans les deux coupures pour former une réserve en prévision d’événements qu’on ne peut pas déterminer d’avance.
Afin de pouvoir fixer le montant des annuités à payer par les deux gouvernements, il était absolument nécessaire de dresser un programme effectif de construction. Toutefois, il faut remarquer expressément ici que la commission internationale du Rhin a toute liberté pour déterminer elle‑même le rang dans lequel se suivront les travaux à exécuter.
Mais ce programme a fait voir immédiatement qu’il était nécessaire d’étendre la période de construction à 14 ans au lieu de 12. Néanmoins, les paiements à compte continuent à se répartir sur 12 ans, comme dans le présent traité, de sorte que chaque annuité est de Fr. 13 80 000, soit Fr. 690 000 pour chaque Etat.
Les motifs à l’appui sont les suivants:
Les sommes à payer pour les acquisitions de terrain sont si considérables qu’il faudra y employer complètement le montant des deux premières annuités, de sorte qu’il ne resterait plus rien pour les frais de construction proprement dits. On devra donc répartir ces dépenses d’acquisitions de terrain sur trois années.
Mais, dans les premières années, la construction de la coupure inférieure de Fussach exigera une somme aussi grande que possible, à laquelle il faut encore ajouter, pour plus tard, celles qui sont destinées aux sections intermédiaires. Cela est absolument nécessaire, afin de pouvoir ouvrir la coupure de Fussach à l’époque prévue, soit dans la sixième année de construction, et de procurer ainsi l’écoulement indispensable aux eaux de la coupure de Diepoldsau.
Dans les terrains difficiles et très marécageux, il faut, avant tout, procéder à un dessèchement à fond. Dans le bassin de la coupure de Diepoldsau, où, comme on l’a déjà répété, le sol est extrêmement marécageux et humide, il faudra, immédiatement après l’acquisition des terrains et simultanément avec le commencement des travaux, creuser, à la coupure inférieure de Fussach, un canal d’assainissement, que l’on élargira et approfondira successivement.
Mais, encore avant ce travail‑là, il faudra mettre la main à l’œuvre du canal intérieur du Bas-Rheinthal suisse et exécuter cette entreprise avec toute l’énergie et la célérité possibles. Grâce à son lit très profond, ce canal provoquera le dessèchement proprement dit du terrain dont il a été question, et il facilitera, en même temps, la fermeture des brèches dans les digues et les arrière‑bords près du Zapfenbach à l’extrémité supérieure de la coupure de Diepoldsau. On préviendra, par là, l’immense danger de voir démolir les ouvrages par les eaux.
Comme les localités se trouvant à côté et en aval de cette coupure sont situées dans des bas‑fonds extrêmement profonds, il est absolument nécessaire que l’on use d’une grande prévoyance et d’une prudence toute particulière dans l’exécution des travaux.
Il faut aussi suivre une marche tout à fait analogue sur le territoire autrichien, vu que le canal des eaux intérieures de cette contrée doit servir également au desséchement de la partie supérieure de la coupure de Fussach et que le bon écoulement de l’Aach de Dornbirn est une des conditions préalables d’une prompte exécution de cette ouvrage.
Dès que l’on aura procuré aux eaux leur écoulement nécessaire, il faudra commencer les travaux à la coupure de Diepoldsau et les conduire avec toute l’énergie possible, de telle sorte qu’on puisse en procurer l’ouverture dans la période de l’étiage de la onzième campagne. Après cela, on opérera le transfert des digues sur la section en amont de la coupure de Diepoldsau, et l’on établira le chenal du fleuve.
Ce programme de construction brièvement esquissé répond à une suite régulière, juste et bien comprise des travaux au point de vue technique, ce qui permettra d’exécuter les différents ouvrages avec la plus grande rapidité possible, mais sans presse exagérée, et en s’efforçant, tout particulièrement, à pouvoir s’en tirer avec les annuités qui ont été fixées.
En prenant en considération tous les points mentionnés ci‑dessus, la sous‑commission technique trouve utile de vous soumettre les propositions suivantes:
A l’art. 2 ancien (art. 1 nouveau).
Aux frais de la Suisse seule sera encore établie:
«La canalisation de toutes les eaux (eaux atmosphériques, eaux d’infiltration et eaux souterraines) du territoire de Diepoldsau jusqu’au canal d’assainissement de Koblach.»
A l’art. 5 ancien (art. 7 nouveau), après la lettre c.
«Dans le cas où il serait nécessaire, pour provoquer un dégagement plus intense des galets, de concentrer davantage le profil d’écoulement du Rhin, que l’on est convenu d’exécuter, dès l’abord, en deux parties, les deux gouvernements déclarent tout particulièrement être disposés à y consentir, après avoir, toutefois, examiné les circonstances en commun.»
A l’art. 6 ancien (art. 4 nouveau).
«Le délai d’exécution pour les travaux communs est fixé à 14 ans. On commencera, en même temps, la construction des deux coupures désignées dans l’art. 1, savoir dans le courant de la première année qui suivra la ratification du présent traité. Les travaux seront conduits de telle manière que la coupure de Fussach soit achevée au plus tard dans la sixième campagne, et celle de Diepoldsau dans la onzième, après régularisation de la section intermédiaire et après que l’écoulement naturel des eaux aura été assuré.
Dans ce but, on commencera assez tôt les travaux sur la section intermédiaire et, au fur et à mesure de l’approfondissement régulier du lit, on les poussera de telle façon que l’on puisse profiter de l’effet produit par la coupure de Fussach pour creuser plus promptement un lit régulier à cette section intermédiaire.
On doit aussi régulariser, de la même façon, la section en amont de la coupure de Diepoldsau, en ayant tout spécialement le dégagement normal des galets pour objectif.»
Vienne, le 16 novembre 1892.