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09.3189 · Postulat · 2009-03-19

Département de l'intérieur

Liquidé

Wortlaut

Le Conseil fédéral est chargé d'examiner dans un rapport la possibilité de créer une filière de formation complète des imams en Suisse.

Ce rapport tâchera d'élaborer un modèle réaliste pour la mise en place d'une telle formation.

Il veillera à définir un plan d'études qui fournira un enseignement solide de théologie musulmane - ceci dans les principaux courants de l'islam présents sur notre territoire - tout en le liant à des cours axés sur la place de la religion en Suisse, que ce soit dans son histoire, dans son ordre juridique ou encore dans la société civile. Des cours de langues pourront, le cas échéant, venir compléter ce plan d'études.

Le rapport passera également en revue les diverses structures envisageables pour dispenser cet enseignement, on peut songer à la création d'un institut fédéral notamment, et les moyens de financer cette filière. Il examinera aussi l'opportunité de rendre une partie de la formation obligatoire pour des imams venus de l'étranger.

Il est évident que le Conseil fédéral devra collaborer étroitement avec la communauté musulmane de Suisse lors de l'élaboration de ce rapport afin de déterminer et d'esquiver tout problème que pourrait soulever l'éventuelle introduction d'une formation de ce type.

Begründung

La création d'une formation des imams constituerait un progrès sur de nombreux points. Tout d'abord, elle permettrait de mieux intégrer l'islam dans notre société, c'est un islam "de Suisse", et non uniquement "en Suisse", qui serait transmis aux croyants dans les mosquées du pays. Il faut entendre par cette expression "de Suisse" un islam concilié avec les valeurs démocratiques, l'ordre juridique et l'esprit de tolérance qui prévalent dans notre pays. Un tel islam aurait également pour avantage de priver de l'épouvantail des dérives intégristes les milieux politiques qui prennent un malin plaisir à jouer avec les craintes des citoyens. On éviterait ainsi de futures initiatives du même acabit que celle contre les minarets. Enfin, la présence au sein des mosquées d'imams formés en Suisse améliorerait l'intégration de musulmans fraîchement arrivés qui chercheraient à obtenir conseils et renseignements auprès de leur imam.

Antrag des Bundesrates

Le Conseil fédéral propose de rejeter le postulat.

Stellungnahme des Bundesrates

Le postulat soulève une question importante et largement débattue depuis un certain temps, mais qui manquait jusque-là d'une base de discussion scientifique.

Dans le cadre du programme national de recherche (PNR) 58, "Collectivités religieuses, État et société", le module "Les musulmans en Suisse" a lancé en juin 2007 un projet intitulé "Faut-il former les imams et les professeurs de religion islamique en Suisse ?", qui étudie précisément cette question. Le projet entend tout d'abord recenser les besoins et les points de vue des musulmans de Suisse à ce sujet. Il s'attache ensuite à recueillir les positions de milieux politiques et religieux, d'institutions de formation et d'experts juridiques. Une troisième partie du projet s'intéresse enfin à des modèles de formation existant dans les pays voisins. Le projet est près de sa conclusion ; les résultats de l'étude seront présentés d'ici l'été.

C'est la première fois que l'on procède à un recensement des besoins, des positions et des points de vue tant de la population musulmane que des responsables des domaines de la religion, de la formation, de la politique et du droit, recensement qui fournira une base de discussion bien étayée sur le plan scientifique en vue des suites à donner à la question.

C'est sur la base de cette étude, et de concert avec les autorités responsables du domaine de formation concerné, qu'il conviendra de se demander s'il y a lieu de prendre en considération la demande de rapport sur la faisabilité demandé par le postulat et d'étudier la question d'une éventuelle formation théologique islamique ou d'une filière de formation des imams en Suisse. L'étude mentionnée donnera aussi des éléments de réponse à la question de savoir qui serait responsable d'une telle formation et à quelle institution elle pourrait se rattacher.

Le Conseil fédéral propose de rejeter le postulat.