Lexipedia

04.3024 · Postulat · 2004-03-03

Département de l'intérieur

Liquidé

Wortlaut

Le Conseil fédéral est chargé d'accorder la plus grande attention au statut des branches portant sur les technologies de l'information et de la communication (TIC) lors de l'évaluation de la nouvelle maturité (ORRM), d'examiner l'importance et les conséquences d'une formation générale dans ces matières pour l'économie, l'enseignement supérieur et la recherche et de mesurer la capacité de la Suisse à attirer des cerveaux et des entreprises par rapport aux autres pays.

Begründung

Les TIC comptent indubitablement parmi les principales qualifications clés pour la compétitivité du pays et son avenir économique. Grâce au travail exceptionnel de pionniers et au soutien des grandes écoles (Stiefel, Rutishauser, Wirth, etc.), la Suisse était nettement en tête de peloton dès le démarrage de ces technologies. Depuis, faute de continuité dans les efforts fournis, et face à des concurrents qui ne cessent de se développer, elle a rétrogradé non seulement dans la recherche, mais aussi dans le domaine des applications. Le risque étant que, pour des raisons similaires, la Suisse perde du terrain sur les autres pays dans la phase actuelle de consolidation et de diffusion de l'informatique dans tous les domaines de la vie courante. Il a fallu des études PISA pour qu'on se rende compte, un peu trop tard, d'une détérioration de la situation dans d'autres domaines. On peut se demander si les TIC ne suivent pas le même chemin.

Dans l'ancienne ordonnance sur la maturité (ORM), les branches informatiques étaient nettement mieux dotées que dans le nouveau règlement (ORRM). D'après un sondage de la Conférence des directeurs de gymnases suisses (CDGS) portant sur l'ORM, le "gymnase à l'ancienne" ne prépare pas assez à des études spécialisées. Ce constat concernait surtout l'informatique, mais aussi la physique et la chimie, comme le rapporte la "NZZ" du 20 novembre 2003, p. 14. En outre, plusieurs sondages provenant de différents cantons et réalisés auprès d'écoliers permettent d'évaluer l'ORRM. Ainsi, au vu des différences de niveau entre les lycéens, l'enseignement obligatoire est trop uniforme. En même temps, si des lacunes sont constatées dans l'enseignement dit "intégré", aucune conclusion claire ne ressort (évaluation ORRM du canton d'Argovie). Si l'on considère l'ampleur et le contenu des cours d'informatique dans la maturité ORM et la maturité ORRM, le résultat d'un sondage CDGS similaire serait encore plus négatif dans le contexte actuel.

Dans sa réponse à l'interpellation Lalive d'Epinay 00.3667, "L'informatique comme branche de la maturité", le Conseil fédéral a avancé comme argument l'évaluation en cours de l'ORRM. Les TIC ont une place à part, sur les plans didactique et scientifique, en raison de leur développement comparativement "inachevé" et de leur dépendance vis-à-vis de l'état réel de la technique. Ce statut particulier doit être pris en considération non seulement dans l'enseignement, mais également dans l'évaluation. Autrement, il est très facile de présenter ces disciplines comme étant intégrées dans des branches existantes de l'enseignement des gymnases publics, voire de les enseigner de façon accessoire ; dans les deux cas, elles sont marginalisées. En effet, les branches informatiques ne sont soutenues par aucun lobby, ni au sein des gymnases, ni dans d'autres instances décisionnelles, contrairement à la plupart des autres branches. Cet état de fait a déjà contribué aux résultats de l'évaluation de l'ORRM. Il faut donc des experts non seulement pour enseigner, mais aussi pour développer les méthodes didactiques et la recherche sociale afin que l'évaluation ne reste pas un simple exercice de style.

Actuellement, un débat semblable se tient en République fédérale d'Allemagne. Les disciplines informatiques y acquièrent un nouveau statut, surtout dans les Länder qui ont de fortes capacités d'innovation ou qui doivent fournir de gros efforts en ce sens (Bavière et nouveaux Länder). Mais là aussi, l'enseignement "intégré" fait l'objet de critiques virulentes. On peut même parler d'échec indirect, car cet enseignement n'est pas du tout appliqué dans certains cas, comme dans le Land de Brandebourg.

Au vu de ce débat international et des réponses du Conseil fédéral à des interventions précédentes demandant une amélioration de la maturité dans le domaine des TIC, on mesure toute l'importance d'un positionnement clair, à savoir celui de "l'informatique en tant que partie intégrante de l'enseignement général". Des réponses apportées ici et maintenant (tout comme il y a deux générations pour la recherche en informatique) tendent à faire croire que le débat est clos, et elles émanent de sources reconnues dans les milieux scientifiques (cf. Informatik Spectrum du 12 décembre 2002 ; W. Hartmann, J. Nievergelt, Informatik und Bildung zwischen Wandel und Beständigkeit). Ces réponses montrent à quel point l'image des TIC est faussée, voire irrationnelle, y compris dans le grand public. Une image qui est essentiellement inspirée de recettes toutes faites et, à tort, généralisée à tous les domaines des TIC. En outre, un préjugé négatif vient ternir partiellement l'image des métiers de la programmation.

Je demande au Conseil fédéral de répondre aux questions suivantes, relatives à l'informatique en tant que partie intégrante de l'enseignement général :

- Comment le Conseil fédéral se représente-t-il cette notion et sa mise en oeuvre au niveau de la maturité ?

- Comment se représente-t-il, à moyen et long termes, les effets de la mise en oeuvre présentée ?

Évaluation :

- Quelles mesures a-t-il prévu pour que l'évaluation de l'ORRM donne un reflet "objectif" du statut des branches informatiques ?

- A quels experts fera-t-on appel pour que les questions scientifiques théoriques et les questions critiques quant à la formation ne soient pas noyées dans des querelles portant sur la répartition des enseignements ?

- Quelle est l'utilité des "cours d'informatique intégrés" dans le contexte international ?

- Comment les "institutions clientes" estiment-elles la valeur d'une formation informatique au niveau de la maturité ?

- Quel est le point de vue des milieux économiques aujourd'hui, après que la sonnette d'alarme a été tirée pour cause de manque de personnel en pleine phase de reprise économique ?

Mesures à court terme :

- Quelles sont les possibilités de proposer des disciplines informatiques non obligatoires, d'un meilleur niveau, dans la formation préparatoire à la maturité ?

Antrag des Bundesrates

Le Conseil fédéral propose d'accepter le postulat.

Stellungnahme des Bundesrates

Pour le Conseil fédéral il ne fait pas de doute qu'une bonne maîtrise de l'outil informatique et des technologies de l'information et de la communication en général représente un enjeu majeur pour le développement économique, social et culturel de notre pays. C'est pourquoi il attache une grande importance à la formation à ces technologies à tous les niveaux.

La réglementation suisse en matière de reconnaissance des certificats de maturité de 1995 ne fait pas de l'informatique une discipline distincte, comptant pour la note de maturité. La réglementation vise plutôt à intégrer l'informatique et ses applications dans le plus grand nombre de disciplines. Cette approche ne tend pas à diminuer le rôle de l'informatique, mais au contraire à poser cet enseignement sur une base plus large pour le renforcer. D'ailleurs, chaque canton est libre de faire de l'informatique une discipline obligatoire "cantonale" ou de proposer cette discipline en option facultative. Cette approche était partagée par la plupart des intervenants lors de la procédure de consultation. La pertinence ou non de ce choix sera mise en évidence par l'évaluation de la réforme de la maturité de 1995. Cette évaluation, à laquelle l'auteur du postulat fait référence, est réalisée conjointement par la Confédération et la Conférence suisse des directeurs cantonaux de l'instruction publique (CDIP) qui se partagent la responsabilité de la reconnaissance des maturités. La première phase de l'évaluation aboutira en été 2004 ; elle sera suivie par une deuxième phase dès 2005/06. Les conclusions de l'évaluation auront certainement une incidence majeure sur les futures orientations de la réglementation de la reconnaissance, y compris en ce qui concerne l'enseignement de l'informatique.

La Confédération étudiera l'objet du postulat conjointement avec la CDIP, dans la mesure où cet objet relève de leur responsabilité commune en matière de reconnaissance de la maturité et dans la mesure où l'évaluation mentionnée pourra apporter des éclaircissements. La Confédération ne pourra pas prendre d'initiatives relatives aux questions qui n'entrent pas dans l'évaluation (p. ex. la comparaison internationale) et qui relèvent de la compétence des cantons pour l'enseignement gymnasial.

Le Conseil fédéral propose d'accepter le postulat.