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Exploitation, entretien et aménagement

BAFU qUlTDAupSWy- · Office fédéral de l’environnement (OFEV)

Del 23 ott 2012

https://lexipedia.io/it/docs/ch/bafu-ofev-ufam/qultdaupswy/fr/exploitation-entretien-et-amenagement

Consultato il 1 set 2026

  1. Documenti
  2. Confederazione
  3. Ufficio federale dell’ambiente (UFAM)
Fonte

Exploitation, entretien et aménagement

Nutzung, Pflege und Gestaltung Exploitation, entretien et aménagement Utilizzazione, gestione e organizzazione

REDACTION

Exploitation, , entretien , et amenagement appropries . 2.1 Les marais sont en général des formations végétales herbacées humides à détrempées, plus ou moins susceptibles d'être colonisées par la forêt. Si, dans un climat océanique, on n'y rencontre en général pas d'arbres, en Suisse, les hauts-marais sont soumis à un climat plus continental et sont en conséquence plus fortement boisés. Cependant, même dans notre pays, le centre des hauts-marais encore intacts reste naturellement dépourvu d'arbres ou faiblement boisé. La densité des arbres augmente en général à la périphérie du marais. Les hautsmarais (secondaires) dont le régime hydrique est perturbé, de même que les bas-marais, sont plus fortement menacés d'une augmentation MANUEL de la couverture boisée. Seules trois des sept unités végétales relevées CONSERau cours de l'inventaire des bas-marais sont non-boisées à tous les VATION DES MARAIS étages de végétation et cela uniquement dans leur faciès le plus EN SUISSE humide; elles ne représentent que 10% de la surface cartographiée (RAAB, 1991). La majorité des bas-marais situés en dessous de la limite alpine des forêts est donc issue de défrichements et n'a pu subsister sans arbres durant des siècles que grâce à une exploitation permanente, principalement le fauchage de la litière ou le pacage. C'est ainsi qu'un grand nombre d'espèces héliophiles ont fait leur apparition dans ces biotopes et ont pu s'y perpétuer. Les plantes de marais et les plantes aquatiques comptent de nos jours parmi les groupes écologiques de plantes les plus menacés au niveau suisse. Les espèces menacées représentent 42%, respectivement 46% du nombre total de plantes croissant en Suisse dans le groupe écologique concerné (LAND OLT, 1991).

Les importantes pertes en surfaces de marais ont fortement contribué à ce taux élevé de plantes menacées. A côté de cela, il ne faut pas négliger cependant l'importance des modifications qualitatives intervenues dans les biotopes marécageux restants. Ces modifications peuvent souvent être le fait d'un entretien mal adapté, de la renonciation à l'exploitation ou de la modification du régime hydrique du marais. Une exploitation ou un entretien adaptés de bas-marais et de hauts-marais secondaires, de même que des aménagements appropriés, permettent de contrer les modifications indésirables de la végétation et peuvent contribuer à la protection des espèces. Les contributions présentées ci-dessous tentent de montrer les conditions nécessaires à une exploitation, à un entretien et à un aménagement optimaux, en tenant compte de l'objectif de la protection.

310.710.9421 250 6.94 l

BIBLIOGRAPlllE Manuel COll ervall n de marais en Suisse 2 RAAB R. (1991): Moorschutz, Wald und Forstwirtschaft. Schweiz. Zeitscbrift f. Forstws. 142, 12 995-978.

LANDOLT. . (1991): Plantes vasculaires menacées en Suisse. Listes rouges oatiooale et régionales. OF FP, Berne, 183 p.

THOMAS EGLOFF

Principes d' exploitation et d'entretien des bas-marais des régions de plaine 2.1.1 1 CONSERVATION D'UN POINT DE VUE GLOBAL

Les marais sont des biotopes peuplés d'une multitude de biocénoses. Comme la plupart de ces stations sont susceptibles de se reboiser, il est nécessaire de les exploiter pour les maintenir sous forme de prairies; ceci constitue l'objectif prioritaire de leur entretien. Ce dernier ne s'effectuera en fonction de certaines espèces ou groupes d'espèces (p. ex. des orchidées, des amphibiens ou les libellules) que pour des cas exceptionnels dûment motivés. Dans ces considérations, nous devons être conscients des points 2 MANUEL suivants: CONSER-

  • Même une fauche tardive peut avoir momentanément des inci- VATION DES MARAIS dences négatives pour certaines espèces (ou groupes d'espèces). EN SUISSE

  • Les zones d'une valeur botanique moyenne peuvent se révéler extrêmement précieuses sur le plan de la faune.

  • Le biotope idéal pour toutes les espèces des bas-marais n'existe pas. L'exploitation et l'entretien des marais doivent avoir pour objectif la conservation de la valeur biologique globale. A ce propos, les aspects faunistiques n'ont à ce jour bien souvent pas reçu toute l'attention qu'ils méritaient.

2 L'EXPLOITATION TRADITIONNELLE EST PRIORITAIRE FACE A L'ENTRETIEN

Les prés à litière représentent une forme d'exploitation agricole traditionnelle. L'exploitation et l'entretien devraient toujours être effectués par des paysans, même dans les régions où ces terrains n'ont plus d'importance économique, pour autant que ces paysans disposent de l'outillage adéquat et des connaissances requises. Dans les endroits où l'exploitation de la litière a récemment été abandonnée par les paysans, on peut, dans le cadre d'une planification moderne de l'entreprise, réintégrer ces surfaces dans l'exploitation agricole comme surfaces extensives (modèle pour une exploitation d'intensité graduelle). "L'exploitation" est prioritaire face à "l'entretien". "La protection de la nature" ne s'occupera de "l'entretien" que dans les endroits où l'exploitation traditionnelle n'est plus possible.

" . .'

3 CONDmONS ESSENTIELLES: OBJECTIFS

D'EVOLUTION, ACCOMPAGNEMENT SCIENTIFIQUE ET (Réd.) Pourquoi faut-il faucher les bas-marais le plus tard SURVEILLANCE possible? Dans l'exploitation traditionnelle, Dans tous les cas où l'on s'écarte de l'ancienne exploitation (p. ex. la litière était fauchée tardivement pour des raisons pratiques: lors de la transformation de parcelles exploitées intensivement jus-

  • En automne, les plantes des maqu'alors, ou de l'abandon de l'entretien des fossés), il faut préalable- rais acheminent leurs substances ment fixer des objectifs clairs d'évolutiou. Dans bien des cas, un nutritives des organes aériens accompagnement scientifique, de même qu'une surveillance seront dans les organes souterrains. Ceci permet de garantir chaque année nécessaires. de bons rendements de litière, même sans fertilisation. Ce pro- Ceci est plus particulièrement le cas lorsque l'on désire non seule- cessus ne se déroule cependant pas avant le mois de septembre. ment conserver la valeur biologique actuelle, mais aussi l'augmenter,

  • Les paysans n'avaient en génépour autant que cela soit nécessaire, possible et/ou souhaité. La con- ral pas le temps d'aller faucher de servation des marais exige également un contrôle des résultats, une la litière à la fin de l'été. fois les mesures réalisées. Ces deux raisons ne revêtent plus la même importance pour l'agriculture actuelle et la fauche se déroule aujourd'hui souvent de manière plus précoce. Du point de vue de la protection

4 ECHELONNEMENT DE L'EXPLOITATION ET DE de la nature, les raisons suivantes

L'ENTRETIEN militent en faveur d'une coupe tardive:

  • Conservation des espèces à Des zones temporairement non fauchées remplissent une multiplicité floraison tardive de fonctions pour la faune locale et les espèces de passage: • Conservation de l'offre de structures nécessaire pour les cycles de

  • offre de nourriture vie de nombreux insectes (p. ex.

  • abri, couvert l'horizon des fleurs; voir Fig. 1).

  • poste d'observation

  • hivernage (pour les invertébrés, p. ex. à proximité du sol ou dans les chaumes)

  • lieux de nidification (p. ex. pour les phragmites, les rousseroles et les oiseaux nichant au sol)

Autrefois de nombreux exploitants fauchaient une multitude de petites parcelles à des époques différentes - et même pas du tout certaines années; actuellement, on observe, là où l'exploitation est le fait d'équipes privées ou étatiques qui remplacent en partie les paysans, que tout est fauché simultanément sur des grandes étendues, ce qui équivaut à une perte de structure.

Cette perte de structure, entraînée par une exploitation à grande échelle, amène des désavantages pour la faune. Elle peut être

2.1.1 (--- Entretien

fauché -----mise en friche- --7> en b ouss3illé

MANUEL CONSER- VATION DES MARAIS EN SUISSE Fig. 1: Modèle pour un entretien 1a 2 extensif et échelonné de grands biotopes de prairies anthropogènes (à . Il. " " , l'exemple ici des prairies séchardes). 1 à 4: stades de succession. Les co- .. ;.,"1 lonnes de surfaces tramées montrent

, - . l'espace) des surfaces à des stades de succession différents et à des époques différentes. la à 1d: Les J ---'--_ _ _ _( _ l , mesures d'entretien sont réalisées = .. -- = -,:. -' , successivement au cours de diffé- rentes saisons. succeSSIOn

modérée par une planification et une réalisation adaptées de l'entretien, Il faut soustraire alternativement certaines surfaces à la fauche (jachère annuelle, rotation de jachère; voir à ce propos le modèle de rotation de WILDERMUTH, 1983).

5 PAS DE FAUCHE SANS RECOLTE DE LA LITIERE

La litière laissée sur le sol favorise la fonnation de surfaces dénudées et ainsi l'apparition d'espèces indésirables (p. ex. les solidages). C'est pourquoi la litière doit être évacuée après chaque coupe. S'il s'agit d'un marais relativement riche en substances nutritives, il faut procéder immédiatement après la fauche, pour éviter que les substances nutritives ne soient déjà lessivées de la matière coupée. Il faut s'en tenir au principe de ne faucher que ce qui peut être évacué! Les tas de litière destinés aux reptiles seront installés là où les substances nutritives ne risquent pas de se répandre dans la zone.

6 AUCUNE MESURE D'AMENAGEMENT SANS OBJECTIFS CLAIRS POUR LA CONSERVATION ET L'EVOLUTION

Il ne faut pas entreprendre des mesures d'aménagement dans des zones encore intactes ou déjà précieuses à un autre titre pour la conservation des marais. Les mesures d'encouragement, p. ex. pour les échassiers, ne devraient pas s'effectuer au détriment d'autres groupes d'espèces dignes de protection, exception faite lorsque les objectifs de protection, fixés en considérant tous les aspects, l'exigent. Le nombre d'objectifs de protection de la nature qui peuvent être réalisés augmente avec la grandeur de la zone considérée. Mais, par la même occasion, il faut se rappeler qu'il faut procéder avec retenue lorsque l'on complète des zones plus petites par de nouvelles structures; il n'est ainsi pas nécessaire que chaque zone dispose d'un étang. Lorsque des mesures d'aménagement sont décidées, il faut veiller, comme pour l'exploitation, à fixer dans tous les cas des objectifs de conservation et d'évolution. Dans ce contexte, l'objectif "augmenter la diversité" est beaucoup trop vague et peut conduire à une véritable prolifération d'aménagements indésirables.

2.1.1 BIBLIOGRAPHIE POUR EN SAVOIR PLUS ADRESSE DE L'AUTEUR

WILDERMUTH, H. (1983): Siche- EGLOFF, Th. B. (en prép.): Weglei- Dr. Thomas Egloff rung, Pflege und Gestaltung beson- tung zur Bewirtschaftung und Pflege Baudepartement des Kantons Aargau ders gefiihrdeter Biotope (Okosyste- von Riedern und Mooren im Sinne Sektion Natur + Landschaft me), in: lb. Natursch. Landschaftspfl. des Naturschutzes. Version remaniée Mühlemattstr. 54 33: 68-91, Bonn. de "Richtlinien zur Bewirtschaftung 5001 Aarau und Pflege von Riedern und Mooren im Sinne des Naturschutzes (1984)", sur mandat de la Ligue suisse pour la protection de la nature (Ed.). HOLZINGER, l. (1987): Die Vogel MANUEL TRADUCTION CONSER- Baden-Württembergs, Gefiihrdung VATION und Schutz, Teil 1: Artenschutzpro- DES MARAIS gramm Baden-Württemberg, Grund- Philippe Poget EN lagen Biotopschutz (Kapitel Nass-, Ingénieur forestier EPFZ SUISSE

Ried- und Streuewiesen von S. Bau- 232 route d'Aire-la-Ville er), Eugen Ulmer, Stuttgart. 1242 Satigny

OFFICE FEDERAL DES FORETS, DIVISION DE LA PROTECTION Manuel DE LA NATURE ET DU PAYSAGE Conservation des marais (Ed.1983): Entretien des zones en Suisse 2 humides en Suisse, Guide et recom- 2/1994 mandations, Berne, 75 pp + annexes.

WILDERMUTH, H. (1984): Biotoppflege - eine Form von Gartnern? Veroff. Naturschutz Landschaftspflege Baden-Württ. 57/58: 11-18, Karlsruhe.

BEAT VON WYl/ FRANZ STADlER / ERWIN lEUPI

Soins minimaux des marais d'altitude 2.1.2 1 SITUATION INITIALE ET OBJECTIFS

L'Inventaire des bas-marais de Suisse indique une surface d'importance nationale s'élevant à 19'186 ha (OFEFP, 1998). Près de 11'700 ha, soit 61 % des bas-marais, se situent au dessus de 1'200 m s. m. Ces surfaces sont désignées ici par "bas-marais d'altitude". Selon les renseignements fournis par la base de données se rapportant à l'Inventaire des bas-marais de Suisse, l'affectation des bas-marais d'altitude est la suivante: 61 % sont pâturés, 26 % sont fauchés et 13 % sont laissés en friche. En regardant de plus près les bas-marais pâturés, 2 MANUEL on remarque localement que de grandes surfaces sont certes accessi- CONSERbles au bétail, mais qu'elles ne sont guère parcourues et broutées. VATION DES MARAIS Nous estimons par conséquent que 20 à 30 % des bas-marais d'altitude EN SUISSE ne sont pas ou peu exploités. Cela correspond à une surface de 2'500 à 3'500 ha. A basse altitude, la plupart des types de bas-marais s'embroussaillent en l'espace de quelques années s'ils ne sont pas exploités (cf. volume 2, contribution 2.1.5). L'embroussaillement progresse plus lentement en altitude. Il convient de savoir s'il est possible de réduire considérablement, voire de négliger les soins dans les zones supérieures, sans porter atteinte à la conservation intégrale des marais.

Des recommandations se rapportant aux soins minimaux nécessaires à la protection des marais d'altitude seront présentées et justifiées par la suite. L'exploitation et les soins poursuivent les objectifs suivants:

  • Conservation de la qualité des marais: ne pas eutrophiser le sol, apporter suffisamment de lumière au sol, maintenir la diversité des espèces, éviter l'accumulation de litière au détriment de la végétation.

  • Conservation des surfaces marécageuses non boisées: prévenir un embroussaillement étendu dans l'intérêt des plantes héliophiles, des petits animaux et des espèces particulières d'oiseaux vivant dans des paysages caractérisés par les marais.

  • Conservation de l'aspect du paysage: entretenir un paysage richement structuré en surfaces ouvertes et boisées.

2 L'EVOLUTION A LONG TERME DES MARAIS D'ALTITUDE

2.1 Recherche

Les informations sont pauvres en ce qui concerne l'évolution à long terme de la flore des marais en Suisse. Les recherches détaillées, entreprises dans le cadre de travaux scientifiques ou de projets, se rapportent généralement à un moment précis ou retracent uniquement une période de quelques années. Pour cette raison, nous avons essayé de collecter des renseignements sur l'exploitation passée des marais au moyen d'une enquête menée auprès de personnes connaissant les lieux. Il s'agissait avant tout de répondre aux questions suivantes: Quand a-t-on exploité pour la dernière fois une surface en friche? A quoi ressemblent ces surfaces aujourd'hui? Les résultats de l'enquête ont été complétés par des données recueillies dans la littérature spécialisée, par des renseignements issus de différentes discussions et par des observations propres, effectuées dans diverses régions du pays.

Dans le cadre de l'étude pilote "coupe de la litière sans évacuation", différentes possibilités d'abandonner la litière sur place sont testées dans une zone marécageuse de Giswil OW. La litière est laissée sous forme d'andains ou empilée en meules, où elle peut se décomposer naturellement ou servir de fourrage au gibier.

2.2 Résultats

L'enquête a permis de récolter des données fiables pour 21 surfaces marécageuses.

Canton des Grisons Conunune de Castrisch: 3 surfaces situées entre 1'570 et 1'610 m s. m. Conunune de Valendas: 3 surfaces situées entre 1'300 et 1'380 m s. m.

Les six surfaces ne sont plus fauchées depuis 10 à 35 ans. Il s'agit de marais à laîche de Davall généralement peu fertiles. La molinie (Molinia caerulea) atteint une couverture supérieure à 25 % dans une seule surface. Dans une deuxième surface, on a observé une riche colonie d'orchidées. L'embroussaillement est très faible à faible, sauf sur une surface. Les buissons feuillus sont parfois abroutis par le gibier. Essences ligneuses: épicéa (Picea abies), bouleau (Betula pendula), saule noircissant (Salix nigricans), saule féti-

2.1.2 de (Salix foetida), aulne vert (Alnus viridis), sorbier des oiseleurs (Sorbus aucuparia ).

Canton de Glaris Commune de Engi 2 surfaces situées entre 1'640 et 1'850 m s. m. Commune de Matt 2 surfaces situées à 1'800 m s. m.

Les quatre surfaces sont comprises à l'intérieur de la clôture du pâturage. Elles sont cependant peu parcourues par le bétail et sont par conséquent en friche. Une surface indique actuellement un faible embroussaillement, les autres sont non boisées. Essences ligneuses: épicéa (Picea abies), saule (Salix, diver- MANUEL ses espèces), quelques buissons nains. CONSER- VATION DES Canton de St· Gall MARAIS EN Commune de Amden 2 surfaces situées à 1'480 m s. m. SUISSE

Une surface n'est plus fauchée depuis dix ans. Les essences ligneuses se sont peu développées au cours de cette période. L'autre surface n'est plus fauchée régulièrement depuis 40 ans. L'embroussaillement a nettement augmenté, en particulier sur les éminences.

Canton d'Obwald Commune de Sarnen 6 surfaces situées entre 1'260 et 1'460 m s. m.

Deux surfaces ne sont plus pâturées de façon extensive depuis 25 ans. Elles sont actuellement clôturées. L'embroussaillement depuis la lisière est parfois très important. A l'intérieur des surfaces, il ne pousse cependant que quelques épicéas. Deux surfaces ne sont plus fauchées régulièrement depuis 45 ans. En plus des bas-marais, elles comprennent également des prairies fraîches à humides que l'on exploite de manière extensive. Embroussaillement: le framboisier et l'aulne vert se sont fortement développés, mais surtout à l'extérieur des surfaces marécageuses. Les deux surfaces conviennent bien à l'épicéa. Une surface n'est plus fauchée depuis 37 ans. L'embroussaillement est faible. Une autre surface a été fauchée pour la dernière fois il y a 40 ans, puis pâturée jusqu'en 1992. L'envahissement par l'épicéa ne progresse que très lentement. Essences ligneuses: épicéa (Picea abies), aulne vert (Alnus viridis), aulne blanc (Alnus incana), framboisier (Rubus idaeus).

Commune de Giswil 3 surfaces situées entre 1'250 et 1'800 m s. m.

Les surfaces se situent dans la Rorwald et ne sont plus fauchées depuis plus de 50 ans. Embroussaillement: une surface indique une croissance végétale luxuriante et est colonisée par l'aulne blanc depuis la lisière. L'épicéa a beaucoup de peine à s'implanter dans la plupart des sites marécageux. Le pin de montagne et le bouleau pubescent sont présents dans les hauts-marais et les stations semblables. Toutes les surfaces observées furent définitivement soustraites au parcours du bétail vers 1955. Essences ligneuses: épicéa (Picea abies), pin de

montagne (Pinus mugo), aulne blanc (Alnus incana) , bouleau pubescent Fig. 1: Traces bien marquées près (Betula pubescens), saule à oreillettes (Salix aurita) , saule marsault (Salix d'une meule de litière vieille de caprea), érable sycomore (Acer pseudoplatanus). douze mois, servant à l'affouragement hivernal du gibier. Commune de Giswil Ow. Photo: Beat von Wyl Les premiers enseignements tirés de l'étude pilote "coupe de la litière sans évacuation" montrent que le gibier fréquente régulièrement les meules de litière. Par année, il n'en mange cependant qu'une faible part. On a remarqué des cerfs, des chevreuils et des chamois. Une seule observation, déjà ancienne, mentionne qu'après dix ans environ, il ne reste plus aucune trace des meules de litière en raison de la consommation par le gibier et de la décomposition.

2.1.2 3 APPRECIATION

3.1 Vitesse de l'embroussaillement

L'observation précise de l'embroussaillement des surfaces marécageuses délaissées confirme l'hypothèse selon laquelle la vitesse de ce phénomène diminue avec l'altitude. Pour une altitude donnée, on constate aussi que cette vitesse varie beaucoup en fonction de la station.

  • Embroussaillement extrêmement lent: on ne constate presque MANUEL aucun rajeunissement ligneux dans les surfaces très humides ou cou- CONSERvertes d'un épais tapis de mégaphorbiaies. VATION DES MARAIS

  • Embroussaillement lent à moyen: on observe l'ensemencement de EN SUISSE quelques essences ligneuses dans de nombreuses surfaces qui ne sont plus exploitées. Les semis se développent lentement.

  • Embroussaillement rapide: l'épicéa et les feuillus peuvent s'ensemencer facilement dans les bas-marais à humidité variable et sur les sols plus secs des alentours. Les semis se développent rapidement s'ils ne sont pas fauchés. L'envahissement par l'aulne blanc, qui colonise aussi les surfaces mouillées, progresse particulièrement vite. Dans les Préalpes, la limite d'expansion de cette essence se situe vers 1'400 m d'altitude.

Différents mécanismes empêchent de prévoir exactement la prédisposition d'un marais à l'embroussaillement :

  • La colonisation des marais par des essences ligneuses débute fréquemment depuis la lisière ou un groupe de buissons. A ces endroits, le sol sèche plus rapidement et la pression de la neige est atténuée par les grands arbres.

  • Dans une mosaïque de surfaces mouillées et sèches, les essences ligneuses colonisent en premier lieu les éminences sèches. Dans ce cas, le pacage limite considérablement le développement des jeunes plants.

  • Les essences ligneuses ne grandissent pas de façon linéaire. Les plants ne se développent que très lentement dans une première phase, puis la croissance en hauteur s'accélère à partir d'une certaine stature.

  • Dans les surfaces mouillées, sensibles au piétinement, des essences ligneuses peuvent s'ensemencer au bord des trous provoqués par le piétinement.

  • La dynamique de colonisation dépend aussi considérablement des espèces ligneuses qui sont potentiellement capables de croître dans un secteur marécageux. Les principales essences sont l'épicéa et l'aulne

blanc. Par endroits, différentes espèces de saules peuvent aussi contribuer à l'embroussaillement des bas-marais mouillés.

L'épicéa (Picea abies) joue un rôle primordial dans toute la région des Préalpes, étant donné qu'il pousse jusqu'à la limite supérieure de la forêt. En tant qu'essence de lumière dont les semences portent loin, il remplit de bonnes conditions préalables à la colonisation des espaces verts. Par contre, il se développe avec grand-peine sur les stations mouillées. Un épicéa ayant poussé dans un marais à laîche de Davall, à une altitude de 1'450 m, présentait 163 cernes annuels pour un diamètre de 12 cm.

Fig. 2: Implantation de l'épicéa dans un bas-marais situé à 1'620 m s. m. Dans cette surface, la présence de cette essence est difficilement perceptible, on ne l'observe que par endroits, depuis la lisière. Commune de Matt GL. Photo: Beat von Wyl

Fig. 3: Implantation de feuillus dans un bas-marais à 1'500 m s. m. L'expansion des buissons progresse rapidement et affecte la surface. Commune de Matt GL. Photo: Beat von Wyl

2.1.2 Dans les zones supérieures où il croît encore, l'aulne blanc (Alnus incana) est à même de coloniser et de recouvrir rapidement les basmarais sur des sols minéraux.

3.2 Influence du pacage sur l'embroussaillement

On fait généralement parcourir les territoires marécageux pour garantir l'ouverture des alpages et par conséquent des vastes pâturages marécageux. Quatre aspects sont importants à ce sujet: 2 MANUEL

  • Dans la plupart des surfaces marécageuses, on n'observe ni un CONSERdéveloppement important des essences ligneuses, ni une consomma- VATION DES MARAIS tion régulière de la litière par le bétail. L'influence du pacage est ici EN SUISSE très secondaire.

  • La plupart des essences ligneuses se développent très rapidement sur les stations sèches et les mêmes surfaces sont également broutées en premier lieu par le bétail. Dans ce cas, l'effet positif du pacage est évident.

  • Il arrive souvent que certaines parcelles de pâturage soient peu parcourues. Dans de telles zones, le bétail n'enraye l'embroussaillement que de manière insignifiante. Mais, comme ces surfaces sont entretenues par les propriétaires d'alpages, elles sont indirectement maintenues ouvertes. Toutefois, les bas-marais, et en particulier ceux qui avoisinent la forêt, ne sont pas traités en priorité.

  • Le pacage peut favoriser le développement des essences ligneuses dans les surfaces humides. Des microstations sèches se forment au bord des trous provoqués par le piétinement. Elles permettent l'implantation des espèces ligneuses.

Le pacage ne joue généralement qu'un rôle accessoire dans le maintien de l'ouverture des lieux marécageux humides. Il agit positivement à cet égard dans les régions caractérisées par une mosaïque de surfaces humides et sèches. Le piétinement des marais humides engendre cependant aussi des effets contraires. Au cours des siècles passés, une exploitation mixte "pâturage - fauche" était la principale responsable du maintien de l'ouverture des territoires marécageux.

3.3 Eutrophisation

Mis à part l'embroussaillement, l'auto-eutrophisation du sol, qui s'enrichit constamment de l'accroissement annuel de la biomasse, joue

également un rôle important pour les marais inexploités. Ainsi, les associations à petites laîches régressent de plus en plus au profit des mégaphorbiaies.

Les considérations suivantes relatives à la teneur en substances nutritives des sols marécageux s'en tiennent à l'azote qui est un facteur limitant essentiel pour la croissance végétale.

3.3.1 Teneur globale

Dans les prairies marécageuses du Plateau, on a mesuré des quantités globales d'azote de 2 à 5 g / 1 dans la partie supérieure du sol. L'azote contenu dans les sols marécageux est surtout présent sous forme de liaisons organiques. La teneur en nitrates est très basse (0 à 2 mg / 1) et la quantité d'ammonium peut atteindre 5 à 15 mg / 1. Comparées à la teneur globale, ces valeurs sont négligeables. La teneur en azote est essentiellement déterminée par l'épaisseur de la partie organique du sol. Les bas-marais d'altitude possèdent un horizon organique de 10 à 30 cm. Cela correspond à une teneur globale en azote de 20 à 150 kg / a.

3.3.2 Apport

Dans les surfaces de bas-marais inexploités, l'apport provient avant tout de l'atmosphère (dépôt) et de la décomposition des végétaux. On mentionne un dépôt annuel de 84 millions de kilos d'azote pour la Suisse entière (OFEFP, 1993). Si l'on répartit uniformément cette valeur sur l'ensemble du territoire national, on obtient un dépôt annuel moyen de 200 g N / a. Des mesures effectuées durant de nombreuses années près d'Alpthal (au sud d'Einsiedeln) dans les Préalpes, une région présumée peu touchée, ont révélé un dépôt annuel de 140 g N / a (FNP, 1997).

La fixation symbiotique de l'azote est presque sans importance dans les territoires marécageux non engraissés, car la proportion de légumineuses y est très faible. Dans un site marécageux de la vallée de la Reuss argovienne, on a calculé, à l'aide de mesures de la fixation, des valeurs comprises entre 100 et 200 g N / a par période de végétation (KUHN et aL, 1978). L'apport d'azote depuis les surfaces situées en amont ne joue aussi qu'un rôle localisé.

Dans les prairies marécageuses, on a déterminé une production annuelle de biomasse comprise entre 10 et 75 kg de matière sèche par are (YERLY, 1970; propres mesures). Les débris végétaux contiennent en moyenne 16 g d'azote par kilo de matière sèche (BOLLER-

2.1.2 ELMER, 1977; YERLY, 1970). Ce qui donne un apport de 160 à 1'200 g N / a par période de végétation.

3.3.3 Perte

La perte de l'azote contenu dans les sols marécageux inexploités peut résulter du lessivage dans les eaux souterraines, de l'émission dans l'atmosphère et de l'absorption par la végétation. La proportion d'azote soluble est très faible dans les sols marécageux et le lessivage dans les eaux souterraines est par conséquent très bas. Pour estimer l'émission d'azote dans l'atmosphère, il faut avant tout MANUEL observer la dénitrification. Cette dernière trouve généralement de CONSER· bonnes conditions préalables dans les sols saturés d'eau. Par contre, VATION DES MARAIS deux autres exigences ne sont que rarement remplies par les sols maré- EN SUISSE cageux d'altitude. D'une part, la température de l'air doit atteindre 30 oC environ et, d'autre part, le sol doit contenir de fortes concentrations en nitrates. Par conséquent, il est possible de négliger la dénitrification.

Il faut tenir compte de l'absorption par la végétation. Comme la fixation depuis l'atmosphère (voir 3.3.2) et la fumure sont sans importance dans les bas-marais, l'absorption correspond essentiellement au contenu que l'on mesure dans la végétation.

3.3.4 Bilan

On constate premièrement que le cycle de la matière végétale et l'apport depuis l'atmosphère (dépôt) sont importants pour les basmarais d'altitude.

Nous considérons que le cycle de la matière végétale permet d'équilibrer le bilan de l'azote dans les bas-marais inexploités (fig. 4). Le principal facteur relatif au cycle de l'azote des bas-marais avec les environs est l'apport depuis l'atmosphère (dépôt) qui, avec 200 g N / a * an, conduit à une eutrophisation, avant tout dans les marais pauvres en substances nutritives. Le lessivage est faible, car l'azote introduit est rapidement absorbé par les plantes et se fixe par conséquent dans la végétation et le sol.

En fonction de la teneur en azote des bas-marais, diverses fréquences de coupe peuvent être conseillées afin de compenser intégralement cette eutrophisation au moyen de la fauche habituelle ou d'une coupe d'entretien. Il faudrait faucher chaque année les bas-marais maigres dont la teneur en azote de la litière s'élève à 200 g / a. Nous pouvons

Apport depuis l'atmosphère Perte dans l'atmosphère Fig. 4: Bilan de l'azote dans un bas- 200 gN / a * an « 100 g N / a * an marais d'altitude.

Perte dans l'eau « 100 g N / a * an

recommander des fréquences de coupe comprises entre cinq et dix ans pour les marais plus riches contenant 1'200 g N / a dans la litière.

Par rapport à la teneur globale en azote des bas-marais d'altitude, qui fluctue entre 20 et 150 kg / a, l'apport depuis l'atmosphère conduit à une augmentation maximale de 1 %.

3.4 Etude pilote "coupe de la litière sans évacuation"

La valorisation sur place de la litière coupée revêt de grands avantages quant aux moyens à mettre en œuvre dans les marais éloignés, mais très précieux. Il est possible de travailler soigneusement à la main et de renoncer à des dessertes ou à des transports onéreux. L'impact sur le paysage avoisinant les marais est réduit et les coûts des soins sont bas. La concentration des substances nutritives sur les sites d'entreposage de la litière pourrait s'avérer néfaste à long terme. L'étude pilote a aussi pour objectif de préciser les conditions cadre pour les places de stockage.

2.1.2 4 RECOMMANDATIONS

4.1 Intervalle des coupes

Actuellement, nous ne savons pas encore exactement comment évoluent à long terme les marais d'altitude qui ne sont plus exploités. Nous pouvons cependant formuler des recommandations provisoires en nous basant sur les informations et réflexions existantes (tableau 1). MANUEL Tab. 1: Intervalle d'exploitation CONSER- Essences minimal pour les marais d'altitude, en VATION DES Type de marais Coupe! entretien ligneuses fonction de l'altitude et du type de MARAIS marais. EN SUISSE

étage subalpin étage subalpin embrousinférieur 1) supérieur 2) saillement

bas-marais à humidité variable, tous les 1 à 3 ans tous les 2 à 5 ans rapide quelques surfaces sèches colonisées par l'aulne blanc

marais à petites laîches tous les 2 à 5 ans tous les 5 à 10 ans moyen

bas-marais humides mégaphorbiaies denses tous les 5 à 10 ans 3) seulement lent taches de hauts-marais essarter

hauts-marais éventuellement éventuellement aucun essarter essarter

Remarques: 3) A certains endroits, les marais à 1) Nord des Alpes 1'200 - 1'600 m petites laîches acides et oligotrophes Alpes centrales 1 '300 - 1 '900 m peuvent être recouverts d'un épais Sud des Alpes 1 '500 - 1 '700 m tapis de sphaignes et de trichophore gazonnant (Scirpus cespitosus), sans 2) Nord des Alpes 1'600 -1'900 m que les plantes caractéristiques des Alpes centrales 1'900 - 2'400 m hauts-marais n'apparaissent. Le Sud des Alpes 1'700 - 2'000 m fauchage de telles surfaces déchire souvent le tapis de sphaignes et perturbe son développement. Comme la croissance de la biomasse est faible sur ces stations, nous recommandons généralement de ne pas les faucher.

Les recommandations s'appliquent à l'étage subalpin (étage montagnard). Il correspond à des altitudes différentes dans les régions naturelles variées que compte la Suisse (selon HESS et aL, 1967).

Les recommandations du tableau 1 sont des valeurs indicatives quant à l'intervalle minimal des coupes permettant d'atteindre les objectifs de la protection des marais, à savoir conserver la qualité des marais, l'ouverture des surfaces marécageuses et l'aspect du paysage. De plus grands intervalles entre les coupes sont parfois suffisants pour e!llpêcher l'embroussaillement. Toutefois, il faudrait plutôt rapprocher les interventions en ce qui concerne l'eutrophisation, l'accumulation de litière au détriment de la couverture végétale et la pression sur la flore et la faune héliophiles. Pour des raisons de stabilité, il peut s'avérer judicieux de ne pas lutter contre la colonisation des talus raides du bassin versant des torrents. Quant à la mise en œuvre, nous recommandons d'établir, par canton, la liste de toutes les régions prévues pour les "soins minimaux". Il faut définir un intervalle provisoire des coupes pour chaque surface. Il n'est pas nécessaire d'approfondir la différenciation, vu que les régions problématiques ne sont pas exploitées chaque année. Pour assurer le suivi des travaux, il faut entreprendre les relevés suivants : report sur plan des surfaces effectivement fauchées, protocole systématique des soins effectués et de l'évolution des surfaces. Des relevés conséquents sont indispensables pour évaluer à long terme l'intervalle des coupes choisi et pour procéder à des adaptations éventuelles. Les soins minimaux des marais d'altitude concernent près de 3'000 ha. Une extension de l'intervalle des coupes permet de réduire considérablement les coûts qu'engendrerait une exploitation annuelle intégrale. Les recommandations correspondent par conséquent au principe d'utiliser efficacement les ressources disponibles.

4.2 Coupe de la litière sans évacuation

Les premières observations montrent que l'entreposage de la litière sur place peut être une alternative judicieuse pour les régions non desservies, où l'évacuation de la litière est impossible. Cette manière de procéder assure la qualité de bas-marais riches en espèces et en structures. Elle est recommandée dans les conditions suivantes:

2.1.2

  • Le ba -marai e t fauché à un intervall de cillq à dix an et e ituc à l'étage subalpin c st-à-dire au-dessous d · la limit sup rieure de la forêt.

  • Le bas- marais comprend urtout de petites ur face comme le clair.ieres dont L'étendue n'excède pa cinq hectru-es.

  • Aucun moye n de transport ne pennet d'évacuer la litière. Il fa ut exclure le tran 'ports héliporté.

  • La l.i lière coupée est empilée en me ules ur la urface traitée t non lai ée directement ur place.

  • La 'coupe de la litière ans évacua tion e t ré ervée aux situation MANUEL particulières. Ile est décri t en détail dan un protocole de 'uivi: CONSERreport de la urface sur un plan date de GOupes, ituati n l nombre VATION DES MARAIS de mellie de litiè re b. ervation particulière . EN SUISSE

BIBUOGRAPlDE ADRESSES DES AUTEURS

BOLL R- LMER K.c. (1977): Bea l von Wyl Stickstoff-Düngungseinllü se von UTASAG Inlensiv-Grünland auf Slreu- und Brünig, trasse 64 M OJwie en. erOff. ' eoboL. li t. 6074 Giswil TH, 63' ZurÎch 103 p. Franz Sladler OF 'FP (éd .; 1993): Der Lick loff- 13S Beratwlg [ür landorlgerechle haushalt in der Schweiz. Schriften- utzung reille Umw 11209.74 p. (Alm xes Brünigstrasse 64 A-F séparées) 6074 iswil

OFEfP (éd.; 1998): Protecti 11 d Erwin L upi marais - vade-mecum . lnrof'lu alion ' } NL es enlielle. Oe édition, 38 p. AG aLur und Land chan l jrchengraben 52 HESS H.E./LANDOLT. B.I HIR- 60 Lucern. ZEL R. (1967): Flora der cbweiz. Volume 1 BirkJüiuser Bâle 858 p.

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BENOIT BRESSOUD / PATRICK CHARLIER / THOMAS B. EGLOFF

Exploitation et entretien des différents groupements végétaux de bas-marais 2.1.3 1 SITUATION INITIALE

1.1 Introduction

La présente contribution précise les exigences générales des contributions 1.1.2 et 2.1.1 du volume 2 pour les différentes unités de l'inventaire des bas-marais en tenant compte des données de la littérature (BRESSOUD / CHARLIER, 1998) et des résultats de l'enquête effectuée auprès des cantons en 1997 sur la date de la première fauche MANUEL (GELPKE, 1998). CONSER- En raison de leur rareté et des menaces qui pèsent sur eux, les marais VATION DES MARAIS du Plateau et des régions inférieures doivent bénéficier de mesures de EN SUISSE protection strictes (cf. volume 2, contribution 2.1.1). La protection des marais des régions supérieures passe le plus souvent par une adaptation des plans d'affectation agricole (cf. volume 2, contribution 2.1.2). Les types d'utilisation agricole distingués sont ceux de l'Ordonnance sur les paiements directs (OPD; cf. aussi SRVA / LBL, 1997). Lorsqu'elles sont fauchées périodiquement pour la litière, toutes les surfaces de bas-marais appartiennent à la surface agricole utile (SAU). Les surfaces en dehors de la surface agricole utile (p. ex. pâturages pour l'estivage) ne font pas l'objet de contributions de l'OPD, mais de la Loi fédérale sur la protection de la nature et du paysage (LPN). C'est elle qui permet également le financement des mesures d'entretien des prairies non exploitées. Il existe encore différents règlements cantonaux qui attribuent des contributions complémentaires aux surfaces de compensation écologique sur l'eXploitation agricole.

1.2 Menaces

Les menaces principales qui pèsent actuellement sur les marais sont dues à une exploitation ou à une gestion inadaptées:

  • les drainages et les captages d'eau modifient les conditions hydriques.

  • l'eutrophisation provoque une modification de la composition floristique et un appauvrissement biologique généralisé (flore, végétation, faune).

  • l'abandon ou l'intensification de l'exploitation agricole traditionnelle provoquent une modification de la composition floristique et un appauvrissement biologique généralisé (flore, végétation, faune).

  • la fauche trop précoce des prés à litière empêche les espèces à floraison tardive de terminer leur cycle annuel et l'accumulation des réserves dans les organes souterrains. Elle nuit également à certaines espèces animales (insectes, oiseaux ... ) qui leur sont liées.

  • l'embroussaillement qui résulte souvent de l'abandon de l'exploitation ou d'un entretien insuffisant entraîne une régression des surfaces de marais et une perte de diversité (cf. volume 2, contribution 2.1.5).

1.3 Objectifs de l'exploitation et/ou de l'entretien

De façon générale, l'exploitation et/ou l'entretien des marais doivent avoir pour objectifs:

  • le maintien de l'intégrité des surfaces marécageuses; J.

  • le maintien ou l'accroissement de la diversité;

  • la conservation des espèces et des groupements rares ou menacés;

  • la conservation des surfaces des groupements oligotrophes et l'extensification, dans certains cas, des groupements eutrophes.

L'exploitation traditionnelle est préférable à l'entretien. Le modèle optimal est celui d'une exploitation et/ou d'un entretien extensif et échelonné (cf. volume 2, contribution 2.1.1 et volume 1, contribution 3.2.3). Avant tout changement d'exploitation ou d'entretien, il faut fixer des objectifs clairs d'évolution et contrôler ensuite les résultats (cf volume 2, contribution 2.1.1).

2.1.3

1.4 Utilisat iollllchrcllc des blis-marais

Les données du tableau ci-dessous donne (en % de la surface) les types d'utilisa tion actuelle des bas-marais:

Tilh 1: Pourcent age des types d'utilinon exploité fauche p,Îture sation des différentes c<lIégories de bas-mara is. Source: GELPKE (1998) Pllmgmitioll 81 19 o MuglloclIriciof/ M olil/iOIi Il o MANUEL Filipemlu/irm c t Cil/II/jOli 15 36 49 CONSER. Cflridoll ({aV(I!limWi! 16 30 54 VATION DES CflriciOI1 !IIS"U! Il 23 66 MARAIS EN SUISSE

De 190 à 800 m d'altitude, la proportion de surfaces de bas-ma rais non exploitées passe de 90 à 25% e t celle des marais fau chés de 10 à 75% , e n raison de la diminution du Phragmitioll e t du MnglloclirieioJ/ et de l'a ugme ntation du Calrhioll. De 800 à 2'600 m, la proportion de surfa ces pâ turées passe de 10 à 95%, en raison de l'augmentat ion du Cl/ricioll d(IVl/flilllwe CI du ClI/'icion fuselle, au détrime nt des surfaces non exploitées ou fauch ées. La pâture est la principale utilisation des IllHrais au-dessus de 1'200 m d'altitude. Dans la région Nord des Al pes, le passage à une pâture pure représente souvent une extensirication qui présage l'aba ndon de l'exploitation.

J

2 PRINCIPES GENERAUX D'EXPLOITATION OU D'ENTRETIEN

2.1 Fauche

La fauche est la principale utilisation des marais au-dessous de 1200 m d'altitude (GELPKE, inédit). Une fauche régulière est indispensable à la protection de certaines espèces et groupements rares. De 1939 à 1985, les surfaces fauchées pour la litière ont passé de 26'156 à 4'246 ha en Suisse. Elles atteignent 6'076 ha en 1995 (Office fédéral de la statistique ). La contribution 1.1.2 du volume 2 préconise le 1er septembre comme date de fauche la plus précoce pour les surfaces exclusivement fauchées de bas-marais des Préalpes et des Alpes et le 15 août pour les prairies à populage des marais. Toutefois, la date du 1er septembre, mentionnée également par l'Ordonnance sur les paiements directs, est trop précoce pour les prés à litière et ne devrait pas être appliquée partout uniformément. La date de fauche devrait être fixée de façon régionale en tenant compte de l'altitude, de l'exposition, des mosaïques de végétation et de la présence d'espèces à floraison tardive. Il est également nécessaire de tenir compte

  • de la disponibilité et de l'intérêt des agriculteurs concernés;

  • des moyens de fauche à disposition;

  • des conditions climatiques (portance du sol, possibilité de sécher le foin ou la litière);

  • des limites parcellaires et des traditions (fauche avant la désalpe par exemple).

L'idéal est que, dans une région donnée, toutes les surfaces de marais ne soient pas fauchées en même temps, en particulier pour préserver la faune (surtout l'entomofaune). Lorsque la date de fauche ne peut suffisamment être retardée compte tenu des conditions actuelles, la fauche ne doit être autorisée que tous les deux ans.

Lorsque toutes les surfaces de marais ne peuvent être fauchées chaque année, il est préférable par exemple de faucher en alternance chacune des deux moitiés plutôt que le marais entier tous les deux ans. De façon générale, la productivité d'un marais décroît avec l'altitude et l'humidité. Plus la productivité est faible et plus l'espacement des coupes peut être important (2-5 ans). Dans les cas extrêmes, on peut renoncer à toute coupe (étages alpin et subalpin supérieur) et se con-

2.1.3 tenter de contrôler l'embroussaillement en dessous de la limite des arbres. On réduira partout la fréquence des coupes au minimum nécessaire, mais tout particulièrement dans les régions mal desservies ou actuellement non exploitées (cf. volume 2, contribution 2.1.2). De façon générale, la litière doit être évacuée après chaque coupe pour éviter un enrichissement nutritif du sol, l'accumulation de matière non décomposée, la formation de surfaces dénudées ou l'apparition d'espèces indésirables (PFADENHAUER, 1988). Localement, on peut cependant envisager de la réunir en tas. Tout brûlis de surfaces de bas-marais est interdit. 2 MANUEL CONSER- VATION DES MARAIS

2.2 Pâturage extensif EN

SUISSE

Le pacage des ovins est normalement incompatible avec la protection des marais (cf. volume 2, contribution 3.1.1, p. 7). Il ne pourrait être toléré que dans des cas exceptionnels sous forme de pâturage très extensif ou d'automne. La protection des bas-marais d'altitude pâturés par des bovins passe par une planification régionale de la gestion des pâturages (cf. volume 2, contribution 3.1.1). Si les hauts-marais et les marais de transition doivent en règle générale être clôturés, seules les surfaces de bas-marais directement attenantes à des hauts-marais et quelques surfaces particulièrement sensibles méritent de l'être. Ceci est valable notamment pour les bas-marais à sol humide et tourbeux. La protection des autres surfaces de bas-marais peut se régler par une adaptation de la charge du bétail et du rythme des rotations à la capacité de production fourragère des surfaces non marécageuses. Les passages pour le bétail devront dans toute la mesure du possible éviter les marais (cf. volume 2, contribution 3.1.4). Les surfaces de bas-marais pâturées ne doivent être ni drainées, ni fumées. En dessous de la limite de la forêt, une pâture extensive des surfaces de bas-marais occasionne certes quelques dégâts, mais permet aussi de lutter contre l'embuissonnement sans avoir recours à des mesures d'entretien. Le bilan peut donc être considéré comme positif En automne, une fauche annuelle ou périodique d'entretien du refus du bétail permet d'éliminer les hautes herbes indésirables et les jeunes buissons.

3 DIRECTIVES D'EXPLOITATION OU D'ENTRETIEN SELON LE TYPE DE VEGETATION

3.1 Introduction

Les paragraphes suivants examinent pour chacune des unités de l'inventaire des bas-marais les mesures d'exploitation ou d'entretien. Le tab. 2 récapitule les principales mesures de gestion et d'entretien des marais. Sur le terrain, les surfaces marécageuses constituent souvent des zonations ou des mosaïques plus ou moins complexes avec les surfaces non La plupart des références bibliomarécageuses. De même, les unités de marais forment fréquemment graphiques citées dans le texte (BRIEMLE et aL, 1991; entre elles des zonations ou des mosaïques fines qui ne permettent pas EGLOFF, 1984; MEISTERtoujours de les traiter séparément. Les buts de protection d'un biotope HANS, 1983; PFADENHAUmarécageux doivent être fixés sur la base d'une évaluation globale de ER, 1988) sont des compilations critiques des données de la littoutes ses composantes. Dans chaque cas concret, il est nécessaire térature. Il a également été tenu d'adapter les mesures proposées à l'ensemble des conditions biolo- compte des résultats de l'enquêgiques et agricoles rencontrées. Dans les régions agricoles, la protec- te effectuée auprès des cantons tion des marais nécessite souvent une planification globale des exploi- sur la date de la première fauche des bas-marais. tations (cf. volume 2, contributions 3.1.1 et 3.1.2).

3.2 Roselières (Phragmition)

Les roselières d'atterrissement peuvent en général rester sans entretien (MEISTERHANS, 1983; PFADENHAUER, 1988). Une fauche tardive (automne ou hiver) n'est nécessaire que pour satisfaire certains objectifs particuliers, par ex. favoriser la nidification de certaines espèces d'oiseaux (BRIEMLE et al., 1991). Pour favoriser les espèces des prés à litière, les roselières secondaires (ou terrestres) seront d'abord fauchées deux fois par an (en juin et à fin septembre), puis annuellement (après la fin septembre) et enfin tous les 2-3 ans après la fin septembre (BRIEMLE et al., 1991).

3.3 Marais à grandes laîches (Magnocaricion)

Les marais à grandes laîches primaires ou humides peuvent rester sans entretien ou être fauchés au maximum tous les 4-5 ans, après le 15 septembre, si possible sur sol gelé (EGLOFF, 1984; BRIEMLE et al., 1991).

2.1.3 Les marais à grandes laîches secondaires et plus secs doivent en général être fauchés tous les 2-3 ans pour éviter un embroussaillement, après le 15 septembre, si possible sur sol gelé (MEISTERHANS, 1983; EGLOFF, 1984; BRIEMLE et al., 1991).

3.4 Mégaphorbiées humides (Filipendulion)

Non exploitées Les associations du Filipendulion sont très rarement pâturées ou 2 MANUEL fauchées. Elles ont un pouvoir tampon important pour les types de CONSERvégétation plus sensibles à l'eutrophisation. Les surfaces stables peu- VATION DES MARAIS vent rester sans entretien (PFADENHAUER, 1988; BRIEMLE et al., EN SUISSE 1991).

Prés à litière Dans les surfaces à tendance évolutive, pour accroître la diversité spécifique, il est conseillé d'effectuer une fauche d'entretien par an après la mi-septembre, en prenant soin de ne pas faucher toutes les surfaces en même temps pour préserver l'entomofaune. Il est également possible de faucher la moitié des surfaces en alternance tous les deux ans. Les ourlets de Filipendulion doivent être conservés en raison de leur pouvoir tampon et peuvent être entretenus de la même façon (BRIEMLE et al., 1991). En cas de forte eutrophisation, il est conseillé de pratiquer deux coupes par an, une en juin et l'autre après la mi-septembre.

Transformation en prairie humide Si l'on désire réduire l'extension de la reine-des-prés (Filipendula ulmaria), on peut pratiquer deux fauches annuelles (une en juin et l'autre après la mi-septembre) pendant 2-3 ans, puis une fauche annuelle dès mi-septembre (BRIEMLE et al., 1991).

3.5 Prairies humides (Calthion)

Les prairies humides du Calthion résultent de l'amendement d'autres types de marais (Magnocaricion, Filpendulion, Molinion, Caricion davallianae, Caricion fuscae) par drainage et/ou engraissement et de leur exploitation comme prairie de fauche ou pâturage. Suivant les objectifs de protection des marais d'une région donnée, il est souhaitable d'assurer le maintien de toutes les surfaces de Calthion par la

poursuite de l'exploitation traditionnelle (comme prairies extensives ou peu intensives) ou d'en reconvertir une partie en marais oligotrophes par extensification.

Prairies extensives ou peu intensives Les prairies de fauche (PFADENHAUER, 1988; BRIEMLE et al., 1991) peuvent être exploitées comme

  • prairies extensives: une fauche annuelle au moins (la 1ère coupe après le 15 juin, le 1er juillet ou le 15 juillet en fonction de la zone considérée); ni fumure, ni drainage.

  • prairies peu intensives: une ou deux fauches par an (la 1ère coupe après le 15 juin, le 1er juillet ou le 15 juillet en fonction de la zone considérée). Une fumure restreinte, sans purin, est admise (cf. volume 2, contribution 1.1.2, p. 12). Un entretien raisonnable des fossés de drainage existants est autorisé s'il est compatible avec les buts de protection, mais pas les nouveaux drainages (id.). Une pâture d'automne est admise. En raison de l'intérêt agricole de ces prairies, la date de la première fauche ne peut pas être retardée sans conséquence. Il manque malheureusement de données comparatives sur les répercussions agricoles et biologiques d'une avance ou d'un retard de la date de fauche.

Pâturages extensifs Les pâturages peuvent être exploités de façon extensive (cf. volume 2, contribution 3.1.1, pp. 7-9).

Transformation en pré à litière Lorsque le Calthion résulte de l'amendement de prairies du Molinion, il est souvent possible de restaurer ce dernier, mais cela peut prendre beaucoup de temps. On renoncera à toute fumure et aussi longtemps que la productivité n'a pas baissé à moins de 35 t de matière sèche/ha.an, on pratiquera deux fauches annuelles (mi-juillet et fin septembre) avec exportation de la litière. Ensuite, on appliquera la gestion des prés à litière du Molinion. Il est possible de semer les espèces du Molinion pour activer leur développement ou permettre leur retour (BRIEMLE et al., 1991). Il est en général facile de transformer des surfaces de Calthion en Filipendulion par arrêt de l'exploitation. On le fera lorsqu'il est nécessaire d'accroître une barrière trophique ou en cas de déficit local de ce type de végétation.

2.1.3

3.6 Prairies à molinie (Molinion)

Avec fauche d'entretien Les rares Molinion primaires n'ont besoin que d'une fauche occasionnelle ou d'un débroussaillement tous les 4-5 ans pour éviter un embroussaillement ou un envahissement par le roseau.

Prés à litière Les prés à litière typiques du Molinion doivent être fauchés chaque année ou tous les deux ans en automne, après le 15 septembre. Moli- MANUEL nia caerulea accumule ses substances de réserve dans les organes sou- CONSERterrains peu avant que la plante ne jaunisse. Une fauche tardive est VATION DES MARAIS indispensable pour ne pas diminuer la vitalité de l'espèce et la produc- EN SUISSE tivité naturelle (sans apport d'engrais) de la molinaie (cf. vol. 1, contribution 2.2.2). La présence d'espèces à floraison tardive, souvent menacées ou rares, comme la gentiane à feuilles d'asclépiade Gentiana asclepiadea, la gentiane pneumonanthe G. pneumonanthe, l'ail odorant Allium suaveolens et la succise des prés Succisa pratensis, nécessite de retarder la fauche après le 1er ou le 15 octobre pour leur laisser le temps de terminer leur cycle annuel (EGLOFF, 1984; PFADEN- HAUER, 1988; BRIEMLE et al., 1991). Il convient également de tenir compte des exigences d'espèces de papillons menacés comme Maculinea nausithous et Minois dryas. Dans le cas de marais peu productifs, on peut se contenter d'une fauche tous les 2-3 ans (BRIEMLE et al., 1991). On pourrait envisager des essais de pâture avec du bétail léger (vaches écossaises par ex.) dans des régions où la fauche est difficile (PFADENHAUER, 1988). Des essais sont en cours en Suisse (p. ex. vaches écossaises dans le Wauwilermoos LU). Un suivi serait néces- Saire. Pour amaigrir les Molinion eutrophisés (cf. § 3.5), on commencera pendant 2-3 ans par effectuer deux fauches annuelles, avant d'appliquer le régime de fauche classique. Si nécessaire, on commencera par un débroussaillement.

3.7 Marais à petites laîches alcalins (Caricion davallianae)

Non exploités Les bas-marais alcalins pnmaues ne nécessitent pas d'entretien (PFADENHAUER, 1988; BRIEMLE et al., 1991).

Prés à litière Les bas-marais alcalins secondaires, d'origine anthropique, doivent être entretenus. En fonction de la productivité et de la rapidité de l'embroussaillement ou de l'envahissement par le roseau, il convient de les faucher comme prés à litière tous les 1-3 ans après le 15 septembre, lorsque le sol n'est pas trop humide (MEISTERHANS, 1983; EGLOFF, 1984; PFADENHAUER, 1988; BRIEMLE et al., 1991). Une fauche estivale annuelle est défavorable à long terme car elle empêche le recyclage interne à la fin de l'été. La date peut être modulée en fonction de l'altitude et des conditions locales. Lorsque la fauche n'a pas lieu chaque année, on pratiquera une rotation des surfaces fauchées (cf. vol. 2, contribution 2.1.1, fig. 1). Le fauchage doit être régulier. Le groupement à Juncus subnodulosus peut devenir rapidement dominant, dans un Schoenetum nigricantis par exemple, si la fauche est irrégulière ou si la litière n'est pas évacuée. Une telle évolution représente un appauvrissement floristique du marais. Dans le cas de bas-marais embuissonnés, on commencera par un débroussaillement et par des fauches annuelles pendant 2-3 ans. Les bas-marais fauchés pour la litière ne doivent être ni drainés ni fumés.

Pâturages extensifs Les pâturages doivent être exploités de façon extensive (cf § 2.2).

3.8 Marais à petites laîches acides (Caricionfuscae)

Non exploités ou avec fauche d'entretien A l'étage alpin, les bas-marais acides ne nécessitent pas d'entretien (PFADENHAUER, 1988; BRIEMLE et al., 1991). Aux autres étages, il est conseillé d'effectuer une fauche tous les 2-3 ans après le 15 septembre avec enlèvement de la litière (EGLOFF, 1984; PFADENHAUER, 1988; BRIEMLE et al., 1991).

Pâturages extensifs Les remarques du chiffre 2.2 sont aussi valables pour le Caricion fuscae. Parmi les associations particulièrement sensibles de cette alliance, il faut mentionner l'Eriophoretum scheuchzeri.

2.1.3 rythme de date de remorques sur unités Ipes fanche faucbe pâture D F la fBuche ---- Pllragmitiol1 pri mai r ' 0 0 0 0 (ros Hères) 'econdaires 2- ans >30.9. 0 0 (terre t l'es) ---- MtlgIIOC(ll"Ü'" primaires ou oou 4-5 an >15.9. 0 0 sur sol gelé (na rais à grande humide J.Akhe ) econdairç ou mo.ins humide MANUEl CONSER· VATION Filipelldlllioll table 0 0 0 0 DES (nlégapb rbiée non tables 1-2 an >15.9. extensive 0 0 rotation des MARAIS EN humides) smface' (cf. SUISSE vol. 2 c 11 - tribution2.1.l pp. 2-3) ---- C(llt!ti 011 prairies ex.- >15.9. exteIlsiv 0 0 (prairies maré- tensives cageu e prairies peu 2 15.6.11.9. év. a b intensives automnale ----

MoU"ioll primaire' 4-5 ans >15.9. 0 ·0 0 >1. ou 15.10. (prairi à si espèces à n - molinie) raison tardive econdaires 1-2 ans >15.9. 0 0 0 >1. ou 15.10.

Cal'iÔOII dava /lillllll e primaires o o 0 o (marais à petite surfaces laîche)

Tab. : Me ur . cl xploiLation el d'entretien c1es marais

D = drainage - ru III ure a = entreli Il des [os. '5 de drajnage exi l anl aUlori é (cf. vol. 2, con.tTibution 1.1.2) b = fu mure restreinte autorisée (cr. vol. 2, contribution J.1.2) o= interdicli n

BIBLIOGRAPIDE ADRESSE DES AUTEURS

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ERWIN LEUPI / ROMAN VON SURY

Principes d'exploitation et d'entretien éles bas-marais d'altitude 2.1.4 1 INTRODUCTION

L'interprétation de l'Inventaire des bas-marais a montré que la diminution des surfaces de bas-marais est beaucoup plus faible en altitude Répartition des bas-marais que dans les zones inférieures. Actuellement, près de 80% des bas- en Snisse marais de Suisse se situent en altitude. A l'avenir, ces surfaces seront

  • Zones inférieures 20% principalement menacées par trois facteurs: les constructions et les au-dessous de 1'000 m s. m. installations touristiques, les améliorations foncières agricoles et les • Zones supérieures 78 % 1'000 jusqu'à 2'200 m s. m. activités liées à l'exploitation. L'abandon de l'exploitation ou une exploitation non conforme sont

  • Zones supérieures au-dessus de 2'200 m s. m. 2% 2 MANUEL préjudiciables à la pérennité des bas-marais: réduction de la surface CONSERpar embroussaillement ou colonisation par la forêt, diminution de la VATION DES MARAIS qualité du biotope découlant de la banalisation des espèces présentes EN SUISSE et eutrophisation des sols.

Près de 15'000 ha ou 80% de l'ensemble des bas-marais d'importance Les six études de détail de nationale se situent dans les zones supérieures, c'est-à-dire au-dessus l'OFEFP se rapportant aux basmarais d'altitude inexploités: de 1'000 m s. m. Au niveau national, 20% environ de cette surface sont fauchés et 65% pâturés. 15% ne sont plus du tout exploités. Dans les • BROGGI, M. F. / URBAN, B. faits, une partie des surfaces pâturées n'est plus guère parcourue. C'est (1995, revue en 1997): Moglichpourquoi on présume que près de 30% des bas-marais d'altitude sont keiten einer extensiven Beweidung von Moorflachen. en friche ou ne sont pas pâturés efficacement. Ce qui représente • FRUTIG, F. (1996): Unterapproximativement une surface de 2'500 à 3'500 ha. hait nicht erschlossener Moore: Streuetransport mit Seilkran. FNP. Dans ces circonstances, il se pose les questions suivantes en regard des

  • GELPKE, G. (1998): Nutzung objectifs de protection définis dans l'ordonnance sur les bas-marais von Moorbiotopen und Nut- (art. 4: "Les objets doivent être conservés intacts"): zungsaufgabe.

  • La conservation intégrale des bas-marais d'altitude inexploités est- • LEUPI, E. / BRESSOUD, B. / GELPKE, G. / MARTI, K. / elle garantie? SCHLÀPFER, B. / STAD- Et si tel n'est pas le cas: LER, F. / VON WYL, B. (1998):

  • Comment faut-il exploiter ou entretenir les bas-marais dans Flachmoore in Grenzertragslagen: Aktuelle Bewirtschaftung, l'optique de la protection des marais d'altitude, afin de satisfaire à Verwaldung und Erschliessung l'exigence de conservation intégrale? in Flachmooren der Hochlagen.

  • VON WYL, B. (1997): Flachmoore in Grenzertragslagen: Six études de détail, mandatées de 1995 à fin 1997 par l'Office fédéral Streueschnitt ohne Abtransde l'environnement, des forêts et du paysage (OFEFP), ont permis port. d'approfondir le thème des bas-marais d'altitude inexploités. Les prin- • VON WYL, B. / STADLER, F. cipaux résultats ressortant de ces études sont présentés ci-après. Les (1997): Flachmoore in Grenzertragslagen: Minimalpflege von rapports respectifs fournissent de plus amples renseignements sur les Mooren in Hochlagen. méthodes utilisées et les autres résultats obtenus.

2 EXPLOITATION ACTUELLE DES BAS-MARAIS D'ALTITUDE

GELPKE (1998) a analysé les principaux types d'exploitation des basmarais de Suisse à l'aide de la base de données se rapportant à l'Inventaire des bas-marais. Les résultats montrent que près de 30% des bas-marais sont fauchés et 50% pâturés. 20% des surfaces encore ouvertes sont en friche (cf. tab. 1 ou fig. 1). En ce qui concerne l'exploitation, on constate des différences frappantes entre les basmarais situés à des altitudes différentes:

  • On exploite la litière dans les zones inférieures et supérieures jusqu'à 2'200 m d'altitude, alors que cette activité est quasiment inexistante à l'étage alpin (au-dessus de 2'200 m). La surface totale de basmarais fauchés est presque équivalente dans les zones inférieures et supérieures (environ 15% ou 3'800 ha). De même, les bas-marais laissés en friche se répartissent équitablement entre les deux niveaux altitudinaux et atteignent 10% environ (cf. tab. 1).

  • Au niveau national, 50% de la surface de bas-marais est parcourue par le bétail. Ces pâturages se situent presque exclusivement dans les zones supérieures (cf. tab. 1).

  • On constate des disparités frappantes si l'on rapporte les différentes formes d'exploitation d'un niveau altitudinal à la surface de bas-marais correspondante (cf. fig. 1). Alors que dans les zones inférieures près de 60% des bas-marais sont fauchés, cette valeur descend à 20% dans les zones supérieures et chute même à 1 % à l'étage alpin. Inversement, le pacage domine dans les zones supérieures (66%) et cela surtout à l'étage alpin (92 %). Il est également intéressant de constater que la plupart des bas-marais en friche se situent dans les zones inférieures (38%). Les valeurs correspondantes des zones supérieures et de l'étage alpin sont au moins inférieures des deux tiers.

Tab. 1: Répartition de la surface Zones Zones totale de bas-marais relevée lors de Altitude inférieures supérieures au-dessus de l'Inventaire des bas-marais de mS.m. jusqu'à 1'000 1'000 - 2'200 2'200 total Suisse; classement en fonction de l'altitude et de la forme d'exploitation (toutes les données sont Fauchage 15.6 14.9 0.0 30.5 exprimées en % de la surface totale ). Pacage 0.7 46.7 2.3 49.7 Source: GELPKE (1998)

Friche 10.1 9.5 0.2 19.8

total 26.4 71.1 2.4 100.0

2.1.4 Fig. 1: Part des principales formes d'exploitation par rapport à la surface totale de bas-marais relevée 65.7 lors de l'Inventaire des bas-marais 59.1 de Suisse; classement en fonction 50% de l'altitude.

38.1 Source: GELPKE (1998)

D Fauchage • Pacage 6.9 1.1 o% -j--'-----'--

jusqu'à 1'000 1'000-2'200 au-dessus de mS.m. • Friche 2'200 MANUEL CONSER- VATION DES MARAIS Si l'on compare les données sur l'exploitation ressortant de l'Inven- EN SUISSE taire des bas-marais avec l'Atlas de distribution des ptéridophytes et des phanérogames de la Suisse (WELTEN / SUTIER, 1982), on s'aperçoit que l'apparition d'espèces ou d'associations végétales rares n'est pas seulement tributaire de la surface marécageuse, mais aussi de la forme d'exploitation. Différentes études confirment cette constatation (cf. entre autres volume 1, contribution 3.3.4). C'est pourquoi il faudrait maintenir le taux de fauchage au moins à son niveau actuel, afin de prévenir la disparition des espèces végétales des bas-marais. Cette remarque vaut en particulier pour la Suisse orientale, principale aire de distribution de nombreux types de bas-marais. En ce qui concerne les autres régions de Suisse, il faut encourager activement et de manière ciblée le fauchage de la litière dans le cadre de programmes de conservation des espèces. Tab. 2: Proportion de surfaces inexploitées (c'est-à-dire en friche ou Sur la base d'une étude différenciée géographiquement, LEUPI et al. pâturées de manière inefficace) (1998) ont analysé les formes d'exploitation actuelles, la colonisation dans les bas-marais d'importance nationale des différentes régions par la forêt et le degré de desserte des bas-marais d'altitude. Les alpines. auteurs s'appuient sur de nombreuses informations qu'ils ont récoltées Source: LEUPI (1998) dans les cantons depuis la mise à l'enquête de l'Inventaire des basmarais en 1990, c'est-à-dire pendant la phase dite de mise en œuvre. Dans douze cantons de montagne, ils ont déterminé les paramètres Nord Suisse orientale 13% des Alpes Suisse centrale 19% susmentionnés pour 4'669 ha ou 70% de la surface totale de bas- Suisse marais d'altitude (uniquement ceux d'importance nationale). Parmi occidentale 15% les bas-marais étudiés, 540 ha sont en friche et 290 ha ne sont pas pâturés efficacement. Au total, 830 ha ou 18% des bas-marais sont Sud inexploités. Il y a cependant de nettes disparités régionales (cf tab. 2). des Alpes Tessin 33%

Les résultats suivants ressortent en substance de l'analyse de la colonisation par la forêt et de la desserte des bas-marais inexploités:

  • On constate de grandes différences régionales concernant l'état actuel de la colonisation par la forêt des marais inexploités. Alors que les bas-marais du canton de Glaris sont les plus fortement envahis (14%), les surfaces étudiées dans les cantons des Grisons, de Nidwald, de Schwytz et du Tessin n'accusent qu'un taux de reboisement de 1,5%. Dans le canton d'Uri, on ne constate pas ce phénomène, car les bas-marais se situent pour la plupart au-dessus de la limite supérieure de la forêt.

  • On remarque également des différences significatives en ce qui concerne la desserte des sites de bas-marais d'importance nationale. Dans la région étudiée, on dénombre près de 1'210 ha ou 26% de basmarais non desservis et 1'110 ha ou 24% disposant d'une desserte partielle. On rencontre ces marais difficiles d'accès en Suisse centrale principalement. Les cantons d'Obwald et de Schwytz occupent la tête de liste en totalisant conjointement 840 ha de bas-marais non desservis et 620 ha partiellement desservis.

On ne constate pas de corrélation évidente entre l'abandon de l'exploitation et le niveau de desserte. Dans la région étudiée, les surfaces marécageuses exploitées et inexploitées sont réparties approximativement de la même manière dans les zones desservies et dans celles qui ne le sont pas. Ainsi, 400 ha ou 48% des marais qui ne sont pas exploités efficacement se trouvent dans des zones desservies. Ce chiffre souligne qu'il est possible de rétablir une exploitation confor- ,. me sans extension de la desserte actuelle.

2.1.4 3 SOLUTIONS DE RECHANGE A LA VALORISATION DES BAS-MARAIS INEXPLOITES

Les moyens actuels ne permettant pas de rétablir l'exploitation faisant foi au XIXe siècle, ni dans son étendue ni dans sa manière de faire, il s'avère nécessaire de rechercher des solutions de rechange efficaces du point de vue de la protection de la nature. Les quatre études suivantes de BROGGI / URBAN (1995, revue en 1997), FRUTIG (1996), VON WYL (1997) et VON WYL / STADLER (1997) présentent et développent des solutions de rechange à l'exploitation traditionnelle MANUEL qui tiennent compte des conditions de l'agriculture d'aujourd'hui. Ces CONSERtravaux font ressortir la nécessité de placer les réflexions dans un con- VATION DES MARAIS texte régional. Pour ce faire, la solution retenue pour rétablir l'exploi- EN SUISSE tation doit être adaptée aux conditions régionales.

L'étude de VON WYL / STADLER (1997) traite des soins minimaux des marais d'altitude. Les constatations principales sont les suivantes (cf. volume 2, contribution 2.1.2):

  • La propagation des essences ligneuses dans les marais d'altitude se déroule en général très lentement. On constate cependant de grandes différences entre les diverses stations.

  • Le pacage ne joue qu'un rôle insignifiant dans le maintien de l'ouverture des lieux marécageux humides. Au cours des siècles passés, une exploitation mixte "pâturage - litière" était la principale responsable de l'ouverture des territoires marécageux.

  • Si les bas-marais sont inexploités, l'accroissement annuel de la biomasse et l'apport d'azote atmosphérique risquent, avec le temps,

Fig. 2: Récolte de la litière en octobre, Oberiberg SZ. Photo: R. von Sury

d'enrichir les sols. Ainsi, les marais maigres à petites laîches régressent de plus en plus.

L'étude donne des valeurs indicatives pour l'intervalle des coupes. En fonction du type de marais et de l'altitude, elle conseille des intervalles allant de un à dix ans (cf. volume 2, contribution 2.1.2). Cette manière de faire permet de garantir la qualité des marais et de conserver l'ouverture des surfaces marécageuses ainsi que l'aspect typique du paysage, même si les moyens à mettre en œuvre sont réduits.

Alors que les travaux de VON WYL / STADLER (1997) fournissent des informations plutôt générales, le projet pilote de VON WYL (1997) se concentre sur des bas-marais bien précis. Dans une région disposant de nombreux bas-marais non desservis et largement intacts, on a étudié les conditions permettant de renoncer à l'évacuation de la litière découlant de la coupe d'entretien. L'étude montre que le fauchage de la litière sans évacuation n'entre en ligne de compte que lorsque la fréquence des coupes est de cinq ans ou plus. Cette forme d'exploitation particulièrement extensive nécessite le respect des conditions suivantes:

  • La région est située au-dessus de 1'200 m s. m.

  • Il n'est pas possible d'atteindre les lieux à l'aide d'un transporteur.

  • Le complexe de surfaces attenantes ne couvre pas plus de cinq hectares.

  • La fréquence des coupes n'est pas inférieure à cinq ans.

  • Les surfaces doivent être préalablement choisies et désignées avec précision.

Fig. 3: Meule de litière en décomposition dans un marais qui n'est plus fauché depuis de nombreuses années, Vorderthal SZ. Photo: E. Leupi

2.1.4

  • Il faut tenir un suivi rigoureux des dates de coupe, de la situation et du nombre de meules de litière.

  • L'évolution est décrite périodiquement.

Une étude de cas de FRUTIG (1996) a également pour thème l'évacuation de la litière. Elle analyse la faisabilité technique et économique du transport de la litière au moyen d'un câble-grue dans une région de bas-marais étendue et non desservie. Le rapport parvient aux résultats suivants:

  • La construction d'un câble-grue permanent n'entre pas en ligne de MANUEL compte étant donné que la région en question constitue une zone de CONSERrepli pour les tétraonidés. C'est pourquoi il faudrait démonter com- VATIO N DES MARAIS plètement l'installation après l'évacuation de la litière et la remonter EN SUISSE lors du prochain usage.

  • En raison du temps de montage extrêmement court, le câble-grue mobile conviendrait mieux, du moins dans le cas présent. La portée de cette installation est néanmoins limitée à 600 mètres.

  • Pour le calcul des coûts, il faut subdiviser l'exploitation de la litière en quatre phases: coupe de la litière, transport de la litière sous la ligne de câble-grue (agriculteur pour les deux opérations), transport de la litière au moyen du câble-grue: y compris montage et démontage de l'installation (entrepreneur forestier), transport de la litière de l'aire de déchargement au lieu de destination (agriculteur).

Le FNP estime que le transport de la litière au moyen du câble-grue est techniquement faisable dans la région étudiée. Dans le cas présent, une telle exploitation serait cependant injustifiée pour des raisons économiques. Le produit de la litière ne permettrait de couvrir qu'un septième des coûts engendrés. Il faut par conséquent rechercher des solutions de rechange meilleur marché pour l'entretien des marais. Il existe par contre de nombreuses régions offrant des perspectives nettement plus favorables pour une exploitation de la litière économiquement supportable. En effet, elles bénéficient d'une topographie moins problématique et d'une meilleure desserte.

L'étude bibliographique de BROGGI / URBAN (1995, revue en 1997) qui s'appuie sur plus de 80 publications fournit les conditions cadre pour un pacage extensif des bas-marais et décrit les conséquences pour la flore et la faune. Jusqu'à la fin du XVIIIe siècle, le pacage constituait une forme d'exploitation typique des marais. La récolte de la litière n'est apparue

qu'au début du XIXe siècle en relation avec un renforcement de la production laitière et un besoin accru en litière pour les étables. Les bas-marais ne fournissent qu'un fourrage de moindre valeur et sont en outre extrêmement sensibles au piétinement (cf. volume 2, contribution 3.1.1). Dans ces circonstances, il apparaît de prime abord exclu de faire pâturer les marais par du bétail appartenant aux races à haute performance, aujourd'hui répandues. Selon l'état actuel des connaissances, ce sont avant tout diverses races bovines adaptées à la pâture extensive et, dans certaines régions, des races ovines conformes telles que la Moorschnucke qui conviennent au pâturage extensif des marais. Parmi les anciennes races d'Europe centrale méritant d'être expressément encouragées, il faut citer en particulier: la vache de Hinterwalder, la vache grise rhétique et la vache de Murnau-Werdenfelser. Trois autres races extrêmement rustiques d'Europe septentrionale, ayant fait leurs preuves, méritent également d'être mentionnées: la vache Highlandcattle, la vache de Galloway et la vache de Fjall.

Il faudrait limiter le pacage sur les gleys et les formations végétales à humidité variable. Cela nécessite une gestion appropriée des pâturages qui respecte la charge de bétail, la date de mise en pâture et le type de pâturage. La littérature ne fournit cependant pas de lignes de conduite qui soient applicables. Dans l'ensemble, il n'a pas encore été possible de prouver clairement la réussite d'un pâturage extensif par des bovins. Il faut considérer l'utilisation de races adaptées à la pâture extensive comme une solution de rechange à la friche et non à la coupe de la litière. Il est judicieux d'effectuer une extensification du pacage des marais dans le cadre d'une réorganisation complète de l'exploitation agricole. A titre d'exemple, un agriculteur travaillant dans la région du flysch se reconvertit à la préservation du paysage en recourant à des bovins rustiques. Une telle exploitation spécialisée dans la conservation des marais devrait également intégrer les stations non marécageuses. De même, il faut réfléchir à une production de viande respectueuse de la nature et des animaux.

2.1.4 4 CONCLUSIONS

4.1 Fauchage 1friche

  • Comme on peut le démontrer, le fauchage de la litière constitue la forme d'exploitation optimale pour la conservation de la qualité des bas-marais d'altitude. Il est particulièrement efficace pour atteindre les objectifs de conservation des marais axés sur la superficie (conservation des espèces, protection du sol, protection des eaux). C'est pour- 2 MANUEL quoi il faut continuer à soutenir ce type d'exploitation aussi effica- CONSERcement que possible. VATION DES MARAIS

  • Dans les régions comptant de nombreuses friches, il est indiqué de EN SUISSE mettre sur pied des programmes de soutien axés sur la protection de la nature en vue de rétablir une exploitation de la litière qui soutienne la conservation des espèces et des biotopes.

  • Seule la moitié des bas-marais d'altitude en friche n'est pas desservie. Il serait par conséquent possible de rétablir une exploitation conforme sur une surface de 400 hectares sans extension de la desserte. C'est pourquoi il ne faudrait construire nulle part de nouvelles routes ayant pour seul objectif de permettre le fauchage de la litière. Il est souvent possible d'obtenir des améliorations substantielles à l'aide de mesures ponctuelles.

  • La coupe de la litière sans évacuation permet la conservation de bas-marais particulièrement précieux pour la protection de la nature dans les petites zones non desservies.

  • Une soigneuse mise au point préalable peut s'avérer judicieuse pour l'utilisation d'un câble-grue destiné au transport de la litière hors des vastes territoires marécageux non desservis.

  • La fréquence des coupes permet d'optimaliser ou de réduire au minimum les coûts engendrés par le fauchage de la litière. Les valeurs indicatives se rapportant aux soins minimaux dépendent du type de marais et de l'altitude.

4.2 Pacage

• Les régions traditionnellement pâturées se situent principalement en Suisse centrale. Elles n'offrent qu'un potentiel réduit à l'extension ou au rétablissement du fauchage de la litière, car elles sont moins bien desservies que les autres.

• Le pacage extensif de zones à rendement marglnal plU' des bovins rustique ne con litu guère, en vue d la c ns rvati n ct surfaces marécageuses, un olu tion de rech< nge à J'exp 1 itati D de la litière luj oit réalisable pour 1 en emble d 1arc alp.in. Ile n convient pa non plu tout à fa it au rétabli ement du pacage. Une teUe réali ation peut néanmoin ' avérer parfaitement judicieuse à certain ndroit Elle d it concevoir globalement dans le cadre dune reconver i n de J exploitation agric le à la prés J'vati n clu paysage en l'ec urant à des bo in rustiques et en développant une pl' duction de vi.ande trouvant ct débouchés d ~lDs la région.

4.3 Colonisation par la forêt

L'éta t actuel de la colonisation par la forêt varie fortement elon la région. En rai on de la 1 nteur du proce su Je phénomèn est apparemment moins grave qu'on ne l'avait pré umé initialement dans le zones upérieure à 1exception de certaine-s régions. Le fauchage ou le débroussaillement électif sont le moyens les plus efficace pour préveni r la colonisaLion par la forêt.

2.1.4 BIBLIOGRAPHIE COMMANDE DES ADRESSES DES AUTEURS RAPPORTS BROGGI, M. F. / URBAN, B. Erwin Leupi (1995 , revue en 1997): Moglichkei- Il est possible de commander les ANL AG Natur und Landschaft ten einer extensiven Beweidung rapports mentionnés à l'adresse sui- Hirschengraben 52 von MoorfHichen. OFEFP, Berne, vante: 6000 Lucerne 7 63 p. (non publié). OFEFP Roman von Sury FRUTIG, F. (1996): Unterhalt nicht Groupe de coordination pour la ANL AG Natur und Landschaft erschlossener Moore: Streuetrans- protection des marais Hirschengraben 52 port mit Seilkran. OFEFP, Berne, 8 p. + annexes (non publié).

3003 Berne 6000 Lucerne

MANUEL GELPKE, G. (1998): Nutzung von CONSER- VATION Moorbiotopen und Nutzungsaufga- DES MARAIS be. Réd. E. Leupi. OFEFP, Berne, EN 44 p. (non publié). SUISSE TRADUCTION LEUPI, E. / BRESSOUD, B. / GELPKE, G. / MARTI, K. / Claude Gassmann SCHLÀPFER, B. / STADLER, F. / Ingénieur forestier EPFZ / SIA VON WYL, B. (1998): Flachmoore P-Charmillot 9 in Grenzertragslagen: Aktuelle 2610 St-Imier Bewirtschaftung, Verwaldung und Erschliessung in Flachmooren der Hochlagen. OFEFP, Berne, Manuel 18 p. (non publié). Conservation des marais en Suisse 2 VON WYL, B. (1997): Flachmoore 1/1998 in Grenzertragslagen: Streueschnitt ohne Abtransport. OFEFP, Berne, 12 p. (non publié).

VON WYL, B. / STADLER, F. (1997): Flachmoore in Grenzertragslagen: Minimalpflege von Mooren in Hochlagen. OFEFP, Berne, 11 p. (non publié).

THOMAS EGLOFF

Débroussaillement des bas-marais 2.1.5 1 REMARQUE SUR L'EMBROUSSAILLEMENT

Cette contribution concerne la situation spécifique des prairies à litière de plaine. Il s'agit d'une pré-publication de EGLOFF (en prép.). Les bas-marais d'altitude, qui sont plus souvent pâturés, ainsi que les hauts-marais, feront l'objet de contributions séparées.

Parmi les 1'084 bas-marais d'importance nationale recensés dans le projet d'inventaire national des bas-marais, on dénombre 81 objets entièrement en friche et 459 qui le sont partiellement, ce qui corres- MANUEL pond environ à la moitié de tous les objets (DEPARTEMENT CONSER· FEDERAL DE L'INTERIEUR, OFEFp' 1990). VATION DES MARAIS Lorsqu'il est par la suite question d'embroussaillement, il faut en- EN SUISSE tendre par là une colonisation du bas-marais par des arbres et/ou des arbustes sur une surface étendue, processus en contradiction avec les intérêts de la conservation. Les explications ne concernent donc pas les petits bosquets ou les structures boisées formant des lisières, dont la conservation est souvent souhaitable, par exemple comme refuge pour la faune. Ceci démontre aussi qu'il faut définir cas par cas, clairement et préalablement à tout débroussaillement, le but de conservation.

Fig. 1: Embroussaillement avancé d'un bas-marais dans le canton de Zurich. Photo:FNP

2 QUAND FAUT-IL DEBROUSSAILLER UN BAS-MARAIS?

L'envahissement par les arbres et les arbustes se produit principalement:

  • dans des marais qui présentaient jusque-là des zones boisées ponctuelles, lorsque, à la suite de mesures de drainage dans les environs, le niveau des eaux a aussi baissé dans le territoire marécageux à protéger, et/ou

  • lorsque les bas-marais n'ont plus ou pas suffisamment été exploités ou entretenus durant une longue période.

De manière générale, on considère qu'il faut débroussailler:

  • dans les marais pas ou peu embroussaillés, là où l'exploitation effectuée jusqu'alors est garantie;

  • lorsque la reprise d'une exploitation traditionnelle est assurée, après le débroussaillement;

  • si les plantes de bas-marais existent encore dans la zone ellemême ou dans les alentours, et

  • là où le régime des eaux est encore intact (cf. fig. 3),

  • là où le niveau de la nappe phréatique ne peut pas être rehaussé à court et moyen terme.

Fig. 2: Surface de bas-marais nonentretenue de longue date; la succession qui l'amènera au stade de la forêt marécageuse est pratiquement achevée. Photo:FNP

2.1.5 Fig. 3: Questionnaire permettant

L'exploitation ou l'entretien des zones pas ou faible- Z ment embroussaillées, ainsi que des marais avoisinants 0...... de décider si un débroussailleplus ou moins intacts, sont-ils garantis? E-< CZJ ment est justifié. a .....:l ...... Ci La reprise d'une exploitation régulière de la litière est- z elle garantie par la suite? Les moyens (main-d'oeuvre, finances, outillage) nécessaires à la répétition fériodique du débroussaillement sont-ils disponibles?l 8> 0p;... p... p... MANUEL

{3 Z ::;s g: CONSER- VATION DES MARAIS ...... EN La végétation originelle est-elle encore bien repré- E-< SUISSE U sentée, éventuellement sur des sUliaces avoisinantes? ~ p...

Ou peut-on admettre que le potentiel semencier est CZJ encore suffisant sur la surface? Ou les conditions ~ données permettent-elles un réensemencement? Est-ce E-< Z qu'on ne rencontre que peu de solidages entre les bos- ~ quets? ::;s .....:l ......

CZJ CZJ 0 1) Si le débroussaillement reste une

Le régime des eaux est-il intact? Peut-il être amélioré à 0:1 opération unique, les rejets de court ou à moyen terme?2) Ci souche et les drageons peuvent le ~ rendre inopérant.

Ô z 2) Un non ne signifie pas obligatoirement qu'il faille renoncer au dé-

Planifier un débroussaillement selon les critères indi- Z broussaillement. Il faut cependant qués par la suite gz approfondir la question de manière circonstanciée.

3 CONDITIONS GENERALES ET PLANIFICATION DES DEBROUSSAILLEMENTS

• Avant d'élaborer des plans d'entretien de marais contenant des surfaces boisées ou de mettre sur pied des interventions d'entretien sur des surfaces envahies (ou éventuellement reboisées), il faut absolument obtenir de l'autorité forestière cantonale (inspecteur forestier concerné, éventuellement inspecteur cantonal) une décision pour savoir si la surface des marais est considérée comme forêt au sens de

la loi. De manière générale, un contact préalable avec le service forestier suivi d'une discussion des mesures envisagées permettent un déroulement sans accrocs des mesures d'entretien du biotope. Si le marais embroussaillé est une forêt au sens de la loi, il faut, après discussion avec l'inspecteur forestier, prévoir un débroussaillement qui, par son genre et son intensité ne puisse pas être considéré comme un défrichement, mais reste confiné à un entretien, une forte éclaircie ou une mise en lumière.

  • Il faut envisager de rehausser le niveau de la nappe phréatique, lorsque cela est compatible avec les buts de protection ainsi qu'avec l'exploitation et si cela s'avère techniquement réalisable (par exemple, par comblement des fossés). Ceci diminue en général la vitalité des végétaux ligneux et limite leur propagation, ce qui permet de faire baisser, dans bien des cas, les coûts d'entretien.

  • Le débroussaillement ne doit pas être pratiqué de manière systématique. Il est recommandé de laisser quelques bosquets, en particulier lorsque: ils marquent la limite de la réserve; ils font écran aux visiteurs ou éloignent le trafic de loisir; ils empêchent le vent de pénétrer au coeur de la zone; ils possèdent une valeur écologique très importante pour la faune et la flore; ils contiennent des espèces rares ou ils fournissent un enrichissement optique.

  • Dans tous les cas, il faut tenir compte de l'importance multiple des bosquets pour la faune: Les buissons ou les arbres isolés sont importants comme poste d'observation ou de chant. Les arbustes rabougris revêtent souvent une grande importance pour les papillons. Les stades précoces d'embroussaillement sont particulièrement importants pour divers groupes d'insectes. C'est pourquoi il faut tolérer, à côté des haies et groupes d'arbres, des zones à un stade précoce de l'embroussaillement. Il faut laisser quelques arbres morts.

La diversité structurelle de la surface marécageuse doit subsister, malgré le débroussaillement. • Il faut enlever de préférence les bosquets dont la suppression favorise l'ensoleillement des plans d'eau (anciens fossés de tourbage, étangs, canaux de drainage).

2.1.5 • Les bosquets qui subsistent ne doivent pas perturber l'exploitation de la litière, ou seulement dans une faible mesure.

4 DIRECTIVES POUR LA PLANIFICATION DES MOYENS ET LA REALISATION

li faut prêter attention aux points suivants lors des actions de débrous- MANUEL saillement: CONSER- VATION

  • Etendue: ne couper que ce qui peut être évacué, ou entreposé de DES MARAIS manière ordonnée. EN SUISSE

  • Evacuer le matériel coupé de la zone. Le bois ne sera qu'exceptionnellement brûlé sur place; dans ce cas, les cendres seront évacuées. Dans la mesure du possible, il faut employer le bois de manière judicieuse (par exemple compostage). Au besoin, il faut envisager un entreposage en bordure du marais comme biotope de reptiles ou abri pour des petits mammifères.

  • Choisir le moment de l'intervention en dehors de la période de végétation (d'octobre à février, si possible lorsque le sol est gelé). Pour les bouleaux, de bonnes expériences ont été réalisées avec des coupes juste avant la montée de la sève au printemps; les troncs dépérissent ensuite rapidement.

  • Utiliser des véhicules appropriés, pour éviter de provoquer avec les machines des dégâts de piétinement et des atteintes à la végétation. (A ce propos, on trouve de bonnes indications dans la publication de L'OFFICE FEDERAL DES FORETS, 1983).

  • Choisir la forme appropriée d'entretien: Les semis/jeunes plants seront arrachés à la main ou avec un outil. Les arbres et arbustes seront coupés le plus bas possible en prévision de la future exploitation de la litière. Dans les sols tourbeux, les tronçonneuses ne risquent pas de s'abîmer. Après le débroussaillement de la surface, il faut éventuellement passer avec une dessoucheuse (qui fraises les souches). Les anciennes haies et groupes d'arbres doivent aussi être entretenus régulièrement. Les branches coupées seront empilées.

  • li faut procéder à une visite de contrôle au cours de la période de végétation suivante, pour constater d'éventuels rejets de souche ou une colonisation par des solidages.

BmLIOGRAPHIE ADRESSE DE L'AUTEUR

DEPARTEMENT FEDER L DE Dr. Thomas Egloff L'INTERIEUR, Ol-"'EFP, Ed., 1990): Baudepmtement des Kantons Aargau Inventaire de ba -marais d'impor- ektion atw'+Land char lance nationale Projet mi en COD nl- Müblematt 'tr. 54 talion, Beme, 75 p. 5001 Aarau

EGLOFF, Th. B. (en préparation): Wegleitung zur Bewir(scbaftul1g und Pflege von Riedern und Mooren im inne des Naturscbutzes. Ver ion remanLée de: Richtlinien ZUI' BewLrl- TRADUC110N scbaItuog und pflege von Ri.edern und Mooren im Sinne des Nalurschutzes (J 984), sur mandat de la Pbilippe Pogel Ligue sui se pour la pr teclion de la Ingénieur forestier EPFZ nature (Ed.) 232 route d' Aire-la- Ville

1242 Satigny

OFFICE FEDERAL DE FORET (Ed.,1983): Entretien de zones humides en ujsse. Guide et direc- Manuel tiv pour 1eotretien des prairies à Conservation de maTai litière et l'utilisation des produits de en Suisse 2 fanche, Berne 75 p. + annexes 2/1994

HANSRUEDI WILDERMUTH

Entretien des petits biotopes aquatiques des marais 2.1.6 . 1 LES BIOTOPES AQUATIQUES EVOLUENT

Comme tous les paysages, les marais et leurs petits biotopes aquatiques sont en perpétuelle évolution - même lorsque l'homme n'intervient pas. Toutefois, la dynamique du paysage est généralement lente dans les marais et moins dramatique que dans les zones alluviales ou les gravières. Le phénomène le plus remarquable est l'atterrissement des creuses dans les stations basses. En revanche, les gouilles de la zone centrale d'un haut-marais actif évoluent très lentement. Au cours de l'atterrissement d'une creuse, des espèces pionnières - MANUEL p.ex. ményanthe trifolié, comaret des marais - s'implantent à partir CONSER- VATION des bords dans le plan d'eau. Dans le réseau de leurs tiges et racines DES MARAIS se développent d'autres plantes, comme les prêles, les carex et les EN SUISSE sphaignes. Avec le temps, elles forment un lacis flottant (gazon flottant) et le tapis de végétation recouvre finalement toute la surface de l'eau. Seule une dépression de terrain signale encore qu'il y avait une fois à cet endroit une surface d'eau libre. Le mode d'atterrissement dépend de la grandeur, de la profondeur, de la nature du sous-sol, de la teneur en substances nutritives et de l'altitude. Alors que la végétation d'atterrissement des creuses de hauts-marais de l'étage subalpin ne progresse que très lentement, les petites gouilles de bas-marais sur sous-sol minéral en climat doux sont souvent recouvertes de végétation après quelques années. Ce sont les mares et fossés bien éclairés et eutrophes qui sont envahis le plus rapidement. Comme le montre la fig. 2, l'atterrissement peut progresser de manière diverse dans le même marais. Le hasard détermine quelle plante colonise une nouvelle mare durant la phase pionnière.

Toute mesure d'entretien constitue une atteinte au paysage et à la dynamique naturelle. C'est pourquoi il faut se poser la question si, de Fig. 1: Ményanthe trifolié ou manière générale, les petits biotopes aquatiques des marais doivent trèfle-d'eau être entretenus. Source: Dessin de l'auteur

310.710.9511 250 2.95 l

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... . ,', - " '.: 2

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a b c d

2.1.6 2 QUELS SONT LES PETITS BIOTOPES AQUATIQUES A ENTRETENIR?

On peut partir du principe que les petits biotopes aquatiques naturels n'ont pas besoin d'entretien dans les marais laissés à l'état naturel. Les marais primaires, dont la structure n'a pas ou guère été influencée par l'homme, font partie en Suisse des restes du paysage naturel. Ils sont si rares que toute intervention doit y être exclue. Il en va de même des mares, des combes d'écoulement, des gouilles, des marais de ceinture, des sources marécageuses, des ruisseaux de marais naturels et des ruis- Lors de l'atterrissement des bio- 2 topes aquatiques, les animaux MANUEL selets de marais fontinaux, ainsi que des gouilles à caractère marécaémigrent tandis que les plantes CONSERgeux aux étages subalpin et alpin (voir volume 1, contribution 3.3.2). peuvent parfois subsister très VATION DES En revanche, des problèmes peuvent se poser dans les marais qui ont longtemps dans la couche de MARAIS EN végétation fermée sous forme SUISSE été ou sont encore exploités pour l'extraction de la tourbe ou la réd'individus rabougris, de rhicolte de litière. Des petits biotopes aquatiques secondaires, comme les zomes ou de graines. Elles ne creuses de tourbe, les fossés de drainage ou parfois les gouilles sur parviennent toutefois à se dévetourbe compactée, se rencontrent dans de telles tourbières. Dans de lopper véritablement que lorsqu'elles disposent à nouveau nombreux cas, elles constituent un remplacement pour les biotopes d'eau libre. Ainsi, dans une anaquatiques naturels et offrent dans bien des régions les seuls refuges cienne zone d'extraction de pour les plantes et les animaux aquatiques. Dès que la végétation s'est tourbe de l'Oberland zurichois, refermée par-dessus la surface de l'eau, la station ne peut plus servir après élimination du réseau de plantes flottantes, des pieds d'habitat aux plantes et animaux aquatiques. Dans la mesure où cer- vigoureux de bident penché tains organismes en sont capables, ils migrent. Autrement, ils pé- (Bidens cemua) se sont déverissent. loppés dans la vase tourbeuse sous-jacente, alors que cette Sur la base de cette situation, des examens (voir chiffre 4.1, Principe) espèce était considérée comme montreront s'il est nécessaire de conserver et au besoin de régénérer disparue dans la région. les surfaces d'eau libre existantes.

Fig. 2: Déroulement de l'atterris- c: invasion du roseau (Phragmites sement des creuses. australis ). A gauche: conditions mésotrophes; d: succession avec massette à larges plan d'eau et zone d'enracinement feuilles (Typha [atifolia) et rubanier des plantes entièrement dans la dressé (Sparganium ereclum); tourbe. 1-5: stades de succession; surfaces A droite: conditions légèrement ponctuées: vase tourbeuse; surfaces eutrophes; les racines des plantes noires: substrat minéral. atteignent le substrat minéral. Source: Dessin de l'auteur a: succession avec prêle des eaux courantes (Equisetum fluviatile) et gazons flottants; b: successions avec groupements à feuilles flottantes et laîche renflée (Carex rostrata);

3 BUTS D'ENTRETIEN

Le but général des mesures d'entretien est la conservation de surfaces d'eau libre comme habitats pour les plantes et les animaux qui pas eut toute lem vie ou une partie dans l'ea u. Les objet visé ont normalement des biocénoses entières et rarement des espèces i olées. Néanmoins, des mesures spécifiques se justifient pleinement pour des espèces végétales et animaLes dont la présence n 'est plu que régionale ou lo~ale. Pour répondre aux besoins d'espace vital du plus grand nombre possible de plantes et d'animaux typiques des eaux marécageuses, il faudrait veiller à maintenir dans la même région divers type de petit biotopes aquatique à différents stade d'attenissement. La diversité de structures (zones de profondeur variable, densité des plantes, ensoleillement et nature des rives) favorise la diversité des espèces .

.'

2.1.6 4 DIRECTIVES POUR L'ENTRETIEN DE PETITS BIOTOPES AQUATIQUES

4.1 Principe

Avant d'intervenir dans les petits biotopes aquatiques des marais, il faut définir les buts prioritaires pour la région correspondante (site marécageux, réserve naturelle, complexe de biotopes). L'entretien et un réaménagement éventuel des biotopes aquatiques doivent être sub- MANUEL ordonnés à ces buts. Il ne doit en découler aucune conséquence néga- CONSERtive en ce qui concerne le régime des eaux et des substances nutritives. VATION DES MARA IS De même, il faut éviter de détruire des sédiments naturels. Les études EN SUISSE de base correspondantes devront être élaborées soigneusement.

4.2 Moment et fréquence des interventions

Les mesures d'entretien ne devraient pas se faire pendant la période de végétation. En effet, les perturbations coïncideraient alors avec la phase active de la plupart des êtres vivants. L'automne et II hiver s'avèrent être les saisons optimales pour les mesures d'entretien, aussi longtemps que les eaux ne sont pas gelées. Le début du printemps convient moins bien, car les premiers animaux (p.ex. grenouille rousse) sont déjà occupés à la reproduction. La fréquence des interventions sera fonction de la rapidité de l'atterrissement. Alors que des creuses profondes et pauvres en substances nutritives ne sont pas encore atterries après deux ou trois décennies, les petites gouilles ou les fossés doivent être entretenus parfois après cinq ans déjà. Il est préférable d'intervenir une fois vigoureusement, puis de laisser le biotope tranquille pendant une longue période plutôt Fig. 3: Grenouille rousse que d'y intervenir constamment. Source: Dessin de l'auteur

4.3 Mode dl entretien des petits biotopes d'eau stagnante

S'il n'existe dans un marais qu'une seule mare, il faudrait y laisser subsister une partie de la végétation d'atterrissement lors des travaux d'entretien, par exemple le long d'un petit côté. Cela permet de maintenir les abris nécessaires à de nombreux animaux aquatiques et quelques îlots facilitant la recolonisation par les plantes aquatiques (entretien échelonné de la pièce d'eau).

S'il existe plusieurs biotopes aquatiques (de préférence au moins 5), l'entretien selon le "modèle de rotation" (voir fig. 4) est le plus approprié. L'échelonnement des travaux d'entretien qui en résulte permet de répartir les interventions sur plusieurs années (entretien échelonné entre les biotopes aquatiques). Cela constitue un avantage au niveau du volume de travail là où les interventions doivent être exécutées à la main (p.ex. au centre des marais).

.. juxtaposition (mosaïque de stades)

Etang 1 Etang 5

......

~ Intervention

Fig. 4: Le modèle de rotation con- l'intervention qui ramène le plan vient pour l'entretien d'un complexe d'eau au stade pionnier. Grâce à ce de petits étangs. On tend ainsi vers mode d'entretien, tous les stades de une mosaïque qui se compose succession coexistent. Ils se rencond'étangs à différents stades trent tour à tour dans les différents d'atterrissement. Dans chaque étangs. Ce modèle d'entretien crée étang, on laisse la succession natu- des conditions optimales pour le relle se dérouler jusqu'à ce qu'il soit développement des biocénoses atterri. Il est ensuite curé et retrouve aquatiques. Les organismes qui ainsi un stade pionnier. A un mo- préfèrent des stades d'atterrissement ment donné (représenté p.ex. par la déterminés trouvent ainsi constamligne inférieure), chacun des 5 ment les conditions de vie nécesétangs se trouve à un stade d'atter- saires. rissement différent. Les flèches Source: WILDERMUTH 1SCHIESS épaisses indiquent le moment de (1983)

2.1.6 Lors de l'entretien, les principes suivants doivent être respectés:

  • Dans les petits biotopes aquatiques de tourbière, la régénération Recettes pratiques doit autant que possible se faire par un travail soigné à la main.

  • Les matériaux végétaux

  • Le matériel évacué sera laissé à sécher sur le bord du marais. Ainsi, morts ou disséminés seront les tritons, les larves de libellules et les autres animaux aquatiques qui enlevés à l'aide de râteaux à pourraient y être pris ont l'occasion de retrouver le chemin de l'eau. long manche et de solides crochets.

  • Une fois séché, le matériel récolté doit être évacué. Le délai devrait • Les tapis de végétation flotêtre fixé à l'avance et être aussi bref que possible. tants et fortement imbriqués seront d'abord fauchés puis

  • L'utilisation de machines de chantier ne se justifie que dans des mares de plus grande dimension fortement envahies par la végétation découpés à l'aide d'une scie à main et enfin tirés hors de l'eau MANUEL et dont la situation permet aux machines lourdes de travailler à partir à l'aide de crochets. CONSER· de sols durs (et non sur un sous-sol tourbeux). • Si la mare est couverte de VATION DES roseaux ou de massettes, il faut MARAIS EN également enlever les rhizomes, SUISSE sinon ces plantes recouvrent la 4.4 Mode d'entretien des petits biotopes d'eau courante mare trop rapidement.

  • L'évacuation de la fine vase tourbeuse est encore plus diffi- L'abandon de l'exploitation de la litière a aussi souvent mis fin à l'en- cile. Parlois, elle s'accumule à la tretien régulier des fossés. Si pour des raisons de protection de la natu- surface après plusieurs jours et re il faut poursuivre la fauche de la végétation, les fossés devront peut alors être récoltée. également être entretenus. Il faut toutefois absolument ménager les biocénoses, en particulier lorsqu'il s'agit de cours d'eau permanents ("ruisseaux de marais"). Les directives suivantes seront respectées lors de l'entretien:

  • Les fossés dont le lit s'érode ne seront pas entretenus.

  • On veillera à ne pas approfondir le lit au-delà du niveau originel et à ne pas atteindre le sous-sol minéral.

  • Pour ménager les populations animales, le travail doit s'effectuer par tronçons sur plusieurs années.

  • Les tronçons particulièrement précieux et sensibles du point de vue écologique seront nettoyés à la main (enlever les bois flottés, couper

les touffes de carex en bordure, arracher les plantes aquatiques).

  • Les éléments structurels (cavités des rives, racines des arbres ou des buissons, blocs de pierres et tapis de plantes aquatiques, ... ) doivent être conservés en quantité suffisante. Ils servent de petits refuges à partir desquels les tronçons traités avec vigueur peuvent être recolonisés.

  • Même en terrain relativement plat, les fossés de drainage ne devraient pas être aménagés uniquement le long de la ligne de plus grande pente et avec un profil normal quadrangulaire. Les crues régulières empêchent la formation de structures hétérogènes du lit et, par conséquent, la colonisation durable par des biocénoses d'eau courante riches en espèces.

• v . ,. . ,.

  • Certains organismes des eaux courantes (p.ex. les caloptéryx) ont besoin de surfaces d'eau ensoleillées. Des arbres isolés ou des groupes de buissons le long des fossés sont par conséquent préférables à un boisement dense des rives tel qu'il est parfois réclamé par les ornithologues.

  • Les matériaux enlevés doivent être laissés quelque temps sur place (évasion des animaux). Après quelques semaines au plus tard, ils seront évacués.

Fig. 5: Fossés de drainage nettoyés à la machine dans un bas-marais à couche de tourbe très mince. Le fossé est trop profondément creusé dans le sous-sol minéral (limon lacustre). Photo: H. Wildermuth

2.1.6 .

4.5 Mode d'entretien des bas-marais périodiquement inondés

SCHMIDT (1990) recommande, sur la base de ses essais dans le Wollmatinger Ried (Bodan), les mesures d'entretien suivantes pour les prés à litière périodiquement inondés des rives lacustres:

  • Dans les massifs denses de cladium marisque (Cladium mariscus), une tranchée devrait être ouverte tous les deux ans à la faucheuse (140 cm de large) pour favoriser les petites libellules.

  • Dans les prés à molinie, les zones de joncs en station fontinale ne seront fauchées que tous les deux ans. De cette manière, les oeufs de 2 MANUEL lestes (Lestes sp.) hivernant dans les tiges ont de me~lleures chances de CONSERsurvie. VATION DES MARAIS

  • Dans les prés à carex élevé envahis par les roseaux, des bandes EN SUISSE d'environ 3 m de large seront fauchées à intervalle de deux à trois ans jusqu'en bordure des zones de roseaux denses. Les tranchées ne seront pas ouvertes perpendiculairement, mais en biais par rapport à la ligne de rivage. Cette mesure favorise les espèces de libellules menacées, comme l'aeschne printanière (Brachytron pratense), l'aeshne isocèle (Aeshna isosceles) et le sympétrum à l'abdomen déprimé (Sympetrum depressiusculum).

  • Il faut veiller à ce que les buttes de carex élevé (Carex elata) ne soient pas entièrement coupées.

5 HNANCESETEXECUTANTS

Les travaux d'entretien des petits biotopes aquatiques peuvent être confiés, outre au personnel de l'Etat, à des agriculteurs et à des entrepreneurs de travaux publics qui sont rétribués en général selon le temps consacré. Les groupes de bénévoles (les sociétés, les classes d'école et les groupes de jeunes) ont également fait leurs preuves. Lors de l'engagement de bénévoles, le mandant doit mettre à disposition un outillage adéquat. Les travaux doivent s'effectuer sous la direction de spécialistes, qui devraient également surveiller l'exécution sur place.

. ,.

BmLIOGRAPlllE i\DRESSE DE L'AUTEUR

SCHMIDT. B. (1990): Faumstisch- PD Dr H. Wildermuth ôkologische Untersuchungenzur Li- Haltbergstrasse 43 bellenfauna (Odonata) der Streu- 8630 RÜli wiesen im NSG Wollmatingenried bei Konstanz, Natur chutzforum 3/4: 39- 0,

WILDERMUTH, H. / SCIDESS, H. (1983): Die Bedeutl1ng praktischer Natur 'chutzmassnahmen filr TRADUCfION die Erhaltung der Libellenfauna in Mitteleuropa. OdonatoLogica 12(4): 345 - 366. Yves Berger Ingénieur forestier EPFZlSIA Chemin Montant 14 2017 Boudry

Manuel Conservation des marais en Suisse 2

YVAN MATIHEY / ALAIN LUGON PHILIPPE GROSVERNIER / ANDREAS GRÜNIG

Régénération des hauts-marais 2.1.7 1 INTRODUCTION

Deux tiers de toutes les surfaces de hauts-marais (953 hectares) sont secondaires, c'est-à-dire assez fortement perturbées (GRÜNIG et al., 1986). Les problèmes les plus fréquents concernent le dysfonctionnement hydrique. Quantitativement, l'évacuation de l'eau via des rigoles ou des drains pose autant de problèmes que les perturbations qualitatives liées à l'augmentation des charges en nutriments (apports d'engrais ou minéralisation de la tourbe). Ces deux aspects influencent la végétation et la faune et provoquent des modifications drastiques MANUEL des communautés vivantes caractéristiques. Nombre de ces perturba- CONSERtions sont néanmoins réversibles. VATION DES MARAIS Compte tenu de ces éléments, le principe de régénération est stipulé EN SUISSE dans l'Ordonnance sur les hauts-marais (OHM) du 21 janvier 1991:

  • Article 4: La régénération doit être encouragée dans les zones marécageuses détériorées afin de favoriser le développement de la flore et de la faune indigènes.

  • Article 5 e: Le régime local des eaux doit être maintenu, voire amélioré, si cela permet de favoriser la régénération.

  • Article 8: Les objets déjà atteints doivent être remis en état chaque fois que l'occasion s'en présente.

La présente contribution vise plusieurs objectifs:

  • préciser les termes relatifs à la régénération;

  • préciser les objectifs visés par la régénération des hauts-marais;

  • donner un aperçu de la planification des mesures (conditions à connaître, potentiel de régénération);

  • présenter les différentes mesures de régénération des hauts-marais;

  • faire connaître les différentes fiches publiées par l'OFEFP.

2 TERMES IMPORTANTS

Les bases légales (art. 4 et 5 OHM) distinguent les deux notions de "remise en état" et de "régénération" (cf. notamment WHEELER, 1995 et KUNTZE / EGGELSMANN, 1981):

  • La régénération (ail. Regeneration 1 angl. regeneration) se traduit par la reprise de la croissance du haut-marais grâce à la formation de tourbe par les sphaignes. Elle ambitionne le rétablissement complet de toutes les fonctionnalités de l'écosystème haut-marais. Dans la plupart des cas, c'est un processus à long terme. Les sens donné au terme légal de "régénération" englobe aussi l'ensemble des types d'interventions possibles.

  • La remise en état selon l'art. 5, al. 1, let. d OHM désigne la remise dans son état d'origine en cas de constructions ou d'installations entreprises après le 1er juin 1983 (cf. volume 2, contribution 1.1.1).

Les deux aspects visent à recréer, pour les milieux perturbés, des conditions écologiques stables et aussi proches que possible de celles d'un haut-marais primaire.

Le concept de restauration ou de remise en état (ail. Restauration 1 angl. restoration), montre comment la régénération peut être réalisée. Trois étapes sont nécessaires:

  • Restauration des conditions environnementales, notamment hydrologiques, qui sont à la base de la formation et de l'existence du haut-marais. C'est dans ce contexte que l'on parle de remise en eau ou de réhumidification (ail. Wiedervemiissung / angl. rewetting).

  • Restauration des populations de plantes et d'animaux caractéristiques du haut-marais en créant des habitats ou en améliorant leur structure. Le débroussaillement, l'aménagement de mares, le remodelage de fossés, l'implantation de certaines espèces végétales sur des surfaces de tourbe dénudées ou dans des fossés et des mares sont des exemples de telles interventions.

  • Restauration des aspects fonctionnels de l'écosystème, en particulier de la structure diplotelmique du haut-marais (voir point 3) qui en assurera la croissance. La gestion et l'entretien des habitats doivent être effectués de manière à assurer les fonctions de nourrissage, de reproduction et de refuge pour les plantes et les animaux inféodés aux hauts-marais.

2.1.7 Lorsque la régénération du haut-marais n'est plus possible et que l'on réaménage d'autres types de milieux (p. ex. une prairie humide), on parle alors de revitalisation (a1l. Revitalisierung ou Renaturierung 1 angl. renaturation ou rehabilitation).

3 FONDEMENTS ET OBJECTIFS DE LA REGENERATION Le haut-marais est un écosys- MANUEL Le dynamisme lent du haut-marais n'est possible que par l'existence tème dynamique dont les CONSER· changements ne sont mesurables VATION d'une stratification du sol à la surface de la couche de tourbe DES qu'au cours d'une longue MARAIS cf. volume 1, contribution 3.1.1). L'acrotelm est la couche superficielle période (plusieurs siècles). En EN SUISSE aérée, siège de la croissance des sphaignes. Le catotelm rassemble la revanche, au cours d'une démasse de tourbe tassée, saturée en eau et fonctionnant comme réser- cennie, le haut-marais apparaît comme un écosystème très équivoir et support pour la végétation (INGRAM, 1978). libré. Cette évolution induit un Les diverses atteintes que subissent les hauts-marais provoquent un changement progressif et régudysfonctionnement de cette structure diplotelmique (mouvements de lier des conditions vitales au sein du marais et impose une adaptal'eau, degré de saturation, qualité du sol) qui se traduit rapidement tion des espèces (cf. volume 1, par la destruction de l'acrotelm, via la disparition des espèces carac- contribution 3.1.1). téristiques (en particulier le tapis de sphaignes). Ces atteintes peuvent être directes (décapage et exploitation de la tourbe) ou indirectes (assèchement par des rigoles et des drains, eutrophisation des alimentations hydriques).

La régénération (y c.la restauration) vise à rétablir Wle structure diplotelmique (présence de l'acrotelm et du catotelm, stabilisation des liens hydriques dynamiques et régulateurs) afin de retrouver des conditions écologiques (hydrologiques, pédologiques, micrométéorologiques) aussi favorables que possible à la croissance des sphaignes.

, .

4 PLANIFICATION DES MESURES DE REGENERATION

La planification comprend les tâches suivantes:

  • évaluer l'importance des perturbations,

  • chercher à comprendre quelles ont été les étapes de la succession qui ont mené à la formation du haut-marais,

  • décider à quel stade de cette successiou la régénération ramènera le haut-marais en fonction des potentialités de régénération.

Pour pouvoir faire ce choix, il faut tenir compte des buts de la protection (rareté des espèces et des habitats), mais aussi procéder à une évaluation de la faisabilité du projet en fonction des contraintes du milieu (perturbations hydriques, minéralisation de la tourbe).

4.1 Conditions initiales à connaître

L'analyse de diverses cartes thématiques (topographie, épaisseur du sol, écoulements, végétation, couverture des sphaignes, des types de boisements, du degré d'eutrophisation des groupements) permet d'identifier assez clairement la position, la nature et l'importance des problèmes à résoudre (cf. volume 2, contribution 1.1.1). Dans la description des conditions initiales, les points suivants doivent en particulier être pris en compte:

  • Description des conditions normales de l'objet pour pouvoir évaluer la nature, l'importance et la réversibilité des perturbations subies (potentiel de régénération).

  • Connaissance de la géomorphologie car elle permet de préciser la taille potentielle de l'objet en fonction de ses caractéristiques (marais concentrique, de pente, de couverture; cf. volume 1, contribution 3.1.1).

  • Description de la topographie du marais et de ses alentours car elle renseigne sur la provenance et le devenir des écoulements, tant quantitativement que qualitativement. La topographie d'une tourbière secondaire est directement liée à l'historique des extractions de tourbe, qui ont diminué localement ou globalement l'épaisseur du sol (cf volume 1, contribution 2.2.8). De cette façon, le sens et l'importance des écoulements (via des rigoles et des fossés) sont aussi déterminés de façon plus précise.

  • Détermination aussi du degré de minéralisation du sol tourbeux car la variabilité qualitative de la tourbe influence également les écoulements par une modification de la perméabilité.

2.1.7 • Appréciation de l'état de la végétation en relevant la dégradation, voire la disparition, des groupements primaires, ainsi que l'éventuel retour "spontané" de nouveaux tapis de sphaignes (étendue et diversité).

Ces données permettent de dresser un bilan des mouvements de l'eau. Les surfaces d'accumulation sont différenciées des zones asséchées.

4.2 Estimation du potentiel de régénération (global et local)

MANUEL CONSER- L'évaluation du potentiel de régénération est un aspect primordial de VATION DES MARAIS la planification des mesures de gestion et permet de justifier la mise en EN SUISSE œuvre de coûteux travaux pratiques. Nous distinguons trois niveaux de potentialités: 1) La régénération s'avère impossible à concrétiser, même avec des moyens majeurs. L'objet est trop perturbé, sa taille résiduelle est trop petite ou les conditions hydriques trop défavorables. Dès lors, il convient de planifier des mesures de gestion pour revitaliser les milieux les plus intéressants et en garantir la pérennité. 2) La régénération est localement possible. Dans ces secteurs, une restauration peut être entreprise. 3) La régénération de l'ensemble du haut-marais est envisageable. Dans ce cas, il est possible de concrétiser des interventions permettant de relancer la croissance du haut-marais puis d'abandonner les aménagements, le marais pouvant assez vite retrouver son autonomie et son équilibre fonctionnel.

4.3 Orientation des mesures de régénération

La planification, la hiérarchisation et l'organisation des mesures de régénération sont cruciales pour le succès. Il est donc conseillé avant de débuter la phase de réalisation de fixer clairement les buts à atteindre, d'apprécier les influences réciproques des différentes mesures et de planifier l'ensemble des phases du chantier en fonction des travaux nécessaires. La diversité des mesures de régénération est très grande. Elles peuvent être réunies en trois groupes (LUGON et al., 1998): 1) Interventions sur l'hydrologie du marais, via le comblement des fossés de drainage avec de la tourbe ou la construction de barrages en bois plus ou moins complexes.

On cherche ainsi à restaurer au mieux des conditions hydrologiques favorables en périphérie du haut-marais. Tant la dimension des ouv- Exemple de la nécessité d'une rages à réaliser que la topographie, le volume et la qualité de la tourbe planification précoce des étapes: L'inondation d'une zone sont des facteurs qui limitent les possibilités d'un travail crédible. étendue ne permet plus l'accès Toute intervention à l'intérieur du marais (p. ex. sur des canaux ou des ultérieur aux machines pour fossés de drainage) ne déploiera ses effets qu'à partir du moment où éliminer les arbres comme le prévoit une autre mesure. l'on aura véritablement rétabli les conditions hydrologiques de base en périphérie. 2) La régénération d'un haut-marais impose souvent un travail sur la végétation en place (élimination des strates arborescente et arbustive). Pour les surfaces érodées ou décapées, la végétalisation du terrain par des espèces structurantes (linaigrettes, vacciniées) permet de protéger le sol et de stabiliser les conditions microclimatiques pour offrir des surfaces favorables aux sphaignes. 3) Pour les nombreuses tourbières en pente, l'érosion du sol mis à nu est un facteur limitant qu'il convient de stopper avec des moyens parfois importants avant d'entreprendre d'autres travaux. Lors de fortes pentes (au-delà de 3-5% déjà), l'aménagement de mesures limitant l'érosion s'avère indispensable.

La réussite d'un programme de régénération (ou de restauration) impose, pour la majeure partie des objets, une combinaison de ces trois types d'intervention pour assurer un succès optimal.

Enfin, l'intégration des concepts de réservoirs et de relais (cf. notamment PRO NATURA, 1997) devrait guider le choix des mesures de gestion à entreprendre afin de régénérer au mieux les fonctions du haut-marais.

2.1.7 5 TECHNIQUES DE REGENERATION DES HAUTS- MARAIS: FICHES DE L'OFEFP

5.1 Introduction

Afin d'aider les gestionnaires dans leur travail, l'OFEFP a publié des fiches sur le thème de la régénération des hauts-marais (LUGON et al., 1998, Adjonction 1999). Elles décrivent la démarche pratique de réalisation des mesures techniques. Elles représentent une aide pra- MANUEL tique et s'adressent aux collaborateurs des services de protection de la CONSERnature et du paysage de la Confédération et des cantons, aux bureaux VATION DES MARAIS spécialisés ainsi qu'aux personnes chargées d'exécuter ces mesures sur EN SUISSE le terrain (p. ex. forestiers).

5.2 Contenu des fiches

Outre une préface rappelant l'intérêt et les bases légales justifiant la régénération des hauts-marais, les fiches sont organisées en deux volets présentant les deux groupes d'interventions les plus largement utilisées en Suisse:

  • Le premier volet illustre les techniques de végétalisation de surfaces de tourbe nue (sur terrain plat, faiblement ou fortement pentu).

  • Le deuxième volet présente les diverses techniques de construction permettant de retenir l'eau dans les tourbières drainées.

Les fiches décrivent les techniques et la démarche pratique d'exécution des mesures (p. ex. rétention d'eau par aménagement de plans d'eau pour la faune). Elles montrent aussi les limites imposées à ces techniques par la topographie, la nature du sol et la physique. Elles aident finalement à choisir les mesures les mieux adaptées aux conditions locales et aux buts de protection. En revanche, les fiches ne fournissent pas de solutions toutes prêtes utilisables sans connaissances plus approfondies du haut-marais à régénérer.

5.3 Techniques de végétalisation

D'une manière générale, la végétalisation vise la restauration de surfaces dont la couverture végétale a été endommagée, voire entièrement supprimée.

0' .'

Sur de telles surfaces asséchées et souvent ombrées, les sphaignes ne se rencontrent plus. Dans ces conditions microclimatiques défavorables, elles ne peuvent pas non plus s'y réimplanter spontanément. Dès lors, les fiches présentent les techniques d'implantation de végétaux pionniers moins exigeants (p. ex. la linaigrette engainante Eriophorum vaginatum) dont la croissance va, à moyen terme, recréer des conditions favorables au retour des sphaignes et, par là, assurer la reprise de la turbification sur ces surfaces.

La technique principale fait appel à la notion de fragmentation et de repiquage des touradons de linaigrette engainante. Le nombre important de plantons obtenus à partir de chaque touradon extrait du sol permet de végétaliser des surfaces importantes en provoquant un minimum d'atteintes aux milieux en place.

Cette technique est particulièrement bien adaptée aux terrains plats. Sur les sols en pente, il est important de structurer le sol en terrasses afin de retenir un maximum d'eau et de limiter l'érosion de surface. Ainsi, la survie et la croissance des végétaux replantés est nettement mieux garantie.

5.4 Retenue d'eau

Les fiches publiées par l'OFEFP présentent uniquement les interventions permettant de stopper l'évacuation de l'eau par les écoulements de surface. L'objectif majeur est ici de permettre de relever le niveau de saturation hydrique du sol aussi près de la surface que possible. Les aspects liés aux drainages de profondeur ne sont pas abordés. Avant une présentation détaillée de l'organisation et de la mise en Le drainage des hauts-marais se œuvre des travaux (matériel et outillage compris), les fiches per- présente sous diverses formes pouvant grossièrement être mettent aux gestionnaires de choisir la technique la mieux adaptée regroupées en deux catégories: aux caractéristiques physiques du site (pente, qualité de la tourbe) et • Les écoulements de surfaces aux types d'écoulements à supprimer (largeur, profondeur). regroupent l'ensemble des Selon les conditions locales et les objectifs de gestion, trois types de dépressions creusées à la surface du sol pour collecter l'eau et mesures ayant fait leurs preuves sont illustrées: l'évacuer vers l'extérieur du

  • construction de barrages en panneaux de bois; haut-marais.

  • comblement complet des rigoles et fossés de drainage avec de la • Les drainages rassemblent l'ensemble des ouvrages tourbe tassée; (tuyaux, canaux) enfouis sou-

  • aménagement d'ouvrages permettant de contrôler le niveau de vent profondément dans la l'eau à l'amont (caisson de bois ou chambre de ciment avec vanne de masse de tourbe. régulation).

2.1.7 Le succè des techniqu illustrée a été démontré. La plupart des échecs ont été analysés et permettent d'appréhender les limite de chaque techniq ue.

S.S Perspective

elte publication n'esl pa à considérer comme un document exhausti f. He fait référence aux expérience acquises ju qu'en 1997 et p [lrr<! être régu lièrement complétée et mi e à jour au vu de n uvelles con- MANUEL naissance ' et techniqu (p. ex. éli minati. J1 des drainage profonds). CONSER· VATION DES MARAIS EN SUISSE

BIBLIOGRAPHIE COMMANDE DES FICHES ADRESSE DES AUTEURS

GRÜNIG, A. / VETIERLI, L. / Les fiches sont publiées en français Yvan Matthey WILDI, 0. (1986): Les hauts-marais et en allemand et peuvent être com- Dr. ès sc. nat. et marais de transition de Suisse. mandées auprès du Service de docu- ECOCONSEIL Institut fédéral de recherches fores- mentation de l'OFEFp, 3003 Berne Rue de la Paix 33 tières, Rapport 281, 58 p. sous le titre suivant: 2300 La Chaux-de-Fonds

INGRAM, H.P.A. (1978): Soillayers LUGON, A. / PEARSON, S. / Alain Lugon in mires: Function and terminology. MATIHEY, Y. / GROSVERNIER, Dipl. ès sc. nat. Journal of soil science 29: 224-227. P. (1998, Adjonction 1999): Mesures ECOSONSEIL techniques de régénération dans les Rue de la Paix 33 KUNTZE, H. / EGGELSMANN, hauts-marais. Série L'environne- 2300 La Chaux-de-Fonds R. (1981): Zur Schutzfahigkeit nord- ment pratique, OFEFP, Berne. .. '. westdeutscher Moore. Telma 11: Philippe Grosvernier 197-212, Hannover. Dr. ès sc. nat. NATURA LUGON, A. / PEARSON, S. / Le Saucy 17 MATIHEY, Y. / GROSVERNIER, 2722 Les Reussilles P. (1998, Adjonction 1999): RENSEIGNEMENTS Mesures techniques de régénération Andreas Grünig dans les hauts-marais. Station fédérale de recherches en OFEFP Série L'environnement pratique, Groupe de coordination pour la agroécologie et agriculture OFEFp' Berne. Reckenholz protection des marais

3003 Berne 8046 Zürich

PRO NATURA (éd., 1997): Manuel pour la protection de la nature en Suisse. Apprendre, Manuel comprendre et défendre la nature. Conservation des marais Delachaux et Niestlé, Lausanne, en Suisse 2

WHEELER, B.D. (1995): Restoration and wetlands. In: Wheeler et al. (Ed.) Restoration of temperate wetlands. 1-18. John Wiley & Sons Ltd, Chichester.

REDACTION

Exemples d'utilisation, d'entretien et d'aménagement 2.2 Les exemples illustrent l'utilisation des principes contenus dans le Manuel volume 1. Ils doivent faciliter le passage de la théorie à la pratique. Ils Conservation des marais en Suisse 2 révèlent également la complexité possible des problèmes. En raison des conditions différentes, chaque plan d'entretien et chaque concept de protection n'est finalement qu'un cas particulier. Tous les problèmes ne peuvent donc pas être résolus de façon similaire. En ce sens, les exemples suivants doivent aborder un éventail aussi large que possible de solutions.

MANUEL CONSER- VATION DES MARAIS EN SUISSE

GÜNTHER GELPKE Weissenberge - Concept de protection dans une région à faible desserte 2.2.1 1 APPLICATION DE LA PROTECTION DES MARAIS DANS LE CANTON DE GLARIS

Pour mettre en oeuvre la protection des marais, le canton de Glaris a choisi un procédé en deux étapes. Suite à la cartographie de détail, on a conclu des contrats pour régler le plus rapidement possible les modalités d'exploitation. Une fois ces modalités bien au point, le pas suivant sera d'édicter pour la majorité des surfaces une ordo~nance de protection. MANUEL CONSER- VATION DES MARAIS EN SUISSE 2 DESCRIPTION DE LA REGION

La région des Weissenberge se situe sur un épaulement au-dessus de la localité de Matt, entre 1'200 et 1'800 m d'altitude environ. Alors que les formations rocheuses du voisinage sont constituées de Verrucano, le sous-sol des Weissenberge se compose essentiellement de flysch. Les grandes surfaces marécageuses cartographiées au cours de l'inventaire des bas-marais sont limitées au flanG-exposé au sud-ouest qui surplombe le Semftal. Elles sont situées entre 1'280 m et 1'840 m, avec une densité maximale dans la partie plus plate du flanc comprise entre 1'600 et 1'800 m. Il s'agit pour la plupart de marais à petites laîches alcalins à acides avec une production relativement faible de litière. Au Uingriet, on trouve aussi de grandes surfaces de hauts-marais.

Si la région forme bien une unité géographique, la frontière entre les communes de Matt et Engi coupe à travers la pente, en partie au milieu des surfaces de marais. Cette frontière politique déploie de larges effets sur la desserte des Weissenberge. Ainsi les prairies à litière et les prairies de fauche du territoire communal d'Engi sont exploitées en empruntant des chemins d'accès relativement longs et mauvais à partir de la vallée, alors que les étables des paysans de Weissenberg sont situées à quelques centaines de mètres seulement. Une exploitation par les paysans de Matt n'est cependant pas possible car il n'existe pas de liaison carrossable entre ces régions des communes de Matt et d'Engi.

310.710.9521 250 9.96 1

L'agriculture reste la principale activité des habitants. On dénombre Fig. 1: La terrasse ensoleillée des aujourd'hui encore sept exploitations agricoles à Weissenberg. Seul le Weissenberge vue du flanc opposé. En dessbus du milieu, on reconnaît maintien de cinq fermes semble assuré à moyen terme. Vu l'altitude, Àngisboden et Hinter Orenberg, un les exploitations pratiquent exclusivement l'élevage. À côté de leurs peu en dessus, dans la forêt, Rosssurfaces dans les Weissenberge, toutes les exploitations disposent de weid. A gauche, on voit Ochsenbüel et, à droite, Weiden puis, dans le terrains propres ou loués dans la vallée. À l'inverse, les exploitations prolongement, Uingriet. de la vallée exploitent aussi des surfaces dans les Weissenberge. Photo: K. Marti

2.2.1 3 CONCEPT D'ENTRETIEN POUR LES WEISSENBERGE

3.1 Procédure d'élaboration du concept

Les premières réflexions relatives aux exploitations souhaitables ou possibles pour les marais des Weissenberge s'exprimèrent au cours de diverses visites sur le terrain en 1991 et 1992. L'observation des alentours livra également certaines indications (accessibilité, genre et intensité de l'exploitation sur les autres surfaces, etc.) à ce sujet. En MANUEL parallèle, d'autres informations sur la région et son exploitation furent CONSERrécoltées lors de discussions avec les paysans et auprès de l'administra- VATION DES MARAIS tion communale. Sur la base de ces données, les objectifs visés pour les EN SUISSE différentes surfaces furent sommairement décrits. Une assemblée publique au début de 1993 permit d'informer les exploitants des objectifs visés, des mesures d'entretien proposées, des contrats ainsi que des subventions à l'exploitation. Les représentants communaux présents s'exprimèrent en faveur de la protection des marais et saluèrent les subventions à l'exploitation, source de financement supplémentaire pour les exploitants. Lors des visites sur le terrain au cours de l'été 1993, les délimitations et le futur mode d'exploitation furent décidés avec les divers exploitants. Les contrats d'exploitation et les plans afférents furent ensuite élaborés sur cette base.

3.2 Objectifs du concept

Le concept vise à conserver les surfaces de marais dans leur étendue actuelle et à améliorer leur état si nécessaire. Dans les Weissenberge, les conflits qui découlent de ces objectifs ne sont pas tellement le fait de l'intensification de l'exploitation; comme dans d'autres régions mal desservies et riches en marais, c'est plus l'abandon de l'exploitation de la litière qui pose problème. Ce problème est plus ou moins marqué selon la situation, la proximité de la ferme, la desserte et le potentiel d'exploitation. On peut différencier trois types de domaines: les marais desservis, le plus souvent à proximité des fermes, les marais dans les alpages et les surfaces marécageuses pratiquement dépourvues de desserte, en friche, à la limite de la commune.

Si l'on considère les coûts et les avantages, il ne sera pas toujours judicieux de vouloir garantir à tout prix l'exploitation. Même à l'aide des subventions à l'exploitation, on ne pourra plus trouver suffisamment de paysans pour pratiquer la fauche traditionnelle et régulière de la litière sur toutes ces surfaces et évacuer cette litière hors des marais. Pour atteindre malgré tout les objectifs visés, il faut d'abord fixer des priorités:

  • en première priorité, il faut garantir l'exploitation de la litière dans les zones bien desservies et exploitables à l'aide des contrats d'exploitation. Les hauts-marais au contraire seront totalement exclus de l'exploitation.

  • en seconde priorité, il faut chercher des solutions comme dans d'autres régions pour empêcher ou retarder l'embroussaillement et la recolonisation par la forêt. Ceci doit s'effectuer de préférence par un fauchage régulier ou au moins sporadique, la litière étant, selon les possibilités, utilisées dans les exploitations agricoles. Là où les circonstances ne permettent pas un fauchage occasionnel, il faudra contenir la végétation ligneuse en pratiquant des actions de débroussaillement à quelques années d'intervalle. Les alentours immédiats des marais devraient aussi être inclus et le maintien d'une exploitation extensive sur les surfaces adjacentes sera visé.

3.3 Problèmes et ébauches de solutions dans les surfaces proches des

fermes et desservies

3.3.1 Description et présentation du problème

On peut considérer comme proches de la ferme et desservies, les surfaces inférieures de l'objet 1869 et les zones de Ângisboden, Hüsli et Schiben. Dans certaines parties, le fauchage n'est plus pratiqué, ou seulement irrégulièrement. Les marais sont le plus souvent clôturés de manière exemplaire et ne sont pas pâturés. On n'observe pratiquement pas d'eutrophisation à partir des bords des marais. On ne rencontre que ponctuellement des conflits liés à l'intensification. Les surfaces 5, 6 et 10 de l'objet 1869 sont également accessibles de Weissenberg, bien qu'elles soient nettement plus éloignées. Elles ne sont plus exploitées, ou seulement de manière irrégulière et montrent clairement des débuts d'embroussaillement.

2.2.1

MANUEL CONSER- VATION DES MARAIS EN SUISSE

Fig. 2: Biotopes marécageux Surfaces desservies et Surfaces non desservies: d'importance nationale et régionale exploitables: conclure un faucher périodiquement dans la région des Weissenberge et contrat d'exploitation selon les possibilités, propositions de concept pour leur empêcher l'embroussauvegarde (1: 20'000). Surfaces desservies, saillement Source: DFI/ OFEFP (1990), embroussaillées: débrousreprésentation de l'auteur sailler, conclure un con- Alpage: dans tous les cas, Reproduit avec l'autorisation de trat d'exploitation faucher périodiquement, l'Office fédéral de topographie du empêcher l'embrous-

11.7.1994 Surfaces de haut-marais: saillement; en cas de

pas d'exploitation, clôtu- dégâts sur de grandes rer, empêcher l'embrous- surfaces, clôturer. saillement

Fig. 3: Mise en oeuvre: contrats con- Bas-marais: Hauts-marais: clus janvier 1994, (1: 20'000). Source: DFI 1OFEFP (1990), représentation de l'auteur Au moins 1 coupe tous les c=J Pas de contrat Reproduit avec l'autorisation de deux ans l'Office fédéral de topographie du

11.7.1994 Prairies maigres séchardes, zonestampon:

Au moins 1 coupe tous les deux ans

2.2.1 L'objet 1871, ainsi que la surface 2 de l'objet 1869, sont desservis par Engi. L'objet 1871, situé au milieu de vastes prairies maigres et diversi- Etat de la mise en oeuvre fiées, est encore fauché tous les deux ans en septembre. La surface 2 se Hormis la surface 2 dans la zone d'alpages, tous les bas-marais trouve pour sa part dans l'alpage. Bien qu'elle ne soit pas clôturée, on desservis ont fait l'objet de conn'y constate presque pas de dégâts de piétinement. trats d'exploitation. Les surfaces embroussaillées sont pour le moment exploitées autant que

3.3.2 Ebauche de solutions pour les surfaces exploitables

possible. En plus des marais, des Grâce aux conditions favorables et à l'aide des subventions à l'exploi- prairies maigres séchardes font tation, on peut s'attendre au maintien du fauchage et à une reprise de également partie des contrats. l'exploitation réglementée sur la majorité des surfaces aujourd'hui non 2 MANUEL exploitées, bien que desservies. Si l'exploitation annuelle ne peut être CONSERgarantie, il faut chercher à réaliser au moins une coupe sur toutes les VATION DES MARAI S surfaces avec un tournus de 2 à 3 ans maximum. Ceci permet EN SUISSE d'empêcher la perte d'une partie de la surface par embroussaillement. Dans les circonstances données - altitude, communautés végétales oligotrophes - il est préférable de réduire le rythme des coupes sur l'ensemble des surfaces, plutôt que de conserver la coupe annuelle sur une partie des surfaces seulement.

3.3.3 Ebauche de solutions pour les surfaces embroussaillées

Dans les parcelles desservies mais difficiles à exploiter à cause de l'embroussaillement, on propose une procédure différenciée:

  • Sur les surfaces peu embroussaillées, il faut débroussailler, restaurer le potentiel d'exploitation et reprendre une exploitation régulière.

  • Les surfaces fortement embroussaillées sont, quant à elles, livrées à l'évolution naturelle.

Fig. 4: Zone de Hinter Orenberg. On reconnaît bien l'embroussaillement déj à avancé. Les surfaces encore ouvertes et peu embroussaillées doivent être remises en état et exploitées. Photo: G. Gelpke

3.4 Problèmes et ébauches de solutions dans les alpages

Etat de la mise en oeuvre

3.4.1 Description et problèmes Si le fauchage n'est pas prévu, il

n'est pas nécessaire de négocier La plus grande partie de cette zone appartient à la Bourgeoisie d'Engi; un contrat. L'exploitation de surl'exploitation s'effectue à partir de la Fitterenalp, pour un petit faces isolées pour l'approvimorceau à partir de l'alpage de Vorderegg (Matt). La charge de l'alpa- sionnement direct des alpages en litière n'est pas encore réglée ge est adaptée aux conditions de rendement et il ne faut pas s'attendre par des contrats. à une augmentation du nombre de têtes de bétail. Le bétail trouve suffisamment de fourrage à l'extérieur des marais, de sorte que les dégâts imputables au pacage sont faibles.

3.4.2 Ebauche de solutions

.: . . En admettant que l'exploitation reste ce qu'elle est, il n'est actuellement pas nécessaire d'ériger des clôtures supplémentaires. Si, à la suite d'une modification de l'exploitation, on enregistre des atteintes plus fortes aux marais, il faudra introduire des mesures adéquates (clôtures, construction d'un chemin en rondins, évt. conseils aux exploitants). La fauche régulière de la majorité de ces surfaces n'est pas prévue car un embroussaillement rapide n'est pas à craindre. Si un embroussaillement plus important s'installe sur l'une ou l'autre des surfaces, il faut examiner la nécessité d'interventions spécifiques.

3.5 Problèmes et ébauches de solutions pour les surfaces en friche, non desservies .J •

Le long de la frontière communale s'étend une bande composée de forêts, de marais et de landes d'arbustes nains qui mesure jusqu'à 700 mètres de largeur et qui est à peine desservie. Au Uingriet et dans la zone de Rossweid, les marais représentent nettement les éléments principaux. Ils ne sont plus exploités depuis des années et sont en friche. L'embroussaillement reste cependant faible.

3.5.1 Langriet

Description et présentation du problème: Le Uingriet est une tranchée libre de forêts qui s'étend entre la région de Weiden et le Fitterenstaffeli. On trouve ici, imbriqués dans les basmarais et les landes d'arbustes nains, de vastes hauts-marais primaires et secondaires. La partie inférieure du Uingriet est plate et très mouillée. Elle est pâturée conjointement avec les prairies voisines de la région de Weiden. Les parties moyenne et supérieure sont plus

2.2.1 Fig. 5: Partie supérieure du Uingriet. L'ensemble du complexe formé par les bas et les hauts-marais ainsi que par les landes à arbustes nains ne doit plus être exploité à l'avenir. Photo: G. Gelpke

MANUEL CONSER· VATION DES MARAIS EN SUISSE

raides et parfois pâturées. Elles sont restées en friche les années passées et sont d'un accès très difficile pour les véhicules agricoles. Etat de la mise en oeuvre La Bourgeoisie est disposée à affermer sa parcelle uniquement Ebauche de solutions: pour le pâturage si les marais Il faut renoncer à l'avenir à faucher la litière dans cette zone en raison sont clôturés. Pour la partie des dégâts trop importants que causeraient les machines au terrain. inférieure du Uingriet, on n'a pas encore obtenu de résultats. D'un point de vue économique, le pacage n'est pas nécessaire. Le Uingriet sera donc clôturé et entièrement soustrait à l'exploitation. Le sentier pédestre qui traverse le Uingriet et par endroits les hautsmarais sera déplacé hors de la surface du marais dans la lande à arbustes nains. Comme il n'est pas possible de prévoir à coup sûr les conséquences d'un abandon de l'exploitation, il faut suivre dans tous les cas l'évolution de la zone. Un embroussaillement des surfaces de marais ou une pénétration de la forêt dans la lande à arbustes nains n'est pas souhaitable. Si de telles modifications devaient se produire, il faudrait prendre des mesures d'entretien appropriées.

3.5.2 Waldibach - Rossweid - sud de l'Ochsenbüel

Description et présentation du problème: Toutes les surfaces situées dans cette zone (1, pour la partie inférieure, 3, 4 et 7 de l'objet 1869) ne sont pas ou très difficilement accessibles aux véhicules agricoles. Les marais se trouvent en altitude, sont le plus souvent très mouillés, possèdent une couche de tourbe qui dépasse souvent un mètre d'épaisseur et sont oligotrophes. Dans ces conditions, un embrous-

saillement et une recolonisation par la forêt ne sauraient progresser rapidement. Etat de la mise en oeuvre Pour les surfaces marécageuses non desservies de l'objet 1869 Ebauche de solutions: sur la commune de Matt, on a pu Un fauchage annuel de la litière n'est pas nécessaire. Cependant, pour conclure des contrats d'exploitaéviter une colonisation par la forêt, il faut prévoir une coupe occa- tion. Les surfaces concernées, parmi lesquelles on trouve aussi sionnelle, tous les 5 à 10 ans environ. On peut aussi imaginer diverses des prairies maigres adjacentes, intensités de fauche, selon les possibilités d'accès aux diverses surfaces. seront fauchées tous les 1 à 2 Il faut empêcher un embroussaillement par des entretiens périodiques. ans. La litière est évacuée à l'aide de luges ou de câbles. Sur la commune d'Engi, l'exploitation n'est réglée par contrat que Fig. 6: La zone de Rossweid. pour très peu de surfaces maré- Il reste encore à clarifier dans quelle cageuses. Comme on ne trouve mesure les grandes surfaces de pas d'exploitants, on envisage de marais mal desservies peuvent être à recourir à des associations villanouveau exploitées. geoises pour l'entretien. Photo: G. Gelpke

2.2.1 4 PERSPECTIVES

Les négociati ns réali ées à oe jour n'ont pas seulement penni la repri e ou la poursuite d une exploitation extensive ur de grandes surfaces de bas-marais. En englobant les alentours des .ll1arai , en particulier les prairies maigre séchardes on a pu ainsi garantir le maintien d'un vaste compLex paysager très imbriqué, au s in duquel on rencontre une mosaXqu formée de praùie maigres extensives, de haut t de ba -marais de landes d'arbustes nains el de forêts. L avenir de cette zone reste toutefois incertain comme pour bien HAND BUCH d autres marai . TI n'est en effet pa po ible de prédire i j'on pouna MQORmainteniJ· l'exploitation à long terme ou si la tenda.nce à l'exode de SCHUTZ IN DER SCHWEIZ Jégions de montagnes et à l'abandon des surface marginales va per i - ter. Pour a.border les problèmes qui e pas nl dal'ls le ca des Wei senberge, il faudra à 1 avenir des solulion qui dépa nt la simple protection de mm·ai,. Elles sont liées à la question de la pas ible ub i tance d'un vi.llage de montagnei olé, vivant principalement de I.'agriculture ur des urfa ces marginales.

ADRESSE DE L'AUTEUR

Günther Gelpke Biologiste dipl. phil II Conseil en écologie Zentralstrasse 7

8604 Volketswil

TRADUCTION

Philippe Poget Ing. forestier EPEZ-SIA 22, chemin de Merdisel

1242 Satigny

Manuel Conservation des marais en Suisse 2

PETER BOLLIGER / STEFAN LlECHTI

Exemple d'un concept de protection de la nature - le marais du Kaltbrunner Riet 2.2.2 1 INTRODUCTION

1.1 Situation

Le marais du Kaltbrunner Riet est situé dans la plaine de la Linth, dans le canton de St-Gall, et s'étend sur le territoire des communes de Benken, Kaltbrunn, Uznach. Dans la présente contribution, nous réunissons sous le nom de Kaltbrunner Riet les zones marécageuses des lieux-dits Kaltbrunner Riet, Benkner Riet et Burger Riet. Les trois MANUEL zones forment en effet une unité aussi bien fonctionnelle que visuelle CONSER- (voir fig. 1): Dans l'Inventaire des bas-marais d'importance nationale, VATION Fig. 1 : Vue d'ensemble du marais DE S MARAIS ces trois zones constituent l'objet N° 198. Le Kaltbrunner Riet com- du Kaltbrunner Riet. EN SUISSE prend en tout 50 ha de prairies à litière. Source: BERCHTOLD et al. (1988).

. ,.

1.2 Exploitation de la litière au tournant du siècle

Au siècle passé, l'importation de céréales favorisée par la construction des réseaux ferroviaires a poussé l'agriculture de la plaine de la Linth, comme partout en Suisse, à s'orienter toujours davantage vers l'élevage et la production laitière. Cela conduisit à une véritable pénurie de litière et la demande en litière de prairie marécageuse s'accrût à tel point que l'on enjoignit aux paysans de convertir des prairies à foin en prairies à litière par irrigation et plantation d'herbes des marais. "Afin d'augmenter le rendement, les paysans inondent leurs parcelles à litière. Dès le début avril, ils détournent l'eau du Steinenbach par d'innombrables canaux et la laissent stagner jusqu'au début août, transformant ainsi ces zones en de véritables marécages, riches de toutes les associations bigarrées de plantes propres à ces communautés" (NOLL, 1924, traduit).

1.3 L'amélioration foncière et ses conséquences

La plaine de la Linth a fait l'objet d'une amélioration à grande échelle entre les années 1941 à 1964, dans le cadre de la stratégie d'extension des terres cultivées et pour procurer du travail. L'amélioration consista à drainer 2'765 ha de terre par un réseau de 154 km de canaux et de conduites en ciment, animé par un système de pompage. Le niveau de l'eau souterraine fut ainsi abaissé au-dessous du niveau de la Linth et du lac de Zurich, alors que le marais lui-même était plus élevé que les terrains environnants. Aussi, à la suite de cette amélioration, les terrains agricoles drainés s'affaissèrent, surtout les sols tourbeux et les cultures récentes de maïs. Vers la fin des années 70, les prairies à litière marécageuses s'étaient complètement asséchées, les plans d'eau libre avaient disparu et avec eux les oiseaux aquatiques et ceux des marais, et les plantes typiques de ces lieux menaçaient de subir le même sort.

Fig. 2: Au tournant du siècle, la .. litière était très recherchée car il y avait pénurie. La plaine de la Linth était une vaste étendue de prairies à litière. Source: BERCHTOLD et al. (1988).

.'

2.2.2 2 mSTORIQUE DES DEMARCHES DE MISE SOUS PROTECTION Les travaux de la Commission des réserves

La Commission des réserves 2.1 Remarques sur l'organisation de la protection s'est engagée pour une protection de la nature exemplaire, reposant sur des bases scienti- Il Ya très longtemps que le Kaltbrunner Riet fait l'objet de démarches fiques et sur une vision ample et visant à·:garantir sa protection. Jusqu'en 1922, cette région maréca- se souciant du futur: geuse était placée sous la surveillance d'une commission relevant • Elle s'est préoccupée directement de la LSPN (Ligue Suisse pour la Protection de la Na- d'élargir le territoire protégé grâce à des contrats volontaires. MANUEL ture) à Bâle. Depuis 1989, c'est un office occupant une personne à • Elle a planifié les mesures CONSER· temps partiel (20%) qui se charge des diverses tâches de protection d'assainissement devenues VATION DES concernant le Kaltbrunner Riet et ses environs. En 1987, les com- nécessaires vers la fin des MARAIS EN années 70. SUISSE munes de Benken, Kaltbrunn et Uznach avaient promulgué en com- • Elle a élaboré et discuté l'ormun une ordonnance de protection et institué une commission pour la donnance de protection. réserve chargée de régler les tâches de protection de la nature. La • Elle a développé un concept de protection globale, publié en commission comprenait, en plus des représentants de la commune, des 1988 et présenté à un congrès de conseillers agricoles et des spécialistes de la protection de la nature. spécialistes. Elle a été dissoute fin 1992. Depuis lors, la responsabilité incombe à la • Elle a suscité l'élaboration Commission des réserves et à la section cantonale (SANB) de la Ligue d'un concept de développement du paysage pour toute la plaine pour la protection de la nature. de la Linth.

2.2 De la protection des espèces à"la protection du biotope

Lors de la création de la réserve au tournant du siècle, les efforts de protection concernaient principalement la Mouette rieuse (fig. 3). On engagea ainsi des surveillants pour empêcher la récolte des oeufs. Au cours de ce siècle, cependant, la menace principale devint la dégradation du biotope, ce qui amena celui-ci graduellement au centre des préoccupations. Au début des années 80, on reconnut la nécessité de prévoir des mesures d'assainissement pour une somme de 400'000 francs. Simultanément, on entreprit d'élaborer une ordonnance de protection associant les trois communes concernées. Celles-ci furent Fig. 3: Les premières mesures de soutenues à cet effet par la Commission des réserves. La LSPN se protection, en 1914, concernaient la Mouette rieuse dont la population chargea de l'inventaire et de l'élaboration du plan et du texte de l'oravait été réduite à 4 couples à la donnance, ainsi que de la conduite des procédures et des discussions suite du pillage des oeufs. Aujourde conciliation avec toutes les parties concernées, propriétaires fon- d'hui, des centaines de mouettes rieuses nidifient à nouveau. Le ciers, autorités communales, offices cantonaux. Cela aboutit à la mise Courlis cendré, par contre, jadis en vigueur en 1987 d'une ordonnance de protection unique. nicheur fréquent dans le Kaltbrunner Riet, s'est éteint en 1981. Photo: H. Noll.

. ,.

.' Fig. 4: Aujourd'hui encore, des centaines de mouettes rieuses nichent dans une grande colonie. Photo: H. Nol!.

-- ----.. Efforts et succès privés ou publics pour la protection du Kaltbrunner Riet

1914: contrat de fermage pour plus de 2.5 ha de grande cariçaie. 1920: contrat de fermage pour ....-. plus de 3.7 ha comprenant l'En- 1-, .Je ....--. 1939: contrat d'achat pour plus dans le Kaltbrunner Riet.

1960: contrat d'exploitation pour plus de 1.7 ha dans le t' ?- Besenried. 1983 : admission du Kaltbrunner Riet dans l'Inventaire fédéral des paysages d'importance nationale. .. 1984: contrat de servitude pour plus de 7.1 ha de marais et de pâturage. 1987: promulgation d'une ordonnance de protection par Malgré tout, la Commission des réselves restait préoccupée par l'ave- les communes concernées. 1987 : contrat de fermage pour nir du Kaltbrunner Riet, car divers problèmes fondamentaux demeu- plus de 4.7 ha de prairies à liraient non résolus: tière et de prairie de fauche

  • Bien qu'après l'assainissement on ait pu régler le niveau de l'eau près de la station de pompage et du Zweierseeli. assez précisément, on craignait que l'irrigation par le Steinerbach 1990: admission du Kaltbrunn'apporte des éléments nutritifs dans le marais. ner Riet dans l'Inventaire des

  • Beaucoup de jeunes paysans ne s'intéressaient guère à la fauche de bas-marais d'importance nationale. la litière. 1990: admission dans la Liste

  • Le marais était plus élevé que les terrains agricoles cultivés inten- des zones humides d'imporsivement et devait être irrigué artificiellement. tance internationale (Conven- Poussé par ces soucis, un groupe de travail composé de membres de la tion de Ramsar). 1991: agrandissement volon- Commission des réserves et d'une série de spécialistes appelés en ren- taire de 3.3 ha dans le Hintere fort développa entre 1983 et 1987 un concept des protection avec des Benkner Riet. objectifs et des mesures bien fondés (cf. OESCH, 1993).

2.2.2 3 BASES DU CONCEPT DE PROTECTION Dans le cadre du concept de protection, les recensements Dans le cadre du concept de protection, on a élaboré les objectifs et suivants ont été effectués par les mesures concernant la protection des espèces et des biotopes, la des spécialistes: liaison des biotopes ainsi que la protection et le développement du • cartographie phytosociolopaysage. L'objectif le plus pressant s'est avéré la sauvegarde des es- gique

  • cartographie des oiseaux nipaces vitaux des espèces végétales et animales typiques de la plaine de cheurs la Linth. Cela signifiait sauvegarder et favoriser les prairies maréca- • inventaire des petits mammifères geuses, les plans d1eau et les prairies permaneutes exploités de façon mi-intensive, avec toutes leurs plantes et tous leurs animaux.

  • inventaire des amphibiens et des reptiles MANUEL

  • inventaire des libellules CONSER- Bien qu'on ait disposé de diverses études sur le Kaltbrunner Riet, cer- • inventaire des papillons VATION DES taines informations et recensements complémentaires se sont avérés diurnes MARAIS EN

  • inventaire des sauterelles. SUISSE nécessaires. Pour des raisons de temps et d'argent, les relevés zoologiques se sont restreints à quelques catégories d'animaux relativement bien connus et indicateurs. Les spécialistes appelés se sont vu confier les tâches suivantes:

  • mettre à jour les données antérieures

  • effectuer les inventaires spécifiques

  • rédiger un rapport comprenant des recommandations au sujet des mesures de protection et d'aménagement

  • collaborer activement au groupe de travail élaborant le concept de protection.

Les objectifs et mesures formulés par les différents experts ont été discutés et harmonisés. Le 30 avril 1988, la Commission des réserves acceptait à l'unanimité le concept de protection présenté (voir fig. 5).

3.1 Végétation et flore en tant que bases du concept de protection

Grâce avant tout aux observations du Dr Heinrich Seitter, la flore du Kaltbrunner Riet est connue en détail. Comme cette région abrite toute une série de plantes extrêmement rares en populations parfois restreintes, des études floristiques particulières se poursuivent.

Afin d'obtenir une carte de végétation aussi informative que possible, la végétation a été relevée très en détail, à savoir grâce à une clé des groupements phytosociologiques très fine adaptée aux conditions locales. Toute la zone à litière a été cartographiée en juin 1985. Les relevés de 1984 ont encore été affectués sans l'utilisation stéréoscopique et photogrammétrique de prises de vue aériennes alors que

diagnostic des eutrophisation assèchement isolement perturbations, problèmes visiteurs

altération de la station et de la végétation, disparition d'espèces végétales et animales, dérangements d'espèces animales

analyse, planifica- Quelles sont les causes des problèmes? Quelles sont les données nécessaires? Quelles tion, formulation sont les interactions entre les diverses influences? Quels sont les experts requis? des objectifs

récolte des infor- végétation et flore faune (groupes zoologiques comme exemple) mations de base (exemples) végétation flore oiseaux amphibiens mammifères

solutions minimiser favoriser les es- maintenir de augmenter les revaloriser partielles l'apport pèces rare p.ex. uriace maré- lieux de frai pour les talus des (exemples) d'éléments la Gentiane cageuse d'un la Rainette verte, fossés pour nutritifs pOéumonanthe eul tenant et le Triton crêté la Musaraigne non perturbées et le 'friton lobé de Miller

conflits (exemple) hausser le niveau d'eau pour les limicoles et les libellules .. baisser le niveau d'eau pour la végétation et les papillons diurnes

solution globale hausser le niveau d'eau au printemps, lors du passage des limicoles migrateurs, le baisser par (exemple) la suite

concept de objectifs: protection protection des espèces et des biotopes, raccordement des biotopes, développement du paysage; sauvegarde et revalorisation à longue échéance du Kaltbrunner Riet et de ses environs en tant qu'espace vital pour des plantes et des animaux; sauvegarde d'un ultime vestige de paysage agricole traditionnel grâce à l'exploitation par des paysans, les mesures relèvent des domaines suivants:

  • régime de l'eau du sol - surfaces complémentaires

  • eaux dormantes - infrastructure, information, visiteurs

  • fossés et canaux - surveillance et réalisation, assistance scientifique

  • surfaces marécageuses, prairies humides - contrôle des résultats

destinataires communes propriétaires amélioration foncière conseillers agricoles (exemples) fonciers privés de la plaine de la Linth Canton coopératives exploitants public Confédération visiteurs (OFEFP)

Fig. 5: Schéma du déroulement et méthodologie du concept de protection du Kaltbrunner Riet. Source: Schéma des auteurs.

2.2.2 ce procédé est aujourd'hui vivement recommandé (voir volume 1, chapitre 5.1). La carte de la végétation à l'échelle 1:2'500 a constitué une base indispensable lors de l'élaboration du concept de protection. On y a recouru p.ex. lors de la détermination du régime d'irrigation et lors de la discussion des mesures de protection et d'aménagement.

Un des objectifs importants de l'étude de la végétation du Kaltbrunner Riet était d'évaluer dans quelle mesure les associations végétales dépendaient de certains facteurs stationnels, afin de pouvoir en tirer 2 MANUEL des déductions sur l'exploitation à promouvoir. A cet effet, on a carac- CONSER· térisé les associations végétales par des valeurs indicatrices écolo- VATION DES MARAIS giques (voir LANDOLT, 1977) et par ailleurs on a mesuré le niveau de EN SUISSE la surface du sol des terrains cartographiés. Cela a ainsi permis de déterminer la relation entre un type de végétation et le niveau de l'eau du sol de sa station (voir fig. 6).

3.2 Carrés permanents Fig. 6: Courbes de durée de la

nappe phréatique dans les groupements végétaux du Kaltbrunner Surveiller le développement de la végétation était un autre objectif Riet au lieu-dit Hüttenwiese. Les important. Il s'agissait de contrôler si les mesures d'entretien et d'ex- lignes horizontales représentent le ploitation effectuées aboutissaient effectivement aux buts désirés. A niveau du sol dans les relevés de végétation. La ligne épaisse correscet effet, le suivi de la végétation permet de prendre note des chanpond au niveau de l'eau tel qu'il a gements rapidement et fidèlement. été réglé ces dernières années. Les Ainsi 12 carrés permanents de 4 m2 chacun, répartis sur 3 transects, prairies à molinie moyennement ont été choisis dans la zone de transition entre marais à grandes laî- humides (1) se situent dans la zone pointillée, les prairies sèches à moliches et prairies à molinie. Leur composition végétale est observée nie (2) en dessus, les marais à laîche périodiquement, le but n'étant pas d'y faire un relevé exhaustif, mais élevée (3) en dessous. Ce résultat est d'y surveiller le développement de la végétation avec un effort mini- surprenant et invite à la plus grande prudence en cas d'élévation du mal. Un relevé selon Braun-Blanquet y est effectué annuellement en niveau de l'eau dans la Hüttenwiese. Altitude En effet, une hausse de 15 cm seulement aurait pour effet de transfor- 408.00 2 mer une prairie sèche à molinie en :::: :: :: : . :-: : :: . :: : 1: :::::!7::::!::: ::::::::::::::::::::::::::: marais à grandes laîches. 1- ----------- 3----r-------r---- 407.60

407.40 , Janv. Mars Mai Juillet Sept. Nov. Févr. Avril Juin Août Oct. Déc.

.. ' . .

. . • 1

juin depuis 1986. Un bilan provisoire, établi en 1992, révélait que depuis 1985 seules peu d'espèces ont vu leur fréquence augmenter ou diminuer de façon tangible.

3.3 Inventaires faunistiques en tant que bases du concept de

'. protection

Les recensements faunistiques d'une région se réduisent en général, pour des raisons pratiques, à quelques groupes zoologiques (voir annexe 1). Or, dans le cas du Kaltbrunner Riet, il a été possible d'effectuer un recensement assez complet, et d'offrir ainsi aux étudiantes "

et étudiants de l'Ecole d'ingénieurs de Rapperswil un exemple bien documenté.

Les objectifs d'un recensement faunistique peuvent être formulés comme suit:

  • Avoir une vue d'ensemble des groupes ou des espèces d'animaux présents. Quels groupes et quelles espèces doivent être pris en considération lors de l'établissement des mesures? Fig. 7: A l'époque d'Hans Noll, le

  • Récolter des informations sur la répartition dans la région envisa- Courlis cendré était un oiseau nicheur répandu dans la plaine de la gée des groupes et des espèces d'animaux, afin de pouvoir localiser les Linth. li a disparu depuis 1981. mesures souhaitées. Où se rencontre chaque espèce? Photo: H. Noll

  • Réunir les données quant aux exigences vitales et aux menaces pesant sur les espèces ou sur les groupes d'espèces. Quelles espèces doivent être favorisées? Quelles mesures sont adaptées? Quelles exigences doivent être prises en considération? Les données faunistiques permettent ainsi d'affiner et de compléter les données de la végétation. Elles peuvent être employées de multiples façons et permettent de mettre au point des mesures spécifiques (voir fig. 9). Le tableau 1 rassemble les méthodes et les résultats des recensements faunistiques ainsi que les propositions de mesures qui en ont été déduites. L'annexe 2 illustre en détailles possibilités d'évaluation d'espèces particulières et les mesures qu'on peut en déduire,

2.2.2 Oiseaux Méthode / travail effectué:

  • excellentes observations depuis des dizaines d'années

  • 10 excursions, dont 6 principalement pour la cartographie des nicheurs Résultats: nombre d'espèces: 72 oiseaux nicheurs, dont 22 de la Liste rouge

  • le Kaltbrunner Riet est un espace vital essentiel pour de nombreuses espèces d'oiseaux nicheurs et une aire de repos essentielle pour les migrateurs et les visiteurs qui viennent se nourrir (inventaire 1985/86: voir annexe 2). Mesures:

  • maintenir les surfaces de marais d'un seul tenant et sans dérangement (pas de nouveaux chemins)

  • supprimer les rangées d'arbres et les bosquets, en laissant quelques feuillus isolés en bordure des eaux

  • agrandir les surfaces exploitées extensivement MANUEL

  • maintenir des sm:faces étendues de vieux roseaux. CONSER- VATION DES MARAIS Amphibiens 1 Reptiles EN SUISSE Méthode / travail effectué:

  • anciennes observations ponctuelles disponibles

  • observation de la faune pendant 4 jours et nuits

  • l'estimation pendant 2 jours des mouvements de migration sur la route entre Uznach et Benken et la pose d'une barrière protectrice livrèrent des résultats précieux. Résultats:

  • nombre d'espèces: 9 amphibiens et 4 reptiles, dont des espèces rares telles la Rainette verte, le Triton crêté et le Triton lobé (inventaire 1986/87)

  • le Kaltbrunner Riet s'avère d'importance nationale. Mesures:

  • maintenir et étendre les eaux de frai pour la Rainette verte, le Triton crêté et le Triton lobé

  • planter des haies exposées au soleil comme espace vital estival pour la Rainette verte

  • maintenir dégagés des talus exposés au soleil le long des fossés pour la Rainette verte et la Couleuvre à collier

  • améliorer les possibilités de frai dans les fossés pour la Rainette verte.

Papillons diurnes Méthode / Travail effectué:

  • capture à l'aide de filets à papillons

  • observations complémentaires à l'aide de jumelles et confirmation par prises au hasard Résultats:

  • nombre d'espèces: 25 dont 5 espèces de la Liste rouge (inventaire 1985/86)

  • le Kaltbrunner Riet abrite beaucoup d'espèces rares, mais le nombre d'espèces est inférieur à celui escompté. Mesures:

  • maintenir les prairies à litière humides et à humidité changeante, mais non mouillées

  • gérer la récolte de la litière (ne pas faucher avant le 15 septembre et veiller à la rotation de la fauche)

  • laisser les prairies à litière de moindre valeur s'embroussailler temporairement

  • augmenter les surfaces exploitées extensivement

  • planter à la place des rangées d'arbres des haies basses lâches et des arbres isolés

  • faucher les surfaces à Gentiane pneumonanthe à une époque tardive.

Tab. 1: Méthodes et résultats de l'inventaire de la faune du Kaltbrunner Riet et propositions de mesures concernant quelques groupes zoologiques.

4 LE CONCEPT DE PROTECTION

Dans le cadre du concept de protection de la nature et du paysage du Kaltbrunner Riet, on a formulé des objectifs et des mesures concernant les domaines suivants: eaux et régime des eaux, marais et prairies marécageuses, surfaces complémentaires, boisements, surveillance et réalisation, infrastructure et information, contrôle des résultats. Un choix de ces objectifs et mesures est présenté à travers l'exemple des eaux et de leur régime (voir tab. 2).

justifi- Mesures localisation P cation

1 Poursuivre l'irrigation traditionnelle des prairies réserve des 1 FONM

à litière du Kaltbrunner Riet de manière adéquate. mouettes ALDH

2 Minimiser l'apport d'éléments nutritifs et de réserve des 1 FOL

sédiments par les eaux d'irrigation. mouettes

3 Réduire la durée de la baisse du niveau de réserve des 1 FOMA

l'eau lors de la récolte de la litière en automne mouettes LD au minimum nécessaire afin d'éviter le danger de minéralisation et d'affaissement des sols organiques et des digues. Fig. 8: Grand Argus bleu des marais (Maculinea teleius) s'accouplant sur

4 Maintenir les zones inondées dans le Kalt- Moventeich 1 NLS

une inflorescense de Sanguisorbe brunner Riet en faveur de la colonie de Mouette Hüttenwiese officinale (Sanguisorba officinalis). rieuse et des autres oiseaux ainsi qu'en faveur Photo: P. Bolliger. des libellules.

5 Eviter des fluctuations du niveau de l'eau Hüttenwiese 1 NS

dépassant 10 cm durant la période de végétation et de reproduction, pour ne pas perturber les Tab. 2: Mesures concernant le régioiseaux nicheurs et sauvegarder la Sauterelle me des eaux Conocephalus dorsalis. Conditions favorables pour: A: amphibiens

6 Ne pas étendre les zones inondées aux dépens surtout 1 FODS D: papillons diurnes

des prairies à litière humides et pauvres en élé- Hüttenwiese F: flore ments nutritifs ou sèches, car elles abritent une et Toniriet L: libellules flore très riche et de nombreux papillons diurnes M: oiseaux migrateurs et sauterelles, dont quelques espèces rares. N: oiseaux nicheurs 0: oiseaux

7 Créer pour les libellules un plan d'eau per- Zweierseeli 2 L P: petits mammifères

manent, peu profond et sans poissons (environ ou à l'est R: reptiles 4 ares, profondeur maximale 1 m). du Toniriet S: sauterelles

8 Creuser une nouvelle dépression au profit des fossé de 2 A Priorités:

amphibiens, en particulier pour la Rainette verte. raccordement Pl: important et urgent P2: important à moyen terme

2.2.2 Fig. 9: Ce plan illustre un choix de mesures d'aménagement et d'entretien telles qu'elles sont réunies dans le tab. 2. Une grande partie des mesures proposées en 1988 ont entre-temps pu être réalisées, p.ex. la reconversion des prairies adjacentes (surfaces hachurées), le barrage des chemins à la saison de la reproduction, ou encore la création d'étangs sans poissons pour les amphibiens et les libellules. Source: Dessin des auteurs. MANUEL CONSERmesures concernant VATION DES

o eaux et régime de l'eau MARAIS EN SUISSE

o surfaces marécageuses et complémentaires [:). surfaces boisées

o infrastructure ev barrage du chemin 1. régime des eaux du sol 2. eaux dormantes 3. fossés de drainage, canaux 4. surfaces marécageuses 5. surfaces complémentaires 6. surfaces boisées 7. surveillance et mise en œuvre 8. infrastructure, information 9. contrôle des résultats Les numéros se rapportent au concept de protection (BERCHTOLD et al., 1988)

Fig. 10: Les rangées d'arbres à proximité immédiate du marais, qui compartimentaient fortement ce paysage autrefois dégagé, ont été éliminées sur le conseil de l'expert ornithologue. Seuls des bouleaux isolés ont été laissés, ainsi que quelques saules étêtés pour former des saules têtards. Photo: P. Bolliger

.' .'

,.

5 DISCUSSION, CONCLUSIONS, PERSPECTIVES

Alors que les priorités et les objectifs paysagers et biologiques ont été établis par des spécialistes, les mesures ont été élaborées en commun avec le conseiller agricole, les propriétaires fonciers et les exploitants concernés. Cela a permis de tenir compte dès le début des exigences économiques et des désirs des exploitants. Cela s'est avéré particulièrement judicieux là où plusieurs possibilités se présentaient pour atteindre un but précis.

L'élaboration du concept de protection du Kaltbrunner Riet fut un long processus qui demanda parfois beaucoup de patience. Il a fallu .'. concilier les données paysagères et biologiques avec des exigences agricoles, politiques et également psychologiques. Ce n'est pas le seul résultat sur le papier ou sur le terrain qui compte, mais tout autant le gain de compréhension mutuelle entre les partenaires au cours du processus.

Les responsables de l'amélioration foncière de la plaine de la Linth avaient reconnu la nécessité d'élaborer un concept global d'évolution du paysage. Ainsi il englobe tout le périmètre d'amélioration foncière des cantons de St-Gall et de Schwyz et repose sur des cartographies du sol, des prairies et de tous les milieux naturels effectuées spécialement à cet effet. Ce concept a été achevé en 1993 et ne sert pas qu'à ses seuls mandants, lors de la planification des mesures d'assainissement. Il offre à d'autres bénéficiaires des lignes directrices pour toute planification ou activité touchant le paysage.

2.2.2 BIBLIOGRAPHIE ADRESSE DES AUTEURS

BERCHTOLD, U. / BOLLIGER, Peter Bolliger P. / BRUNNER, S. (Ed., 1988): Ingenieurschule ITR N aturschutzkonzept Kaltbrunner Abt. Lasndschaftsarchitektur Riet. Anthos spezial1988. 8640 Rapperswil

LANDOLT, E. (1977): Okologische Stefan Liechti Zeigerwerte zur Schweizer Flora. Ingenieurschule ITR Veroff. Geobot. Inst. ETH, Stiftung Abt. Landschaftsarchitektur Rübel: 64, Zürich. 8640 Rapperswil NOLL, H. (1924): Eine Studie über MANUEL die Vogelwelt des Linthriedes. CONSER- VATION Schweiz.-Deutscher Verlag fur DES MARAIS Jugend und Volk, Wien. EN SUISSE REMERCIEMENTS OESCH, T. (1993): Landschafts- Entwicklungskonzept Linthebene. Kurzbericht, Linthebene-Meliora- Nous adressons nos remerciements à tion, Uznach, 36 S. Patrick Wiedemeier qui a bien voulu critiquer le tableau "Groupes zoologiques bioindicateurs des marais" .

TRADUCTION

Brigitte Egger Dr ès sc. nat. ETH Froschaugasse 9

8001 Zurich

Manuel Conservation des marais en Suisse 2

ANNEXEl

Groupes zoologiques bioindicateurs des marais

groupe zoologique oiseaux amphibiens reptiles mammifères

nombre d'espèces nombreuses peu d'espèces peu d'espèces assez nombreuses dans les marais espèces espèces

identification et très faciles à recenser: pour la plupart difficiles à difficiles à recenser: recensement - animaux assez très faciles à recenser - vivent souvent grands recenser, surtout inaperçus

  • volent à l'ouïe: - souvent actifs

  • actifs de jour, actifs au crépuscule de nuit et au chantent depuis et la nuit crépuscule des lieux élevés - souvent obser-

  • faciles à reconnaître vables seulement à l'ouïe indirectement (excréments, pistes, empreintes, vestiges de repas, piégeage)

détermination facile (nombreux facile pour facile en partie des espèces ornithologues) les adultes difficile

époque favorable couvaison avril-juin, époque du frai printemps suivant les pour l'observation époque de migration mars-juin espèces

ampleur des niches très nombreuses espèces espèces quelques écologiques espèces, très spécialisées spécialisées espèces spécialisées spécialisées

exigences très bien connues très bien connues très bien connues peu connues écologiques

distribution et très bien connus très bien connus bien connus peu connus degré de menace

valeur en tant que bien appropriés bien appropriés appropriés partiellement bioindicateurs appropriés

aspects importants - type de paysage - eaux de frai - petites structures - grands espaces pour les mesures (ouvert, fermé) (profondeur, - environnement de protection, de - zones tranquilles, structure) richement soin et d'aména- barrage des chemins - espaces vitaux au structuré gement - époque de fauche cours de l'année - rythme de fauche des prairies - raccordement entre - niveau de l'eau espaces vitaux

2.2.2

libellules papillons diurnes sauterelles

nombreuses nombreuses espèces assez nombreuses espèces espèces

faciles à recenser faciles à recenser comme faciles à recenser MANUEL

  • comme insectes insectes en vol surtout à l'ouïe CONSERen vol VATION DES

  • comme exuvies MARAIS EN SUISSE

Fig. Al: Rainette verte (Hyla arborea) assez facile en partie difficile assez facile

ponte des oeufs mai-aoüt juillet-septembre mai-juillet

nombreuses espèces nombreuses espèces très espèces spécialisées spécialisées spécialisées

bien connues très bien connues bien connues

bien connus très bien connus assez bien connus

bien appropriés bien appropriés bien appropriés

  • structure des eaux - structure de la végétation - structure de la et de leurs rives - espèces végétales parti- végétation

  • qualité de l'eau culières (chenilles mono- - niveau de l'eau phages) - époque et rythme

  • richesse de l'environnement de fauche en fleurs

  • époque et rythme de fauche

ANNEXE 2

Démarche méthodique, exemple des oiseaux (résumé) Tab Al: Espèces d'oiseaux nicheurs menacées du Kaltbrunner Riet et évaluation A Espèce d'oiseau B C D E F A Liste rouge, catégories de menace ou de rareté

2 Rousserole turdoïde 0 1 86 1 III

4 Traquet tarier 0 1 86 II B Liste rouge, classification zoo-

3 Locustelle tachetée 0 1 86 II géographique

o espèces jadis répandues dans

1 Courlis cendré 0 1 1976-85 2a 1 les paysages cultivés tradi-

1 Blongios nain 0 1 1976-85 III tionnels

2 Caille des blés 0 1 1976-85 1 o espèces en limite de leur aire

5 Marouette ponctuée 0 1 1976-85 1 de distribution

1 Râle de genêts 0 1 1976-85 2b 1 C Evaluation de l'espace vital

1 Bécassine des marais 0 1 1976-85 1 1 espaces vitaux très rares

5 Busard des roseaux 0 1 1976-85 III 2 espaces vitaux relativement

rares

2 Hypolaïs ictérine 0 2 86 3 IV

3 Faucon hobereau 0 2 86 IV D Reproduction: 1986, 1976 - 1985

E Evaluation des espèces

5 Locustelle luscinioïde 0 2 86 4 III 1 à protéger en priorité absolue

5 Grèbe à cou noir 0 2 86 V 2 à réintroduire et à favoriser en

grande priorité 3 à maintenir et à favoriser en grande priorité Groupe 4 à protéger autant que possible écologique Mesures (exemples) F Groupe écologique d'oiseaux 1 dépendant des prairies extenlin Favoriser les prairies de fauche pas ou peu fertilisées, sives et des marais sans structure fauchées une à deux fois par an à partir de juillet. II dépendant des prairies extensives et des marais avec des I/ll/llll Couper peu à peu, sans les remplacer, les bosquets et structures isolées rangées d'arbres à proximité des zones humides. III dépendant d'une roselière dense ID Maintenir dans toute leur étendue les roselières aquatiques IV dépendant de surfaces d'un seul tenant. Lors de l'entretien, veiller à préserver des boisées à proximité de l'eau surfaces de vieux roseaux de plus en plus étendues. V dépendant de plans d'eau dégagés avec rives offrant IV/VI Maintenir les feuillus âgés et bien développés ainsi que beaucoup d'abris quelques bosquets à proximité de l'eau. VI espèces peu spécialisées

v Maintenir les plans d'eau libre et leurs rives peu profondes et densément colonisées.

Tab. A2: Mesures pour favoriser les groupes écologiques d'oiseaux dans le Kaltbrunner Riet

BLAISE MULHAUSER/CHRISTIAN CLERC

Gestion de la Grande Caricaie - #

connaissances après dix années d'expérience 2.2.3 1 INTRODUCTION

1.1 Situation initiale

Sur la rive sud-est du lac de Neuchâtel s'étend le plus vaste écosystème riverain naturel de Suisse. Il comprend 2'000 hectares de zone lacustre Cbeine), 800 hectares de marais non boisés et 800 hectares de forêts marécageuses. Il est bordé en amont par une falaise molassique dont 350 hectares sont recouverts de forêts de pente. Cet ensemble lit- MANUEL CONSER- Fig. 1: Aperçu des différents milieux Roselière lacustre 9 Forêt de pente VATION 5 DES de la rive sud du lac de Neuchâtel. MARAIS Cours d'eau (voie de commu- EN 6 10 Clairière marécageuse SUISSE

1 Ligne de rive avant nication entre rive et arrièrel'abaissement du niveau pays) 11 Forêt riveraine

du lac de 3 m (1880)

7 Zone cultivée (arrière-pays) 12 Marais à petites laîches

2 Dévestiture

8 Falaise de molasse 13 Marais à grandes laîches

3 Etang

14 Dune boisée

4 Beine lacustre

zone immergée de faible profondeur

"'-7'''----- 13

.'

toral de près de 40 km2 a été baptisé "Grande Cariçaie" (ANTONIAZ- ZA / MANUEL, 1991) parce qu'il possède actuellement une surface remarquable de marais à grandes laîches (ou grands carex).

La Grande Cariçaie est née il y a un peu plus d'un siècle, à la suite de la première correction des eaux du Jura (1869-1888), dont l'une des conséquences les plus spectaculaires fut l'abaissement du niveau du lac de Neuchâtel de 2,7 m. Les hauts-fonds de la rive sud du lac, constitués de sables et de limons en provenance de la falaise de molasse, furent exondés et très rapidement colonisés par des communautés devenues rares dans la région après le drainage total des 400 km2 du .'. Grand Marais (région du Seeland).

Le processus d'érosion a débuté immédiatement après l'émergence des terres. Depuis la deuxième correction des eaux du Jura (1965- 1973), la variation annuelle du niveau du lac est devenue tellement minime « 1 m) qu'elle a accéléré le processus d'embroussaillement des marais. La zone eulittora1e de la Grande Cariçaie comprise entre le lac et la forêt tend à se faire de plus en plus mince.

1.2 Efforts de protection

En 1982, les cantons de Vaud et de Fribourg et les associations de protection de la nature (LSPN et WWF-Suisse) ont décidé d'aborder la problématique de façon globale. Ils ont signé la même année une première convention relative à la protection de la Grande Cariçaie. Malgré l'absence initiale d'unité politique (deux cantons, quatre districts), le Plan directeur (OCATIFR et SATND, 1983) a confirmé la volonté d'un aménagement global de toute la rive.

2.2.3 2 OBJECTIFS DE PROTECTION ET PRIORITES

Les objectifs de protection et les mesures de gestion ont été fixés après une analyse globale des problèmes qui a pris en compte l'ensemble de l'écosystème riverain - de la beine lacustre à la forêt de pente - et tous les facteurs agissant sur le milieu, notamment le processus d'érosion et l'importance des échanges fauniques qui existent entre le lac et les marais. Pour l'ensemble de la Grande Cariçaie, les objectifs généraux de protection des zones naturelles définis lors de l'élaboration du plan de MANUEL protection en 1981 (ROLLIER et al., 1981) n'ont pas subi de grands CONSERchangements et servent de principes fondamentaux. Une série d'ob- VATION DES MARAIS jectifs sectoriels et ponctuels complètent la liste des prescriptions en EN SUISSE matière de protection de cet écosystème riverain.

Objectifs généraux 1 Conserver les milieux naturels dans leur état et leur extension actuels. 2 Offrir aux communautés animales et végétales autochtones les conditions nécessaires à leur existence.

3 Conserver de façon prioritaire la surface des marais non boisés et

tout particulièrement celle des étangs et des roselières.

Objectifs sectoriels Les objectifs sectoriels s'appliquent à des portions de territoire bien délimitées. En principe, la conservation des milieux prime sur celle d'espèces particulières.

Objectifs ponctuels Les objectifs ponctuels s'appliquent à des parties de périmètres sectoriels. La conservation d'une espèce peut être prioritaire et justifier une dérogation à l'objectif sectoriel ou général.

Dès le début des activités d'entretien, les priorités suivantes ont été fixées par le plan d'intervention: 1. conservation de la surface et de l'état des étangs et des roselières. 2. conservation de la surface et de l'état des marais à grandes laîches et des marais à petites laîches. 3. conservation de la beine lacustre, des forêts alluviales et des forêts de pente. 4. conservation de l'état des éléments paysagers (objectif sectoriel). 5. conservation des conditions de vie d'espèces particulières (objectifs ponctuels) .

3 PLAN D'ENTRETIEN: REALISATION ET PROBLEMES

3.1 Plan général et annuel d'entretien Fig. 2: Plan d'entretien général d'un

secteur de la réserve naturelle de Cheyres. Le plan général d'entretien Les parcelles sont fauchées selon un

  • fixe les priorités d'intervention selon les types de milieu (étangs, tournus (les parcelles hachurées de roselières, etc.), façon identique sont fauchées la même année). Les zones-témoin

  • préconise les modes d'exécution (fauchage, débroussaillement, (surfaces blanches sur la carte) ne etc.), sont pas fauchées.

  • prescrit les outils (machines agricoles, machines sur chenilles, etc.), La végétation des zones marécageuses non boisées (à l'exception

  • fixe les périodes d'intervention (les travaux doivent être effectués des étangs et des roselières laentre septembre et mars), custres) est fauchée selon un rythme

  • définit les rythmes (triennal, quinquennal, décennal, etc.). triennal.

o 50 - 100 150 200 m .

0 Mare, étangs à nénuphars Limite communale f§I Parcelle fauchée: an 1

1 Roselière

-- Limite zone riveraine ~ Parcelle fauchée: an 2 D o

3 Petits Carex Chemin Zone temoin

4 Forêt riveraine+dune boisée 7 Culture Coordonnées GEG

(1 quadrat = 1 ha) Limite incertaine de Xn Limite de parcelle végétation d'entretien numérotée

AAA Plantation de peupliers

2.2.3 La fig. 2 donne comme exemple de mesures préconisées par le plan général d'entretien la solution mise en oeuvre dans le vaste secteur de Tab. 1: Récapitulation des travaux exécutés par le GEG en une décenla réserve de cheyres. nie sur l'ensemble de la Grande Les plans d'entretien annuels sont basés sur les principes définis par Cariçaie (sans les travaux des Serviles objectifs généraux. ces de l'Etat).

Total appro- Années d'entretien ximatif

Mode d'entretien 82-83 83-84 84-85 85-86 86-87 87-88 88-89 89-90 90-91 91-92 ,- ,- -, - , - - , - - Effort annuel des heures de travail 2 MANUEL CONSER- Ouvrages de lutte contre 420 260 134 180 740 173.4 1549

.- VATION l'érosion (m) DES MARAIS

  • - 1- - 1- - - EN SUISSE Fauchage des marais non boisés a) Machine sur chenilles (ha) 16.6 25 93 85 84 93.5 89.3 96.4 97.1 19.4 69.9 708 b) Machines agricoles 35.5 60 11 10.4 25 11.5 16 26.7 30.9 32.6 25.9 934 sur pneus (ha) c) Fauchage manuel 0.5 0.5 0.7 0.3 1 0.8 1.3 0.5 0.5 1098 avec bénévoles (ha)

  • - I- I- - 1- - - 1- -

Brûlage des marais (ha) 1.8 0.1

  • - I -I - - l- ,-- 1- - Débroussaillement 15.3 11.5 10 2 1 0.3 1 2 1 4.4 1373 manuel (ha) Débroussaillement 6.5 3 3 2.3 2.5 2 2.5 3 2.5 64 mécanique (ha)

  • - - 1- - - 1- - - i-

Travaux forestiers a) Coupe de sécurité x x x x x b) Coupe d'entretien x x x x x X I- I- - I -I- - l -,-

Création de plans d'eau a) Etangs profonds (m') 300 200 2500 950 600 455 86 b) Etangs superficiels (m 3) 500 300 80 46 1- - 1- :- - 1- - - 1- - Réfection de chemin (m) 1000 1500 1850 4500 3000 1185 391 Place de dépôt (m'): 450 450 450 135 114 entretien Aplanissements (m 2) 250 200 45 5 Terrassements (m') 362 160 250 77 15 -'-'-- -

.'

3.2 Aperçu des travaux d'entretien déjà effectués Les cantons ont confié à la

LSPN l'exécution des travaux d'entretien prévus par le plan Le tableau l récapitule les différents travaux d'entretien réalisés dans général. Ceux-ci sont réalisés la Grande Cariçaie de septembre 1982 à mars 1992. Il permet de suivre par le Groupe d'Etude et de l'évolution des modes d'entretien sur une décennie. Par exemple, le Gestion (GEG) sous le contrôle débroussaillement urgent des premières années a fait place à un de la Commission de Gestion (CG) dont les membres sont des débroussaillement mécanique limité à 2.5 ha par année dès l'hiver 85- représentants des Cantons, de la 86, car le GEG estime que l'avance de la forêt est contenue. Confédération et des associa- Les deux dernières colonnes du tableau donnent respectivement tions de protection de la nature.

...'. l'effort annuel moyen en hectares et en heures de travail. Les prix de revient calculés sur la base de ces chiffres aident à apprécier l'importance de certains travaux.

3.3 Exemples sectoriels d'entretien

Pour illustrer les différentes activités d'entretien pratiquées sur la rive sud du lac de Neuchâtel, sept exemples représentatifs ont été choisis dans des zones naturelles de la commune de Champmartin (VD) (cf. fig. 3). Une décennie (1982-1992) d'expérience pratique a montré les possibilités, les limites et les conséquences des différentes méthodes.

3.3.1 Entretien des roselières lacustres

Observations: Une cartographie récente a confirmé le recul de la rive sous l'effet de l'érosion. Les surfaces de roselières lacustres régressent aussi, sans que l'on puisse cependant définir précisément les facteurs agissants (érosion, eutrophisation des eaux, etc.). A Champmartin, la navigation riveraine et la construction de pontons ont contribué à la fragmentation et à la régression des surfaces de roselière lacustre. Objectifs: conservation des roselières lacustres Réalisations pratiques: Des essais d'endiguement ont été menés localement sans résultat au milieu des années 80; des mesures bathymétriques du profil de la beine ainsi qu'un suivi scientifique de la dynamique des roselières lacustres devraient permettre d'établir un éventuel programme de mesures.

2.2.3 Fig. 3: Fond de plan utilisé depuis o 50 100 150 1200 m 1982 pour l'établissement de l'entretien annuel sur la commune de Champmartin

1 Roselière

2 Marais à grandes laîches

3 Marais à petites laîches

B Al 2-3 Mosaïque 2 MANUEL "1 2-3 ' 0

4 Forêt riveraine + dune

boisée CONSER- VATION DES / ' ' - .•

...... -. . " ) ~ Pseudoroselière MARAIS EN SUISSE / ';- . . X 0 / ,t... 3 Limite incertaine de A végétation /

Ci) Pinède

Buissons, arbre isolé

o ,w1'V Limite zone riveraine o o o o :) ~ Zone habitée

Chemin

T IXnl Limite de parcelle d'entretien numérotée T

3.3.2 Conservation et entretien des marais

Objectifs: conservation des surfaces de marais non boisés Mesures: Sur l'ensemble de la rive, les cariçaies et roselières (fig. 3 et 5, parcelles B) sont fauchées selon un rythme triennal par une machine sur chenilles (prototype conçu à cet effet). Les prairies à choin et à molinie (fig. 3 et 5, parcelles A) sont fauchées selon un rythme biennal par des machines agricoles traditionnelles. Plusieurs secteurs ne sont pas entretenus. Ils servent de zones comparatives pour déterminer l'effet de l'entretien sur la flore et la faune.

Réalisations pratiques: Initialement, par exemple, la machine sur chenilles a entretenu de manière adéquate la parcelle B3, ainsi qu'une partie de la parcelle A3 dévolue aux agriculteurs. Cette zone correspond à l'emplacement d'un ancien étang atterri. La végétation qui y pousse (roselière) témoigne des conditions inadéquates pour les faucheuses agricoles traditionnelles. L'étang a donc été recreusé en janvier 1991. L'agriculteur a effectué le travail demandé, bien qu'il ait débordé autour de la parcelle. La parcelle A6 attenante au nouvel étang n'a pas été entièrement fauchée.

Problèmes et solutions:

  • Actuellement, l'entretien n'est pas conforme aux objectifs, puisqu'il ne respecte pas le rythme prévu et les limites exactes. Toutefois, il remplit certains objectifs ponctuels. En principe, il serait possible de faucher les parcelles avec la machine sur chenilles, mais cela multiplierait le coût de l'opération par 3,5 (2'600.-/ha au lieu de 750).

  • Depuis quelques années, grâce à un effort de promotion du produit, la totalité de la paille (mille tonnes/an) a pu être liquidée, principalement pour le paillage des vignes contre l'érosion du sol.

  • Le prototype sur chenilles est certes plus fiable que les machines agricoles, mais il doit encore être amélioré. Malgré sa faible pression au sol (200 g/cm2 à plein chargement), il marque ou déchire parfois le sol aux endroits où les passages sont répétés. Dans certaines zones sensibles (roselières intérieures, bordures d'étang), il faudra utiliser à l'avenir un autre moyen d'intervention.

3.3.3 Conservation et entretien des lisières

Objectifs: Afin de limiter l'avance de la forêt, un entretien des 40 km de lisière de la Grande Cariçaie est prévu selon un rythme décennal. Réalisations pratiques: Le plan de gestion des lisières a été respecté dans les zones c1airiérées. En revanche, il a fallu passer par endroits à un rythme quinquennal en bordure des marais lorsque l'avance de la forêt a été plus rapide. Problèmes et solutions: En cinq ans, la lisière n'a pas le temps de développer la structure étagée souhaitée (ourlet, manteau et forêt). La surveillance scientifique qui a débuté en 1989 doit montrer si le raccourcissement du rythme a une influence sur le nombre et la densité des espèces animales et végétales caractéristiques des lisières étagées.

2.2.3

Fig. 4: Pour respecter le plan de débroussaillement à long terme, il faut faire appel à des machines mécaniques lourdes ou concevoir des MANUEL interventions plus profondes dans la CONSER· forêt. Dans ce cas, un affinement VATION manuel du travail effectué par la DES MARAIS machine est nécessaire. EN SUISSE Photo: GEG, Portalban, février 1983

3.3.4 Entretien des clairières

Objectifs: Plus de cent clairières totalisant 15 hectares ont été recensées dans la Grande Cariçaie. Pour la région de Champmartin, le plan de gestion des forêts prévoit le maintien de la structure clairiérée du peuplement dans les zones ouvertes. Réalisations pratiques: En dix ans, sur l'ensemble de la rive, toutes les clairières ont été débroussaillées et fauchées une fois par des bénévoles. Problèmes et solutions: Pour entretenir les clairières, des voies d'accès doivent parfois être ouvertes dans la forêt. A Champmartin, il a fallu assainir le chemin en aval des clairières pour que les chars puissent évacuer la paille. Lorsque ces voies d'accès ne sont pas réalisables, les déchets doivent être abandonnés dans la forêt avoisinante. Un plan d'entretien des clairières doit aussi contenir des directives concernant les voies d'accès et les dépôts (cf. chiffre 3.3.7).

3.3.5 Gestion des forêts

Objectifs: En tenant compte des objectifs écologiques et des contraintes sylvicoles, les objectifs suivants ont été fixés pour les forêts dont la fonction essentielle est la protection de la nature:

1 Evolution naturelle sans intervention (réserve intégrale durant 50

ans au minimum).

2 Evolution naturelle contrôlée (interventions réservées après dix ans

si l'évolution est contraire aux buts de protection). 3 Amélioration et restauration (zone d'intervention dans les dix ans).

~ i g. 5: Plan ct gestion ylvicol cl forêt à fonction e s ntielJe de pr0tection de I ~I nature exemple de hampmartin. Les chiffTe renvoient aLLX objectif d'entretien décrit dans le lex te. ource: E

Mesures: Dans les zones où une amélioration (objectif No 3) est recherchée, plusieurs types d'intervention sont possibles:

  • un traitement orienté vers la conservation des structures.

  • une exploitation forestière (sylviculture, plantations, etc.).

  • une gestion dirigée vers d'autres fonctions (secteur d'installations publiques ou de chalets).

Réalisations pratiques: Le programme de gestion des forêts est exécuté par les Services forestiers cantonaux, à l'exception de certaines mesures (cf. chiffre 3.3.3 et 3.3.4)

2.2.3

MANUEL CONSER- VATI O N DES MARAI S EN SU ISS E

3.3.6 Conservation et entretien des plans d'eau Fig. 6: Les étangs de la Grande

Objectifs: Conservation des étangs et des roselières à l'intérieur des Cariçaie ont régressé de plus de 50 % entre 1937 et 1979. La consermarais non boisés. vation et le réaménagement des Réalisations pratiques: A Champmartin, quatre étangs ont été creusés étangs sont donc prioritaires. La en 1990 (cf. fig. 6). Ces créations répondent à des objectifs généraux de photo montre un étang creusé en 1990 dans la région de Champmarrajeunissement du milieu, mais aussi à des objectifs ponctuels de protin . tection d'espèces particulières. Photo: GEG, août 1992 Problèmes:

  • Le coût de l'aménagement d'un étang est relativement élevé (environ 300'000.-/ha y compris l'excavation, le transport et la mise en décharge des matériaux extraits).

  • Le projet est parfois irréalisable (extraction du matériel impossible, inaccessibilité de la zone).

  • Les surfaces d'eau libre diminuent toujours. Les grands complexes d'étangs (Champ-Pittet, Chevroux) sont livrés au processus d'atterrissement à long terme.

3.3.7 Gestion des dévestitures

Objectifs: Création de chemins et de places de dépôts pour l'entretien des grandes surfaces de marais non boisés.

Réalis:IIÎOlt"i praHqucs: Afin d'entretenir les cJ a i ri ~ res situées entre Champmartin et Portal ban, l'unique voie d 'accès a dO subir plusieurs interventions sur plus de 4 km, Elles ont apporté des améliora tions essentielles. Problèmes: Pour qu 'il soit effic.1ce, le travail d'assainissement d' un chemin traversan t les marais devrait idéalement se faire en été, lorsque le sol est sec, L'intervention préconisée pe ut parfois être préjudiciabl e à certaines espèces (connit entre objectif général et objecti fs ponctuels),

4 PERSPECTIVES

En une décenn ie, il a été possible de mettre en évidence l'évolution différente des secte urs entretenus ou non. Les connaissances nouvelles, fondamentales ou pratiq ues, permettent au G EG de comparer les résultats et de fixer des objecti fs ponctuels prenant en compte la protection d'espèces particulières. Les réslIltllts des dix ans de gestion de la Grande Cariç<liç sont réunis dans ROLLIER et' al. ( 1992). Les perspectives offertes par cc rapport permett ent d'établir un pl,ln de gestion à long terme qui tienne compte des différents objectifs de protection et des crfets sur le milieu des mesures de gestion déjà réalisées.

2.2.3 BIBLIOGRAPHIE ADRESSE DES AUTEURS

A ONIAZZA M.I MANUEL, F Blais Mulhau er 1 lui tian lerc (199'1): La Grande ariçaie. Le Groupe d'Etud et de Ge ti n riv auvages du lac de euchâtel, de la Grande ariçaie (GEG) Ed. 24 heures Lausanne 247 p. Cbamp-Pittet

1400 Chesea ux- oréaz

o AT (FR) 1 AT (VD) (1983): Plan direct Uf de la rive sud du lac de NClIchât 1et d . rivcs du lac de Manuel Mora! Orric des constructions et de l'aménagement du territoire, Ftion ervalion de marai en ui 2 2 bourg el ervice de 1aménagement 111996 MANUEL du territoire, Lau anne, 39 p. CONSER- VATION DES MARAIS ROLLIER M. / ANTONlAZZA. EN M.I ROULffi R C (1981): Plan de SUISSE

protection de la rive ud-e t du lac de euchâ.tel LSPN, Bâle, 97 p.

RO LIER, M.I A TONlAZZA, M. 1 ROULIER . (1992): rande Cariçaie. Dix an de gestion. Réflexions ct pro po ilions, Ed. GEG heseaux- oréaz 72 p.

PHILIPPE GROSVERNIER / YVAN MATIHEY / GILLES MULHAUSER

Exemple d'un plan de gestion d'un haut-marais: Etang de la Gruère 2.2.4 1 INTRODUCTION

Le canton du Jura dispose depuis 1992 d'un concept général pour l'élaboration des plans de gestion des 15 objets cantonaux répertoriés à l'inventaire des hauts-marais d'importance nationale. Ce concept vise à:

  • garantir une unité de traitement pour tous les objets;

  • assurer la cohérence dans l'ordre d'élaboration des documents du plan de gestion;

  • effectuer un choix judicieux des données à relever; MANUEL

  • définir des objectifs de gestion et d'entretien et à fixer des priorités. CONSER· VATION DES MARAIS La démarche est expliquée à travers l'exemple de l'Etang de la Gruère. EN SUISSE Les explications présentées complètent les commentaires sur les exigences pour la protection des hauts-marais et des marais de transition (cf. volume 2, contribution 1.1.1). L'objet étudié est représentatif de la plupart des aspects pouvant être déterminants pour la gestion d'autres sites.

310.710.9811 250 01.01 47332 1

2 DESCRIPTION DE L'OBJET

L'objet de La Gruère couvre quelque 200 ha dans les Franches-Montagnes (altitude moyenne de 1'000 m), à l'intérieur d'un site marécageux d'une beauté particulière et d'importance nationale. Il s'étend de part et d'autre de la frontière entre les cantons de Berne et du Jura sur le territoire des communes de Saignelégier, Le Bémont, Montfaucon (JU) et Tramelan (BE). Dans les inventaires fédéraux, La Gruère est répertoriée comme site marécageux N° 7, haut-marais N° 2 et bas-marais N° 1'309 et 1'310 (cf. fig. 1). Le haut-marais est en grande partie intact (végétation de haut-marais primaire). Il englobe aussi une zone anciennement exploitée et aujourd'hui partiellement en voie de régénération. L'objet est en contact avec des bas-marais d'importance nationale. La gestion et l'entretien doivent être coordonnés entre les diverses instances concernées. C'est ainsi que l'agriculture et la sylviculture sont intégrées à la gestion du haut-marais (zones-tampon, plan d'aménagement sylvicole). L'étang de La Gruère est en outre un lieu d'excursion très prisé et la gestion du tourisme est une donnée incontournable dans la planification des mesures de protection, d'entretien et de restauration du hautmarais.

Fig. 1: Périmètres des inventaires fédéraux et de la réserve naturelle existante. Reproduit avec l'autorisation de l'Office fédéral de topogra-

2.2.4 3 PROBLEMES MAJEURS

  • La tourbière de la Gruère a été classée "réserve naturelle" cantonale dès 1942. Or le périmètre de cette réserve ne correspond à aucun de ceux des inventaires fédéraux et doit être adapté.

  • Bien des surfaces de bas-marais doivent leur existence au défrichement des forêts et à leur exploitation agricole. Une redéfinition des modes d'exploitation sylvicole et agricole est cependant nécessaire de manière à assurer la pérennité des biotopes concernés.

  • Le drainage d'une partie importante de la tourbière par plusieurs MANUEL canaux profonds a modifié la végétation en favorisant les forêts de pin CON SER- (Pinus mugo s.l.) au détriment du complexe de buttes et de gouilles VATION DE S MARAIS caractéristiques du haut-marais. Une restauration des conditions EN SUI SSE hydrologiques d'origine du haut-marais a été entreprise dès 1983, mais les mesures (élimination des épicéas, construction de barrages sur les drains) se sont avérées insuffisantes.

  • L'étang est empoissonné annuellement pour la pratique de la pêche. La gestion des zones d'atterrissement est source de conflit entre les intérêts parfois contradictoires de la protection des biotopes et des espèces et de ceux de la pêche.

  • Le site de la Gruère est devenu un but d'excursion toujours plus prisé par un public en provenance de toute la Suisse. Une telle affluence (environ 100'000 visiteurs par an) n'est pas sans engendrer tout un lot d'impacts dont la gestion est devenue préoccupante depuis une vingtaine d'années.

4 RELEVE ET TRAITEMENT DES DONNEES DE BASE

4.1 Relevé des données

Le travail de base du plan de gestion consiste à lever une carte de l'objet, de préférence à une échelle de 1:2'000, en utilisant des photographies aériennes infrarouges (échelle originale 1:3'000 ou 1:4'000), soit sous forme de copies agrandies pour l'utilisation sur le terrain, soit sous forme des originaux pour une photo-interprétation au stéréoscope (SCHERRER et al., 1996). Dans le cas présent, la carte de : terrain comprend les unités de végétation (cf. volume 1, contribution 2.2.8), le taux de recouvrement des sphaignes, le réseau hydrographique superficiel, les limites des dépôts tourbeux, les murs d'exploitation de tourbe, les formes géologiques particulières (telles que des dolines par exemple), ainsi que les différentes atteintes ou modifications du site (drainage, décharges, fertilisation, piétinement).

En parallèle, on a procédé aux inventaires faunistiques qui ont été jugés utiles et déterminants en fonction des particularités du site et des questions posées en vue d'une gestion du site. Dans le cas présent, les invertébrés (araignées, coléoptères, odonates et papillons) ont été considérés comme de meilleurs bioindicateurs que les vertébrés. L'inventaire des sites de reproduction de batraciens d'importance nationale a fourni des informations complémentaires. La cartographie se fait de préférence au printemps, peu après la fonte des neiges. La végéta-

4.2 Traitement des données

tion encore peu développée permet en effet de détecter plus Avec l'aide indispensable d'un SIG, nous avons produit, sur la base de facilement des écoulements la cartographie de la végétation et de quelques critères supplémen- d'eau qui passent facilement inaperçus en été, en période sèche, taires, les 5 cartes thématiques suivantes: et sous le couvert des plantes vasculaires. En l'absence d'un • Réseau hydrographique et géomorphologie levé photogramétrique, avec courbes de niveau tous les L'eau joue un rôle déterminant dans la gestion d'un haut-marais. En 50 cm par exemple, cette mace sens, un relevé précis de la circulation superficielle de l'eau (cours nière de procéder constitue d'eau, canaux de drainage, sources, suintements) et des plans d'eau une bonne alternative. En reportant également le sens (étang, mares, gouilles) est indispensable. des écoulements, on obtient Dans la tourbière de la Gruère, les anciens murs d'exploitation de finalement une bonne image des tourbe ont eux aussi été cartographiés. Ils constituent d'excellents flux de l'eau à travers la points de repère et ont permis de délimiter des fosses qui se prêtaient tourbière. le mieux à des mesures de réhumidification.

2.2.4 Enfin, la délimitation des sols tourbeux et la présence de dolines sont des informations dont on tient compte pour la définition des zonestampon autour des biotopes. Dans le paysage calcaire jurassien, les dolines forment en général une barrière hydrologique efficace à la limite des sols tourbeux.

  • Distribution des sphaignes Le haut-marais doit sa croissance avant tout aux sphaignes (Sphagnum Les unités de végétation relesp.). La carte de répartition des sphaignes est ainsi un outil utile pour vées sur le terrain ont été réparties sur une échelle de 5 catégodélimiter précisément les biotopes de hauts-marais.

  • Eutrophisation ries de richesse du milieu en éléments nutritifs. L'attribution MANUEL La représentation cartographique des groupements plus ou mOlllS d'une unité de végétation à l'une CONSER· ou l'autre des catégories s'est VATION eutrophes permet dès lors de détecter les zones de la tourbière où des DES faite sur la base des préférences MARAIS milieux "eutrophes" pénètrent trop en avant dans le haut-marais des plantes dominantes de EN SUISSE (infiltration d'engrais par exemple) et celles où l'oligotrophie indis- chaque groupement en fonction du degré trophique du milieu. pensable au développement des sphaignes est respectée. Une telle L'échelle est une échelle relative, carte, incluant la délimitation des sols tourbeux et du réseau hydro- qui ne s'applique qu'au gradient graphique, constitue la base pour la définition des zones-tampon tro- entre le haut-marais et ses phiques. environs. Certains groupements végétaux sont ainsi considérés

  • Taux de boisement comme eutrophes dans cette Une représentation cartographique de la distribution des boisements échelle, alors même que, par (p. ex. arbres isolés, bosquets, peuplements clairs et forêts denses) rapport aux prairies intensives des zones agricoles, ils sont donne une image de la dynamique de développement. encore relativement pauvres en Sur cette base il est possible d'apprécier les zones les plus susceptibles éléments nutritifs. de s'embroussailler dans un proche avenir.

4.3 Bioindication animale

L'inventaire exhaustif de tous les groupes indicateurs utiles dans les marais en général n'est pas une tâche réaliste pour des questions de temps et d'argent à disposition. Un choix des espèces ou des groupes d'espèces inventoriés doit donc être fait initialement. De même, tous les groupes ou espèces choisis ne seront pas recensées sur l'ensemble du site, mais seulement dans les zones où ils sont susceptibles de nous apporter les informations recherchées. Dans le cas de la Gruère, nous avons poursuivi les objectifs suivants à l'aide des bioindicateurs: • Nous voulions comparer, à l'aide des populations d'araignées et de coléoptères aquatiques, la biodiversité des milieux primaires (centre du haut-marais intact) et des milieux spontanément régénérés après cessation de l'exploitation de la tourbe dans les amlées 1940. Ces derniers se sont ainsi avérés plus riches en espèces typiques de hautmarais. Mais à l'inverse, certaines des espèces les plus strictement

..

inféodées .IU X hauls-m<lrais ne se sont retrouvées que dans la panie inlélcte de la tourbière, dont le rôle de réservoir de popu lation a ainsi été mis cn évidence. • Nous avons utilisé les papi llons diurnes com me bioindicatcurs de la qualité de différentes zones de bas-ma rais c n bo rdu re du hautmarais, dans l'o ptique de défini r une gestion agricole adaptée nOI1 pas seulemen t au problème des engrai s, ma is aussi à celui de la biodivcrsÎt é des zones-tampon clles-mêmes (ronc'ion d' écotonc) . Les résultats ont pHr exemple cu des répercussions sur le déplaccment de clôtures à bétail, sur les rythmes de fauche de certaines prai ries humides o u encore sur le désenclavement de parce lles isolées par cmbroussa illcmcnl de leurs envi rons.

2.2.4 5 OBJECTIFS ET MESURES

5.1 Définition des objectifs

Sur la base des connaissances rassemblées, il est possible de définir des Les cartes thématiques objecûfs de gestion à atteindre (et des délais) et de fixer des priorités. permettent:

  • de décrire l'état initial du Cela est particulièrement important là où il est nécessaire d'effectuer site; une pesée des intérêts entre divers objectifs de conservation et de développement.

  • d'en faire une évaluation en terme d'état de conservation, de 2 biodiversité et de rareté des MANUEL Dans le cas présent, il s'est avéré qu'il fallait choisir essentiellement milieux ou des espèces rencon- CONSERentre les quatre voies suivantes: VATION trées; DES MARAIS

  • conserver en l'état actuel; • d'identifier les problèmes à EN gérer (perturbations hydro- SUISSE

  • régénérer comme haut-marais fonctionnel; logiques, eutrophisation,

  • restaurer un état aussi naturel que possible dans différents secteurs embroussaillement, érosion du (revitalisation); sol).

  • aménager pour favoriser une espèce particulière.

même lieu dans le haut-marais de La Gruère (lU). Elles témoignent non seulement des agréments paysagers de l'objet protégé, mais aussi des pressions auxquelles il est soumis. Photo: P. Grosvernier

5.2 Description des mesures à mettre en œuvre

Dans cette étape, les mesures de gestion sont définies et localisées de façon précise sur un plan des mesures. Elles sont décrites de manière aussi détaillée que possible dans un catalogue, selon le modèle suivant:

  • un bref rappel des objectifs à atteindre (buts de la mesure);

  • une description de la mesure elle-même et des besoins en hommes, en matériel et machines qu'elle engendre;

  • les précautions particulières à prendre dans les milieux les plus sensibles pour éviter des dégâts lors des travaux;

  • dans certains cas, un devis estimatif des coûts de mise en œuvre.

5.3 Les fiches de gestion

Toutes les informations de détail ne figurent pas sur les cartes thématiques ou le plan de mesures. En particulier, les unités de végétation ne sont pas répertoriées sur une carte. Or cette information de base peut se révéler utile à long terme dans l'optique d'une observation permanente (monitoring) des milieux ou d'un suivi des mesures de gestion. C'est pourquoi nous avons conçu des fiches de gestion pour les différents secteurs de l'objet. Elles répertorient le détail des informations relevées, avec un extrait de la carte de végétation détaillée au format A4. La fiche comporte les rubriques suivantes:

  • description de l'état initial (avec légende des unités de végétation figurant sur la carte);

  • évaluation;

  • identification des problèmes à gérer;

  • fixation des objectifs de protection et de gestion;

  • définition sommaire des mesures de gestion.

2.2.4 6 IMPORTANCE DU PLAN DE GESTION POUR L'EXECUTION ET LE SUIVI

6.1 Le plan de gestion comme plan directeur

Pour tous les objets du canton du Jura, les plans de gestion servent de plan directeur. Ils constituent un outil d'aide à la décision permettant de choisir les objectifs de gestion en connaissance de cause et de fixer des priorités pour la mise en œuvre des mesures en fonction d'une pla- 2 MANUEL nification temporelle et financière. En ce sens, les mesures de gestion CONSERne sont souvent pas suffisamment élaborées pour être réalisées telles VATION DES MARAIS quelles. Pour la mise en soumission des travaux, des études plus EN SUI SSE approfondies sont nécessaires (p. ex. données sur la topographie précise des lieux ou l'épaisseur de la tourbe, avec les incidences que ces paramètres peuvent avoir sur la dimension des ouvrages et les quantités de matériel). Ces études complémentaires ne seront effectuées que pour les mesures effectivement réalisées.

6.2 Suivi et monitoring

La même démarche vaut pour le suivi des mesures de gestion qui doit être défini en parallèle à l'élaboration de projets d'exécution définitifs. Quant à l'observation des changements à long terme (monitoring), indépendamment des mesures de gestion effectuées, les informations relevées constituent une base d'appréciation très utile pour la mise en place d'un tel concept, dans l'attente de la mise sur pied définitive d'un programme de monitoring à l'échelon national.

.'

BlliLlOGRAPffiE Al)RESSE DES AUTEURS

SCHERRER, H.U I WQRT- Phil ippe Grosycrnier MA NN, M. I SCHM IDTKE, 1·1./ Dr. ès sc. nat. BAUMANN, T./ GAUTSCli I. H. NATU RA .étudcs (19%): La Cll rtogruphic des marais li cn biologie appliquée l'aide de photos aérien nes. Série Le SlI Ucy 17 L'environnement pratique, O FEF I~ 2722 Les Rcussillcs Berne, 50 p. Yvan Mauhcy ECOCONSE IL Cartographie CI analyses du territoire ct de l'environnement SA Rue de la l'aix 33

2300 La Chaux-dc-Fonds

Gi lles Mulhnuscr Lie. ès sc. na!. Service des Forets, de la protection de la Natu re ct du paysage Rue Henri·Fazy 2 Case Postale 39 18

1211 Genève 3

N![lOucl Conservation des ma rais en Suisse 2 111998

2.2.4 ANNEXEl

Fiche de gestion! La Gruère

Tourbière de:

N° de l'objet: La Gruère

Secteur:

Commune(s): Zone :

Saignelégier • Levé inventaire fédéral: 21 juin 1978 2 Levé plan de gestion: aoûl1996 MANUEL CONSER- VATION DES MARAIS EN SUISSE Description générale

Pessières de ceinture, pessières de contact et pessières à sphaignes et à bouleaux se succèdent et entourent le centre du haut-marais à l'Est de la digue. Avec la zone D5, cette zone présente une structure caractéristique de haut-marais concentrique avec une pinède au centre et une ceinture de pessière. Elle forme l'un des deux centres d'édification du haut-marais de La Gruère dans la partie au Sud de l'étang.

Liste des milieux

1.5 Point d'eau, vasque

1.7 Gouille sur tourbe nue

2.21 .1 Marais de transition à Carex rostrata et sphaignes

2.82 Pré eutrophe. humide (CaUhion)

4.12.1 Pessière à sphaignes et à bouleau (Sphagno - Piceetum betuletosum)

4.13 Pesslère de ceinture, ancienne pinède (Sphagno - Piceetum à Pinus mugo)

4.14 Pessière de contact (Bazzanio - Piceetum)

4.43 Fourré de Rubus sp

Evaluation

Les pessières de cette zone sont pour la plupart caractéristiques de la ceinture du hautmarais et présentent une grande diversité à la fois structurelle et florsitique. Cependant, vers l'Est et vers le Nord, au contact des chemins, leur flore s'appauvrit et les sphaignes notamment disparaissent. De plus, quelques surfaces qui devaient être des pinèdes à l'origine sont aujourd'hui largement dominées par l'épicéa, témoignant ainsi d'une évolution associée à un assèchement général de toute la zone.

Problèmes de gestion

Le passage régulier de touristes qui s'écartent du sentier-nature à la recherche de myrtilles ou pour satisfaire à un besoin naturel a provoqué l'apparition de nombreux petits sentiers responsables de la proportion relativement élevée de la tourbe nue (environ 5-10%) dans les pinèdes asséchées et les pessières de contact proches du sentier-nature.

Vocation

La conservation en l'état de ces forêts anciennes doit être garantie par une exploitation sylvicole adaptée. EUe mérite aussi une attention particulière en ce qui concerne la pénétration du tourisme pédestre.

Mesures de gestion 1Zones de transition No Description

27 L'édification d'un barrage sur le drain menant aux emposieus au Sud-Est de la zone

contribuerait à créer un long plan d'eau oligotrophe en forêt. Ce plan d'eau limiterait l'effet drainant du profond chenal actuel et apporterait une diversification intéressante des milieux aquatiques forestiers à La Gruère.

Fl Le boisement de elLe surface eSl géré en [onction des dangers qu'il peut représenter pour la circulation sur la roUle cantonale. En dehors de cela, l'intérêt de la qualité des milieux naturels prime.

2.2.4 ANNEXE 2

Plan de gestion 1La Gruère

Mesure No 27 Buts: Limiter l'effet drainant du chenal qui mène aux emposieus au Sud-Est de la zone D4 et créer un plan d'eau oligotrophe, acide et froid favorable aux invertébrés aquatiques. 2 MANUEL CONSER- Mise en oeuvre: VATION DES MARAIS Eriger une digue en travers du chenal à sa sortie de la forêt. Le fond du chenal EN SUISSE étant sur la marne, le matériau nécessaire peut être trouvé sur place. Aménager un trop plein pour éviter l'érosion de la digue. Fixer le niveau le plus haut possible afin de contribuer à la réhumidification des forêts tourbeuses environnantes. S'il s'avérait nécessaire de colmater une partie du chenal avec de la tourbe pour garantir l'étanchéité de l'ouvrage, de la tourbe pourrait être excavée dans ces forêts, en y créant une ou deux mares.

Exigences partiwlières: Travailler avec des machines à très faible pression au sol pour éviter des dégâts au sol.

Devis estimatif: Budget chantier: FrlO'OOO .-

Budget projet: Fr 5'000.-

Budget suivi scientifique : Fr 2'000.-

Zones concernées: o 4

ROBERT MEIER / FRANZ RUDMANN

Début de résolution des conflits d'utilisation - Exemple du site marécageux de Schwëgalp 2.2.5 1 SITE MARECAGEUX DE SCHWAGALP

1.1 Situation

Le site marécageux de Schwagalp s'étend sur 11 km au pied nord du massif du Santis (cantons AI, AR, SG). Sa largeur maximale est de 3.5 km. En altitude, il va de 900 m environ dans la vallée de Luteren à plus de 1'800 m au-dessus de Gmeinenwis. Le site est très diversifié et peut être subdivisé en différents secteurs 2 MANUEL caractérisés par une forte proportion de surfaces marécageuses. Les CONSERbiotopes marécageux occupent 12% de la surface, avec env. 330 ha de VATION DES MARAIS bas-marais et 20 ha de hauts-marais (OFEFP, 1991).15% de la surface EN SUISSE est couverte de forêts. Schwagalp est un biotope à grand tétras. Depuis quelques années, le nombre des grands tétras s'est stabilisé à un faible niveau.

Comme le site marécageux de Schwagalp s'étend sur trois cantons, la mise en œuvre de mesures nécessite une bonne coordination.

1.2 Objectifs de protection particuliers

En plus des objectifs de protection généraux de l'art. 4 de l'ordonnance sur les sites marécageux (OSM), les objectifs de protection suivants ont été formulés pour le site marécageux de Schwagalp:

  • Conservation de tous les biotopes marécageux dans leur intégralité et leur qualité, en particulier des hauts-marais primaires et secondaires;

  • Conservation de la proportion de groupements oligotrophes dans la surface totale des bas-marais;

  • Conservation de la proportion de prés à litière dans la surface totale des bas-marais, surtout dans les régions de Schattenhalbriet, Zilmüslen et Friessen;

  • Régénération des surfaces de biotopes marécageux dégradées;

  • Respect des objectifs fédéraux de qualité de l'eau par les cours d'eau;

  • Respect des principes d'exploitation fédéraux lors de l'entretien et de l'exploitation des forêts, en particulier des prescriptions sur la prise en compte de la protection de la nature et du paysage en forêt. Une importance particulière doit être attribuée à la délimitation de réserves forestières (réserves naturelles, réserves forestières particulières). Les forêts de production ne doivent être rajeunies qu'avec des Fig. 1: Biotope du grand tétras. Les essences indigènes adaptées à la station; la composition des rajeunisse- surfaces ouvertes, sans dérangement, sont essentielles au grand ments doit correspondre au mélange d'essences du groupement fores- tétras. tier naturel; Photo: R. Meier

  • Conservation des biotopes et des structures typiques de l'étage montagnard, comme les arbres isolés, les groupes d'arbres, les peuplements lâches d'épicéas, les fourrés de frênes et d'aulnes et les ruisseaux naturels dans les prairies;

  • Conservation des formes du relief, notamment les arcs et collines morainiques, les dépressions thermokarstiques et les méandres de rivière (ni terrassement, ni remblaiement). Les éboulis bien développés sous la chaîne du Santis doivent être protégés contre une exploitation plus étendue et dépassant les besoins locaux et contre les atteintes paysagères;

  • Conservation des espèces animales et végétales protégées et/ou menacées à l'échelle suisse; en priorité, les populations de grand tétras doivent pouvoir survivre;

  • Accord avec les buts visés par la protection des biotopes et du site marécageux en cas d'utilisation touristique et militaire;

2.2.5 • Interdiction de construire dans les secteurs encore libres de constructions et d'installations, en particulier dans les secteurs proches de l'état naturel du Chrazerenwald et de la Lütisalp. Il faut conserver la structure traditionnelle des mayens à litière et des alpages. Des constructions nouvelles ne sont admises que si elles servent à l'exploitation agricole traditionnelle. Les constructions nouvelles, transformées ou agrandies doivent se fondre dans le paysage et le bâti traditionnel par la forme, la couleur, la taille, etc. Les bâtiments d'alpages reconnus d'une valeur particulière doivent être conservés dans leur structure et leur volume. 2 MANUEL CONSER- VATION DES MARAIS

1.3 Importance du site marécageux de Schwagalp pour le grand tétras EN

SUISSE

Les forêts de la région du Schwagalp sont parsemées de nombreuses surfaces marécageuses de toutes tailles. Les lisières et une partie des transitions sont encore naturelles. La plus grande partie des basmarais est exploitée comme prés à litière. Le site marécageux de Schwagalp présente ainsi des propriétés importantes du biotope à grand tétras. Elles ont contribué à son maintien dans le site. Après une régression des effectifs depuis le milieu des années 70, la population s'est stabilisée à un bas niveau ces dernières années (cf tab. 1).

Tab. 1: Aperçu des populations de 1960- 1968/ grand tétras dans les arrondisse- 1955 1962 1969 1976 1985 1993 1997 ments II et III (canton de St-Gall) de la partie Toggenbourg du site marécageux de Schwagalp. L'arron- Nombre de dissent III (place de tir de Schwacoqs l'arrdt II 8 -12 10 -12 15 - 20 10 5-7 4-5 4-5 galp) a perdu sa population de grand tétras; elle s'est sans doute déplacée Nombre de en partie dans l'arrondissement voicoqs l'arrdt III 10 0 0 0 0 0 0 sin ou a disparu faute de jeunes.

2 UTILISATION ACTUELLE ET SES INCIDENCES

2.1 Exploitation agricole

Dans de grands secteurs du site marécageux de Schwagalp, l'exploitation agricole se limite aux alpages (DEPARTEMENT FEDERAL DE L'AGRICULTURE, 1991). La production de lait est donc prépondérante. La pâture se fait essentiellement par des bovins. Quelques secteurs, surtout en altitude, sont pâturés par des moutons. L'exploitation des alpages est régie par des prescriptions et des règlements et bénéficie d'une longue tradition. Les périodes de pâture sont limitées et la charge est réglée par l'attribution de droits de pâture. L'utilisation des surfaces marécageuses pour la fauche de la litière est réglementée et représente encore aujourd'hui une part importante de l'exploitation de l'alpage. La privatisation des alpages observée dans d'autres régions n'a pas eu lieu ici. L'exploitation reste de type coopératif.

De façon générale, l'exploitation agricole dans la zone d'étude est peu intensive, bien qu'une certaine modernisation (routes de desserte et motorisation) a aussi eu lieu dans la région de Schwagalp.

Dans la zone d'étude, on peut distinguer 4 types d'utilisation des surfaces de marais:

Fauche (M): Ces surfaces de marais sont clôturées et fauchées à la fin .' de l'été pour la litière. Celle-ci est exportée. La fauche de ces prairies intervient entre début août et mi-septembre. En fonction de la productivité, elle n'a pas lieu chaque année.

Fauche d'entretien (P): Ces surfaces de marais ne sont pas clôturées. Une pâture par le bétail est possible. Les surfaces sont cependant fauchées en fin d'été et la litière exportée. Il est fréquent que toute la surface ne soit pas fauchée chaque année, mais que la surface fauchée varie en fonction de la productivité.

Pâture (W): Ces surfaces de marais ne sont pas séparées du pâturage et peuvent être pâturées. Le matértel végétal qui subsiste en automne n'est plus fauché et se décompose en grande partie durant l'hiver.

2.2.5

MANUEL CONSER· VATION DES MARAIS EN SUISSE

Fig. 2: Tosbach, Schwagalp. Marais et surfaces de pâturage forment une fine mosaïque. Dans l'intérêt de la conservation des marais, une fauche d'entretien automnal est nécessaire. Photo: R. Meier

Friche (B): Ces surfaces de marais sont séparées du pâturage. En raison du faible rendement ou des difficultés d'accès, elles ne sont plus exploitées, ou fauchées seulement à des intervalles irréguliers. Il s'agit de surfaces clôturées ou de clairières.

La diversité des espèces d'une surface de marais dépend du type d'exploitation. Les surfaces régulièrement fauchées comprennent en général la plupart des espèces. Chaque utilisation favorise cependant certaines espèces spécialisées (cf fig. 3). Dans l'intérêt d'une biodiversité maximale, il faut donc conserver toutes les formes d'exploitation et tenir compte des objectifs recherchés par l'exploitation d'une sur-

face. Pour un e bonne aé ration du sol, il faudrait favoriser la friche (cf. fig. 4). Ce fai t confirme lui aussi que la protection des marais ne peut attei ndre le maximum d'objectifs qu'en conservant tous les types d'exploita tion.

L'intensifica tion de l'exploitation traditionnelle entraîne des dégùts graves dus au piétinement, un e nrichissement en substances nutritives et des changements de régime hydrique. Cela provoque un appa u v r is~ sement et finalement la destruction du tapis végéta l au paravant fermé e l homogène, ainsi que des dégats dans d'autres milieux sensibles par lessivage des substances nu tritives. Dans un tel cas, on ne peut pl us pa rler d'entretien approprié, bien que l'exploi tation assure la fonction de conserva tion du paysage à grande échelle.

E",speces è de Plantes Ag. 3: Aperçu de la diversité spé· cifi que (somme des di fférentes 1211 espèces de plantes sur 72 surfaces il 25 ml) dans le site marécageux de

110 Schwiigalp en relation avec l'exploitation agricole. Il faut tenir compte

du rait que chaque type d'utilisation 90 considéré peut favoriser certaines r- - plantes spécialiséc... l.a diversité 80 nlaximale est ai nsi aUeinte lorsque tous les Iypes d'exploitat ion sont 70 adaptés à la sta tion. Source: ME IER (1996) 60 - r- - 50 J

fauche fr iche pâturage d'entretien fauche

2.2.5

2.2 Exploitation forestière

D'après les plans sylvicoles, les peuplements se partagent entre la forêt de hêtres et de sapins blancs (étage montagnard) et la forêt subalpine d'épicéas. A cette altitude, les peuplements d'épicéas sont stationnels, tandis qu'aux altitudes inférieures de Schwagalp ils sont en majorité anthropogènes. Les essences d'arbres principales sont l'épicéa, le sapin blanc, le hêtre et l'érable sycomore. Dans les strates inférieures, on rencontre le sorbier des oiseleurs, l'alouchier, l'aulne blanc, le bouleau, le tremble, des saules et le frêne. Sur les sols gorgés 2 MANUEL d'eau, on observe des prêles dans la strate herbacée; la végétation de CONSERhaut-marais est une pinède de tourbière. li ressort des plans de gestion VATION DES MARAIS que l'exploitation se limitait pour l'essentiel au prélèvement des vieux EN SUISSE arbres. On pratiquait des coupes en lisière ou des coupes rases plus ou moins étendues dans lesquelles on plantait ensuite des épicéas. Le rajeunissement a ainsi été favorisé. Les coupes rases restèrent cependant limitées par rapport aux autres forêts de la région. Dans la partie appenzelloise du site marécageux, la plupart des peuplements forestiers étaient encore pâturés il y a 30 ans. Depuis la séparation de forêt et pâturage, la pâture est interdite dans une grande par-

100 % Fig. 4: Aperçu de l'aération du sol de surfaces sélectionnées de marais 90 % du site marécageux de Schwagalp en 80 % relation avec l'exploitation agricole. 70 % Le type d'exploitation des basmarais a une influence sur l'aération 60 % du sol. 50 % Source: MEIER (1996) 40 % % 20 % 10% 0% fauche friche pâturage d'entretien fauche

Il très mauvaise aération Il mauvaise aération aération moyenne

D bonne aération

tie des forêts. Les surfaces dévolues au reboisement ont été drainées et plantées principalement d'épicéas. Dans le cadre des projets de séparation de forêt et pâturage, les lisières forestières ont été rectifiées et de nouvelles routes de desserte construites. Dans la partie saint-galloise (Toggenbourg), la séparation de forêt et pâturage s'est faite au cours des dernières décennies lors des changements de propriétaires. Les surfaces de marais en forêt ont été régulièrement exploitées et non plus reboisées. Le caractère de paysage humanisé a ainsi pu être conservé. Dans la partie saint-galloise du site marécageux, la forêt est exploitée selon le mode jardiné depuis 20 ans.

2.3 Utilisation touristique

On s'est aperçu lors des comp- Le site marécageux de Schwagalp se trouve au voisinage immédiat de tages que les promeneurs et les randonneurs ne quittaient que la station inférieure du téléphérique du Santis et d'un restaurant pour rarement les chemins. Au voisirandonneurs. Ils constituent le centre touristique de la région, en plus nage du centre de Schwagalp, ils d'un autre petit centre au niveau du col. Certaines parties du site suivent davantage les chemins à travers les lieux humides qu'à marécageux sont influencées par le tourisme. travers les endroits plus secs. Le tourisme de randonnée et de promenade est l'une des formes de A plus grande distance, les perdétente les plus répandues sur la Schwagalp. Le nombre de personnes sonnes équipées traversent en revanche plus fréquemment un qui visitent le centre de Schwagalp lors des dimanches ensoleillés marais à l'écart du chemin. s'élève à près de 9'000 en octobre. Plus d'un quart entreprend une excursion sur le Santis (MEIER, 1996). Seul un cinquième des personnes s'éloigne de plus de 500 m de la station inférieure. Une pression potentielle sur les marais existe donc surtout au voisi- " nage immédiat du centre, elle est plus faible pour les biotopes marécageux plus éloignés. Le site marécageux présente cependant de grands secteurs non touchés par le tourisme ou seulement de façon marginale.

On a analysé les influences et les dommages de la randonnée et de la promenade sur les marais et leurs environs en choisissant quelques objets (MIER, 1996). On a obtenu les résultats suivants:

Hauts-marais: Dans les deux hauts-marais dépourvus de chemin en bois, le piétinement entraîne des dégâts de type élargissement, destruction de la végétation et minéralisation de la tourbe. Les chemins rarement empruntés sont plutôt étroits et pâteux. Ils s'élargissent avec l'augmentation de l'usage. A titre d'exemple, un che-

2.2.5

MANUEL CONSER- VATION DES Fig. 5: Station du Santis avec l'hôtel MARAIS EN "Schwagalp". Plus de 9'000 person- SUISSE nes visitent la Schwagalp lors des belles fins de semaine.

min très parcouru (120 à 424 randonneurs comptés par fin de semaine) peut dépasser par endroits 3 m de largeur. Sur une bande d'un mètre, la végétation est détruite et le sol tourbeux minéralisé en surface.

Bas-marais: Dans le cas des bas-marais, les loisirs occasionnent des dégâts de toute autre nature:

  • Les prairies marécageuses à populage (Calthion) et les prairies à joncs présentent de forts dégâts occasionnés par le piétinement tant le long des chemins peu fréquentés que sur des pentes relativement faibles. Les dégâts aux surfaces sensibles de bas-marais alcalins ou acides sont modestes en termes de surface (petits cheminements).

  • Dans les prairies à nard (Nardion) , les dégâts sont aussi assez importants, bien que le nard passe pour peu sensible au piétinement.

  • En revanche, les pâturages (Arrhenatheretalia) dont la végétation est adaptée à la pression du piétinement ne présentent que peu de surfaces sans végétation le long des chemins fréquentés.

3 DEBUT DE RESOLUTION DES CONFLITS

3.1 Résolution des conflits liés à l'exploitation des alpages dans le cas

du consortage d'alpage Schwagalp Dans le cas du marais de Schwagalp, différentes causes ont contribué au succès: Depuis 1992, l'exploitation des surfaces de marais sur la Schwagalp est

  • La compréhension des réglée par une convention entre le canton d'Appenzell Rhodes Exté- exploitants à l'égard des intérêts rieures et les consort ages de kleine Schwagalp et de grosse Schwagalp. de la protection des marais a Les surfaces de hauts-marais qui ne nécessitent pas une exploitation augmenté.

  • Les conditions d'exploitation régulière sont protégées en droit public contre les atteintes (zones de locales ont favorisé la com- ., protection de la nature d'après l'art. 14 de la loi sur l'introduction de la préhension pour les intérêts des LAT du 28. 4. 1985). Ces surfaces sont clôturées à l'intérieur du pâturage. personnes concernées et créé ainsi les bases pour une confian- Dans les surfaces de bas-marais exploitables, deux catégories de proce mutuelle. tection sont distinguées: • Le modèle d'exploitation tra-

  • Prés à litière (zone S): Il s'agit d'assez grandes surfaces de prés à ditionnel a pu être repris en litière clôturées. L'exploitation est de type "fauche" (cf. chiffre 2.1) grande partie.

avec les conditions suivantes d'exploitation: pas de fumure, pas de pâture, pas de fauche avant que l'herbe ne jaunisse, exportation de la litière, pas de drainage, pas de désherbant chimique. Pâturages à bovins et surfaces à litière (zone SIR): Cette catégorie s'applique aux pâturages contenant de petites surfaces à litière ou aux surfaces à litière qui n'ont pas pu être clôturées. L'exploitation est de type "fauche d'entretien" avec les conditions suivantes d'exploitation: fumure des pâturages exclusivement avec le fumier se déposant sur l'alpage (apport réduit de fourrage), pas de pâture ovine, élimination des mauvaises herbes uniquement exceptionnelle et ciblée dans les surfaces à litière, interdiction de toute fumure et lutte contre les mauvaises herbes et limitation des dommages causés par le piétinement.

Les surfaces à litière sont fauchées par les vachers, en général dans la première moitié d'août. Les surfaces à litière doivent être fauchées en moyenne deux fois en trois ans.

3.2 Mesures en faveur du grand tétras

3.2.1 Mesures sylvicoles

L'éclaircissement des forêts a permis d'augmenter de façon considérable la qualité du biotope. Il atteint localement aujourd'hui le plus haut niveau de qualité sur l'échelle d'appréciation de SCHROTH (1990). On a ainsi pu conserver les vieux peuplements préservés de la

2.2.5 tempête de 1990. La proportion de bois mort sur pied ou tombé a aussi fortement augmenté. La flore du sol et la strate arbustive (surtout la myrtille, mais aussi rajeunissement), se sont tellement développées qu'un début de stratification est apparu dans certains secteurs. De plus, dans le site marécageux de Schwagalp, la longueur des lisières est très importante en raison de la forte imbrication de la forêt et du pâturage. La fixation de nouvelles limites forestières n'est donc pas prioritaire dans cette région. Pour favoriser le grand tétras dans le site marécageux de Schwagalp, les mesures sylvicoles suivantes sont urgentes: 2 MANUEL

  • La proportion de vieux conifères clairsemés à tronc branchu CONSERjusqu'à la base est relativement élevée. Cette structure forestière doit VATION DES MARAIS être conservée et étendue en surface en coupant de temps en temps EN SUISSE quelques arbres et en laissant se faire le rajeunissement naturel.

  • Il faut renoncer aux plantations entravant la phase de rajeunissement.

  • Les peuplements fermés uniformes résultant de déboisements étendus doivent être éclaircis et structurés de façon à permettre le développement d'une végétation basse, en particulier une strate de myrtille.

De façon générale, il faut viser une sylviculture diversifiée sur de petites surfaces, qu'il est possible de réaliser en pratiquant le jardinage, le jardinage par groupes, la coupe progressive par groupes et bosquets et la coupe avec transport du bois par câble. Les mesures doivent être différenciées en fonction des conditions phytosociologiques.

3.2.2 Mesures dans le domaine de la desserte et du transport du bois

Les plans de desserte élaborés avant l'acceptation de l'initiative de Rothenthurm ont été remaniés et redimensionnés (cf. vol. 2; contribution 4.1.3). Aucune nouvelle route n'a été construite depuis et l'utilisation du réseau existant a été limitée par des barrières. Le réseau de chemins de randonnée a également été réduit si bien que de grandes zones de tranquillité ont pu être créées. Le transport du bois à travers les marais jusqu'aux routes de desserte est effectué, partout où cela est possible, à l'aide de tracteurs sur la neige ou de câbles-grues (cf. vol. 2; contribution 4.1.2).

3.2.3 Réduction des dérangements humains

Dans la zone d'étude, avec ses petites surfaces de forêts, la pression humaine est l'un des problèmes principaux. La réduction de ces dérangements par une canalisation ciblée des visiteurs est donc essentielle à

la protection du grand tétras. Dans la partie Toggenbourg de la Schwagalp (commune de Krummenau), le visiteur est rendu attentif à l'importance de la région par des tables d'orientation et prié de ne pas quitter les routes et chemins balisés. Depuis quelque temps, l'armée a renoncé à ses activités dans les territoires centraux des populations de grand tétras.

3.2.4 Gestion à grande échelle du grand tétras

Il semble que les mesures mises en œuvre jusqu'à maintenant ont permis de stopper la régression du grand tétras. Les localités actuelles du grand tétras doivent cependant être considérées comme des stations reliques d'une ancienne aire de répartition couvrant l'ensemble des Préalpes. La conservation et l'extension de ces localités reliques sont très importantes. A long terme, la protection actuelle ne peut être couronnée de succès que s'il est possible de réaliser une liaison étendue avec une population beaucoup plus importante. Parallèlement aux efforts dans la région de Schwagalp, il convient donc de mener une gestion à grande échelle du grand tétras.

3.3 Résolution des conflits touristiques: chemins de randonnée dans

les biotopes de marais

Le tracé détermine l'étendue des dégâts à la végétation de marais. Les dégâts les plus modestes sont causés par des chemins qui traversent les marais sur des passerelles en bois. Sur la base des expériences réalisées dans la zone d'étude, les principes suivants s'appliquent au tracé et à la nature des chemins:

Hauts-marais

  • Les biotopes de hauts-marais ne doivent pas être traversés. S'ils ne peuvent être évités, des passerelles en bois doivent être construites.

  • La zone périphérique ne peut être traversée qu'en cas de très faible fréquentation pour les loisirs (moins de cinq personnes par jour).

  • Avec une pente supérieure à cinq degrés, il faut veiller à la circulation de l'eau. Des passerelles en bois plantées dans le sol peuvent empêcher l'engorgement, et donc aussi un apport de nutriments dans le biotope.

  • Les passerelles doivent traverser tout le biotope et être régulièrement entretenues.

2.2.5 Bas-marais

  • Les chemins doivent être construits à travers les bas-marais parallèlement aux courbes de niveau ou à l'emplacement le plus étroit.

  • Les chemins existants dans le sens de la pente doivent être renforcés avec du bois en cas de forte pression des loisirs.

  • Les emplacements très humides des marais (prairies à populage ou zones de sources) doivent être franchis par des passerelles.

  • Les passerelles de bois doivent être construites sur toute la largeur du marais. MANUEL CONSER- VATION DES MARAIS EN SUISSE 4 CONCLUSIONS

Dans certains secteurs du site marécageux de Schwagalp, quelques objectifs de la protection des espèces et des biotopes ont déjà pu être atteints de façon pragmatique. Il appartient maintenant aux trois cantons de St-Gall, Appenzell Rhodes extérieures et Appenzell Rhodes intérieures de fixer l'acquis dans le cadre légal de la protection des sites marécageux, de préciser certains points et d'étendre le travail à l'ensemble du site. Les trois cantons essaient de mener à bien cette tâche en étroite collaboration. Les travaux de base déjà effectués montrent que la démarche décrite plus haut et que les réalisations effectuées représentent un bon point de départ pour la mise en œuvre de la protection du site marécageux. Le travail de mise en œuvre déjà effectué a montré qu'une bonne communication et un échange actif des résultats intermédiaires permettent de résoudre les difficultés rencontrées, notamment quant aux responsabilités qui varient d'un canton à l'autre. Alors que dans les deux Appenzell, le canton est l'autorité d'exécution, cette tâche incombe à la commune dans le canton de St-Gall.

BIBLIOGRAPIDE ADRESSE DES AUTEURS

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REDACTION

Exemples d'a ménagement et de régénération 2.3 Les particularités naturelles des objets marécageux doivent être prises Manuel en considération lors de l'élaboration de projets de régénération et Conservation des marais en Suisse 2 d'aménagement. Cela n'est possible que lorsque des examens sérieux 1/1996 sont réalisés et que des concepts adaptés sont élaborés. Les projets de ce genre doivent aussi être bien préparés au niveau de leur concrétisation. Ainsi, par exemple, les périodes possibles pour des travaux de construction sont limitées et l'acquisition de matériaux adaptés présente souvent quelques difficultés. Enfin, il ne faut pas oublier qu'un projet de régénération ou d'aménagement concerne différents milieux et institutions - propriétaires et exploitants, privés et pouvoirs publics, 2 MANUEL différents services officiels - que l'on fera participer de préférence dès CONSERle début à la planification et à la concrétisation des mesures. VATION DES MARAIS Les contributions suivantes présentent des expériences de régénéra- EN SU ISSE tion et d'aménagement de marais et de parties de marais. Les projets présentés se trouvent à différents stades d'évaluation, d'élaboration ou de réalisation.

PETER STAUBLI

Proiet de régénération du hautmarais de Bramenegg (OBERÀGERI, ZG) 2.3.1

MANUEL CONSER- VATION DES MARAIS EN SUISSE

1 SITUATION INITIALE Fig. 1: Bramenegg, haut-marais

d'importance nationale No 189 (vue aérienne du 2.11.1981; échelle env. La région de Bramenegg dans laquelle est réalisé le projet de régéné- 1:10'000). La zone de haut-marais ration est située dans la commune d'Oberageri, canton de Zoug, à est située au milieu de la photo. Les 1'005 m d'altitude. Cette région figure dans l'Inventaire fédéral des lignées d'arbres le long des fossés de drainage sont bien visibles. hauts-marais d'importance nationale comme objet No 189 et dans l'Inventaire fédéral des bas-marais d'importance nationale comme objet No 2887. La zone de haut-marais est située sur un éperon (moraine) qui avance dans la vallée du nord vers le sud (voir fig. 1).

Le haut-marais a été drainé et boisé par étapes à partir de 1960. Depuis 1982, la zone constitue une réserve naturelle cantonale. Malgré la mise sous protection et les mesures d'entretien entreprises par la suite (débroussaillement, éclaircie), le caractère typique d'un biotope de haut-marais n'a pas pu être reconstitué dans la mesure voulue. C'est pourquoi l'Office de l'aménagement du territoire du canton de Zoug a décidé, d'entente avec la Corporation d'Oberageri, propriétaire de la surface, de faire élaborer un projet de régénération détaillé (STAUBLI, 1991). Les explications qui suivent constituent un résumé de ce rapport, complété par les expériences acquises jusqu'ici au cours de la réalisation.

2 RELEVE DES DONNEES DE BASE

Pour commencer, les documents existants sur la région ont été rassemblés et compilés. Les travaux sur le terrain ont ensuite été effectués durant l'année 1990.

Mensuration: Pour la mensuration, la zone de quelque 2.5 ha étudiée a été découpée en carrés de 25 m de côté, dont les coins (points de coordonnées) ont été piquetés et numérotés. La zone de haut-marais et ses environs proches ont fait l'objet d'une interprétation stéréoscopique de photos aériennes (infrarouge et couleurs normales, échelle env. 1:5'000; équidistance 1 m, en partie 0.5 m) et sa topographie a été cartographiée. Il est très important d'avoir des connaissances précises des conditions de pente, surtout pour la planification du colmatage des fossés (voir chiffre 5). Les parties les plus humides sont en général plus froides que les sèches et peuvent en conséquence être bien différenciées sur les vues infrarouges. Ces dernières complètent de manière optimale les photos en couleurs normales.

Cartographie du système de fossés et de l'afforestation: Le tracé des fossés de drainage et le développement de la forêt ont pu être reconstruits par l'interprétation des photos aériennes. On a utilisé à cet effet des vues noir et blanc des années 30, de 1944, 1960, 1971, 1978 et 1983, ainsi que des photos en couleurs de 1981, 1989 et 1990.

2.3.1 Détermination de l'épaisseur de la tourbe: L'épaisseur de la tourbe a été déterminée à proximité immédiate des points de coordonnées. Une tarière à main (Hiller) a été utilisée à cet effet, tarière qui permet de déterminer la profondeur exacte du sondage et fournit une carotte de tourbe ou de sous-sol minéral. La composition de la tourbe fournit entre autres des indications sur la formation, l'hydrologie et la typologie du marais. Dans la perspective d'éventuelles mesures de régénération, elle permet de préciser les matériaux à choisir pour la construction de barrages ou le remblayage des fossés. MANUEL Mesure du niveau de la nappe phréatique: Les conditions hydrolo- CONSERgiques étant faciles à appréhender (petite surface, éminence, système VATION DES MARAIS de drainage), le niveau de la nappe phréatique n'a pas fait l'objet de EN SUISSE mesures.

Relevés botaniques et zoologiques: Un relevé phytosociologique de toutes les surfaces marécageuses de la région de Bramenegg a été réalisé en 1979, dans le cadre de la planification de la protection de la nature du canton de Zoug. Après relevé de la végétation sur une surface de 1 m 2 à chacun des 61 points de coordonnées, une nouvelle carte phytosociologique a été établie en 1990. Pour des raisons de coûts, il n'a pas été réalisé d'analyse de végétation. Comme il existe un recensement des espèces aviennes datant de 1979, les oiseaux ont à nouveau été recensés en 1990. Pour compléter les données ornithologiques, on a tenu compte en outre des résultats d'une étude de la présence des papillons diurnes (JUTZLER, 1990).

3 RESULTATS DE L'ETUDE

Topographie et typologie des marais: Un haut-marais en ensellement s'est formé dans la région de Bramenegg sur l'éperon imperméable qui, du fait de sa forme, n'est alimenté qu'en eau de pluie (voir fig. 2). L'épaisseur de la tourbe est modeste (max. 73 cm) et décroît du centre vers les zones de bas-marais de la ceinture. Fig. 2: Véritable haut-marais de plateau ou en ensellement

Réseau de fossés et forêt: L'interprétation des photos aériennes Tourbe de haut-marais montre qu'aucune modification importante ne s'est produite entre les années 30 et 1960. Le réseau de fossés a été fortement étendu après Couche imperméable à l'eau

1960 Durant la même période, la surface ouverte du marais s'est

rétrécie par suite du reboisement (fig. 3 et 4). Moraine

Les véritables hauts-marais se forment à partir de sols détrempés sans stade préalable de forêt marécageuse ou de lac. Source: Dessin de l'auteur

Fig. 3: Fossé de drainage et boisement du haut-marais de Bramenegg, état 1960 (échelle 1: 5'000) 0 , Arbre, buisson isolé

c:, Buissons, lande

Reboisement fJ:::p :. . .. Forêt clairsemée ou ~ rajeunissement

@!'6 ' . 0: . C!: Forêt

-----./ Fossé de drainage

Source: Dessin de l'auteur

2.3.1 Les fossés descendent jusqu'au sous-sol minéral, voire dans ce dernier. Les matériaux extraits, en partie encore visibles, se composent généralement de tourbe et de matériaux morainiques. C'est sur ces remblais que les arbres plantés ont poussé le plus vigoureusement, du fait de la sécheresse relative et de la composition favorable du sol (substances nutritives).

Végétation: L'interprétation de la carte de végétation confirme l'hypothèse que les conditions sont relativement sèches pour un haut-marais. Deux domaines peuvent être différenciés dans la végétation actuelle 2 MANUEL (voir fig. 5). CONSER· Dans sa partie centrale et nord-est, le marais n'a été que faiblement VATION DES MARAIS drainé et n'a pas été reboisé. La végétation y est fortement dominée EN SUISSE par la calI une fausse bruyère (Calluna vulgaris) , l'airelle des marais

Fig. 4: Fossé de drainage et boisement du haut-marais de Briimenegg, état 1989 (échelle 1: 5'000)

.,. Arbre, buisson isolé

W Buissons, lande

. ...... Reboisement

.. Forêt clairsemée ou rajeunissement

Forêt

Fossé de drainage

Source: Dessin de ['auteur

"

(Vaccinium uliginosum) et la molinie bleue (Molinia caerulea). Il s'y Fig. 5: Bramenegg 28.8.1990. La surtrouve également des épicéas (Picea abies) et de la bourdaine (Fran- face de la moitié gauche de la photo était autrefois essentiellement gula alnus). Cela signifie que le sol est sec au moins par périodes. Les plantée d'épicéas. Ces derniers ont zones de ceinture, en particulier vers l'ouest, ont été drainées et été en grande partie éliminés durant reboisées dans les années 60. Des épicéas ont été abattus sur une par- l'hiver 1988/89, des buissons de bourdaine et de saules s'installant tie de la surface durant l'hiver 1988/89. Comme il n'en est résulté par la suite. La zone sur la droite n'a aucune amélioration des conditions hydrologiques en vue d'une jamais été reboisée. Elle présente régénération du marais, ces surfaces se sont fortement embrous- une partie de haut-marais également saillées. Elles sont aujourd'hui couvertes principalement de bourdaine sèche avec des molinies, des calI unes et des bourdaines, et de saules (Salix sp.). Des buissons nains et la molinie forment le sous-étage, tandis que les sphaignes (Sphagnum sp.) sont largement absentes.

Conclusion: Les résultats des différents examens amènent à la conclusion que la reconstitution des conditions hydrologiques optimales est la condition fondamentale pour conserver à long terme le haut-marais dans son caractère de biotope typique et comme écosystème intact.

2.3.1 4 BUTS DE DEVELOPPEMENT Période de régénération d'un Le but de développement prioritaire consiste à transformer à long marais terme la partie drainée et partiellement reboisée du haut-marais de la Chaque haut-marais est un écoréserve naturelle de Bramenegg pour lui rendre son état naturel. système complexe avec des par- L'hydrologie, la végétation et la faune, de même que l'aspect paysager, ticularités spécifiques. Les processus qui s'y déroulent (p.ex. devraient correspondre de façon optimale à un haut-marais. Les conformation de tourbe) évoluent ditions d'une régénération du haut-marais (haut-marais en développe- très lentement. Les interventions ment) seront créées par l'éviction des espèces atypiques et la réhy- des 20 à 30 dernières années et dratation (voir fig. 6). leurs conséquences ne peuvent 2 pas être éliminées d'un jour à MANUEL Cela implique que le niveau de l'eau du marais soit élevé à moyen l'autre. L'évolution réussie de CONSERterme aussi près que possible de la surface et que des conditions de VATION réaménagements naturels peut DES se bloquer très rapidement MARAIS lumière optimales pour la croissance des sphaignes soient créées. En EN (mois - année). La période né- SUISSE conséquence, les arbres croissant sur l'éminence couverte par le hautcessaire au succès d'une régénémarais et jusque dans la zone de ceinture devraient être nettement ration (système autorégulateur moins nombreux mais en revanche conformes à la station (pins de avec faune et flore typiques de montagne). haut-marais) est de l'ordre de plusieurs décennies.

Fig. 6: Buts de développement pour les différentes parties du marais de Bramenegg (échelle env. 1:5'000).

r.:-:l Surface de marais ouverte ~ sans entretien régulier

~ Surface de marais ~ ouverte, entretien éventuellement nécessaire

Forêt de tourbière clairsemée, forêt marécageuse

Sylviculture proche de la nature

'* Panneau d'information ou de réserve naturelle

Limite de la réserve naturelle /- Sentier à supprimer l 1' - Sentier à relier

•

5 MESURES ET CONCRETISATION

Les mesures proposées peuvent être résumées comme suit:

  • Assainissement de l'hydrologie du marais: Le niveau de l'eau doit être amené sur de grandes surfaces à portée des sphaignes, afin de permettre une croissance optimale de celles-ci. Si la pente du marais ou d'une partie de celui-ci est inférieure à 1 %, la construction de barrages s'avère judicieuse (SCHNEEBELl/FLÜHLER, 1991; SCHNEE- BELl, 1991). Lorsque la pente est supérieure à 1 %, il est préférable de combler par étapes les fossés de drainage au moyen p.ex. de glaise dans la strate minérale et de tourbe dans la strate organique.

  • Evacuation des arbres non en station - Contrôle et suppression de l' em broussaillement

  • Création de bandes boisées riches en espèces en bordure du hautmarais (avec des passages et des corridors pour les petits animaux)

  • Canalisation des piétons par un tracé de chemins adapté en dehors du haut-marais

  • Contrôle de l'efficacité des mesures prises et adaptation éventuelle des interventions. Depuis la fin de la planification, diverses mesures ont été réalisées: Quelques zones ont été fortement éclaircies durant l'hiver 1991/92. Quelques baliveaux fournissent encore une légère ombre aux endroits libres de végétation. Le bois abattu a été brûlé sur des bâtis en bois recouverts de tôle ondulée et les cendres déposées en dehors de la réserve. De cette manière, il a été possible d'éviter des dommages à la couverture végétale et à la tourbe et un apport de substances nutritives. Cinq barrages d'un volume d'env. 1 m3 chacun (glaise) ont été érigés durant l'hiver 1992/93 et se sont révélés efficaces. Le volume de travail nécessaire s'est monté à 80 heures (biologiste, forestier, forestierbûcheron, apprentis). Les barrages ont été mis en place dans des fossés en bordure. Ils servent de "ponts" au petit transporteur muni de chenilles pour accéder aux autres chantiers de la zone centrale. Deux grandes surfaces en bordure ont été éclaircies en mars 1993 (quelque 50 heures). Le service forestier de la corporation d'Oberageri a exécuté ces travaux dans le cadre de ses engagements réguliers dans les réserves naturelles. A la fin du même mois, deux classes de l'école secondaire d'Oberageri ont débroussaillé différentes surfaces et évacué les branches restant de l'éclaircie précédente. Enfin, un groupe de travail de cinq adultes a terminé les travaux de nettoyage

en quatre jours dans le cadre d'un programme d'occupation.

2.3.1 Du fait des conditions atmosphériques, aucun travail n'a été réalisé durant l'hiver 1994/95. En 1995/96, deux fossés d'une pente inférieure à 1 % ont été barrés et une partie d'un fossé profond pénétrant loin dans le sous-sol minéral a été comblée avec de la glaise. Cette glaise a ensuite été recouverte avec la tourbe déblayée au préalable et avec la végétation du fossé soigneusement prélevée. En outre, les éclaircies ont été poursuivies.

MANUEL CONSER· 6 EXPERIENCES ET CONCLUSIONS VATION DES MARAIS EN SUISSE

6.1 Conditions importantes

Pour réaliser un tel projet, il faut des autorités entreprenantes. L'élaboration du projet exposé a été lancée par les responsables cantonaux de la protection de la nature. Ceux-ci ont mis en route la concrétisation et poursuivi le projet d'une manière conséquente. L'accord du propriétaire du sol, la corporation d'Oberageri, était aussi important. L'information précoce et la participation des personnes concernées ont beaucoup contribué au succès du projet jusqu'ici. La Confédération a également apporté son soutien en subventionnant les coûts d'élaboration du projet.

6.2 Planification

L'utilisation de photos aériennes anciennes et actuelles est recommandée. Si un vol est nécessaire pour se procurer de nouvelles vues, il faut veiller à un recouvrement entre 60 et 85 %.

Le système de drainage doit être relevé avec précision. A cet effet, il est important de mesurer les niveaux de l'ensemble de la zone, et en particulier la pente des fossés de drainage. En outre, le tracé et la profondeur des fossés et le sous-sol doivent être connus afin de déterminer les volumes et qualités des matériaux de remblayage. Etant donné l'ampleur des surfaces où l'arrachage du rajeunissement d'épicéa avait été proposé dans l'aire forestière, la question de principe de la nécessité d'un boisement de compensation s'est posée. Un règlement clair a pu être trouvé en collaboration avec l'Inspection

cantonale des forêts. Etant donné que les hauts-marais intacts des Préalpes sont le plus souvent faiblement boisés, la région de Brame- Principes pour la planification et negg pourra être considérée comme surface forestière même après la la réalisation de projets de régénération réalisation des mesures proposées. Le boisement est effectivement moins dense, mais en revanche en station, et sa structure est typique. Les expériences réalisées En conséquence, une autorisation de défrichement n'est pas néces- jusqu'ici dans le cadre du projet de régénération du haut-marais saire et donc un boisement de compensation non plus. de Bramenegg permettent d'énoncer quelques principes Il va de soi que les critères hydrauliques doivent être suffisamment généraux pour la planification et pris en considération lors de la construction des barrages, en particu- la réalisation de projets analogues. lier en ce qui concerne la stabilité de l'ouvrage et son ancrage dans • Faire appel à des spécialistes l'environnement (critère de filtre). Si la hauteur des barrages dépasse • Information et participation 1 m, la pression résultante est déjà élevée. En pareil cas, il faut faire précoce de toutes les personnes concernées appel à des personnes compétentes en constructions hydrauliques. • Examen de la situation juridique et garantie du financement Chaque engagement doit être bien préparé afin que les travaux puissent • Création des conditionscommencer dès que les conditions atmosphériques sont adéquates cadre pour un processus de régénération de longue durée (p.ex. sol gelé), la période favorable étant souvent de courte durée. • Mise en place de possibilités de contrôle du succès et prise en considération des modifications de projet

6.3 Réalisation des mesures

L'acquisition et le transport de matériaux de construction appropriés nécessitent une attention particulière. Pour le présent projet, il a été possible de trouver un transporteur qui a fourni gratuitement un matériau imperméable approprié (glaise), du fait qu'il pouvait ainsi économiser des coûts de mise en décharge. L'acquisition de tourbe doit être examinée très sérieusement et ne doit pas entraîner de nouvelles atteintes. Dans le cas qui nous occupe, l'exploitation de tourbe en vue de remplir les fossés n'est pas envisageable dans la zone elle-même, du fait de la situation en ensellement et de la faible épaisseur de la tourbe. Un dépôt intermédiaire ou un site d'exploitation très proche du futur chantier s'avère avantageux. La glaise peut être stockée sans problème pendant de longues périodes à l'ombre et couverte (plastique, géotextile ).

Les travaux devraient être entrepris autant que possible lorsque le sol est gelé ou au moins pendant le repos de la végétation, afin de réduire les dégâts au sol et à la végétation. En outre, les écoulements d'eau sont généralement moindres en hiver, ce qui simplifie les travaux et améliore les chances de succès.

2.3.1 Lutilisation d'Lille brouette à chenilles el la mi e en place de planche (dans le ca particulier posées sur le nombreu es branches d épicéa disponible) ont fait leur preuves.

] faut commencer la con truction de barrages ou le comblement des fossés dan les urfaces centrale ou les plu élevée afiJ] que la retenue de eaux n entrave pa les tra.vaux ultérieur ou le rende même impossibles.

Le bai 1 branches coupée' doivent tre évacué d la zone. Si Je A MANUEL urCaces ont particulièremenl en ible! all piétinement, il e t préfé- CONSERrable de brOler sur place plutôt que d'évacuer. TI fa ut toutefoi aména- VATION DES MARAIS ger de: foyers 'péciaux à cet effet. Le cendre devront être débarra - EN SUISSE ées.

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KARIN MARTI j ANDREAS KEEL

Régénération de bas-marais dans les anciens bras morts de la GlaH (RümlangjOberglatt, ZH) 2.3.2 1 SITUATION INITIALE

Le concept global de protection de la nature du canton de Zurich formule des directives pour la protection des espèces, des habitats et du paysage dans le canton. Les marais font partie des habitats les plus précieux, indispensables à la conservation de nombreuses espèces animales et végétales. Le canton de Zurich assume une responsabilité particulière pour la préservation de plusieurs espèces de bas-marais, ainsi que des prairies à molinie, grandes cariçaies et marais de transition, du fait que la plupart des 2 MANUEL associations de ce type en Suisse se trouvent dans le canton. En dehors CONSERde la conservation de la surface des marais (1858 ha), il faut également VATION DES MARAIS favoriser la régénération des surfaces marécageuses endommagées et EN SUISSE élargir certains marais choisis en y intégrant d'anciennes surfaces marécageuses et à exploitation extensive (quelque 1500 ha; KUHN et al., 1992). Les anciens bras morts de la Glatt dans les communes de Rümlang et Oberglatt forment une étendue de prairies maigres et de bas-marais par endroits entrecoupés de peuplements forestiers d'aspect naturel, un des plus précieux paysages d'anciens cours d'eau du canton de Zurich. Les bas-marais GstOck / Ifang et Schlosswinkel / Peterli sont inscrits comme objets 852 et 853 à l'inventaire des bas-marais d'importance nationale. En 1970, les zones humides de la rive droite (objet 852 et parties de l'objet 853) ont été mises sous protection et 1986 vit le tour de la zone humide Giessen / Solachten (partie de l'objet 853, voir fig. 1). La cartographie des zones humides en 1976 et 1990 a montré que des parties intensément exploitées bordaient les précieux biotopes de bas-marais dans la zone protégée. Les améliorations foncières d'Oberglatt de 1982 ont été l'occasion pour les pouvoirs publics d'acquérir de grandes parties de la zone protégée. Les conditions pour une amélioration de cette zone ont ainsi été données.

310.710.9821 250 4.02 1

Fig. 1: Situation de la réserve. Source: Inventaire fédéral des basmarais d'importance nationale.

2 RESULTATS DU RELEVE DE SITUATION

Au cours des années 1987 à 1990, la végétation, la flore, le régime des eaux et la composition chimique du système hydrologique de la réserve ont été étudiés. En 1991, des bases faunistiques ont été récoltées et les données hydrologiques complétées. Le périmètre de la réserve et les dépressions de terrain ont été mesurées et piquetées. Les surfaces des mesures d'aménagement ont été déterminées sur cette base (ARGE GLATIALTLÂUFE, 1991; BGU, 1987-89). Les principaux résultats de ces études peuvent être résumés comme suit: Sol: Selon les analyses de sol, une couche d'humus de 20 à 30 cm recouvre une couche continue de matériaux à granulométrie fine (argile limoneux à limon argileux). La perméabilité du sol est estimée à 10-4 cmls au maximum sur les alluvions les plus grossières.

2.3.2 Hydrologie: Les variations de la nappe phréatique sont saisonnières, avec un minimum en été et un maximum en hiver. Composition chimique de l'eau: Les teneurs en orthophosphates varient entre 0 et 600 /lg/l, celles en nitrates entre 0 et 2 mg/l. Les teneurs en substances nutritives dans les bras morts sont en général plus élevées que dans la nappe phréatique. En conséquence, il paraît improbable que des substances nutritives en provenance des cultures intensives qui entourent la réserve pénètrent dans celle-ci. Certaines valeurs très élevées sont attribuées à l'exploi- MANUEL tation agricole à l'intérieur de la réserve. CONSER- Faune: VATION DES MARAIS La région est considérée comme constituant un habitat de grande qua- EN SUISSE lité, mais fortement perturbé, pour les mammifères (chevreuil, lièvre, renard, blaireau, hermine, belette, hérisson, martre et rarement putois et sanglier). L'habitat est considéré comme trop petit et isolé pour certaines espèces. 56 espèces d'oiseaux nicheurs ont leur territoire dans la région, dont 18 sont indicatrices ou figurent dans la liste rouge (e.a. grèbe castagneux, poule d'eau, pipit des arbres, pic cendré, pic épeichette, mésange à longue queue, loriot d'Europe, locustelle tachetée). Cette riche faune avienne résulte de la mosaïque de roselières et prairies maigres, bras morts, végétation riveraine, zones buissonnantes, bosquets à l'allure de parcs et zones boisées avec vieux peuplements de feuillus variés à quantité élevée de vieux bois et de bois morts. A côté des lézards vivipares et orvets fragiles et, aux endroits plus secs, des lézards agiles, la région renferme une population importante de couleuvres à collier. Les buissons, les haies et les lisières de forêt bien exposées offrent des abris et des places de repos ensoleillées à cette espèce. Les grenouilles vertes constituent la base de son alimentation. La réserve abrite une population d'amphibiens riche en espèces comprenant grenouille rousse, crapaud commun, crapaud calamite, rainette verte, grenouille verte, petite grenouille verte, grenouille rieuse, sonneur à ventre jaune et triton alpestre. Les populations de certaines espèces sont toutefois très modestes. La réserve se caractérise par une faune de libellules, de papillons et de criquets variée, avec quelques espèces remarquables. Des échantillons

prélevés dans 6 cours d'eau différents ont révélé la présence de 13 espèces d'escargots et de coquillages.

.'

3 CONCEPT D'ENTRETIEN ET D'AMENAGEMENT

Un concept d'entretien et d'aménagement a été élaboré pour l'ensemble de la réserve en se fondant sur les bases relevées (ARGE GLATI- ALTLÂUFE, 1991). Le concept poursuit l'objectif de conserver ou de reconstituer les biotopes typiques des rivières et des zones humides avec leur faune et leur flore. Les atteintes seront éliminées. La mise en œuvre des objectifs se fera par les mesures suivantes:

  • Débroussaillement et entretien des biotopes existants;

  • Développement de forêts d'aspect naturel et richement structurées;

  • Aménagement de pièces d'eau libre;

  • Inondation de parties de forêts;

  • Régénération de tronçons de bras morts atterris;

  • Extensification de l'exploitation agricole à l'intérieur de la réserve.

Les objectifs pour la régénération des bas-marais dans la réserve naturelle "Altliiufe der Glatt" (Bras morts de la Glatt) ont été concrétisés:

  • Extension de la surface des bas-marais typiques de la région;

  • Liaison de surfaces de bas-marais isolées;

  • Liaison de bas-marais avec des zones d'étangs (création de mosaïques de biotopes);

  • Développement de types de végétation oligotrophes: prairies à molinie acides et basiques, grandes cariçaies mésotrophes;

  • Elargissement de l'habitat de certaines espèces rares comme le carex de Hartman (Carex hartmanii).

2.3.2 4 ESSAIS DE REGENERATION DE BAS-MARAIS ET DE PRAIRIES MAIGRES

Parmi les premières mesures initiées en 1986 déjà, il Y a les essais de Fig. 2: Plan d'ensemble des mesures régénération de bas-marais et de prairies maigres (DICKENMANN de régénération et d'entretien. Situation des placettes d'observation et al., 1997). Le processus suivant a été choisi en fonction des objectifs, permanentes. de la topographie et de la situation de la région (voir encadré "Possibi- Source: DICKENMANN et al. lités de régénération des bas-marais" et fig. 2): (1997)

CI) Surface d'amaigrissement, fau- 2 che deux fois par an à partir du MANUEL 15 juin 11er septembre CONSER- VATION CD Enlèvement de la couche super- DES MARAIS EN ficielle du sol, développement SUISSE spontané, fauche après le 1er septembre ® Enlèvement de la couche superficielle du sol, ensemencement direct, fauche après le 1er septembre @ Enlèvement de la couche superficielle du sol, ensemencement direct, fauche deux fois par an à partir du 15 juin 11er septembre Œ) Semis avec mélange de graines VOLG, fauche deux fois par an à partir du 15 juin 11er septembre @ Fauche après le 1er septembre, roselière existante, riche en espèces (j) Fauche après le 1er septembre, surfaces de régénération ® Fauche deux fois par an à partir du 15 juin 11er septembre ® Fauche tous les 2 ans après le 1er septembre ® Nouvelles pièces d'eau @ Surfaces débroussaillées, fauche dans la mesure du possible • Placettes d'observation permanentes 1-34

Prairies grasses et ancienne pépinière:

  • Amaigrissement d'une prairie grasse par deux fauches par an et Possibilités de régénération des renoncement à l'engraissement; bas-marais:

  • Enlèvement de la couche superficielle du sol et abaissement du

  • Amaigrissement (KAPFER, niveau à différentes profondeurs (5-10 cm), évacuation de la terre 1988; SCHIEFER, 1984; riche en substances nutritives; PFADENHAUER et aL, 1987);

  • Accumulation d'eau, p. ex.

  • Ensemencement des surfaces dénudées par épandage des végétaux par des barrages ou par le comfauchés dans des roselières et prairies maigres de stations compara- blement des drainages bles proches; • Elévation du niveau de la

  • Ensemencement des surfaces dénudées avec un mélange de graines nappe phréatique, inondations périodiques, régulation du d'espèces indigènes provenant du commerce; niveau à l'aide de pompes

  • Développement d'une végétation spontanée sur les surfaces dénu- (KLOTZLI,1989); dées; • Enlèvement de la couche superficielle du sol;

  • Semis de quelques plantes rares.

  • Remblayage (p. ex. d'une décharge en bas-marais) Dans la zone de l'ancienne pépinière, l'entretien se concentrera sur le • Ensemencement, semis, épandage de plantes fauchées sarclage d'espèces problématiques, comme le cirse des champs (Cir- (MAAS, 1988); sium arvense), le solidage tardif (Solidago serotina), le roseau (Phrag- • Transplantation (KLOTZLI, mites australis), le rumex à feuilles obtuses (Rumex obtusifolius) et les 1987). espèces ligneuses.

Bas-marais avec peuplement de solidages (depuis 1992):

  • Réduction des solidages par des essais de fauche (surfaces à une et à deux coupes);

  • Réduction des solidages par extraction des racines.

2.3.2 5 SUIVI

5.1 Procédé

24 placettes d'observation permanente de 5x5m ont été mises en place en 1986 et 10 autres en 1992. 7 placettes ont servi de référence dans des prairies maigres (Stachyo-Brometum) et des prairies à molinie (Stachyo-Molinietum) intactes. Les autres placettes, réparties entre les prairies grasses et l'ancienne pépinière, ont servi au suivi des mesures MANUEL de régénération. CONSER- VATION DES MARAIS Les relevés de végétation répétés chaque année entre 1986 et 1996, EN SUISSE respectivement entre 1992 et 1996, ont été interprétés à l'aide de l'ensemble de programmes MULVA-5 (DICKENMANN et al., 1997).

5.2 Résultats

  • La végétation reste plus ou moins constante dans les surfaces de référence.

  • Amaigrissement: Après 14 ans sans engrais, les surfaces d'amaigrissement restaient relativement pauvres en espèces et ne comportaient que quelques espèces précieuses au niveau de la protection de la nature.

  • Enlèvement de la surface du sol sans ensemencement: Une végétation riche en espèces et précieuse pour la protection de la nature, mais pas encore stable, s'est développée après 2 à 4 ans sur les surfaces dénudées (voir fig. 3). Après 10 ans, une grande partie des espèces caractéristiques des biotopes s'étaient installées. L'évolution s'orientait vers l'état visé (surfaces de référence). L'observation de la végétation se poursuit.

  • Enlèvement de la surface du sol avec ensemencement: Une végétation précieuse au niveau de la protection de la nature s'est installée plus rapidement sur les surfaces ensemencées que sur les autres (voir fig. 4). Au cours du temps, ces différences se sont atténuées du fait que les espèces en provenance des surfaces voisines et ensemencées ont été amenées par le vent dans celles qui n'avaient pas été ensemencées. Des différences minimes de la composition des espèces ont été constatées sur les surfaces ensemencées par l'épandage de plantes fauchées, ces différences découlant de la provenance de ces plantes.

Fig. 3: Ancienne pépinière 1989. Placette 17 (développement spontané de la végétation), 3 ans après le début de l'essai. Source: DICKENMANN et al. (1997).

..'. .

Fig. 4: Ancienne pépinière 1989. Placette 16, 3 ans après l'ensemencement. La différence par rapport à la placette 16 est grande. Source: DICKENMANN et al. (1997).

  • Les placettes d'observation sur les anciens champs cultivés comportent moins d'espèces que celles situées sur d'anciennes prairies grasses. Sur les surfaces de champs dont la surface avait été enlevée et qui ont été ensemencées au moyen de graines, les espèces de prairie maigre ont disparu au bout de quelques années et une prairie grasse s'est installée.

  • Solidages: Les solidages ont fortement régressé après 4 ans dans les surfaces fauchées deux fois par an. La vitalité des solidages restants était faible. En revanche, la canche gazonnante (Deschampsia caespitosa) et le carex faux-carex-aigu (Carex acutiformis) se sont propagés. Dans les surfaces à fauche unique, le solidage n'a que faiblement

2.3.2 régressé et la composition de la végétation est restée à peu près constante. Dans les surfaces dans lesquelles les solidages ont été déracinés (enlèvement de quelques centimètres de sol superficiel), une prairie maigre riche en espèces s'est développée. • Semis de plantes rares: L'œnanthe de Lachenal (Oenanthe lachenalii), le laser de Prusse (Laserpitium prutenicum) et l'ail anguleux: (Allium angulosum) entre autres ont pu être réintroduits avec succès par semis. La mise en place de nouvelles populations d'inule de Suisse (Inula helvetica) est également très importante, vu que cette espèce est fortement menacée dans l'ensemble de l'Europe centrale. 2 MANUEL CONSER- Des espèces très rares sont aussi apparues spontanément, comme la VATION DES MARAIS germandrée d'eau (Teucrium scordium) dans une surface dénudée et EN SUISSE l'isolépis sétacé (Schoenoplectus setaceus) dans une surface débroussaillée.

Les objectifs fixés en vue de la régénération des bas-marais ont été atteints au moins en partie. La surface des bas-marais a été agrandie et les différents objets sont reliés entre eux. Des types de végétation principalement oligotrophes ont été développés surtout sous forme de prairies à molinie. La dominance du solidage a pu être corrigée, ce qui a amené une amélioration qualitative. L'enlèvement du sol superficiel a créé des conditions de germination optimales (sol plus humide, faible teneur en substances nutritives, absence de concurrence initiale) et a permis à quelques espèces rares d'être réintroduites par semis. Etonnamment, quelques espèces rares se sont même installées spontanément.

6 AUTRES CONSTATATIONS RELATIVES A LA REGENE- RATION DES BAS-MARAIS

La régénération de bas-marais fortement perturbés peut en principe se réaliser de deux manières: D'après PFADENHAUER et al. (1987), l'extensification de l'exploitation, l'amaigrissement par prélèvement de substances, la succession non perturbée et l'humidification par bouchage de fossés font partie des mesures dites douces. Ces mesures sont relativement simples et peu coûteuses, mais le développement de la végétation dans la direction souhaitée ne survient qu'après plusieurs décennies. Les mesures dites dures, comme l'enlèvement de la couche superficielle du sol, les remblayages, l'aménagement du relief à l'aide de machines de chantier et les plantations dans les marais ont un impact direct sur la station. La mise en œuvre de telles mesures est coûteuse. En revanche, les premiers résultats positifs se constatent après quelques années déjà. Les espèces pionnières en particulier peuvent être assez rapidement favorisées. Cependant, des soin s'avèrent généralement nécessaires pendant quelques années pour soutenir l'évolution souhaitée et éliminer les éléments perturbateurs. Cela implique une surveillance de la dynamique de la végétation.

6.1 Résultats d'essais d'amaigrissement dans la littérature

Le succès des essais d'amaigrissement dans les anciennes prairies à litière transformées en prés à fourrage intensifs dépend en premier lieu de la végétation initiale (proportion de plantes de pré à litière encore présentes), ainsi que de la durée et de l'intensité de l'exploitation ou encore des éventuels drainages. KAPFER (1988) a montré que lorsque des molinies et des petites laîches sont présentes dans une prairie grasse peu intensivement exploitée, un rétablissement est possible en quelques années (1-5). Une fauche estivale supplémentaire augmente le prélèvement de substances mais n'accélère pas la transformation. Lorsqu'aucune plante de pré à litière n'est présente dans la végétation initiale, la possibilité d'une complète régénération est compromise. Les sols organiques de bas-marais engraissés peuvent être amaigris dans l'espace de 1-5 ans par des fauches répétées et l'évacuation des matériaux, tandis que les sols de bas-marais imperméables (argileux et limoneux) ne dénotent une diminu,tion des substances nutritives qu'à moyen terme (10-15 ans). KAPFER (1988) recommande d'adapter le

2.3.2 nombre de coupes par année au rendement en vue d'un amaigrissement: 3 fauches pour des rendements> 6 t MS/ha, 2 fauches pour 4-6 t MS/ha et 1 fauche pour < 4 t MS/ha (voir aussi SCffiEFER, 1984; PFADENHAUER et al., 1987). Dès que des plantes de pré à litière se développent, il faut adapter le régime de coupe du fait qu'elles ne supportent généralement pas d'être fauchées plusieurs fois. Bien qu'EGLOFF (1985) indique que la molinie (Molinia coerulea) a supporté d'être fauchée 3 fois pendant 3 ans, on ne peut pas en tirer des conclusions pour d'autres espèces. Au 1ge siècle, lorsque la litière était encore un matériau apprécié, STEBLER (1886) a décrit de quelle MANUEL manière les prés à litière pouvaient être installés. La molinie peut être CONSERcultivée par semis, tandis que le roseau (Phragmites australis), l'alpiste VATION DES MARAIS roseau (Phalaris arundinacea), divers carex (Carex sp.), les joncs EN SUISSE (Juncus sp.) et scirpes des forêts (Scirpus silvaticus) peuvent se reproduire par transplantation de racines.

6.2 Coût de l'enlèvement de )a couche superficielle du sol

Tab.1: Coût de l'enlèvement de la couche superficielle du sol (indica- Le tableau suivant indique les coûts pour l'enlèvement de la couche tions de Monsieur Peter Fritschi, superficielle du sol dans des cas comparables au projet. architecte du paysage, Mëlllchaltorf).

Objet Enlèvement de Transport de Transport d'humus Prix moyen par l'humus, y c. char- l'humus sur des souillé à la décharge unité de surface gement sur véhicule surfaces agricoles de l'entrepreneur totale

Riediker- Ralliker Fr.0.80Im2 Les frais de transport Fr. 3.501m2 Fr.1.08/m2 Riet (Uster, Monchaltorf) ont été pris en charge par les agriculteurs.

Hoperenriet (Uster) Fr.3.-lm2 Fr.1.601m2 Fr. 4.90/m2 (env. 15% Fr. 5.l0/m2 de l'humus total)

Werriker-Glattenriet Fr.1.80/m2 Fr.1.-lm2 Fr. 4.-/m2 (env. 20% Fr. 3.40/m2 (Uster) de l'humus total)

7 CONCLUSIONS

  • Le. es ai de régénération de bas-marais montrent Les meilleurs ré ultat lorsque l'on enlève la couche superficielle du 01 et que lon réensemence directement avec des matériaux fauchés ur d tations comparables, L'enlèvement d'une couche de 5 à 10 cm de terre est suffisant pour les ancienne prairies grasse, Dans le cas d anciens champs cultivés, cette mesure n amène pas de résultats atisfaisants, Dans les premières années après la régénération, il est j'ecommandé de sarcler les espèces problématiques, ce qui permet de réduire le coût de l'entretien ultérieur. , , '.

  • Il est inutile cIe semer un mélange pour prairie maigre sur de ' ols riches en substance tll.l.tritives, Après peu de temps les espèces de prairie maigre ont étouffée par de e pèces de prairie gras e,

  • L'amaigrissement d'une prairie gra e par deux fauches annuelle, e réalise très [entemen , même i la uJface e t entourée de prés à litière riche en e p ce ,

  • Le lidage peut être rédui.l par une double faucbe, Une fauche précoce peut tout fois 'avérer pl' blématique pour la faune, j bien qu il faut procéder à une pesée des intérêts, Les résultats en ce qui concerne les olidages ont meilleur dans le w'face dénudée avec ensemencement direct que dan les urfaces ù Ion se limite à la faucbe,

Malgre les uccès rencontrés jusqu'ici dan les essai de régénéra lion, un marais régénéré n constitue pas un remplacement équivalent à un marai 'ntact qui s'e t développé llaturellement.

2.3.2 BIBLIOGRAPIDE KUHN, U. / MEIER, C. / NIEVER- ADRESSE DES AUTEURS GELT, B. / PFÀNDLER, U. (1992): Naturschutz-Gesamtkonzept für den AR GE GLATIALTLÀUFE Karin Marti Kanton Zürich. Entwurf im Auftrag (AMBIO, AQUATERRA, topos des Regierungsrates. 240 S. DICKENMANN R; 1991): Pflege- Idastrasse 24 und Gestaltungskonzept. Kantona- 8003 Zurich MAAS, D. (1988): Keimung und les Naturschutzgebiet "Almiufe der Etablierung von Streuwiesenpflan- Glatt". Gemeinden Oberglatt und Andreas Keel zen nach experimenteller Ansaat. Rümlang. 35 p. + annexe (non Amt für Landschaft und Natur Natur und Landschaft 63(10): publié). Fachstelle Naturschutz 411-415. BGU (1987-89): Vegetationskundli- PFADENHAUER, J. / KAPFER, Stampfenbachstrasse 17

8090 Zurich 2

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