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Conservation des marais - Eléments de base

Fachliche Grundlagen Eléments de base Elementi di base

REDACTION

Définitions 2.1 L'homme côtoie et utilise les marais depuis longtemps. Rares sont Manuel donc les marais sans nom. Les toponymes offrent beaucoup de Conservation des marai en Suisse l particularités régionales. 1/1994 Plus tard, le développement de la recherche, qui concerne souvent des objets ou des points de vue particuliers, n'a pas réussi à s'affranchir complètement des contraintes régionales. Il n'est donc pas étonnant que le terme marais soit utilisé dans différents sens. Ceci explique notamment certaines difficultés de compréhension lors de la mise en consultation des inventaires fédéraux. La mise en application de la protection des marais, qui est une tâche nationale, nécessite une utilisation Uhüotme des termes et le renonce- , MANUEL CONSERment aux définitions régionales ou sectorielles. VATION DES MARAIS Les contributions suivantes sont destinées à fixer les bases d'une défi- EN SUISSE nition commune à l'échelle nationale de certains termes.

(

KARIN MARTI

Concepts «haut-marais», «bas-marais», • #

«site marecageux» 2.1.1 1 MARAIS - BIOTOPES MARQUES PAR L'EAU

Les marais sont des espaces vitaux (biotopes) gorgés d'eau, de façon temporaire ou permanente. En effet, leur sous-sol peu perméable entrave l'écoulement de l'eau; cela conduit à un manque d'oxygène dans le sol, qui à son tour empêche la décomposition des plantes mortes. Il en résulte une accumulation de matière organique qui peut se transformer ensuite en tourbe.

On distingue divers types de marais, depuis le haut-marais à l'un des MANUEL extrêmes, jusqu'au bas-marais à l'autre extrême. Le marais de transi- CONSERtion (ou intermédiaire) se situe entre haut-marais et bas-marais. VATION DES MARAIS EN SUISSE En dehors des marais proprement dits, il existe encore d'autres biotopes à groupement végétaux liés à l'humidité, qu'il faut distinguer des marais, tels les forêts riveraines, les groupements végétaux submergés et à feuilles flottantes, ainsi que les groupements fontinaux.

Fig. 1 : Séquences de genèse et de développement des hauts-marais et bas- marais suivant différentes conditions topographiques naturelles de départ: 1: marais d'atterrissement de lacs 2: marais d'engorgement sur couches imperméables 3: hauts-marais typiquement bombés des cuvettes de lacs ou de fronte de glaciers 4: marais de transition avec complexes de buttes / gouilles 5: marais d'inondation en zone riveraine alluviale 6: hauts-marais d'ensellement

eau

développement

tourbe de bas-marais et de marais fontinal tourbe de marais de transition et de hautmaraIS sous-sol minéral imperméable

Source: selon KAULE (1986), modifié.

2.1.1

1.1 Hauts-marais

Les hauts-marais (synonyme de tourbières hautes ou bombées) sont des marais exclusivement alimentés par les eaux provenant des précipitations atmosphériques. A la suite de leur croissance en hauteur, la surface des hauts-marais est en effet isolée des influences de l'eau du sous-sol. Ainsi, les plantes des hauts-marais, enracinées dans les couches supérieures du sol de tourbe, tirent leurs substances nutritives uniquement des eaux météoriques et de l'air.

Constituantes principales de la végétation des hauts-marais, les , MANUEL CONSERsphaignes jouissent d'une capacité de rétention hydrique exception- VATION DES MARAIS nelle ; elles excrètent par ailleurs de forts acides. Il n'existe guère que EN SUISSE quelques spécialistes parmi les espèces végétales qui soient adaptées à ces Conditions nutritives extrêmes et frugales. Les hauts-marais constituent ainsi leur unique espace vital (voir fig. 2).

L'accumulation de tourbe dans les hauts-marais est un processus extrêmement lent. En Suisse, on observe une croissance en hauteur d'environ 1 mm par an. Ainsi un haut-marais possédant quelques mètres de tourbe révèle un âge plusieurs fois millénaire.

1.2 Bas-marais

Les bas-marais sont alimentés, en plus des eaux météoriques, par d'autres eaux un peu plus riches en éléments nutritifs, telles les eaux phréatiques, les eaux de pente, les inondations temporaires.

La végétation des bas-marais reflète les différentes propriétés chimiques et les fluctuations du niveau de l'eau; elle est de ce fait plus productive et plus diversifiée que celle des hauts-marais.

.'

2 CRITERES D'ADMISSION DANS LES INVENTAIRES DES MARAIS

2.1 Conditions d'admission

Les biotopes de hauts-marais et de bas-marais, dont la Confédération a fait dresser l'Inventaire dans le cadre de l'application de la protection des biotopes, ont été retenus sur la seule base de leur peuplement végétal.

Conditions d'admission dans l'Inventaire des hauts-marais (voir GRÜNIG et aL, 1986):

  • Présence de sphaignes (Sphagnum sp.).

  • Présence en outre d'au moins 1 des 4 plantes vasculaires caractéris- Fig. 2: Espèces typiques des hautstiques des hauts-marais (andromède à feuilles de polium, Andro- marais meda polifolia; canneberges, Vaccinium oxycoccos / microcarpum; rossolis à feuilles rondes, Drosera rotundifolia; linaigrette engai- 1 Canne berge à 4 pétales (Vaccinium oxycoccos); 2 Linainante, Eriophorum vaginatum, voir fig. 2) ou 3 des 17 espèces grette engainante (Eriophorum vivant dans les hauts-marais. La liste de ces espèces a été établie vaginatum); 3 Rossolis à feuilles pour l'ensemble de la Suisse (voir annexe 1). rondes (Drosera rotundifolia) ;

4 Andromède à feuilles de polium

• Etendue de haut-marais d'au moins 625 m2 d'un seul tenant. Cela (Andromeda polifolia) correspond à 1 mm2 sur les cartes nationales de la Suisse à l'échelle 1:25'000 ayant servi de base à la cartographie. Source: HESS et al. (1976-80)

2 3 4

2.1.1 Conditions d'admission dans l'Inventaire des bas-marais: Fig. 3: Choix d'espèces des bas- • Présence de 10 espèces des bas-marais sur 20 m2, ou recouvrement marais

des espèces de bas-marais supérieur à celle des autres espèces. La Roselière: 1 Roseau (Phragmites liste des espèces de bas-marais a été établie pour l'ensemble de la australis); 2 Massette à larges Suisse (voir annexe 2). feuilles (Typha latifolia)

• Etendue de bas-marais d'au moins 1 ha.

, Marais à grandes laiches: 3 Laiche élevée (Carex elata); 4 Laiche vésiculeuse (Carex vesicaria)

MANUEL CONSER- VATION DES MARAIS EN SUISSE

2 4

Bas-marais alcalin: 5 Laiche de Bas-marais acide: 9 Laiche hérisson Davall (Carex davalliana); 6 Prime- (Carex echinata = C. stellulata); 10 vère farineuse (Primula farinosa); Violette des marais (Viola palustris); 7 Linaigrette à feuilles larges (Erio- 11 Laiche brune (Carex fusca = C. phorum latifolium); 8 Tofieldie caly- nigra) culée (Tofieldia calyculata) Marais de transition: 12 Comaret ou potentille. des marais (Pontentilla palustris ~ Comarum palustre);

13 Trèfle d'eau (Menyanthes

trifoliata)

2.1.1

Prairie à molinie : 14 Iris de Sibérie , MANUEL (Iris sibirica); 15 Molinie bleue CONSER- (Molinia caerulea); 16 Inule à VATION DES feuilles de saule (Inula salicina) MARAIS EN SUISSE Prairie humide et mégaphorbiaie:

17 Reine des prés (Filipendula

ulmaria); 18 Crépide des marais (Crepis paludosa); 19 Populage des marais (Caltha palustris)

16 Source: HESS et al. (1976-80)

2.2 'J.Ypes de végétation

Dans le cadre des Inventaires, plu ieurs unités de végétation ont été distinguées. Dans l'Inventaire des haut -marais, on a carlographié les unités de végétation suivantes: 1 végétation de butte 2 végétation de gouilles 3 pinède de tourbière 4 végétation de combe d'écoulement 5 boulaie et pessière de tourbière 6 végétation mixte de tombière Les unités de végétation 2 et 4 correspondent aux marai de lransition (Scheuchzerietalia), les autres aux hauts-marais (Oxycocco-Sphagnetea).

Dans l'Inventaire des bas-marais, on a estimé le recouvrement respectif des unités de végétation suivantes, sans les cartographier: 1 roselière (Phragmilion) 2 marais à grandes laiches (Magnocaricion) 3 bas-marais alcalin (Caricion davallianae) 4 bas-marais acide (Caricion nigrae) 5 prairie humid et mégaphorbiaie (Calthion et Filipendulion) 6 prairie à molinie (Molinion) 7 marais de transition (Scheuchzerietalia)

2.1.1 3 DEFINITION DU SITE MARECAGEUX

3.1 Paysage marqué par les biotopes de marais

Un site marécageux d'après l'art. 24 sexies de la Constitution est un paysage marqué par les biotopes de marais, d'une beauté particulière et largement naturel. En règle générale, il doit accuser une certaine ampleur et ses différents éléments paysagers former une unité. Il ne s'agit donc aucunement d'un fra,gment arbitraire de paysage. , MANUEL CONSER- VATION DES MARAIS

3.2 Lien étroit avec les environs non marécageux EN

SUISSE

Un site marécageux peut comprendre, en plus des éléments essentiels que sont les marais eux-mêmes, divers autres éléments paysagers tels que forêts, eaux et même terrains agricoles exploités intensivement ou habitations. Il importe alors qu'il y ait entre les marais et les environs non marécageux un lien écologique, biologique, culturel, visuel ou historique étroit. Les environs présentent p.ex. des particularités géomorphologiques, un style de construction, un système d'accès ou une forme d'exploitation typique des sites marécageux. Ainsi les cabanes de tourbiers ou à litière font partie intégrante de bien des paysages de marais et témoignent de leur exploitation passée. Ailleurs ce sont des étangs ou encore un contact étroit avec une zone alluviale qui confèrent au site marécageux tout son caractère.

3.3 Délimitation par des structures paysagères marquantes Fig. 4: Structures paysagères

susceptibles de délimiter les paysages de marais Comme les sites marécageux s'étendent au-delà des biotopes de marais (p.ex. toute une plaine ou toute une vallée), sans critères di- Source: DFI, OFEFP (1991) rectement botaniques, on peut recourir à des structures paysagères modifié marquantes telles que crêtes de montagnes, lisières de forêts, cours d'eau, routes ou autres pour les délimiter (voir fig. 4; pour une présentation plus détaillée, voir OFEFP, 1992).

2.1.1 BffiUOGRAPIllE ADRESSE DE L'AUTEUR

DFI, OFEFP (éd., 1990): Inventaire Dr. Karin Marti des bas-marais d'importance topos - Beratung, Planung und nationale, OFEFP, Berne, 75 p. Forschung in Umweltfragen Idastrasse 24 DPI, OFEFP (éd., 1991): Les sites 8003 Zürich marécageux de la Suisse, Berne, 104 p.

GRÜNIG, A. / VETIERLI, L. / WlLDI, O. (1986) : Les hauts-marais et marais de transition de Suisse - résultats d'un inventaire. Rapports MANUEL TRADUCTION IFRF 281, Birmensdorf, 58 p. CONSER- VATION DES Brigitte Egger MARAIS HESS, H./LANDOLT, E./lllRZEL, R. EN (1976-80) : Flora der Schweiz und Dipl. sc. nat. EPFZ SUISSE

angrenzender Gebiete, 2. Aufl., Froschaugasse 9 Birkhauser Verlag, Basel, 3 Bde., 8001 Zürich

KAULE, G. (1986): Arten- und Manuel Biotopschutz, Ulmer Verlag, Stutt- Conservation des marais gart, 461 S. en Suisse 1 1/1992 (rév. 94) OFEFP (éd., 1992) : Inventaire des sites marécageux d'une beauté particulière et d'importance nationale. Cahier de l'environnement 168, Berne, 221 pp. + annexe.

ANNEXE 1

Liste des espèces végétales vaswlaires des bauls-marahi

Andromeda polifofia 1 * 2 = fréquente /Jetttla nana 1 • = espèce typique (::indicatrice) des Cal/urIa vu/garis 2 hauts-marais Carex fimosa 2 Source: GRÜN IG CI al. (1986) Carex mageflallica Carex pauciflora 2 Drosera onglica Drosera Înlermedia/obovata Drosera rotllllliifolia 1 • Eli lpeimm nigrllln/hemwphrodilum EriopllOrwll vaginlllum 2 • Lepidolis inllLlI1data Melampymm pratense 2 PÎlIUS 1Il0 llUma 2 Rhynchospora alba Scheuchzeria pall/stris Sci'1Jl1s cespilOsllS 2 VaccinÎwll myrlilfus 2 Vaccùlillllloxycoccosln licrocarpull1 2 • Vaccittium. uliginost/III 2 Vaccinium. vitis- idaea 2

2.1.1 ANNEXE 2

Liste des espèces de plantes vasculaires des bas-marais (Espèces indicatrices des bas-marais; nomenclature selon Flora europaea)

Espèces

Achillea ptarmica Aconitum napel/us P M Unités de végétation C

C C Mo

Mo D N S Unités de végétation:

P M C Phragmition Magnocaricion Calthion + Filipendulion , MANUEL Acorus calamus P M Mo= Molinion CONSER· VATION Alisma lanceolatum P M mo D Caricion davallianae DES N Caricion nigrae MARAIS Alisma plantago-aquatica P M EN Allium angulosum p m Mo S Scheuchzerietalia SUISSE

Allium suaveolens Mo Angelica sylvestris C ma X: Espèces caractéristiques ou Aster bellidiastrum D différentielles Bartsia alpina D fi x : Compagnes des unités de Bromus racemosus C végétation Butomus umbellatus P Calamagrostis stricta m S Source: DFI, OFEFP (éd. 1990) Caltha palus tris p m C d fi Calycocorsus stipitatus c D N Cardamine palustris P M Carex acuta M c Carex acutiformis M c Carex appropinquata M Carex atrofusca D Carex bicolor D Carex buxbaumii m C Mo Carex capillaris D Carex chordorrhiza S carex curta N s carex davalliana c ma D carex diandra fi S carex dioica D N s carex disticha M carex echinata c N carex elata p M c ma carexflava c D il carex hartmanii C Mo carex heleonastes S carex hostiana mo D carex lasiocarpa m S Carex limosa S Carex magellanica N Carex maritima D Carex microglochin D Carex nigra c mo d N s Carex panicea c mo D n

Unités de végétation Espèces p M C Mo D N S Carex paniculata M C Carex pseudocyperus P Carex pulicaris mo D N Carex riparia M Carex rostrata M d n S Carex tomentosa C Mo Carex vesicaria M Carex vulpina M Cicuta virosa P M Cirsium helenioides C Mo Cirsium oleraceum C Cirsium palustre C Mo d n .: . . Cirsium rivulare C Cirsium tuberosum Mo Cladium mariscus p M mo d S Colchicum autumnale C Mo Crepis paludosa C Dactylorhiza incarnata c mo D n Dactylorhiza majalis C Mo d n Dactylorhiza traunsteineri c mo D N Dianthus superbus Mo Drosera anglica S Drosera intermedia S Drosera x obovata S Eleocharis mamillata m S Eleocharis palustris P M c Eleocharis quinqueflora D Eleocharis uniglumis M Epilobium hirsutum C Epipactis palustris m c mo D Equisetum fluviatile P m n s Equisetum palustre C Mo d n s Eriophorum angustifolium d N s Eriophorum gracile S Eriophorum latifolium D n Eriophorum scheuchzeri N Euphorbia palustris m C mo Filipendula ulmaria m C mo d n Fritillaria meleagris C Ga/ium boreale c Mo Ga/ium palustre M c mo n s Galium uliginosum C Mo n s Genista tinctoria c Mo Gentiana asclepiadea Mo Gentiana pneumonanthe Mo Gentiana utriculosa c D Geranium palustre C Geum rivale C mo n Gladiolus palustris Mo Glyceria maxima P Gymnadenia cono'P sea C Mo d

2.1.1 Unités de végétation Espèces P M C Mo D N S Hammarbya paludosa S Hippuris vulgaris P M Hydrocotile vulgaris m c ma D N Hypericum tetrapterum p m C Inula salicina Mo Iris pseudaeorus P M Iris sibiriea c Mo Juneus alpinus D n s Juneus areticus Juneus conglomeratus C Mo D n 1 MANUEL Juncus effusus C Mo CONSER- Juncus filiformis C N VATION DES Juncus stygius S MARAIS Juncus subnodulosus m C EN SUISSE Juncus triglumis D N Kobresia simplieiuscula D Laserpitium prutenicum Mo Lathyrus palustris M Lepidotis inundata S Linum eathartieum C Mo d Liparis loeselii D s Lotus uliginosus C ma Lychnis fios-cuculi C ma n Lycopus europaeus P M Lysimachia thyrsifiora P M Lysimachia vulgaris M C Mo Lythrum salicaria p m C ma Mentha aquatica P M c Menyanthes trifoliata m n S Minuartia strieta S Molinia caerulea Mo D N S Myosotis laxa s. caespitosa P M Myosotis seorpioides p m C Oenanthe aquatiea P Oenanthe fistulosa M Ophioglossum vulgatum Mo Parnassia palustris mo D n Pedieularis palustris d n S Peueedanum palustre M Phalaris arundinacea p M c Phragmites australis P m c mo d Pinguicula alpina D Pinguicula vulgaris D Poa palustris P M c Polemonium eaeruleum C Polygala amarella Mo d Polygonum bistorta C ma n Potentilla palustris n S Primula farinosa mo D Ranuneulus aeonitifolius C Ranunculus fi ammula c d

Unités de végétation Espèces P M C Mo D N S Ranunculus lingua P M Rhynchospora alba S Rhynchospora fusca S Rorippa amphibia P Rumex aquaticus p M c Rumex hydrolapathum P M Sagittaria sagittifolia P m Salix repens Mo d n Sanguisorba officinalis C Mo d n Scheuchzeria palustris S Schoenus ferrugineus D Schoenus nigricans mo D Scirpus cespitosus D N S Scirpus hudsonianus d n S Scirpus lacustris P Scirpus pumilus D Scirpus sylvaticus C Scirpus triqueter P Scorzonera humilis Mo Scutellaria galericulata M Selaginella selaginoides D Selinum carvifolia c Mo Senecio aquaticus C Senecio helenitis Mo Senecio paludosus M Serratula tinctoria Mo Silaum silaus C Mo d Sium latifolium P m Sparganium emersum P Sparganium erectum P Spiranthes aestivalis D Stachys officinalis c Mo Stachys palustris C mo Stellaria palustris m c D N Succisa pratensis c Mo d n Swertia perennis c mo D n Tetragonolobus maritimus Mo d Teucrium scordium M Thalictrum flavum C mo Thalictrum simplex Mo Tofieldia calyculata c D Tofieldia pusilla D Trifolium spadiceum C Mo n Triglochin palustris D N S Trollius europaeus C mo d Typha angustifolia P Typha latifolia P Valeriana dioica C Mo d n Valeriana officinalis C mo Viola palustris N s

KARIN MARTI/REGULA MÜLLER

Zones-tampon ~our biotopes de marais - ëJéfinition ëJes concepts 2.1.2 1 SITUATION DE DEPART

Selon l'art. 3 de l'Ordonnance sur la protection des hauts-marais et marais de transition d'importance nationale (1991), identique dans le projet en consultation de l'ordonnance sur les bas-marais, les cantons sont obligés de délimiter pour les biotopes de hauts-marais et basmarais des "zones-tampon suffisantes du point de vue écologique". Ces zones-tampon servent à protéger les biotopes de marais des nuisances provenant des alentours. MANUEL Ce chapitre élucide la signification de divers concepts utiles à la CONSERcaractérisation des transitions entre biotopes de marais et terrains VATION DES MARAIS exploités, 00 particulier celle du concept de zone-tampon. EN SUISSE

. ......

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2 MENACES PESANT SUR LES MARAIS EN PROVENANCE DES SURFACES EXPLOITEES ATTENANTES

Les zones-tampon sont cruciales dans la lutte contre les influences nuisibles en provenance des surfaces exploitées attenantes. En effet, rien ne menace plus les marais que les changements de régime hydrique et/ou les infiltrations de fertilisants. Le régime hydrique des marais peut être influencé p.ex. par l'aménagement des eaux, la construction de routes, aérodromes et autres installations, et par les améliorations foncières. Ainsi, un léger drainage suffit déjà à priver les sphaignes, caractéristiques de ces biotopes extrêmement sensibles que sont les hauts-marais, des conditions de vie qui leur sont indispensables. Alors qu'un drainage important provoque l'aération des couches supérieures du sol des bas-marais et des hauts-marais. Cela entraîne une décomposition de la tourbe, donc la libération de grandes quantités d'éléments nutritifs (PRESLER / GYSI, 1989), et favorise l'implantation d'espèces des sols plus riches, souvent triviales, qui refoulent les espèces spécialisées des marais, adaptées à la frugalité nutritive de ces biotopes (oligotrophie).

L'apport d'éléments nutritifs dans un marais peut se produire de différentes manières:

  • par l'eau phréatique, l'eau de ruissellement ou par les fossés de drainage;

  • lors de la submersion par l'eau d'un lac ou d'une rivière riche en éléments nutritifs;

  • par lessivage superficiel ou entraînement par le vent d'engrais en provenance des terres intensivement cultivées;

  • par des dépôts amenés par l'air ou les précipitations.

La fertilisation en azote par l'air constitue également une menace pour les marais oligotrophes (DUSSEX / HELD, 1990). Ce type d'influences ne peut évidemment être empêché par la délimitation de zones-tampon.

2.1.2 3 DIVERS TERMES CARACTERISANT LES ZONES INTERMEDIAIRES ENTRE BIOTOPES DE MARAIS ET SURFACES EXPLOITEES

3.1 Zone perturbée

On observe souvent une augmentation graduelle de la teneur en éléments nutritifs du centre aux bords des biotopes de marais (BaLLER-ELMER, 1977; WARNKE-GRÜTINER, 1990). Cela va MANUEL jusqu'à s'exprimer dans la composition floristique par l'apparition en CONSERpériphérie d'espèces indicatrices trahissant l'infiltration d'éléments VATION DES MARAIS nutritifs (eutrophisation; EGLOFF, 1986). Un tel secteur altéré à l'in- EN SUISSE térieur du biotope est dénommé "zone perturbée" pour éviter toute confusion avec les zones-tampon à créer à l'extérieur du biotope de marais proprement dit.

3.2 Zone-tampon

Terminologie

Les "zones-tampon" sont des surfaces destinées à protéger les bio- Afin d'unifier la terminologie au topes de marais, ou autres espaces vitaux dignes d'une protection par- niveau suisse, il est proposé de réticulière, contre les menaces et atteintes pouvant provenir des exploi- server le terme de "zones-tampon" aux zones-tampon écotations environnantes. Elles doivent être créées à l'extérieur du logiquement suffisantes, au sens biotope même de marais. pratique et juridique, lorsque leur fonction n'est pas spécifiée autrement (p.ex. comme zone- Une "zone-tampon suffisante du point de vue écologique", au sens tampon hydrique). Le conesponde l'art. 3 al. 1 de l'ordonnance sur les hauts-marais et du projet mis dant en italien est "zona tampoen consultation de l'ordonnance sur les bas-marais, doit remplir une ne" et en allemand "Pufferzone". fonction de tampon face aux dangers d'eutrophisation, de changements hydrologiques et autres dangers susceptibles d'affecter la faune et la flore spécifiques de ces biotopes. Elle sert aussi à créer et à maintenir une transition entre réserve naturelle et environs exploités intensivement, avec ses espèces caractéristiques. Une telle zone de transition s'avère en outre précieuse comme lieu d'alimentation, de nidification, d'élevage et d'hibernation pour une multitude d'espèces animales rares ou menacées, typiques des marais (voir p.ex. le papillon Solitaire, volume 1, contribution 3.4.1).

Plus de 80 % des bas-marais cartographiés et à peu près 90 % des hauts-marais sont au moins partiellement entourés de forêt. Dans les zones-tampon, l'exploitation forestière ne doit pas être en contradiction

avec les buts de protection des marais (RAAB, 1991). Ceci est également souhaitable à l'extérieur des zones-tampon pour les forêts voisines des marais (protection possible par la loi forestière révisée). Il faut également créer des zones-tampon par rapport à d'autres exploitations en bordure de biotopes de marais, telles que places de parc, terrains de golf, jardins, parcs etc.

Changer le régime hydrique dans les surfaces contiguës à des biotopes de marais peut mettre en péril la végétation des marais. Les "zones-tampon hydriques" ont pour tâche d'empêcher de telles atteintes. C'est pourquoi, dans ces zones-tampon, toute intervention modifiant le régime hydrique à l'encontre des buts de protection est interdite. Sur la base de données tirées de la littérature, il faut prévoir, suivant le type de sol et de relief, des zones-tampon hydriques de 30 à 350 m pour les hauts-marais et bas-marais (p.e. EGGELSMANN, 1985; données détaillées prévues dans une contribution à part).

Les "zones-tampon trophiques" ont pour tâche d'empêcher la fertilisation indirecte des marais par les alentours. La largeur de ce type de zone-tampon proposée dans la littérature pour ces biotopes varie entre deux et plusieurs centaines de mètres (pour des données détaillées voir la clé des zones-tampon de l'OFEFP à paraître dans une contribution à part). Mais des études sur l'efficacité à long terme de telles zonestampon manquent encore. Il faut établir comme zones-tampon à l'extérieur du biotope de marais soit· des bandes de terrain agricoles, soumises alors à une exploitation réglementée, soit une ceinture de forêt. L'Inventaire des hauts-marais distingue en plus du biotope de marais

Fig. 1: Représentation schématique Zone-tampon (Zt) d'un haut-marais et de sa zone de Zt contact, qui est délimitée vers

Zone de contact du haut-marais (bas-marais inclus;

1 Zc

l'intérieur par le biotope du hautmarais. La zone-tampon est limitrophe du haut-marais et du basmarais. Zc)

Ze ... Ze • . . Haut-marais Bas-marais Zt ...

2.1.2 proprement dit une "zone de contact" correspondant aux alentours immédiats du marais et revêtant une fonction de tampon hydrique essentielle pour la protection du biotope. Comme cette zone de contact comprend souvent des biotopes précieux, avant tout de basmarais, il faut éviter de la qualifier par le terme purement fonctionnel de "zone-tampon" (fig. 1). Quant au terme de "zone de transition" en usage en Suisse romande, il qualifie plus généralement les transitions entre biotopes de marais et terrains agricoles exploités intensivement (GOBAT, 1984; MUL- HAUSER / MAITHEY, 1992). Il recouvre donc en partie les termes 1 MANUEL "zones de contact" et "zone-tampon". Il faut réserver ce dernier, dans CONSER· son acception pratique et juridique, aux zones situées à l'extérieur des VATION DES biotopes de haut-marais autant que de bas-marais. MARAIS EN SUISSE

3.3 Autres termes

Les "zones de protection des environs de réserves" sont un concept issu de l'aménagement du territoire, figurant dans les ordonnances de protection et dans les plans des sites protégés qui les accompagnent. Une telle zone sert à la protection des environs d'une réserve naturelle et est soumise à une réglementation. Elle peut faire office de zone-tampon, ou encore remplir d'autres fonctions, p.ex. garantir la sauvegarde d'un environnement typique des alentours d'un biotope de marais. Une zone de ce type peut s'étendre sur une surface plusieurs fois supérieure à celle du biotope.

Lors de la planification de la protection, on peut déclarer les zonestampon soit comme zones de protection des environs de réserve, ou partie d'une telle zone (voir fig. 2), soit comme partie intégrante du site protégé (voir fig. 3). Mais ces zones-tampon doivent toujours être établies à l'extérieur du biotope de haut-marais ou de bas-marais à protéger.

Les "zones de protection paysagère", au contraire du concept précédent, ne se rapportent pas directement à un biotope, mais ont pour but, selon l'art. 17 de la LAT, de sauvegarder en particulier les paysages d'une beauté particulière, d'un grand intérêt pour les sciences naturelles ou d'une grande valeur en tant qu'élément du patrimoine culturel. Elles peuvent néanmoins servir indirectement à la protection des biotopes de marais, en tant que surfaces susceptibles d'isoler ces

Fig. 2: Représentation schématique Zone de protection des environs A Zone de pro- d'une zone protégée avec une zonetection des tampon graduelle. Un biotope de environs B bas-marais est protégé par une zone Zone de protection naturelle: de protection naturelle. La zone- Biotope de bas-marais tampon est (ormée par les zones de protection A et B, qui sont soumises à diverses conditions.

Fig. 3: Représentation schématique Zone de protection des environs d'une zone protégée avec une 1.onctampon graduelle. La zone-tampon fait partie de la zone de protection naturelle el de la zone de protection Zone de protection naturelle: zone-tampon des environs. où règnent des conditions moins strictes.

Zone de protection naturelle:

Biotope de bas-marais

biotopes des inH uences écologiquement nuisibles en provenance des terrains exploités à proximité.

Scion l'art. 18 de la LPN , les surfaces de compensation écologique doivent notamment relier les biotopes isolés ct favoriser la diversité en espèces. Lors de la réalisation de réseaux , il ne s'agit pas tant de créer des corridors linéaires entre biotopes que de les agréger en complexes plus vaSles grâce justement à ces surfaces de compensation. Il fau t ve iller à coordonner la délimita tion des surfaces de compensation avec ceUe des zones-tampon. Pour les sites marécageux d'une beauté particulière et présentant un intérêt national, la sauvegarde d'éléments de réseau existant entre les biotopes de marais est assurée par la loi. Il n'est donc pas nécessaire de recourir à la délimitation facultative de surfaces de compensation.

2.1.2 BIBLIOGRAPIDE PRESLER, J. / GYSI, Ch. (1989): ADRESSE DES AUTEURS Organische BOden des schweizerischen Mittellandes. Bericht 28 des BOLLER-ELMER, K. (1977): Stick- Dr. Karin Marti, Dr. Regula Müller Nationalen Forschungsprogrammes stoff-Düngungseinflüsse von Inten- topos - Beratung, Planung und "Boden", Liebefeld-Bem, 148 S. siv-Grünland auf Streu- und Moor- Forschung in Umweltfragen wiesen. Veroff. Geobot. Inst. ETH, Idastrasse 24 WARNKE-GRÜTINER, R. (1990): Stiftung Rübel, Zürich 63, 103 S. 8003 Zürich okologische Untersuchungen zum Nahrstoff- und Wasserhaushalt in DUSSEX, N. / HELD, T. (1990): Niedermooren des westlichen Boden- Atmospharischer Nahrstoffeintrag in seegebietes. Dissertationes Botanicae voralpine Hochmoore. Lizentiatsarbeit. Syst.-Geobot. Inst., Univ. Bern. 148,214 S. + 9 Tab. 1 MANUEL TRADUCTION CONSER- EGGELSMANN, R. (1985): Okohy- VATION drologische Aspekte fur den Schutz DES MARAIS und Erhalt von Feuchtbiotopen. Ver- Brigitte Egger EN Dipl. Natw. ETH SUISSE handl. d. Ges. f. okologie (Bremen 1983) 13, 165-167. Froschaugasse 9

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ERWIN lEUPI

Les bas-marais doivent-ils posséder un sol tourbeux? 2.1.3 1 EXPOSE DU PROBLEME Défmition des types de marais à la base des inventaires des ma- Lors de la votation du 6 décembre 1987, le peuple suisse a accepté rais l'initiative populaire pour la protection des marais et des sites marécageux (initiative de Rothenthurm). La nouvelle disposition constitu- Bas-marais Par bas-marais, il faut comprentionnelle (Art. 24 sexies al. 5 cst.) déclare que "les marais et les sites

, dre une formation herbacée qui, marécageux d'une beauté particulière et présentant un intérêt national du fait de l'excès permanent sont placés sous protection ". d'eau de la nappe phréatique ou Deux inventaires furent réalisés au niveau national pour désigner les de ruissellement, présente une couverture végétale adaptée à marais d'importance nationale: l'inventaire des hauts-marais et des l'humidité. Sous l'influence de MANUEL marais de transition de Suisse et celui des bas-marais de Suisse. Les l'humidité fortement variable CONSERdeux inventaires conçoivent les marais comme des biotopes pour des du sol et de l'exploitation exten- VATION DES sive, on y rencontre différentes MARAIS espèces végétales et animales spécifiques avec leurs biocénoses. En associations végétales: roselière, EN SUISSE conséquence, les définitions employées pour les marais se basent de marais à grandes laîches, marais manière déterminante sur la couverture végétale existante et sur sa à petites laîches, prairie à molinie, prairie humide à populage, composition (cf. encadré). mégaphorbiaie humide. Le même critère est repris dans les textes d'ordonnances. Ainsi, l'Ordonnance sur la protection de la nature et du paysage (OPN) du Marais de transition 16 janvier 1991 prévoit que les biotopes dignes de protection seront Par marais de transition, il faut comprendre le stade intermédésignés et évalués notamment à l'aide de la liste des espèces indica- diaire de l'évolution du bas-matrices des milieux naturels (Art. 14, al. 3, OPN). rais vers le haut-marais. Le basmarais peut par la croissance de la couche de tourbe quitter la Au cours de la procédure de consultation pour l'inventaire des baszone d'influence de l'eau minémarais, certaines critiques furent émises et exigeaient entre autres que rale. Le marais traverse difféles bas-marais retenus pour l'inventaire possèdent non seulement une rents stades au cours desquels végétation typique mais également une épaisseur minimale de tourbe. des conditions de bas-marais et de hauts-marais peuvent régner La protection des bas-marais vise la protection des biotopes. La prise simultanément côte à côte. en compte de la couche de tourbe ne peut remplir cet objectif que sous deux angles: Haut-marais Par haut-marais, on comprend • elle facilite de façon notoire la délimitation des surfaces dignes de une tourbière dont la couche

protection supérieure de tourbe pénétrée • elle donne des indications concernant des types de biotopes dignes par les racines des plantes vivantes reçoit uniquement un de protection qui n'auraient pas été reconnus sur la base des criapprovisionnement en eau plutères utilisés. viale et n'est plus influencée par Suite aux critiques exprimées, cette question fit l'objet d'un examen la nappe phréatique. La couvercomplémentaire déjà lors de la préparation de l'inventaire des bas- ture végétale est dominée par les sphaignes: association de marais. C'est ainsi qu'un groupement végétal de bas-marais typique et buttes, marais à scirpe cespilargement répandu fut comparé avec la répartition de la tourbe pour teux, lande de tourbière, gouille. déterminer dans quelle mesure les critères pédologiques supplémentaires revêtaient une certaine pertinence pour l'inventaire des basmarais.

2 LA SIGNIFICATION DE "TOURBIERE" ET "TOURBE" EN PEDOLOGIE

En pédologie, "tourbe" (Torf en allemand) désigne un type d'humus et "tourbière" (Mo or en allemand) des sols dont l'épaisseur de tourbe dépasse 30 cm (parfois 20 cm). En plus de l'emplacement et de l'histoire de la formation de la tourbe, la proportion de matière organique joue aussi un rôle dans la définition des différents types d'humus. Une tourbe, par exemple, contient plus de 30 % de matière organique, un anmoor entre 15 et 30 % et un mull moins de 15 %. On peut en tirer les conclusions suivantes: .'

  • Certains types de sols peuvent posséder une couche de tourbe sans que l'on puisse parler de tourbière au sens pédologique du terme, à savoir lorsque la couche de tourbe est inférieure à 20 cm.

  • Le terme de "tourbière" pris dans son sens pédologique englobe des surfaces dont la végétation n'est pas celle d'un marais.

  • L'exigence de la présence d'une couche de tourbe conduit à ne pas considérer comme "tourbière" les sols à anmoor ou à mull, même s'ils portent une végétation de marais.

2.1.3 Fig. 1: Carte synoptique de la situation des études choisies relatives au

marais à laîche de Davall en Suisse Auteurs: F. FISCHER / LOOSER (1987); G: GIUGNI (1991);

, J: JUTZ (1990); K: KERST (1990); ---- -- Y: YERLY (1970).

-

Source: représentation de l'auteur.

--- -- - MANUEL CONSER- VATION DES MARAIS EN SUISSE

3 LES MARAIS A PETITES LAICHES DE LA SUISSE ET LEURS SOLS

3.1 Questions et recherches

Les marais à laîche de Davall et les marais à choins de l'alliance des bas-marais alcalins (Caricion davallianae) appartiennent aux associations végétales les plus typiques et les plus répandues dans les basmarais. Pour saisir l'importance des critères pédologiques, on a cherché à savoir sur quels types de sols se situaient les bas-marais typiques en Suisse. Dix-huit relevés de végétation de marais à laîche de Davall provenant de diverses stations des Préalpes occidentales, centrales et orientales, ont été repris de la littérature et comparés entre eux (cf. fig. 1). Les marais étudiés sont situés entre 500 et 1'700 m d'altitude. Pour chaque station, on a examiné un relevé de végétation et les indications pédologiques correspondantes.

Auteur: GGGGGGGGGYEKKJ J F F F Altitude en 100 m: 17 17 14 15 17 13 17 9 13 15 11 5 5 8 8 14 15 14 Sol: TTTAAA MoMuT T T T Mu/Mo Nbre total d'esp.: 27 20 18 29 26 24 31 22 20 23 37 41 34 57 52 39 42 32

Surface No 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18

Espèces caractéristiques Caricetalia davallianae Aster bellidiastrum 2 1 1 1 2 3 2 2 2 1 2 fausse pâquerette Bartsia alpina 1 1 1 1 1 1 1 2 bartsie des Alpes Carex capillaris 1 laîche capillaire Carex davalliana 2 1 1 5 4 3 3 4 4 3 2 2 1 2 1 1 1 2 laîche de Davall Carexflava 1 1 1 1 1 1 1 2 1 1 1 laîche jaune Carex hostiana 1 1 1 1 1 1 2 2 2 2 1 laîche de Horst Carex panicea 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 2 1 1 1 1 laîche faux panic Epipactis palustris 1 1 1 1 1 2 1 épipactis des marais Eriophorum latifolium 1 2 1 2 1 1 2 2 1 2 1 1 2 1 linaigrette à larges feuilles Juncus alpinus 1 jonc des Alpes Parnassia palus tris 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 parnassie des marais Pinguicula alpina 1 grassette des Alpes Pinguicula vulgaris 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 grassette vulgaire Primula farinosa 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 primevère farineuse Spiranthes aestivalis 1 spiranthe d'été Swertia perennis 1 1 2 swertie vivace Tofieldia calyculata 1 1 1 1 1 1 1 tofieldie à calicule

Nbre d'espèces 7 118 107 8 9 5 9 14 5 8 8 7 6 8 1111

Le choix du marais à laîche de Davall pour répondre à cette question Tab. 1: Liste des espèces caractériss'explique ainsi: tiques de 18 marais à laîche de Davall choisis de Suisse. Le marais à laîche de Davall

  • correspond à une unité de végétation cartographiée de l'inventaire Auteurs des bas-marais E: ETH, Geobotanisches Institut F: Fischer 1., 1987

  • domine dans beaucoup de bas-marais J: Jutz x., 1990

  • recouvre un tiers de la surface des bas-marais en Suisse Y: Yerly M., 1970

  • a sa plus large répartition au Nord des Alpes G: Giugni G., 1991

  • son aspect est lié dans la conception populaire au terme de "bas- K: Kerst R., 1990

marais". Type d'humus A: anmoor Mu:mull Mo:moder

3.2 Résultats

T: tourbe

Source: représentation de l'auteur

3.2.1 Végétation (couverture végétale)

Il ressort clairement des relevés de la végétation (cf. tab. 1) que tous les marais à laîche de Davall étudiés se distinguent par une combi-

2.1.3 No Auteur Altitude Type Type Epaisseur Teneur Niveau de la nappe pH dans d'humus de sol du sol orga- moyenne en sous la surface l'horiwn nique matière or- cm supercm ganique% min moyen max :liciel

1 G 1700 tourbe histosol > 100 41 -7 -25 -55 6.1

2 G 1700 tourbe histosol > 100 45 -5 -6 -10 6.3

3 G 1400 tourbe histosol > 100 43 -5 -7 -30 6.8

4 G 1500 anmoor gley 40 15 -20 -35 -50 6.4

5 G 1700 anmoor gley 40 24 0 -7 -20 5.9

6 G 1300 anmoor gley 50 21 -5 -6 -10 7.7 1

7 G 1700 gley 18 10 -5 -15 -45 5.7 MANUEL

CONSER-

8 G 900 gley 12 10 -5 -15 -45 6.3 VATION

DES

9 G 1300 gley 60 11 -5 -6 -10 7.5 MARAIS

EN

10 Y 1500 moder 30 0 -25 6.7 SUISSE

11 E 1100 mull gley 20 8 -25 6.1

12 K 500 tourbe

13 K 500 tourbe

16 F 1400 tourbe gleyoxydé 70 58 -5 -70 6.2

17 F 1500 tourbe histosol 120 67 -5 -20 5.8

18 F 1400 tourbe gleyréduit 60 28 6.7

nais on analogue d'espèces caractéristiques. Parmi les 28 espèces carac- Tab. 2: Récapitulation des données téristiques du marais à laîche de Daval1 qui peuvent exister en Suisse, pédologiques relatives aux marais à laîche de Davall choisis (numéros 17 apparaissent dans les relevés. des relevés de végétation, cf. tab. 1). Ainsi, tous les relevés proviennent de surfaces qui, selon la clé de Source: représentation de l'auteur. végétation employée pour l'inventaire des bas-marais en Suisse, peuvent être identifiées comme bas-marais alcalins (Caricion davallianae).

3.2.2 Sol et niveau de la nappe phréatique

En liaison avec la question de la tourbe, on s'intéresse avant tout à la teneur en substances organiques et au degré d'acidité (cf. tab. 2). La quantité de substances organiques dans les couches supérieures du sol varie en moyenne entre 10 et 70%. Le type d'humus a été désigné comme tourbe dans 7 cas seulement sur les 18 relevés de végétation. Les stations montrent dans les couches supérieures une valeur de pH comprise entre 5,5 et 7,7. Il s'agit donc de sols neutres à faiblement acides. Le niveau de la nappe phréatique est situé en moyenne entre 6 et 25 cm au-dessous de la surface du terrain, fluctue plus ou moins fortement et remonte dans toutes les stations presque jusqu'à la surface. -

.'

Conditions de AUGMENTATION DE L'ACTIVITE BIOLOGIQUE AUGMENdécomposition

  • aération

  • humidité .. TATI ON DE L'HU- MIDITE

très sec

sec HUMUS BRUT MODER frais

MULL humide

mouillé @ 0 tendance à l'anmoor non Ci) GD saturé TOURBE ANMOOR 00 saturé ®@) 00 ®® ® (anaérobiose) inondé

3.3 Discussion Fig. 2: Répartition des marais à

laîche de Davall d'après les données pédologiques concernant le type Les marais à laîche de Davall sont typiquement des bas-marais. Les d'humus et le niveau de la nappe diverses études ponctuelles menées dans les Préalpes montrent que dans un typogramme des humus ces marais croissent avec la même composition floristique sur des sols (simplifié d'après LÜSCHER 1988). Les nombres se rapportent aux différents, avec ou sans tourbe (cf. fig. 2). Pour permettre la formation numéros des relevés de végétation d'un marais à laîche de Davall, il semble que l'humidité du sol est plus du tableau 1. importante que ses propriétés ou son type d'humus. L'humidité du sol Source: représentation de l'auteur. reste dans tous les cas une caractéristique commune à ces marais.

2.1.3 4 LES MARAIS A LAICHE DE DAVALL ET LEURS SOLS DANS UN OBJET MARECAGEUX

4.1 Questions et études

Peut-on prouver par la comparaison entre une carte de végétation et une carte pédologique que dans un objet marécageux la même couverture végétale apparaît sur des sols différents? MANUEL Pour répondre à cette question, on s'est penché sur la zone d'Eigen- CONSERried, sur le Walchwiler Berg dans le canton de Zoug, pour laquelle il VATION DES existe des cartes précises de végétation et de sols à l'échelle 1:5'000. MARAIS EN SUISSE Les hauts-marais d'Eigenried constituent l'objet No 170 de l'inventaire des hauts-marais et marais de transition d'importance nationale; les bas-marais sont inscrits dans l'inventaire des bas-marais de la Suisse comme objet No 2842. Dans cette zone, une surface carrée d'environ un kilomètre carré dans laquelle on rencontre une forte proportion de marais à laîche de Davall a été choisie.

Sur la carte de végétation, on reconnaît les divers types de végétation distingués par l'inventaire des bas-marais. Les surfaces avec des marais à laîche de Davall ont été reportées sur la carte pédologique.

La carte pédologique décrit le régime des eaux et la profondeur utile des sols. Les sols dans ce carré englobent les trois catégories suivantes: sols inondables, sols influencés par l'eau phréatique ou de ruissellement, sols organiques. La différenciation est affinée avec la saturation des pores. Les types de sols sont encore précisés à l'aide de lettres.

Fig. 3: Présence du marais à laîche aturation des Sols Sols influencé Sols de Davall sur un extrait d'un kilopore jusqu en inondables par l'ea u phréa- organiques mètre carré de la carte des types de w'face tiqueou d sols cartographiés et répartis en j'uisseUement quatre degrés de saturation des pores jusqu'à la surface. rare Source: représentation de l'auteur.

fréquent Marais à laîche de Davall _ bien représenté très fréquent permanent

4.2 Résultais

Da ns le kilomètre carré choisi, on trouve environ l'BOO arcs de végétation de bas-marais, dont 700 ares peuvent être rattachés au marais à laîche de Davall. Ce type de mara is se rencontre dans cette zone sur trois types de sols: des pseudogleys (sols inondables), des glcys réduits (sols miné raux sans inondation) et des hislosols (sols organjques). En comparant la fréquence d'apparition du marais à laîche de Davan sur [es différents types de sols (fig. 3), il apparaît que [a saturation en eau du sol est nettement' plus importante pour la présence de l'association que le type de sol. Elle a besoin, sur sols miné raux comme sur sols orga niques, d'une saturation des pores presque jusqu 'en surface.

4.3 Discussion

La comparaison des cartes de végétation e t des sols a confirmé sur cette surface ce que les études ponctuelles du chapiLre 2 avaie nt fait ressortir. Le concel,1 de lourbière SOl1S l'asl'ccf végélalioll IlC coïncide pas avec celui dc l'aspect pédologicluc,

2.1.3 5 RESUME ET CONCLUSION

Le but de cette présentation est de répondre, à l'aide d'exemples pratiques, à la question: les bas-marais doivent-ils posséder un sol tourbeux?

Le type de végétation le plus répandu dans les bas-marais de Suisse est désigné en phytosociologie sous l'appellation de bas-marais alcalins ou marais à laîche de Davall (Caricion davallianae).

Les études nous montrent qu'on peut trouver le marais à laîche de , MANUEL CONSER- Davall sur différents types de sols et d'humus, non seulement dans VATION DES MARAIS différentes régions de Suisse, mais aussi à l'intérieur d'un même bas- EN SUISSE marais. Il ressort de la comparaison des cartes de végétation et de sols que les limites de végétation ne correspondent souvent pas aux limites de types de sols ou d'humus.

La saturation en eau des pores du sol, sur une longue période de l'année et jusqu'à la surface, est un facteur plus déterminant pour la présence d'une végétation de bas-marais. Ceci est valable aussi bien sur des sols minéraux que sur les sols humifères.

La couverture végétale ne permet pas de tirer des conclusions quant au type d'humus. Une couche minimale de tourbe ne peut être déterminée qu'avec des échantillons pédologiques et des études complémentaires en laboratoire. La recherche de limites nécessite une cartographie supplémentaire et onéreuse des sols.

Pour la protection des marais inscrite dans la loi, c'est la sauvegarde des biotopes et de leurs communautés de plantes et d'animaux qui prévaut. Pour les bas-marais, il s'agit en outre dans une large mesure de terres agricoles exploitées de manière extensive. En pratique, celui qui met en application la protection comme celui qui exploite tiennent compte de la couverture végétale. En appliquant strictement le concept pédologique de tourbière, certaines surfaces agricoles intensives (p. ex. le Seeland bernois, la vallée du Rhin saint-galloise et la plaine de la Broye) devraient en revanche être relevées dans l'inventaire des bas-marais.

L'exigence d'une couche minimale de tourbe ne peut pas s'appliquer à Fig. 4: Rieter vers Oberrickenbach: la protection des bas-marais. L'application stricte de cette exigence bas-marais No 2747, commune de Wolfenschiessen, NW. entraînerait à l'intérieur d'un grand nombre d'objets des limites Photo: 1. Elber. insensées et impraticables, et ne correspondant ni à la couverture végétale ni aux différentes surfaces d'exploitation agricole.

2.1.3

, MANUEL CONSER· VATION DES MARAIS EN SUISSE

Fig. 5: Gross Moos dans le Schwen- Les figures 4 et 5 montrent chacune zon organique superficiel: l'un des dital (extrait): bas-marais No 1840, un extrait du paysage avec de gran- bas-marais est presque uniquement commune d'Oberurnen, GL. des surfaces de bas-marais (à l'inté- sur de la tourbe, l'autre pas. Photo: 1. Elber. rieur des lignes pointillées). Les deux objets sont situés dans un paysage montagneux, sont richement structurés avec des bosquets et possèdent une composition floristique très similaire (principalement des marais à petites laîches). Ils se distinguent cependant fondamentalement dans leur genèse par leur hori-

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REDACTION

Description des groupements végétaux des marais 2.2 Le présent chapitre présente les groupements végétaux des marais Manuel quant à leur composition floristique, leur écologie et leur répartition Conservation des marais en Suisse 1 en Suisse. 1/1995 Deux contributions donnent un aperçu respectivement des unités de végétation de l'inventaire des bas-marais et de celui des hauts-marais et marais de transition. Le premier donne également quelques notions de phytosociologie nécessaires à la compréhension du chapitre. Les autres contributions présentent une description détaillée des groupements des bas-marais, des marais de transition et des hautsmarais. Elles sont destinées à fournir une typologie de la végétation lors de la réalisation des cartographies de détail des plans de pro- , MANUEL CONSERtection et de gestion. VATION DES MARAIS Les mesures de gestion et d'entretien des différents groupements EN SUISSE végétaux des marais seront présentées dans des contributions du volume 2.

BENOIT BRESSOUD / PATRICK CHARLIER

Aperçu des unités de végétation de l'inventaire des bas-marais 2.2.1 . 1 NOTIONS DE PHYTOSOCIOLOGIE Au sujet de la nomenclature phytosociologique Certaines espèces végétales sont liées à des milieux (biotopes) précis, et les milieux dans lesquels on les rencontre possèdent une composi- Les unités phytosociologiques tion floristique semblable. La notion d'association végétale est née de sont dénommées par l'adjonction des suffixes suivants aux cette constatation à la fin du 1ge siècle et a conduit au développement

, noms du genre d'une ou de de la phytosociologie, ou étude des groupements végétaux et de leur deux espèces choisies parmi les composition floristique. Des botanistes suisses comme C. Schroter et plus représentatives et par la mise au génitif du nom de J. Braun-Blanquet jouèrent un rôle important. Pour BRAUN-BLANl'espèce (cf. BARKMAN, QUET (1964), l'association végétale est on groupement végétal plus MORAVEC et RAUSCHERT, MANUEL ou moins stable, caractérisé par one composition floristique détermi- 1986): CONSERnée (espèces caractéristiques et différentielles) et possédant une éco- sous-association: -etosum; VATION ex. Caricetum davallianae swer- DES MARAIS logie particulière. tietosum. EN SUISSE association: -etom; La construction de la phytosociologie est analogue à celui de la systé- ex. Caricetum davallianae; alliance: -ion; matique. De même que les espèces proches en systématique sont ex. Caricion davallianae; regroupées en un genre, les associations provenant de milieux sem- ordre: -etalia; blables et proches floristiquement sont regroupées au sein d'une ex. Caricetalia davallianae; alliance. Les alliances sont à leur tour regroupées en ordres et les ord- classe: -etea; ex. Scheuchzerio-Caricetea res en classes. nzgrae. Une association peut être subdivisée en sous-associations, variantes et faciès.

310.710 95][ 250 2.95 l

.'

2 UNITES DE VEGETATION DE L'INVENTAIRE DES BAS- MARAIS Les types d'espèces en phytosociologie

Dans une association, on sépare

2.1 Inventaire au niveau de l'alliance les espèces en

a) Espèces caractéristiques On appelle caractéristique Dans l'inventaire des bas-marais d'importance nationale (DFI, d'une association une espèce OFEFP, éd., 1990), les unités de végétation ont été distinguées au (sous-espèce, variété) liée plus niveau de l'alliance. Le niveau de l'alliance en phytosociologie cor- ou moins exclusivement à cette association. Il existe des caracrespond à celui du genre en systématique. Il est par conséquent plus téristiques générales, régionales général que celui de l'association. et locales. Quelles ont été les raisons de ce choix? b) Espèces différentielles .. .'. On appelle espèce différentielle

  • Le niveau de l'alliance est suffisant pour distinguer dans un invend'association une espèce (soustaire les grands types de marais à l'échelle nationale. espèce, variété) qui différencie

  • L'alliance est définissable par des critères homogènes relativement des associations proches (ou des simples et valables dans toute la Suisse. sous-associations) sans être particulièrement liée à l'association

  • Un choix d'espèces diagnostiques permet de définir rapidement dans laquelle on la rencontre. une alliance à l'aide de clés de végétation sans que, dans la plupart des c) Espèces compagnes cas, il ne soit nécessaire de faire un relevé complet des espèces pré- Le terme de compagnes désignent des espèces (sous-essentes. pèces, variétés) qui ne sont ni

  • Le temps à disposition était limité (2 saisons de terrain). La forma- des caractéristiques ni des tion des cartographes pour travailler à un niveau plus fin que l'alliance différentielles. (l'association) aurait nécessité beaucoup plus de temps et d'argent. d) Espèces accidentelles Espèces qui ne se rencontrent

  • Le but de l'inventaire des bas-marais d'importance nationale est de que très rarement dans une désigner les objets et d'en donner une description succincte. L'échelle association. du 1:25'000 est suffisante pour cela. Une différenciation plus poussée, par exemple au niveau de l'association, nécessite une cartographie de la végétation à grande échelle. Une clé de végétation a été mise au point pour chacune des trois grandes régions du pays (DPI, OFEFp, éd., 1990):

  • Jura

  • Plateau et étage collinéen des Préalpes et des Alpes

  • Préalpes et Alpes (étages montagnard à alpin). Les critères sont de nature:

  • floristique: présence de phanérogames caractéristiques ou différentielles, reconnaissables pendant toute la période de végétation

  • écologique et physionomique: hauteur de la végétation, microrelief, niveau d'eau etc.

2.2.1 Le relevé de végétation le recouvrement des différentes 4 = recouvrement de 50 à 75%; strates (arborescente, arbustive, 5 = recouvrement supérieur à Un relevé correspond à un inven- herbacée, muscinale), c'est-à-dire 75%; taire floristique de toutes les es- la superficie occupée par la pro- la sociabilité (dans certains pèces de plantes vasculaires, voire jection verticale des végétaux sur milieux seulement) qui permet parfois des mousses et des lichens, le sol en pourcentage de la surface d'exprimer qualitativement la dissur une surface représentative totale; tribution spatiale de l'espèce dans donnée, visuellement homogène l'abondance et la dominance des le relevé. On utilise l'échelle suiau niveau floristique, avec pour différentes espèces dans le relevé vante: chaque espèce une indication à l'aide d'un coefficient combinant 1 = l'espèce est isolée, plus ou quantitative et qualitative. La superficie d'un relevé dépend du le recouvrement et le nombre d'individus: moins dispersée; 2 = l'espèce croît en petites touffes MANUEL type de végétation et peut varier r = un individu, recouvrement in- isolées; CONSERde 0,2 - 1 m2 pour des grou- signifiant; 3 = l'espèce croît en groupes et VATION DES pements de fentes de rochers à + = quelques individus, recouvre- forme de très grosses touffes, des MARAIS 100 - 400 m2 pour des forêts ment inférieur à 1 %; coussinets ou de petites taches; EN SUISSE tempérées. 1 = nombreux individus ou re- 4 = l'espèce croît en colonies ou couvrement de 1 à 5 % ; forme des tapis discontinus; On note dans un relevé: 2 = très nombreux individus ou 5 = l'espèce constitue un peules caractéristiques de l'endroit recouvrement de 5 à 25 %; plement recouvrant pratiquement (altitude, pente, exposition, etc.); 3 = recouvrement de 25 à 50%; toute la surface.

2.2 Cartographie au niveau de l'association

Les plans de protection et de gestion établis ou à établir par les cantons sont destinés à dresser l'état actuel de la végétation des marais et à fixer la gestion (fauche, pâture, régénération, etc.). Il est indispensable de descendre au niveau des associations végétales, éventuellement de leurs subdivisions (sous-associations, variantes, faciès). Une telle cartographie permet de :

  • réaliser une carte précise de la végétation (échelle 1:1'000 -1:5'000).

  • situer avec précision sur ces cartes de végétation des stades de dégradation de la végétation du marais en distinguant des variantes et des faciès. Par exemple, un faciès à ortie (Urtica dioica) trahit un enrichissement en azote du secteur.

  • localiser correctement les éventuels canaux de drainage afin d'assurer au mieux leur gestion en fonction des groupements végétaux qu'ils traversent et influencent (exemple: embuissonnement des marais dû à l'assèchement par drainage).

Après avoir réalisé les mesures de gestion proposées dans le plan, on pourra évaluer leurs effets en suivant l'évolution de la végétation (notamment par cartographie périodique du marais, de certains secteurs ou de placettes permanentes) et proposer d'éventuels correctifs.

3 ECOLOGIE DES UNITES DE L'INVENTAIRE DES BAS- MARAIS

La présente contribution ne donne qu'une présentation comparative

défrichement suivi de fauchage régulier - .

pollution

Fig. 1: Le schéma classique de la zonation des unités de végétation dans la zone d'atterrissement d'un lac, avec et sans intervention humaine, permet de comprendre l'écologie générale des unités de l'inventaire des bas-marais. Source: IMBODEN (1976) modifié

2.2.1 Les groupements d'atterrissement, roselières (Phragmition) et marais à grandes laîches (Magnocaricion), peuvent être primaires ou se- Groupements hygrophiles non condaires. La plupart sont d'origine naturelle et ne résultent pas d'un pris en compte dans l'inventaire des bas-marais: déboisement. La force colonisatrice de ces deux alliances est mise en • forêts humides et forêts alluévidence par l'importance qu'elles ont prise en un siècle sur la rive sud viales (Salicetea purpureae, du lac de Neuchâtel à la suite de l'abaissement des eaux des lacs juras- Alnetea glutinosae, Alno- Ulmion, Berberidion p.p.) SIens.

  • prairies subaquatiques et à feuilles flottantes (Lemnetea La plupart des marais à petites laîches, qu'ils soient alcalins (Caricion gibbae, Charetea fragilis, Potadavallianae) ou acidophiles (Caricion nigrae) sont d'origine anthropo- mogetonetea, Utricularietea 1 intermedio-minoris, Sparganio- MANUEL gène et résultent de défrichements. Ils sont généralement pâturés ou Glycerion fluitantis) CONSERfauchés. • groupement fontinaux VATION DES (M ontio-Cardaminetea ) MARAIS EN

  • groupement rudéraux SUISSE Les prairies à molinie bleuâtre ou molinaie (Molinion) sont des prai- hygrophiles (Agropyro-Rumiries à humidité changeante, très humides au printemps mais sus- cion p.p. et Aegopodion podaceptibles de s'assécher temporairement en été. La plupart sont des grariae p.p.) prairies extensives fauchées pour la litière. L'abandon de l'exploita- • groupements pionniers hygrophiles (Isoeto-Nanojuncetion conduit rapidement à leur embuissonnement. L'intensification tea). des pratiques agricoles (drainage, fumure) provoque la disparition des espèces caractéristiques.

Les prairies humides du Calthion sont fauchées ou pâturées, tandis que les mégaphorbiées humides du Filipendulion ne sont pas exploitées par l'agriculture. Elles sont proches floristiquement, ce qui explique que l'on ait renoncé à les distinguer dans l'inventaire des basmarais. Les mégaphorbiées humides proviennent du défrichement de forêts humides (aulnaies, saulaies). Les prairies amendées du Calthion résultent d'une part de l'intensification de l'exploitation des marais à petites laîches et d'autre part de la mise en exploitation des mégaphorbiées humides.

Les marais de transition ou marais intermédiaires (Scheuchzerietalia) sont alimentés par des eaux aussi bien phréatiques minérales que météoriques et représentent par leur situation et leur composition floristique une transition entre les bas-marais et les hauts-marais. L'inventaire des bas-marais a pris en compte les surfaces ne figurant pas déjà dans l'inventaire des hauts-marais et marais de transition.

-'"

4 CHOROLOGIE DES UNITES DE L'INVENTAIRE DES BAS- MARAIS

Fig. 2: Répartition régionale des bas- Des 20'938 ha de bas-marais cartographiés lors de l'inventaire, 66% se marais d'importance nationale et trouvent dans la région du Nord des Alpes, 18 % sur le Plateau, 12% régionale cartographiés lors de l'indans les Alpes centrales et 2% dans chacune des régions Jura et Sud ventaire. Les zones de flysch (en grisé) ont une importance toute des Alpes (cf. tab. 1 et fig. 2). L'importance des différentes unités est particulière dans la répartition des très inégale. Ce sont les bas-marais alcalins (Caricion davallianae) qui bas-marais de Suisse. couvrent la plus grande surface. Source: DFI, OFEFP (éd., 1990)

N

+ Tab. 1: Répartition régionale des Nord Alpes Sud bas-marais d'importance nationale Pla- des cen- des et régionale (surfaces en ha) Jura teau Alpes traies Alpes Suisse % Source: banque de données FNP (état 15.3.1995) Phragmition 15 845 151 32 60 1'104 5 Magnocaricion 47 1'063 252 52 27 1'442 7 Caricion davallianae 37 582 6'259 1'420 94 8'392 40 Caricion nigrae 61 124 3'071 770 254 4'280 20 Molinion 1 420 164 7 2 594 3 Calthion-Filipendulion 256 720 3'811 134 36 4'958 24 Scheuchz erietalia 8 57 80 21 4 169 1

Total 426 3'811 13'789 2'436 476 20 '938 100

en % 2 18 66 12 2 100

2.2.1 Les figures 3-9 (cf. DFI, OFEFP, éd., 1990) donnent un aperçu de la répartition des 7 unités de bas-marais sur une carte de Suisse quadrillée en carrés de 100 km2 •

MANUEL CONSER· Fig. 3: Répartition des roselières Fig. 4: Répartition des marais à VATION DES (Phragmition). L'alliance a son grandes laîches (Magnocaricion). MARAIS EN centre de gravité sur le Plateau, en Elle est analogue à celle des rose- SUISSE particulier sur la rive sud du lac de lières. La présence de l'alliance dans Neuchâtel, au bord du lac de Cons- les Alpes est due aux marais à laîche tance, dans la partie supérieure du renflée (Carex rostrata) qui dépaslac de Zurich et au bord du Langen- sent les 2000 m d'altitude. see. Source: DFI, OFEFP (éd., 1990) Source: DFI, OFEFP (éd., 1990)

..... ..... ... .. . :. , .... .•..r:A.... .. .. . .. . . .. ... . .. ... . . .. . .... .... . . ... .

Fig. 5: Les marais alcalins à petites Fig. 6: Les marais acides à petites laîches (Caricion davallianae) repré- laîches (Caricion nigrae) sont égalesentent le type de bas-marais de loin ment répandus dans les Préalpes. le plus abondant de Suisse. Ils sont C'est l'alliance dominante de l'étage répandus dans les zones de flysch alpin, suivie par le Caricion davalliades Préalpes et dans les zones de nae. Elle est presque absente du Plaschistes des Grisons. Ils sont rares en teau. Dans le Jura, les surfaces prinrevanche dans les régions cristallines cipales bordent les hauts-marais. des Alpes centrales et du Sud des Source: DFI, OFEFP (éd., 1990) Alpes et dans le Jura, et très localisés sur le Plateau (surtout rive sud du lac de Neuchâtel). Source: DFI, OFEFP (éd., 1990)

, . , . , . , .

"

...... ........-, .......... . . ......... . .....•-...•... ... .. " , :::1:" ::: .

Fig. 7: Les prairies à lIlolinic (Moli- Fig. 8: Les prairies humides (Calnion) ne dépassent guère 1'000 m Ihioll) ct les mégllphorbiécs humides d'altitude el se rencontrent peu cn (Filipemil/lioll) sont répandues dans dehors du Plateau. La rareté de l'al- les Préalpes ct localisées dans le liance dans sa partie occidentale est Jura (en parliculier zonc d'inondaduc à J'assèchement des grandes lion de l'Orbe dans la vallée de " .. 7.Qncs marécageuses, cn particulier Joux). Les deux alliances sont du Grand Marais CI de la vallée de proportionnellement rares sur le la Broye. Plateau et dans les Alpes internes. Sou"c' Drl, OPEFP (éd" 1990) Source: DFI , OFEFP (éd., 1990)

Fig. 9: Les marais de Ir.msilion (Scheuchzerielalia) représentent J' unité la plus rare de "inventaire. Ils sont surtout présents au Nord des Alpes ct sur le Plateau. (La figure ne tient pas compte des marais de transition de J'inventaire des haut-marais).

2.2.1 BIBLIOGRAPHIE ADRESSE DES AUTEURS . .

BARKMAN J.-J. MORAVEC,1. et Dr Benoît Bressoud . RAU CHERT (1986). Code de Bureau d'études écologiques nomenclature phytosociologique, 2e R. de Cordé éditi n Vegetatio 67: 145-195. 1957 Ardon

BRAUN-BLANQUET J. (1964): Patrick Charlier Pflanzensoziologie,3. uHage, Av. aillte-Clotilde 22 Springer, Wien, XIV + 865 S. 1205 Genève

DFl, OFEFP (éd., 1990): Inventa.ire 1 de. bas-marais d'importance natio- MANUEL nale OFEFP. Berne, 75 p. Manuel CONSER· VATION Conservation des marai DES MARAIS IMBODEN C. (1976): Eaux vi- en ui el EN vantes. Initiation à la biologie des 1/1995 SUISSE zones humides, LSPN, Bâle, 240 p.

THOMAS B. EGLOFF

Description des prairies à molinie (MOLIN/ON) 2.2.2 1 INTRODUCTION

1.1 Situation économique

"En dehors des régions d'herbages pures, les prairies à molinie sont des fossiles agricoles sans raison d'être" conclurent STÀHLIN / SCHWEGHART en 1960 (p. 20). Il Y a moins de 100 ans, ces prairies possédaient un tout autre rôle agricole. A la fin du XIXe siècle et au début du XXe, alors qu'en raison du manque de paille des prairies de fauche étaient converties en prairies à litière et des prairies à molinie , MANUEL CONSER· créées artificiellement (par ex. STEBLER, 1898; VOLKART, 1919), VATION DES MARAIS les prairies à molinie jouirent auprès des agriculteurs d'une grande EN SUISSE popularité grâce à leur litière à tiges fines. Une renaissance à moyen terme des prairies à litière (à molinie) n'est pas exclue. Pour HAMPICKE (1993), "la prétendue supériorité du système du lisier (par rapport au paillage) est vraisemblablement très exagérée" (p. 46).

1.2 Situation dans le paysage naturel: stations à humidité variable

Dans le paysage naturel, les prairies à molinie ou à végétation analogue se rencontraient dans les régions suivantes (cf. OBERDOR- FER, 1983; QUINGER et al., 1995):

  • dans la zone d'inondation influencée par les eaux phréatiques (le long des cours d'eau);

  • sur les pentes à humidité variable sur marne et autres sols argileux glissant périodiquement;

  • sur les berges des lacs;

  • en bordure de hauts-marais et de bas-marais peu boisés.

Dans le paysage cultivé, les prairies à molinie remplacèrent les forêts d'ormes et de frênes (Ulmo-Fraxinetum et Pruno-Fraxinetum) des zones alluviales à bois dur et les forêts de chênes et de charmes (Querco-Carpinetum) dans les zones plus sèches. Lorsque le défrichement fut suivi d'un drainage, les forêts d'aulnes et de frênes disparurent (cf. KLOTZLI, 1969). Pour les prairies à molinie à sécheresse variable en situation de pente, KLOTZLI nomme également les hêtraies comme type forestier correspondant.

310.710.9621 250 6.97 l

1.3 Situation phytosociologique

L'alliance phytosociologique du Molinion appartient dans la classification phytosociologique admise à la classe des prairies agricoles des Molinio-Arrhenatheretea. Sa proximité stationnelle avec les associations de petites laîches et de joncs (surtout l'alliance du Caricion davallianae de la classe des Scheuchzerio-Caricetea nigrae), qui s'exprime dans la nature par des transitions insensibles, n'est ainsi pas exprimée. Ces transitions furent pourtant déjà décrites en 1897 par STEBLER, par ex. une prairie à molinie et choin (Schoeneto-Molinietum). Une telle association a toujours sa justification. GORS (1974, in OBER- DORFER, 1977) se demande même si l'Drchio (palustris)-Schoene- " . tum nigricantis "ne devrait peut-être pas mieux être placé dans le Molinion comme variante humide marginale" (p. 250).

Par rapport à la situation actuelle de notre paysage cultivé et à la pratique de la protection de la nature, la réunion du Molinion et du Caricion davallianae dans le complexe N° 2 "Végétation aquatique, marais et lieux humides" de la Typologie des milieux de Suisse de GAL- LAND et al. (1990) est nettement plus raisonnable et plus pratique. (Ce complexe est notamment subdivisé en N° 2.2 Bas-marais et marais de transition et N° 2.3 Prés et prairies humides.) En effet, les prairies à molinie calcaires, par ex., forment souvent des complexes avec les marais calcaires à petites laîches et à joncs (Caricion davallianae). De plus, sur le terrain, il n'est pas rare de rencontrer dans certains objets des transitions avec les associations du Calthion (prairies hu- ...... mides eutrophes) et du Filipendulion (mégaphorbiées humides).

1.4 Répartition actuelle: trois centres de gravité

Les centres de gravité de la répartition des prairies à molinie en Suisse sont:

  • le Plateau oriental et le Nord-Est de la Suisse comme région principale;

  • la Suisse centrale;

  • la vallée du Rhin antérieur (cf. surtout DFI/OFEFP, 1990, fig. 17f, ainsi que HEGG et al., 1993, p. 70).

2.2.2 2 DESCRIPTION DES ASSOCIATIONS VEGETALES

2.1 Remarque préliminaire sur la variabilité stationnelle

En ce qui concerne le régime hydrique et la réaction du sol, les prairies à molinie couvrent un large spectre écologique (cf. fig. 1). Le diagramme montre de plus la proximité stationnelle et donc aussi floristique des prairies à molinie calcaires et sèches avec les prairies sèches (Mesobromion) et celle des prairies à molinie acides avec les nard aies 1 MANUEL (Nardetalia). Le spectre des types de sol des prairies à molinie décrites CONSER· dans la littérature est également large: sols minéraux basiques ou VATION DES acides, anmoors. De plus, aux grandes variations géographiques MARAIS EN SUISSE s'ajoute encore la différenciation altitudinale régionale. Enfin, l'exploitation agricole interfère avec l'ensemble de ces paramètres. Les nombreuses associations décrites du Molinion sont pour ELLEN- BERG (1978) "un exemple typique de différenciation géographique d'associations végétales" (p. 760). Des recherches phytosociologiques particulièrement intensives ont été effectuées dans la plaine rhénane de Bade (PHILIPPI, 1960; GORS, 1974) et sur le Plateau suisse sep-

NON FUME

très sec groupements de rochers Fig. 1: Diagramme écologique des .......... ........... ............................................. ~ ~ alliances d'associations prairial es sec (Corynephorion) :1 prairies très sèches Xerobromion non fumées de l'étage submontagnard de l'Europe centrale. moyennement Source: ELLENBERG (1978) sec nardaies prairies sèches Mesobromion moyennement . . . ... ...... ...... . . ..... ..... ........ ...... , ........ ... . . " ................ ...... . frais

Nardofrais Galion DOMAINE DE TRANSITION (souvent fumé ou labouré) moyennement humide

humide .... ... ................ ........ .... .... .. .......... ... ... acide prairies à molinie, calcaire moyennement 1 Molinion détrempé 1

détrempé ............... ........................ Caricion fuscae marais à petites laîches C. davallianae très détrempé .. ........................ marais à grandes laiches Magnocaricion

roselieres PhraKmition eaux groupements immergés

très acide acide moyennement acide peu acide neutre alcalin

tentrional (KLOTZLI, 1969). Dans la reglOn de Taubergiessen, GORS documente la transition insensible dépendant de la date de fauche entre les prairies à molinie à sécheresse variable (avec dominance de la molinie faux roseau Mo/inia caerulea ssp. arundinacea) et le Mesobrometum alluviale (prairie sèche des vallées alluviales) avec comme graminée dominante le brome dressé (Bromus erectus). La forte variabilité régionale complique le choix de noms d'associations et d'espèces caractéristiques valables pour de grandes régions. De nombreuses espèces caractéristiques du (Sud-)Ouest de l'Allemagne d'après OBERDORFER (1967) ne sont déjà plus valables pour le Nord de la Suisse d'après KLOTZLI (1969) (cf. chiffre 2.3). Il convient donc de considérer avec précaution les données condensées dans le paragraphe suivant.

2.2 Caractérisation des associations du Mo Un ion

KOCH (1926) avait déjà des problèmes de caractérisation: «Molinietum» est souvent utilisé dans la littérature pour des groupements dont le seul point commun est Mo/inia caerulea elle-même, une espèce souvent abondante également dans des prairies à joncs et à Cypéracées. En tenant compte des remarques du paragraphe précédent, la distinction des trois unités suivantes se justifie pour une présentation sommaire du M o/inion valable dans une certaine mesure pour toute la Suisse. Les données proviennent surtout d'OBERDORFER (1983); la dénomination des associations est brièvement commentée.

2.2.1 Prairie à molinie pure des pentes des étages submontagnard et

montagnard Mo/inietum caeruleae et Gentiano asclepiadeae-Molinietum (prairie à molinie et gentiane asclépiade) sont utilisés comme dénominations scientifiques de l'association. Le second nom est cependant inapproprié, car la gentiane asclépiade se rencontre aussi dans le Cirsio tuberosi-Molinietum (cf. 2.2.2) et ne peut plus être considérée comme une espèce caractéristique du Molinion à ces étages (OBERDOR- FER,1983).

2.2.2 Prairie à molinie des vallées alluviales et des basses altitudes

Le nom scientifique de cette association est Cirsio tuberosi-Molinietum arundinaceae (prairie à molinie et cirse tubéreux). D'après KLOTZLI (1969), il est inapproprié pour la Suisse parce que Cirsium

2.2.2 tuberosum ne s'y rencontre que dans le Gentiano-Mo/inietum (cf. 2.2.1). KLOTZLI se décida donc pour la dénomination Stachyo (officinalis) -M olinietum.

2.2.3 Prairie à molioie acide

Le nom scientifique de la prairie à molinie acide, également appelée prairie à molinie et à nard, est Junco effusi-Molinietum. Elle est nettement plus rare que les deux prairies à molinie calcaires mentionnées ci-dessus. (le qualificatif "calcaire" n'est que partiellement justifié, puisque le Molinietum caeruleae englobe tant des variantes riches que MANUEL pauvres en bases.) CONSER· VATION DES MARAIS

2.2.4 Problèmes de nomenclature et conséquences EN

SUISSE La subdivision des prairies à molinie calcaires en deux associations (cf 2.2.1 et 2.2.2) doit seulement être considérée comme une approche grossière, car elle n'est pas exempte de reproches dans la littérature:

  • OBERDORFER (1983) considère Stachyo-Molinietum comme synonyme de Molinietum caeruleae.

  • Le nom Molinietum caeruleae remonte à KOCH (1926) et à une recherche dans une plaine alluviale (plaine de la Linth, Suisse orientale ).

  • D'après OBERDORFER (1983), beaucoup d'auteurs ne distinguent pas Molinia caerulea ssp. caerulea et ssp. arundinacea. Ces avertissements renforcent les réserves du paragraphe 2.1 quant à la variabilité géographique et stationnelle. Pourtant la simple subdivision en prairies à molinie calcaires et acides serait encore moins satisfaisante car elle ne tiendrait pas compte des prairies à molinie des sols légèrement acides à neutres. Pour la pratique de la protection de la nature, la distinction d'associations de prairies à molinie n'a que très peu d'importance. Les critères décisifs sont davantage:

  • la distinction des "vraies" prairies à molinie des peuplements à molinie des marais dégradés comme base pour la fixation des buts de protection et de développement,

  • l'évaluation du point de vue de la protection de la nature de la part de prairies à molinie à l'intérieur d'un marais ou d'un complexe de prairies à litière,

  • l'évaluation floristique des cas individuels avec ses conséquences pour le régime de coupe.

2.3 Espèces caractéristiques du Molinion

2.3.1 Remarques préliminaires

En raison de la forte variation géographique, on a dû renoncer ici à attribuer des espèces caractéristiques aux trois associations de prairies à molinie. Dans le cadre de ce manuel, ceci est justifié par le fait qu'aucune mesure de protection et d'entretien différenciée n'est nécessaire. D'autres critères sont déterminants pour la fixation de la fréquence de fauche (chaque année ou tous les deux ans) et de la date la plus précoce de fa uche (début septembre, mi-septembre ou début octobre) (cf. à ce propos notamment les contributions 2/1.1.2 et 2.2.1 à 2.2.3):

  • productivité, degré d'envahissement de la mégaphorbiée;

  • composition floristique, par ex. espèces à floraison tardive;

  • buts de protection faunistiques.

2.3.2 Espèces caractéristiques des prairies à molinie

HEGG et al. (1993) énumèrent comme espèces caractéristiques des prairies à molinie la molinie elle-même (Molinia caerulea), l'iris de Sibérie (Iris sibirica), la serratule des teinturiers (Serratula tinctoria), l'orchis incarnat (Dactylorhiza incarnata ssp. incarnata), la langue-de-

Tab.1: Espèces de base des prairies Carex davalliana laîche de Davall à litière, prairies marécageuses et Carex elata laîche élevée marais de sources. Carex [lava s. str. laîche jaune Source: QUINGER et al. (1995) Carex fusca (= C. nigra) laîche brune Carex panicea laîche faux panic Equisetum palustre prêle des marais Eriophorum angustifolium linaigrette à feuilles étroites Eriophorum latifolium linaigrette à larges feuilles Galium boreale gaillet boréal Galium uliginosum gaillet des marais Linum catharticum lin purgatif Lysimachia vulgaris lysimaque vulgaire Molinia caerulea molinie bleue Parnassia palustris parnassie des marais Peucedanum palustre peucédan des marais Potentilla erecta potentille dressée SaUx repens saule rampant Schoenus ferrugineus choin ferrugineux Selinum carvifolia sélin à feuilles de cumin Serratula tinctoria serratule des teinturiers Stachys officinalis épiaire officinale Succisa pratensis succise des prés Valeriana dioica valériane dioïque

2.2.2 Tab. 2: Espèces des prairies à mo- Allium angulosum ail anguleux linie riches en bases. Les espèces sui- Allium carinatum ail caréné vies d'un astérisque (*) montrent Allium suaveolens ail odorant une nette relation avec les com- Carex tomentosa laîche à utricules tomenteux plexes devenus très rares aujourd'hui Cirsiumtuberosum cirse tubéreux de prairies à molinie calcaires, de Dianthus superbus oeillet superbe prairies sèches calcaires (Mesobro- Epipactis palustris épipactis des marais mion) et de marais de sources cal- Gladiolus palustris* glaïeul des marais caires (Caricion davallianae). Gymnadenia conopsea gymnadénie moucheron Source: QUINGER et al. (1995) inule à feuilles de saule Inula salieina Iris sibirica iris de Sibérie 1 Laserpitium prutenicum laser de Prusse MANUEL Ophioglossum vulgatum langue-de-serpent CONSER· Selinum earvifolia sélin à feuilles de cumin VATION DES Senecio helenites séneçon hélénitis MARAIS EN Serratula tinctoria serratule des teinturiers SUISSE Silaum silaus fenouil-des-chevaux Tetragonolobus maritimus tétragonolobe maritime Thalictrum simplex subsp. galioides* pigamon simple

Tab. 3: Espèces des prairies à moli- Arnica montana arnica des montagnes nie pauvres en calcaire, plus ou Agrostis eapillaris (= A. tenuis) agrostis capillaire moins acides. Les espèces suivies Calluna vulgaris fausse bruyère d'un astérisque (*) ne se rencontrent Carex echinata (= C. stellulata) laîche hérisson que dans les variantes humides qui Carex fusca (= C. nigra)* laîche brune servent de transition avec les marais Carex pallescens laîche pâle à laîches. Les espèces suivies de Danthonia decumbens danthonie décombante deux astérisques (**) se rencontrent Drosera rotundifolia** rossolis à feuilles rondes surtout dans les prairies à litière Eriophorum angustifolium* linaigrette à feuilles étroites humides sur tourbe de haut-marais. Galium pumilum gaillet nain Source: QUINGER et al. (1995) Hieracium lactucella épervière petite laitue Hieracium umbellatum épervière en ombelle Hypericum maculatum millepertuis maculé Luzula campestris luzule des champs Nardus strieta nard raide Polygala vulgaris polygale vulgaire Pedieularis sylvatica pédiculaire des forêts Rhynchospora alba** rhynchospora blanc Vaccinium oxycoecos = Oyxcoecus canneberge palustris) ** Viola canina violette des chiens Viola palustris* violette des marais

serpent (Ophioglossum vulgatum) et, avec des restrictions, la gentiane pneumonanthe (Gentiana pneumonanthe).

Pour KLOTZLI (1969), seules les quatre espèces suivantes sont de bonnes caractéristiques de l'alliance du Molinion: Carex tomentosa (laîche à utricules tomenteux), /nula salicina (inule à feuilles de saule), Serratula tinctoria (serratule des teinturiers) et Si/aum si/aus (S. selinoides; fenouil-des-chevaux). KLOTZLI dénie par exemple ce statut à Gentiana pneumonanthe (gentiane pneumonanthe) car elle se rencontre surtout dans les marais à petites laîches calcaires. La molinie enfin est aussi très fréquente dans les marais calcaires à petites laîches et à ch oins et donc nullement une espèce caractéristique au sens phytosociologique du terme. Dans leur travail traitant du complexe des prames à litière dans l'ensemble du land de Bavière, QUINGER et al. (1995) définissent une composition floristique de base typique (cf. tab. 1) et énumèrent ensuite les espèces caractéristiques des prairies à molinie riches ou pauvres en bases (cf. tab. 2 et 3).

...,.

Fig. 2: Molinie (Molina caerulea) Source: HESS et al. (1967)

2.2.2 3 BREF PORTRAIT DE LA MOLINIE BLEUE

Les noms allemands de l'espèce - Pfeifengras et Besenried - rappellent son utilisation ancienne pour curer les pipes et pour la fabrication de balais (cf. KLAPp, 1974). La molinie permet le curage des pipes parce que sa tige est dépourvue de noeuds visibles; à leur place, on trouve à la base de la tige un épaississement bulbeux. C'est l'organe de réserve central de la molinie, qui permet une économie prononcée de substances nutritives: à la fin de la période de végétation, le retour des substances minérales dans les organes à la surface du sol ou souter- MANUEL rains est beaucoup plus important que chez d'autres espèces. En cas CONSER· d'utilisation de la litière, il autorise de bons rendements en terme de VATI O N DES biomasse sans qu'aucune fumure ne soit jamais nécessaire. Si la mo- MARAIS EN SUISSE linie était devenue la "graminée par excellence des prairies à litière" (ELLENBERG, 1978, p. 727), elle le devait plutôt à la relative finesse de sa litière, qui en avait fait la plante de litière préférée des agriculteurs, par rapport notamment aux laîches ou au roseau.

Est-il justifié de considérer la molinie roseau (Molinia arundinacea; = M. litoralis) comme une espèce distincte? La question reste ouverte. ELLENBERG (1978) et OBERDORFER (1983) la considèrent comme une petite espèce. En tout cas, il existe des formes intermédiaires entre M. caerulea et M. arundinacea, laquelle est "toujours plus grande, mais non distinguable avec certitude sans inflorescence" (KLAPP, 1974). D'après les valeurs écologiques de LANDOLT (1977), M. litoralis se différencie surtout de M. caerulea par la valeur de réaction: alors que M. caerulea n'est pas classé sur l'échelle à 5 degrés en raison de sa grande amplitude ("catégorie x"), M. litoralis est classé comme basique (valeur R = 4).

4 IMPORTANCE POUR LA PROTECTION DES ESPECES

Du point de vue de la protection des espèces, une évaluation globale du complexe prairies à litière - prairies marécageuses, comme l'ont fait HOLZINGER et al. (1987) et QUINGER et al. (1995), est plus rationnelle et plus informative qu'une évaluation des seules prairies à molinie, surtout pour la faune. On essaiera cependant de faire ressortir ici quelques particularités du Molinion.

4.1 Flore

Le gléùeul des marais (Gladiolus paluster) est un hôte très menacé des prairies à molinie. Parmi les espèces menacées d'après LANDOLT (1991), on trouve notamment l'iris de Sibérie (Iris sibirica), considéré comme le symbole des prairies à molinie également dans les régions voisines du Sud de l'Allemagne. La liste peut être étendue à d'autres espèces dont la présence n'est pas exclusive du Molinion, par ex. la gentiane pneumonanthe (Gentiana pneumonanthe), l'inule de Suisse (Inula helvetica) ou le pigamon jaune (Thalictrum flavum).

4.2 Faune

Deux espèces de papillons méritent d'être évoquées pour les prairies à molinie: le grand nègre des bois (Minois dryas) et l'azuré des mouillères (Maculinea alcon). Les chenilles du grand nègre des bois, qui figure dans la catégorie 2 de la liste rouge (GONSETH, 1994), vivent sur des graminées et des cypéracées, parmi lesquelles la molinie est la principale plante nourricière (BLAB et aL, 1987; QUINGER et al., 1995). L'azuré des mouillères est encore davantage menacé (catégorie 1 de la liste rouge). Ses chenilles se nourrissent des gentianes pneumonanthe et asclépiade. Elles passent une partie de leur temps de développement comme parasites du nid des fourmis du genre Myrmica (LIGUE SUISSE POUR LA PROTECTION DE LA NATURE, 1987).

2.2.2 BIBLIOGRAPHIE HESS, E. / LAND OLT, E. / HIR- OBERDORFER, E. (Hrsg., 1983): ZEL, R. (1967): Flora der Schweiz Süddeutsche Pflanzengesellschaften. und angrenzender Gebiete. Band 1, Teil III, 2. Aufl., Gustav Fischer, BLAB, 1 / RUCKSTUHL, TH. / Birkhauser Verlag, Basel und Stutt- lena/Stuttgart/New York, 455 S. ESCHE, TH. / HOLZBERGER, R. gart, 858 S. PHILIPPI, G. (1960): Zur Gliede- (1987): Aktion Schmetterling, so rung der Pfeifengraswiesen im südlikannen wir sie retten. Otto Maier, HOLZINGER, 1 (1987): Die Vagel chen und mittleren Oberrheingebiet. Ravensburg, 191 S.

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sen. Die Natur- und Landschafts- LIGUE SUISSE POUR LA PROschutzgebiete Baden-Württembergs TECTION DE LA NATURE (Ed., 7,355-399. 1987): Les papillons de jour et leurs biotopes. Espèces, dangers qui les HAMPICKE, U. (1993): Ausge- menacent, protection, Bâle, 512 p. wahlte akonomische Probleme des Naturschutzes auf Grünlandflachen OBERDORFER, E. (1967): Systein Baden-Württemberg. Beitr. matische Übersicht über die Pflan- Akad. für Natur- und Umweltschutz zengesellschaften Westdeutschlands. Baden-Württemberg 14, 37-56. Schr.R. Veg.kde 2,7-62.

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ADRESSE DE L'AUTEUR

Dr Thomas B. Egloff Sonnmatt 32

5400 Baden

TRADUCTION

Dr Benoît Bressoud Bureau d'études écologiques R. de Cordé, 4 1957 Ardon

Manuel Conservation des marais en Suisse 1

PATRICK CHARLIER

Description des prairies marécageuses (CALTHION) et des mégaphorbiées humides (FILlPENDULlON) 2.2.3 1 INTRODUCTION

Les deux alliances du Calthion et du Filipendulion réunissent les prairies humides méso-eutrophes. Elles font partie des unités de végétation de l'inventaire des bas-marais (cf volume 1, contribution 2.1.1). Leur origine est soit naturelle (au bord des cours d'eau par exemple), soit le plus souvent anthropique (déboisement de forêts humides, fertilisation d'autres types de marais, etc... ).

Elles ont de très fortes relations floristiques et synécologiques avec 1 MANUEL d'autres unités des bas-marais (Caricion davallianae et nigrae). Les CONSERlimites sont souvent floues ou en mosaïques. Le Calthion et le Filipen- VATION DES dulion sont également en relation étroite avec les prairies non hu- MARAIS EN SUISSE mides pâturées ou fauchées des Arrhenatheretalia. La présence d'un grand nombre d'espèces hygrophiles est souvent masquée par la dominance des espèces prairiales, qui peut d'ailleurs varier considérablement selon l'intensité du drainage et de la fertilisation, ce qui n'est pas sans conséquence sur la délimitation des surfaces occupées par ces prairies humides.

Toutes les associations du Calthion et du Filipendulion ne sont pas aussi bien connues du point de vue écologique. Certaines descriptions restent donc lacunaires. Des études écologiques plus poussées sont urgentes. On trouvera une bibliographie plus complète dans OB ER- DORFER (1983) et dans BALATOVA-TULACKOVA (1987 a et b).

Seuls les groupements des deux alliances relativement bien connus en Suisse du point de vue de leur écologie et utiles à l'établissement d'un plan de protection et de gestion en raison de leur fréquence sont décrits dans les deux chapitres suivants. Les autres figurent dans les tableaux 1 (Calthion) et 3 (Filipendulion). On a renoncé à mentionner toutes les sous-associations, celles-ci étant encore trop peu connues en Suisse ou n'ayant pour l'instant qu'une valeur géographique trop localisée. Seules celles qui traduisent une écologie particulière à distinguer dans l'établissement d'un plan de protection et de gestion sont décrites.

Tab.1: Associations connues du Espèces / associations 1 2 3 4 5 6 Calthion en Suisse Associations:

1 Angelico sylvestris - Cirsietum

Caractéristiques des associations oleracei

2 Scirpetum sylvatici

Cirsium oleraceum V II IV 3 Trollio europaei - Cirsietum Scirpus sylvaticus V II II II 1 salisburgensis Cardamine amara III 4 Chaerophyllo hirsuti - Ranuncule- Juncus effusus 1 V 1 V tum aconitifolii Cirsium palustre V IV 1 III 5 Epilobio palus tris - Juncetum Epilobium palustre III II effusi Nardus stricta II 6 Cirsio palustris - Juncetum effusi Ranunculus aconitifolius 1 V II Les relevés (au moins 10 par asso- Chaerophyllum hirsutum 1 IV 1 ciation) proviennent de GALLAN- Cirsium rivulare IV II DAT (1982) et OBERDORFER Trollius europaeus II 1 IV II (1983). Geum rivale II II II IV III Caltha palustris IV IV III V V IV Les classes de présence sont: 1 espèces présentes dans moins de 21 % des relevés Caractéristiques de l'alliance, II dans 21 à 40 % des relevés de l'ordre et de la classe III dans 41 à 60 % des relevés IV dans 61 à 80 % des relevés Ange/ica sylvestris III III II III II II V dans plus de 81 % des relevés. Cardamine pratensis IV V II II IV Crepis paludosa 1 1 II III III 1 caractéristiques Deschampsia cespitosa III II II II IV IV d'association Festuca pratensis IV 1 1 1 III IV différentielles Festuca rubra III IV III II IV d'association Filipendula ulmaria III III 1 IV V IV Galium uliginosum III III III 1 II Les espèces des unités supérieures Holcus lanatus V V II III 1 sont ordonnées par ordre alpha- Lathyrus pratensis IV II II IV 1 bétique. Lotus uliginosus 1 IV II II Lychnis fios-cueuli V III III II IV IV Myosotis seorpioides IV IV IV IV IV IV Poa pratensis III 1 II 1 III III Poa trivialis IV 1 1 III IV III Polygonum bistorta III V III IV V V Ranuneulus acris V IV III III V IV Ranuneulus repens IV III III II II III Rumex acetosa II IV II III III Sanguisorba officinalis II II III 1 IV III Trifolium repens III 1 II IV V Valeriana dioiea II V III II IV IV Vicia cracea II 1 II IV

2.2.3 2 PRAIRIES MARECAGEUSES (CALTHION PALUSTRIS Tx. 1937) Associations et groupements des prairies marécageuses (Calthion palustris) en Suisse

2.1 Généralités • Angelico sylvestris - Cirsietum oleracei Tx. 37 em. Tx. in

Tx. et Preising 1951 Il s'agit de prairies à humidité intermittente ou permanente, fauchées

  • Scirpetum sylvatici Maloch ou pâturées. Elles sont abondantes dans les Préalpes, essentiellement 1935 em. Schwickerath 1944 sur le flysch (substrat imperméable) et plus paradoxalement dans le (inclus le Cardamino-Scirpetum Jura (surtout dans sa partie occidentale) où elles se développent sur Berset 1969) 1

  • Trollio europaei - Cirsietum MANUEL des sols issus de dépôts glaciaires (substrat imperméable) et plus ou salisburgensis (Kuhn 1937) CONSER· moins tourbeux. Oberd.1957 VATION DES

  • Chaerophyllo hirsuti - Ra- MARAIS EN nunculetum aconitifolii SUISSE Elles peuvent être pâturées en début de saison et fauchées une fois par Oberd.1952 an en automne, ou l'inverse. Malgré une grande diversité floristique, • Epilobio palus tris - Juncetum signe d'un fourrage de relativement bonne qualité, le Calthion est sou- effusi Oberd. 1957 vent victime du drainage, d'une fertilisation trop intensive et du surpâ- • Cirsio palus tris - Juncetum efJusi Gallandat 1982 turage. • groupement à populage des marais (Caltha palustris) et Le tableau 1 donne les espèces caractéristiques des associations du benoîte des cours d'eau (Geum rivale) Calthion, ainsi que les caractéristiques les plus fréquentes des unités

  • groupement à canche cespiphytosociologiques supérieures (alliance, ordre et classe). Le tableau 2 teuse (Deschampsia cespitosa). résume les principaux paramètres écologiques de ces associations. Les données actuelles sont souvent lacunaires. En Suisse, on a reconnu des associations et groupements suivants.

2.2 Scirpetum sylvatici Maloch 1935 em. Schwickerath 1944

Cette association est bien développée sur flysch dans les Préalpes (étages montagnard à subalpin) (BERSET, 1969; YERLY, 1970). Le sol est riche en bases et souvent sec en été. Il suffit donc que le sol soit inondé irrégulièrement pour que cette association se maintienne. Elle est typique des pâturages en bordure des alpages très riches en azote où l'espèce caractéristique, Scirpus sylvaticus, peut atteindre 1,30 m de haut. On y distingue deux strates, la plus haute dominée par le scirpe et la plus basse par les autres espèces. C'est une association souvent pauvre en espèces du fait de l'exubérance du scirpe. Elle est très rarement fauchée. Elle proviendrait d'un déboisement des forêts de l'Equiseto-Abietetum sur sols argileux humides.

Tab. 2: Principaux paramètres éco- Angelico sylvestris - Cirsietum oleracei logiques connus des associations du Calthion en Suisse. Etage Collinéen à montagnard Distribution connue en Suisse Plateau et Préalpes (surtout orientales et centrales) Type de milieu Bords de rivières inondés périodiquement Type de sol Anmoor et gley, humifères et profonds, bien aérés. Eau calcaire. pH du sol Moyenne de 7,5 Signes d'eutrophisation et Eutrophisation naturelle et anthropique de dégradation des bords de rivières

Scirpetum sylvatici

Etage Montagnard à subalpin Distribution connue en Suisse Préalpes Type de milieu Delta argileux des rivières et périphérie humide des alpages Type de sol Giey à anmoor. Humus très hydromorphe. pH du sol 5,7 à 6,7 Signes d'eutrophisation et Eutrophisation par le bétail. Scirpus de dégradation sylvaticus est favorisé par le piétinement

Trollio europaei - Cirsietllm salisburgensis

Etage Montagnard à subalpin Distribution connue en Suisse Préalpes et Jura Type de milieu Bords de rivières inondés, bords de tourbières et dépressions humides dans les pâturages gras Type de sol Alluviaux, tourbeux et à anmoor. Eau calcaire riche en limon pH du sol Inconnu Signes d'eutrophisation et Eutrophisation par le bétail et la fumure de dégradation des prés de fauche et pâturages extensifs

Chaerophyllo hirsuti - Ranunculetum aconitifolii

Etage Montagnard à subalpin Distribution connue en Suisse Préalpes et Jura Type de milieu Rives, ruisseaux et sources. Secondaire dans les suintements des prés de fauche Type de sol Giey humifère riche en bases, mais peu de Ca pH du sol Inconnu Signes d'eutrophisation et Eutrophisation des prés de fauche frais de dégradation par la fumure. Eutrophisation naturelle (faible)

2.2.3 Epi/obio palustris - Juncetum effusi

Etage Montagnard à subalpin Distribution connue en Suisse Jura central et oriental. Préalpes Type de milieu Bords des tourbières, des bas-marais acides et des groupements de source Type de sol

pH du sol Signes d'eutrophisation et de dégradation Anmoor et gley, humifère, très riche en N et P, pauvre en calcaire. Inconnu Eutrophisation par le bétail. Surpâturage des bordures de tourbières (Jura), qui favorise Juncus effusus , MANUEL CONSER- VATION Cirsio palustris - Juncetum ef usi DES MARAIS EN SUISSE Etage Montagnard Distribution connue en Suisse Jura occidental Type de milieu Bords des tourbières, des bas-marais acides et plus rarement basiques et des groupements de source Type de sol Anmoor et gley, humifère, très riche en N et P, pauvre en calcaire pH du sol Inconnu Signes d'eutrophisation et Eutrophisation par le bétail. Surpâturage de dégradation des bordures de tourbières (Jura), qui favorise Juncus effusus

Groupement à Deschampsia cespitosa

Etage Subalpin à alpin Distribution connue en Suisse Alpes Type de milieu Dépressions, pentes humides avec résurgences, suintements et sources Type de sol - pH du sol Acide Signes d'eutrophisation et Eutrophisation par le bétail des pâturages de dégradation extensifs humides

Groupements à Caltha palustris et Geum rivale

Etage Subalpin à alpin Distribution connue en Suisse Alpes Type de milieu Bords des ruisseaux Type de sol Faiblement acide, teneur moyenne en N pH du sol Inconnu Signes d'eutrophisation et Eutrophisation par le bétail des pâturages de dégradation extensifs humides

2.3 Trol/io europaei - Cirsietum salisburgensis (Kuhn 1937) Oberd. 1957 Trois sous-associations du Trollio europaei - Cirsietum salisburgensis (Kuhn 1937) Cette association apprécie les sols alluviaux et tourbeux ainsi que les Oberd. 1957 sont fréquentes à eaux calcaires riches en limons fertilisants provenant d'épandage na- l'étage montagnard en Suisse: turel ou anthropique. D ans le Jura (GALLANDAT, 1982), cette association est souvent • earicetosum panieulatae Gallandat 1982 fauchée deux fois par an. Elle remplace à l'étage montagnard et sub- Espèces différentielles: Carex alpin l'Angelico sylvestris-Cirsietum oleracei. Il existe quatre sous-asso- panieulata, Carex aeutiformis, ciations en Suisse dont trois assez fréquentes à l'étage montagnard. Ranuneulus repens, Carex distieha, Mentha aquatiea et Pedieularis palustris. Ecologie du groupement: il co- ....

2.4 Chaerophyllo hirsuti - Ranunculetum aconitifolii Oberd. 1952 lonise les rives et les méandres

périodiquement inondés des rivières. Les limons fertilisants Cette association peut être assez fréquente surtout dans les Préalpes. joints à la fumure naturelle ou Elle est indicatrice d'écoulements d'eau superficiels qui ne sont pas chimique déterminent l'exispermanents et chargés en fertilisants organiques provenant de purin, tence de ce groupement. Il est régulièrement fauché. lisier ou fumier. • potentilletosum ereetae Gallandat 1982 Espèces différentielles: Potentilla eree/a, Galium uliginosum, 2.5 Epi/ohio palustris - Juncetum effusi Oberd. 1957 Viola palustris, Carex echinata, Agrostis eapillaris, Epilobium Cette association préfère les sols humifères mais toujours enrichis en palustre, Swertia perennis et Carex flava. substances nutritives. L'eau qui la parcourt est pauvre en calcaire, Ecologie du groupement: il proriche en substances nutritives et en bases. vient de la dégradation par le Elle est localisée le plus souvent autour des bas-marais acides (Cari- pâturage ou par le drainage des cion nigrae) et des groupements de sources (Cardamino-Montion). On bas-marais alcalins et acides (Caricion nigrae et davallianae). la trouve également au bord de la pessière à sphaignes dans le Jura • colehicetosum Gallandat centre et est. Elle est typique des bordures de hauts-marais très pié- 1982 tinés par le bétail comme l'indique une des espèces caractéristiques, Espèces différentielles: Colehieum autumnale, Leueanthe- .Juncus effusus. Elle occupe de petites surfaces et est souvent fragmenmum vulgare, Cerastium fontataire. num ssp. triviale, Daetylis glomerata, Campanula rhomboidalis et Rhinanthus aleetorolophus. Ecologie du groupement: il colonise les dépressions et les replats dans les pâturages gras (An'henathere'tum), là où le drainage naturel s'effectue mal. C'est la sous-association la plus sécharde et la plus proche d'aspect d'une prairie de fauche fumée.

2.2.3

2.6 Cirsio palustris - Juncetum effusi GaUandat 1982

GALLANDAT (1982) a distingué cette nouvelle association de la précédente (Epilobio palustris-Juncetum effusi) par le fait que dans le Haut-Jura occidental, cette nouvelle association contient plus d'espèces des Molinio-Arrhenatheretea. Il existe des intermédiaires entre cette association et l'Epilobio palustris - Juncetum effusi surtout dans le Jura central (FELDMEYER, 1990). L'écologie est très proche de celle de l'Epilobio palustris - Juncetum effusi. MANUEL CONSER- VATION DES

2.7 Groupement à popu1age des marais (Caltha palustris) et benoîte MARAIS

EN SUISSE des cours d'eau (Geum rivale)

Il n'existe pas de synthèse du Calthion dans les Alpes. En plus du Chaerophylli hirsuti - Ranunculetum aconitifolii et du groupement suivant, il existe un groupement à Caltha palustris et Geum rivale encore peu connu, tant en ce qui concerne sa répartition que son écologie. li semble assez répandu à l'étage subalpin dans les bas-marais et le long des ruisselets, mais il n'occupe toujours que de faibles surfaces. Localement Carex paniculata peut devenir dominant.

2.8 Groupement à canche cespiteuse (Deschampsia cespitosa)

Le groupement à Deschampsia cespitosa, encore mal connu, correspond à une ultime extension du Calthion aux étages subalpin supérieur et alpin inférieur. Ses principales espèces sont Deschampsia cespitosa, Alchemilla vulgaris (parfois très abondante), Caltha palustris et Festuca rubra. Il sert souvent de transition entre les bas-marais alcalins (Caricetum davallianae) et les pâturages gras du Poion alpinae. Ce groupement ne figure pas dans le tableau 1 faute de relevés.

3 MEGAPHORBIEES HUMIDES (FILIPENDULION ULMA- RIAE Segal 1966) Associations et groupements des mégaphorbiées humides (Filipendu lion ulmariae) en Suisse

3.1 Généralités • Geranio - Filipenduletum

ulmariae W. Koch 1926 Cette alliance réunit les associations de mégaphorbiées (groupements • Valeriano - Filipenduletum ulmariae Siss. in Westhoff et al. nitrophiles de hautes herbes) humides. Elle est très rarement fauchée 1946 et trahit souvent l'abandon de l'exploitation du pâturage ou de la prai- • groupement ou stade à rie de fauche. Filipendula ulmaria ("Filipendula Stadium" des auteurs alle- En Suisse, on a reconnu les associations et groupements suivants. mands) Les trois premières associations ou groupements sont écologiquement • Polemonio eaeruleae - très proches; ils ont donc été regroupés en une seule association dans Filipenduletum ulmariae Richard 1973 (=Aeonito pyramile tableau 4, selon la proposition de F. Klbtzli. dali - Filipenduletum Gallandat La composition floristique des différentes associations est donnée par 1982 n. inval.) le tableau 3 et les principaux paramètres écologiques résumés dans le • Juneo inflexi - Filipenduletableau 4. lum ulmariae Berset 1969 (inclus le groupement à Juneus inflexus Gallandat 1982) • Aeonito pyramidalis - 3.2 Valeriano officinalis - Filipenduletum ulmariae Siss. in Westhoff Chaerophylletum cieutaria Gallandat 1982. et al. 1946

Nous réunissons sous ce nom les trois associations ou groupements suivants:

  • Geranio-Filipenduletum ulmariae W. Koch 1926

  • Valeriano-Filipenduletum ulmariae Siss. in Westhoff et al. 1946

  • groupement ou stade à Filipendula ulmaria.

Cette unité se développe sur les sols humifères et tourbeux avec des teneurs élevées en argile, de préférence acides et riches en substances nutritives. Elle se rencontre de l'étage collinéen au subalpin inférieur (BOLLER-ELMER, 1977; KLOTZLI, 1969 et 1973).

Diverses sous-associations ont été décrites suivant l'acidité plus ou moins élevée du sol et la richesse en substances nutritives. Le Valeriano-Filipenduletum ulmariae remplace le Geranio-Filipenduletum ulmariae sur les sols non calcaires. Les deux associations possèdent des variantes altitudinales riches en Chaerophyllum cicutaria.

2.2.3 Tab. 3: Associations connues du Espèces / associations 1 2 3 4 5 6 Filipendulion en Suisse Associations:

1 Valeriano - Filipenduletum

Caractéristiques des associations ulmariae

2 Geranio - Filipenduletum

Valeriana officinalis (inclus V IV III II ulmariae V repens) 3 Groupement à Filipendula Geranium palustre V ulmaria Aconitum napellus III III 4 Polemonio caeruleae - Filipen- Polemonium caeruleum IV duletum (= Aconito pyramidalis - Filipendula ulmaria Juncus inflexus V V V V V V Filipenduletum ulmariae)

5 Junco inflexi - Filipenduletum

MANUEL Cratoneuron filicinum V ulmariae inclus le groupement à CONSER· Chaerophyllum hirsutum V Juncus inflexus VATION DES Carex sylvatica IV 6 Aconito pyramidalis - Chaero- MARAIS phylletum hirsuti EN SUISSE Caractéristiques de l'alliance, Les relevés (au moins 10 par assode l'ordre et de la classe ciation) proviennent de GALLAN- DAT (1982) et OBERDORFER Angelica sylvestris IV V III (1983). Caltha palustris III III IV IV II Les classes de présence sont: Calystegia sepium II II II 1 espèces présentes dans Cardamine pratensis 1 II 1 1 IV moins de 21 % des relevés Cirsium oleracum III IV II V III II dans 21 à 40 % des relevés Cirsium rivulare IV II III dans 41 à 60 % des relevés Deschampsia cespitosa III II III II IV IV dans 61 à 80 % des relevés Epilobium hirsutum II III II V dans plus de 81 % des relevés. Galium palustre II III II Geum rivale II II II II IV caractéristique d'asso- Knautia dipsacifolia IV ciation Lysimachia nummularia 1 III Lythrum salicaria IV IV II II Les espèces des unités supérieures Mentha longifolia III V IV sont ordonnées par ordre alpha- Polygonum bistorta 1 IV III bétique. Sanguisorba officinalis II 1 III 1 Scirpus sylvaticus III III 1 IV Trollius europaeus II III Urtica dioica 1 II 1 II Vicia cracca 1 II IV II

Cette unité joue sur le Plateau et dans les Préalpes un rôle important de tampon contre l'eutrophisation. Elle assure ainsi une ceinture de protection autour des bas-marais oligotrophes (Caricion nigrae et davallianae) en absorbant l'azote et le phosphore. Elle remplace souvent le Molinion au contact du Magnocaricion après dégradation par l'homme, surtout en plaine (Klotzli, comm. pers.).

Tab. 4: Principaux paramètres éco- Geranio-Filipenduletum ulmariae, Valeriano - Filipenduletum ulmariae logiques connus des associations du et groupement ou stade à reine des prés Filipendulion en Suisse.

Etage Collinéen à montagnard Distribution connue en Suisse Plateau, Préalpes, est de la CH Type de milieu Bords de rivières Type de sol Sol brun gleyifié, gley ou tourbe à anmoor, basique ou acide, riche en N et P Signes d'eutrophisation et Eutrophisation naturelle et anthropique de dégradation des bords de rivières

Polemonio caeruleae - Filipenduletum

Etage Montagnard Distribution connue en Suisse Jura occidental Type de milieu Méandres et bords de rivières, prés et pâturages le long des ruisseaux Type de sol GIey tourbeux riche en N pH du sol 6,7 à 7 Signes d'eutrophisation et Eutrophisation naturelle et anthropique de dégradation des bords de rivières, des prés et des pâturages +/- abandonnés

Junco inflexi - Filipenduletum ulmariae

Etage Montagnard à subalpin Distribution connue en Suisse Préalpes occidentales Type de milieu Prairies humides de pente avec suitements et deltas des ruisseaux Type de sol Gley à mull, bien aéré, toujours humide pH du sol 6,9 à 7,3 Signes d'eutrophisation et Eutrophisation des eaux et des sols, de dégradation souvent pâturés. Piétinement du bétail qui dédaigne Juncus inflexus

Aconito pyramidalis - Chaerophylletum hirsuti

Etage Montagnard Distribution connue en Suisse Jura occidental Type de milieu Bords de rivières et combes à l'intérieur des forêts Type de sol Inconnu Signes d'eutrophisation et Eutrophisation naturelle ou anthropique de dégradation des cours d'eau en forêt

2.2.3 Le groupement à Filipendula ulmaria correspond à une variante ou à un faciès appauvri de l'association précédente. On trouve aussi ce groupement dans les combes forestières humides alimentées par un ruisseau chargé en substances nutritives. La reine des prés (Filipendula ulmaria) y est très dense et peut atteindre 1,50 m à 1,80 m de haut. En situation normale, soit en périphérie de marais, ce groupement traduit un abandon de la fauche depuis plusieurs années (10 ans et plus) et un apport abondant et continu en fertilisants (azote et phosphore).

MANUEL

3.3 Aconito pyramidalis - Filipenduletum ulmariae Gallandat 1982

CONSER· VATION DES Cette association se rencontre dans le Jura, essentiellement à l'étage MARAIS EN SUISSE montagnard entre 800 et 1'000 m d'altitude (RICHARD, 1973). Elle prospère le long des méandres sur sols alluviaux et tourbeux, très nitrophiles, balayés régulièrement par les crues qui jouent le rôle de "faucheuse naturelle" en évacuant les accumulations de litière. On la rencontre également dans les prés et pâturages aux bords des ruisseaux qui véhiculent d'abondantes concentrations en azote et phosphore. Elle se situe d'un point de vue écologique au centre de plusieurs groupements ou associations. De ce fait, GALLANDAT (1982) a décrit plusieurs sous-associations en relation avec l'assèchement (tendance à l'Arrhenatheretum), avec l'appauvrissement en fertilisants (tendance au Molinion et au Caricion davallianae), avec l'atterrissement des marais à grandes laîches (tendance au Magnocaricion).

GOBAT (1984) souligne la grande productivité de cette association qui s'élève à 500 g / m 2 / an en moyenne et peut atteindre 790 g / m 2 / an en bordure de rivière eutrophisée. Comme le Geranio-Filipenduletum ulmariae, elle joue un rôle indispensable de végétation tampon pour les tourbières et les bas-marais (BOLLER-ELMER, 1977).

3.4 Junco inflexi - Filipenduletum ulmariae Berset 1969

Cette association se développe sur des gleys à mull issus de moraines. Elle est localisée en dessous des sources à faible débit avec un écoulement de surface intermittent. C'est une association très homogène localisée sur les pentes peu inclinées de toutes expositions. Elle semble peu fréquente et localisée dans les Préalpes entre 750 et 1'160 m (BERSET, 1969; YERLY, 1970).

..

Ce groupement est caractérisé par la présence de deux nappes phréatiques, une superficielle liée aux pluies et donc temporaire et une autre Groupement à Juncus inflexus qui se maintient en permanence à une certaine profondeur. Le sol ne et Carex hirta dans le Jura s'assèche donc jamais superficiellement mais reste mouillé (YERLY, GALLANDAT (1982) décrit un 1970). Cette humidité permanente serait indispensable à la germina- groupement à Juncus inflexus et tion d'une des espèces caractéristiques, Juncus inflexus, alors que les Carex hirta dans le Jura sans individus adultes supportent sans problème des sols temporairement donner de tableau floristique et l'attribue au Calthion. Il semble secs en surface. devoir être rattaché au Mentho longifoliae-Juncetum inflexi Cette association proviendrait d'un déboisement de forêts du Fraxi- Lohm. ] 953, qui appartient à l'Agropyro-Rumicion. Gallandat nion. Elle se rencontre dans les pâturages, mais n'est que très peu précise que si le pâturage dibroutée, le bétail n'appréciant pas les tiges raides et piquantes des minue, ce groupement évolue joncs. Le passage du bétail favorise la multiplication végétative de progressivement vers le Polemonio caerulae-Filipenduletum Juncus inflexus. ulmariae. Comme dans le Junco inflexi-Filipenduletum ulmariae, Filipendula ulmaria a une faible abondance-dominance.

2.2.3 4 INTERET POUR LA PROTECTION DE LA NATURE

4.1 Zones-tampon

Leur position en périphérie des marais confère aux groupements du Calthion et du Filipendulion un rôle crucial comme tampon à l'égard des écoulements d'eau enrichis en fertilisants riches en azote et phosphore comme le purin ou le fumier qu'ils recyclent. Ils évitent ou diminuent ainsi une pénétration de ces fertilisants dans des formations vé- 1 MANUEL gétales humides plus sensibles telles que les bas-marais à laîches (Cari- CONSER· don davallianae et nigrae) et les hauts-marais. VATION DES Le Calthion et le Filipendulion possèdent ainsi du point de vue fonc- MARAIS EN tionnel un pouvoir tampon pour des secteurs de marais plus sensibles. SUISSE

Leur extension fréquente au détriment d'une végétation de marais plus oligotrophe témoigne aussi des apports nutritifs des environs. Les deux alliances sont considérées comme des unités de bas-marais de l'inventaire fédéral et doivent être protégées, comme toutes les autres unités, contre des apports nutritifs exagérés par des zones-tampon suffisantes du point de vue écologique (cf. vol. 1, contribution 2.1.2). L'exisitence de ces unités de végétation en bordure d'un marais ne dispense donc pas forcément de la délimination d'une zone-tampon.

4.2 Valeur botanique

Une grande variété floristique (25 à 30 espèces / 25 m 2 pour le Calthion et parfois plus) et la présence d'espèces très rares telles que Hierochloë odorata (cf. GALLANDAT, 1975) sont une contribution non négligeable au maintien de la diversité et de la beauté des paysages. En effet, comme d'autres formations végétales, ces prairies humides reflètent une activité agro-pastorale traditionnelle bien développée dans le Jura et les Préalpes. Ce sont les marais les plus productifs. L'Aconito pyramidalis-Filipenduletum ulmariae (Filipendulion) et le Trollio europaei-Cirsietum salisburgensis (Calthion) abritent l'essentiel des raretés floristiques (tab. 5) des deux alliances.

4.3 Valeur zoologique

Bien que les données sur la faune soient très lacunaires, on peut également signaler une assez grande diversité d'espèces d'oiseaux, de pa-

Tab. 5: Espèces rares ou menacées Hierochloe odorata liées au Calthian ou au Filipendulion.

Associations • Trollio europaei - Cirsietum salisburgensis

  • Caricetum davallianae Degré de rareté selon

  • Caricetum nigrae Très menacé en Suisse (E) Landolt (1991) (6 localités ou groupes de localités connues)

Fritillaria meleagris

Associations • Aconita pyramidalis - Filipenduletum ulmariae • Trollia europaei - Cirsietum salisburgensis Degré de rareté selon Très menacé en Suisse (E) et présent Landolt (1991) uniquement dans le Jura

Iris sibirica

Associations • Aconita pyramidalis - Filipenduletum ulmariae • Molinion Degré de rareté selon Menacé (V) dans toute la Suisse Landolt (1991)

Calamagrostis lanceolata

Associations • Aconita pyramidalis - Filipenduletum ulmariae Degré de rareté selon Menacé (V) dans toute la Suisse Landolt (1991)

pillons et de quelques araignées liées aux deux alliances (GONSETH, 1987; LSPN, éd., 1987; Mulhauser, comm. pers.). La productivité animale est également forte, comme le montrent les grandes populations d'espèces phytophages de Diptères et d'Orthoptères, et favorable aux prédateurs de ces groupes d'insectes vivant pour une partie de leur cycle dans les deux alliances ou dans les milieux environnants, tels que les hauts-marais et les prairies à vocation plus spécifiquement agricole (Arrhenatherion, Polygono- Trisetion). La structure haute et recouvrante, ainsi que la composition floristique, font du Filipendulion une alliance importante pour la faune comme milieu de refuge et source de nectar.

2.2.3 Les araignées Certaines espèces de Dolomedes (dolomèdes) et de Pirata vivent dans les gouilles des hauts-marais et chassent dans le Calthion. Micromata virescens est une espèce des mégaphorbiées humides (Filipendulion) situés en bordure de hauts-marais.

Les papillons Le nacré de la sanguisorbe (Brenthis ino) a pour plante hôte Filipendula ulmaria quand elle forme des peuplements denses aux bords des rivières et dans les terrains humides abandonnés. Il est menacé en Suisse. , MANUEL CONSER- Le nacré porphyrin (Clossiana titania) est une espèce montagnarde et VATION DES subalpine dont la plante hôte principale est Polygonum bistorta. Il sup- MARAIS EN SUISSE porte bien le fauchage annuel des prairies qu'il colonise. Il est menacé en Suisse. Le cuivré de la bistorte (Lycaena helle) a pour unique plante hôte Polygonum bistorta. Il ne vit que dans le Jura et le versant nord des Alpes. Le drainage et le piétinement par le bétail représentent les principales menaces pour ses populations. Il est vulnérable dans toute la Suisse. L'azuré des paluds (MacuLinea nausithous) a pour plante hôte Sanguisorba officinalis (Calthion et autres alliances prairiales). Pour terminer son cycle de vie, la chenille doit être nourrie par une fourmi rouge, Formica sp., qui vit dans les prairies environnantes (Arrhenatherion, Polygono- Trisetion). Il est vulnérable dans toute la Suisse.

Les oiseaux La locustelle tachetée (Locustella naevia) apprécie pour nicher les prairies marécageuses à hautes herbes (Filipendulion) (GLAYRE et MAGNENAT, 1984). Le pipit farlouse (Anthus pratensis) est une espèce du haut-marais, mais se nourrit de Tipulidae qui se développent dans certaines plantes du Calthion. La rousserole verderolle (Acrocephalus palustris) vit entre les manteaux de Salix divers sp. et le Filipendulion. Le traquet tarier (Saxicola rubetra) niche souvent dans les mégaphorbiées du Filipendulion. Il affectionne tout particulièrement les hautes herbes qu'il utilise comme poste d'observation et de chant.

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GLAYRE, D.I MAGNENAT, D. (1984): Oiseaux nicheurs de la haute vallée de l'Orbe. Nos oiseaux, fascicule spécial du volume 37, 130 p.

GOBAT, J-M. (1984): Importance des bordures de tourbières pour la protection des hauts-marais: exemple de deux tourbières du Jura suisse. Bull. Soc. Neuchâtel. Sci. Nat. 107: 25-38.

BENOIT BRESSOUD / GIANFRANCO GIUGNI

Description des groupements des marais à petites laÎches (CAR/CION DAVALLIANAE / CAR/CION FUSCAE) 2.2.4 1 INTRODUCTION Dans l'inventaire des bas-marais La classe phytosociologique des Scheuchzerio-Caricetea fuscae (Nordh. (cf. vol. 1, contribution 2.2.1) le Caricion davallianae est dis- 1937) Tx. 1937 réunit trois ordres: tingué du Caricion fuscae sur la • Scheuchzerietalia palustris Nordh. 1937: marais de transition (cf. base des deux critères suivants: contribution 1/2.2.6) • présence d'au moins 5 es-

, pèces basiphiles des marais à pe-

  • Caricetaliafuscae Koch 1926 em. Nordh.1937 tites laîches sur 4 m 2 (à l'étage

  • Caricion fuseae Koch 1926 em. Klika 1934 alpin, en raison de la rareté

  • Caricetalia davallianae Br.-Bl. 1949 naturelle des espèces basiphiles,

  • Carieion davallianae Klika 1934 il suffit de 3 espèces basiphiles pour que le critère soit rempli). MANUEL

  • Caricion atrofusco-saxatilis Nordh. 1943. • recouvrement de ces mêmes CONSERespèces supérieur au recouvre- VATION DES Les groupements hygrophiles pionniers du Caricion atrofusco-saxati- ment des autres espèces. MARAIS EN SU ISSE lis, qui sont rares et n'occupent que de faibles surfaces dans les basmarais des étages subalpin et alpin, surtout dans les Alpes internes, ne sont que brièvement traités dans cette contribution.

2 MARAIS A PETITES LAICHES ALCALINS (CARICION DAVALLIANAE Klika 1934) Chorologie du Caricion davallianae Seules les références bibliographiques essentielles sont citées. On En Suisse, cette alliance est trouvera une bibliographie complète dans GIUGNI (1991). répandue de la plaine jusqu'à 2'300 m d'altitude, avec un maximum de concentration entre 1'200 et 1'600 m. Par la surface,

2.1 Ecologie et sociologie de l'alliance elle vient au 1er rang des unités

distinguées dans l'inventaire des bas-marais d'importance Le Caricion davallianae Klika 1934 (= Eriophorion latifoiii Br.-Bl. & nationale (cf. tab. 1, contribution Tüxen 1943) réunit les associations végétales des bas-marais et marais 1/2.2.1). Elle est répandue princide pente qui colonisent des sols minéraux aussi bien calcaires que palement dans les zones de silicatés sur gley, à anmoor ou d'autres types d'humus, ou encore des flysch des Préalpes et sur les sols argileux des Alpes grisonnes. tourbes mésotrophes, plus rarement des tourbes acidophiles à sphaignes.

La plupart des groupements du Caricion davallianae sont caractérisés par des eaux phréatiques superficielles ou peu profondes, neutres à alcalines, oligo-mésotrophes, pauvres à très pauvres en oxygène dissous.

Les principaux paramètres qui permettent une discrimination écolo- Tab.1: Liste des espèces gique des unités de végétation du Caricion davallianae sont, par ordre caractéristiques du Caricion davallianae d'importance décroissant: le substrat, l'altitude, les éléments minéraux du sol et le niveau de la nappe (GIUGNI, 1991). La topographie lo- 1. Caricetum davallianae Dutoit 1924 cale joue aussi un rôle. la. galietosum uliginosi Giugni 1991 lb. caricetosum flaccae Gallandat En Suisse, le Caricion davallianae comprend 8 syntaxons. Le tab. 1 1982 donne la liste des espèces caractéristiques et différentielles de l'al- 1c. typicum Gors 1963 Id. caricetosum elatae Klbtzli 1969 liance, des 3 associations principales et de leurs sous-associations en le. caricetosum ferruginei (Hohn Suisse. 1936) Giugni 1991 H. scirpetosum cespitosi Beger 1922

2 Schoenetum nigricantis

2.2 Caricetum davallianae Dutoit 1924 Koch 1926 em. Oberdorfer 1957

3 Primulo farinosae-Schoenetum

ferruginei (Beger 1922) Oberdorfer

2.2.1 Sociologie

Le Caricetum davallianae est une association très complexe. Une syn- 3a. typicum Oberdorfer 1962 thèse exhaustive pour la Suisse reste à faire. GORS (1963) a esquissé 3b. equisetosum variegati Gallandat une synthèse au niveau de l'Europe centrale qui a mis en évidence la 1982 3c. caricetosum elatae (Vol!. 1947) complexité de cette association selon deux axes principaux: un axe Klbtzli 1969 géographique (races géographiques liées aux conditions climatiques ou à l'histoire) et un axe altitudinal. En tenant compte du but pratique de cette contribution, les principales sous-associations du Caricetum davallianae en Suisse peuvent être provisoirement regroupées selon le modèle de subdivision altitudinale de Dietl (DIETL, 1972 et 1975): • étages collinéen et montagnard inférieur: galietosum uliginosi Chorologie du Caricetum Giugni 1991, davallianae

  • étage montagnard: caricetosum flaccae Gallandat 1982, Le Caricetum davallianae est

  • étages montagnard et subalpin: typicum Gors 1963, répandu dans toute l'Europe

  • étages collinéen à subalpin: caricetosum elatae Klotzli 1969, centrale. En Suisse, il se rencontre de 400 à 2'330 m

  • étages montagnard supérieur et subalpin: caricetosum ferruginei d'altitude (Joatapass, GR). (Hahn 1936) Giugni 1991, Dans les Préalpes et les Alpes,

  • étages montagnard supérieur à alpin: scirpetosum cespitosi Beger l'association est bien repré- 1922, sentée, en particulier sur le flysch. Elle fait par contre défaut

  • étages subalpin et alpin: kobresietosum simpliciusculae (Hartl dans les Préalpes calcaires, où les 1974) Bressoud 1989. pentes sont raides et les sols perméables. Elle est assez rare dans les Grisons et rare au Tessin

2.2.2 Ecologie (région reliant le Gotthard au

Au continuum floristique du Caricetum davallianae correspond un Lukmanier). continuum écologique. Les exigences écologiques des trois sous-asso- Elle est rare et très fragmentaire sur le Plateau. Elle est mieux ciations les plus répandues sont les suivantes: représentée dans le Jura entre • typicum (hauteur moyenne de la végétation très variable: de 35- 860 et 1'070 m. 40 cm jusqu'à plus de 100 cm): elle se développe aussi bien sur des

2.2.4 cm m ms cs ms ma cm ms c m

Espèces caractéristiques Carex davalliana X X X X X X x x x Eriophorum latifolium X X X X X X x X x Carex fla va X x X X Schoenus nigricans X x x Spiranthes aestivalis V X Schoenus ferrugineus Carex hostiana X X X x X x X x X X --- Dactylorhiza incarnata X x MANUEL Epipactis palustris X x x CONSER- VAllON Pinguicula vulgaris (x) X X X X X X DES MARAIS Tofieldia calyculata X x X x X EN Carex lepidocarpa x SUISSE

Différentielles géographiques Juncus articulatus x X X x X Juncus alpinus x X x x Swertia perennis x x X Calycocorsus stipitatus x

Différentielles d'altitude Galium uliginosum X x Primula farinosa X X x X X X x X Bartsia alpina X x X X x Selaginella selaginoides X X x Aster bellidiastrum X X X X x Juncus triglumis x

Différentie))es des sous-unités Carex flacca X X X x Carex pulicaris X Rhinanthus minor X x Blysmus compressus x Trifolium pratense X (x) X Carex elata x X X Carex ferruginea X Scirpus cespitosus X Scirpus hudsonianus (x) Carex echinata x Drosera anglica V X Orchis laxiflora ssp. palustris E x Equisetum variegatum X

c: collinéen ma: montagnard à alpin S: statut de rareté (d'après cm: collinéen à montagnard X: espèce fréquente à LAND 0 LT, 1991): cs: collinéen à subalpin très fréquente E très menacé m: montagnard x: espèce fréquente V menacé ms: montagnard à subalpin (x): espèce occasionnelle

substrats organo-minéraux carbonatés que sur des sols de type tourbeux (pH eau variant de 5.0 à 7.0).

  • caricetosum ferruginei (hauteur moyenne de la végétation: 40 cm): elle se développe sur tourbe à l'étage montagnard, presque toujours en exposition Nord.

  • scirpetosum cespitosi (hauteur moyenne de la végétation: 20- 35 cm): c'est la sous-association la plus fréquente de l'étage subalpin; elle forme des gazons denses et continus de Scirpus cespitosus, de couleur jaune-brune, pauvres en espèces, sur des sols exclusivement tourbeux.

2.3 Schoenetum nigricantis Koch 1926 em. Oberd. 1957

Chorologie du Schoenetum

2.3.1 Sociologie nigricantis

La distinction phytosociologique et écologique entre le Schoenetum Sur le Plateau et dans la partie nigricantis et le Primulo-Schoenetum ferruginei est très souvent diffi- inférieure des Préalpes, l'associacile, car nous avons en Suisse une zone de sympa trie de Schoenus tion est très répandue (KLOTZ- LI, 1969). Dans la Plaine du nigricans et de S. ferrugineus avec des hybrides (Schoenus x inter- Rhône, l'association a disparu medius). Une synthèse de ces deux associations en Suisse reste à faire. (GIUGNI, 1985). Aux Grisons, elle est très rare et Le Schoenetum nigricantis est caractérisé par une seule espèce: Schoe- se rencontre entre 600 et 1'250 m (BRAUN-BLANQUET,1971). nus nigricans. Les espèces différentielles les plus fréquentes en Suisse Au Sud des Alpes, il ne reste que sont Spiranthes aestivalis, Drosera anglica et D. obovata. quelques centaines de mètres carrés dans un état de dégradation avancée.

2.3.2 Ecologie

Le Schoenetum nigricantis (hauteur de la végétation: 35-45 cm, jusqu'à 65 cm) est propre aux milieux oligotrophes riches en calcaire. Il se développe tant sur des substrats sableux filtrants que sur des tufs calcaires très humides, souvent finement décomposés et enrichis de nombreux coquillages, mais jamais sur tourbe. Les marais de pente colonisés par cette association sont très souvent traversés par des eaux circulant à la surface du sol.

2.2.4

2.4 Primu/o farinosae-Schoenetum ferruginei (Beger 1922)

Oberdorfer 1957 Chorologie du Primulo farinosae-Schoenetum ferruginei

2.4.1 Sociologie L'association se rencontre

Les principales sous-associations décrites en Suisse sont les suivantes: jusqu'à la limite supérieure de

  • étages (collinéen), montagnard et subalpin: typicum Oberdorfer l'étage subalpin (ZOBRIST, 1935). C'est sur le Plateau qu'elle est la mieux représentée

  • étage collinéen: caricetosum elatae (Vollmar 1947) Klbtzli 1969 et (KLOTZLI, 1969). Dans les stachyetosum officinalis Klbtzli 1969

  • étage montagnard (lac de Joux): equisetosum variegati Gallandat Préalpes et les Alpes (étages montagnard et subalpin), elle est 1 bien représentée. Elle est rare MANUEL 1982. dans le Jura et absente au Sud CONSER- VATION des Alpes. DES MARAIS

2.4.2 Ecologie EN

SUISSE Le Primulo farinosae-Schoenetum ferruginei colonise les substrats à horizons superficiels carbonatés. Le niveau de la nappe est toujours superficiel, ce qui en fait un des seuls groupements primaires du Caricion davallianae. Les sols peuvent être superficiels (sous-ass. equisetosum variegati) ou tourbeux. Sur tourbe carbonatée en surface, Schoenus nigricans est totalement absent (GIUGNI, 1991).

2.5 Groupements à Juncus subnodu/osus (Juncetum subnodu/osi

(Allorge 1922) Koch 1926)

2.5.1 Sociologie

DIERSSEN (1982) place le Juncetum subnodulosi dans le Caricion davallianae tout en admettant que le statut de cette association n'est Chorologie des groupements à pas clair. En Suisse, Juncus subnodulosus se rencontre dans le Ca- Juncus subnodulosus

ricion davallianae, le Magnocaricion, le Molinion, le Calthion, le Fili- Les groupements à Juncus pendulion et le Phragmition. Il est donc préférable de parler de grou- subnodulosus se rencontrent de pements à Juncus subnodulosus. KLOTZLI (1969) propose d'utiliser la plaine jusqu'à 1'000 m environ. Très fréquents sur le Place taxon pour distinguer des variantes influencées par des apports en teau, ils sont assez rares dans les matières nutritives. Préalpes occidentales et absents au Sud des Alpes.

2.5.2 Ecologie

Les groupements à Juncus subnodulosus forment des prairies assez denses, très souvent pauvres en espèces (souvent le jonc se rencontre seul), sur des sols très humides et riches en calcaire. Dans les marais de pente, ils se développent uniquement sur substrat calcaire ou en présence de sources jaillissantes très riches en ions alcalins.

.'

2.6 Groupement à Eleocharis quinqueflora et Triglochin palustris

(Eleocharitetum pauciflorae Lüdi 1921)

Ce groupement rare représente un stade initial du Caricion davallianae aux étages subalpin et alpin. Il se développe sur des sols plus ou moins tourbeux en contact avec des eaux calcaires (pH 6.5 - 8.0). La strate muscinale dense se caractérise par la présence d'espèces typiquement arctico-alpines. Le groupement est signalé dans l'Oberland bernois, le Valais, au Tessin et dans le Jura.

2.7 Caricetumfrigidae Rübel1912

Le Caricetum frigidae Rübel 1912 se rencontre dans les étages subalpin et alpin le long des ruissellements de sources et des eaux de fonte, indifféremment sur substrat acide ou calcaire. Il présente des affinités avec les groupements pionniers du Caricion atrofusco-saxatilis et avec les groupements fontinaux du Cratoneurion commutati. Carex frigida est la seule espèce caractéristique de l'association.

2.8 Juncetum alpini (Oberd.1957) Phil. 1960

Le Juncetum alpini est une association pionnière montagnarde des alluvions humides sableuses ou graveleuses des cours d'eau préalpins et alpins. Les espèces caractéristiques sont Juncus alpinus et Equisetum variegatum.

2.9 Equiseto variegati-Typhetum minimae Br.-Bl. apud Volk 1940

L'association colonise les alluvions fines et calcaires des Préalpes et des Alpes. L'association, assez répandue autrefois, est devenue très rare et localisée à la suite des corrections des cours d'eau et des captages d'eau. Typha minima est la seule espèce caractéristique.

2.2.4 3 GROUPEMENTS HYGROPHILES PIONNIERS A PETITES LAICHES (CARICION ATROFUSCO-SAXATILIS Nordhagen 1943)

Le Caricion atrofusco-saxatilis Nordhagen 1943 (= Caricion maritimae Br.-BI. (in Volk 1940) 1971, Caricion bicolori-atrofuscae (Nordh. 1936) de Molenaar 1976) possède une distribution arctico-altaïco-alpine. Ses espèces caractéristiques sont des relictes glaciaires rares ou menacées (LAND OLT, 1991). Le tab. 2 donne la liste des espèces caractéristiques de l'alliance et des 4 associations présentes en Suisse. On trou- MANUEL vera une bibliographie complète dans BRESSOUD (1989). CONSER· VATION DES Tab. 2: Liste des espèces caractéris- MARAIS EN tiques du Caricion atrofusco-saxatilis SUISSE

1 Juneetum aretici (Gams 1927)

Juneus aretieus v x x Bressoud 1989 Carex maritima V x x 2 Juneo triglumis-Caricetum bicolo- Carex bieolor V x x x x x ris Doyle 1952 Carex mierogloehin V x x x x 2a. earicetosum maritimae Bressoud Tofieldia pusiUa x x x 1989 Seirpus pumilus x x 2b. earicetosum bieoloris (Lid 1954) Kobresia simplieiuseula V x Bressoud 1989 Carex atrofusea R x

3 Caricetum microgloehinis Nordhagen 1928

Le Caricion atrofusco-saxatilis est rare dans l'ensemble des Alpes. Ses 4 Caricetum atrofusco-vaginatae Nordhagen 1943 biotopes de prédilection sont les zones alluviales, les terrasses fluvioglaciaires, les bas-marais et les marais de pente. Il s'agit de milieux S statut de rareté (d'après LANrendus instables par l'alluvionnement, le colluvionnement, l'irrigation DOLT (1991): E très menacé ou la solifluxion. Le caractère relictuel de l'alliance est à la fois histo- V menacé rique et écologique. R rare

De nombreuses localités alpines du Caricion atrofusco-saxatilis ont été détruites par la construction de barrages qui a en noyé des ombilics glaciaires et modifié profondément le régime des crues en aval, par les corrections de cours d'eau, les captages, les drainages, l'exploitation de graviers ou l'aménagement de zones de loisirs.

En raison des faibles surfaces occupées par l'alliance, elle n'a pu être distinguée du Caricion davallianae dans l'inventaire des bas-marais. La rareté de l'alliance et de ses espèces caractéristiques justifie une protection toute particulière des bas-marais et des zones alluviales qui les abritent.

4 BAS-MARAIS ACIDES (CARICION FUSCAE Koch 1926 em.

4.1 Ecologie et sociologie de l'alliance

Le Caricion fuscae (= Caricion canescenti-fuscae (Koch 1926) Nordh. 1936, Eriophorion scheuchzeri Hadac 1939) réunit les associations végétales des bas-marais acides. Il se rencontre surtout dans les régions montagneuses siliceuses aux étages subalpin et alpin. Enterme de surface, il occupe en Suisse le 3e rang des unités distinguées dans l'inventaire des bas-marais, derrière le Caricion davallianae et les Calthion-Filipendulion réunis. Ses surfaces sont très inégales selon les régions (cf. tab. 1, contribution 1/2.2.1).

Il existe trois associations du Caricion fuscae en Suisse:

  • Caricetum goodenowii Br.-Bl. 1915

  • Carici curto-Agrostietum caninae Tx. 1937

  • Eriophoretum scheuchzeri Rübel1912.

Le tab. 3 donne la liste des espèces caractéristiques de l'alliance et des associations.

Tab. 3: Liste des espèces caractéris- Espèces 1 2 3 tiques du Caricion fuscae

1 Caricetum goodenowii Br. BI. 1915 ,"

Carex curta x x 2 Carici curto-Agrostietum caninae Carex echinata x TX.1937 Carex magellanica x Carex nigra x x x 3 Eriophoretum scheuchzeri Rübel Drepanocladus aduncus x 1912 Eriophorum angustifolium x x x Eriophorum scheuchzeri x Juncus filiformis x x Phleum alpinum ssp. alpinum x Viola palustris x x

Espèces différentielles Agrostis canina x x Carex lachenalii x Drepanocladus exannulatus x x

2.2.4

4.2 Caricetum goodenowii Br.-BI.1915

Chorologie du Caricetum

4.2.1 Sociologie goodenowii

L'espèce qui a donné son nom à l'association, Carex nigra (= C. fusca, Le Caricetum goodenowii possède C. goodenowii), n'a qu'une faible valeur diagnostique en raison de sa une distribution arctico-alpine. grande amplitude écologique. Le Caricetum magellanici Osvald 1923 En Suisse, il est inégalement répandu. Dans les Franchesest inclus dans le Caricetum goodenowii. Montagnes, il couvre d'assez grandes surfaces. Dans le Haut- Le Scirpetum cespitosi Rübel 1912 des Alpes et des Préalpes représente tantôt un stade de dégradation des bas-marais alcalins (Carice- Jura calcaire, il est plutôt mal développé. Au Nord des Alpes, 1 l'association, nettement moins MANUEL tum davallianae) ou acides (Caricetum goodenowii) provoqué par la répandue que le Caricetum CONSER· pâture ou la fauche, tantôt un stade de transition de ces mêmes bas- davallianae, se rencontre surtout VATION DES marais vers la prairie subalpine à nard raide (Nardetum alpigenum) ou à l'étage subalpin (1 '200-1 '500 MARAIS EN m). Elle est commune dans les SUISSE vers le haut-marais (Sphagnion magellanici). Il est donc légitime de Alpes internes et le Sud des considérer avec BRAUN-BLANQUET (1971) le "Scirpetum cespito- Alpes aux étages montagnard, si" comme hétérogène et de distinguer une sous-association scirpeto- subalpin et alpin (1'600-2'600 sum cespitosi dans le Caricetum davallianae et dans le Caricetum goo- m). C'est de loin l'association de bas-marais la plus répandue de denowii. Scirpus cespitosus est également répandu dans les hauts- l'étage alpin. Le Caricetum maraIs. davallianae et le Caricetum rostratae deviennent très rares à cet étage, tandis que l'Eriopho-

4.2.2 Ecologie

retum scheuchzeri est localisé. Le Caricetum goodenowii forme un gazon dense de 15-20 cm de hauteur, pauvre en espèces, sur des sols tourbeux acides.

Dans le Jura, l'association, souvent pâturée, se cantonne autour des hauts-marais ou se substitue à eux en tant que groupement secondaire sur les terrains plats ou faiblement pentus après un drainage ou une exploitation de la tourbe. GALLANDAT (1982), BUTTLER et al., (1983), FELDMEYER-CHRISTE (1990) ont distingué plusieurs sous-associations. L'aspect et la composition floristique (dominance de Festuca rubra, Polygonum bistorta, Molinia caerulea, Deschampsia cespitosa et Anthoxanthum odoratum) des surfaces tourbées peuvent être très différents de ceux des bas-marais acides habituels.

Dans les Alpes et les Préalpes, l'association occupe les petites dépressions à eau stagnante ou les faibles pentes où la saturation permanente en eau permet le développement d'une couche de tourbe assez épaisse. Elle succède fréquemment au Caricetum rostratae et/ou à l'Eriophoretum scheuchzeri. L'association se rencontre aussi au contact des hauts-marais. BRAUN-BLANQUET (1971) distingue deux sous-associations: typicum et scirpetosum cespitosi.

4.3 Carici curto-Agrostietum caninae Tx. 1937 (Junco-Caricetum

goodenowii Tx. (1937) 1952) Chorologie du Carici curto- A grostietllm caninae

Les espèces caractéristiques sont Agrostis canina et Carex curta. C'est la seule association du Caricion fuscae sur le Plateau. Sur le Plateau, l'association, très rare, forme localement des complexes Elle y est très rare et n'a été signalée que localement au Nord avec le Caricetum rostratae et le Caricetum diandrae dans des dépresde la Suisse (KLOTZLI, 1969 et sions moyennement acides (KLGTZLI, 1969). Agrostis canina se ren- 1973). contre surtout dans l'Agropyro-Rumicion (groupements pionniers de milieux humides perturbés par l'homme).

., Dans le Jura, l'association forme une mince ceinture autour des étangs de tourbière des Franches-Montagnes (KRÀHENBÜHL, 1966 et 1968), dans la zone de variation maximale d'humidité. L'association sert de transition entre le Caricetum goodenowii et d'autres associations.

4.4 Eriophoretum scheuchzeri Rübel19U

Cette association arctico-alpine où domine Eriophorum scheuchzeri est pauvre floristiquement. Elle participe à l'atterrissement des petits lacs et des gouilles acides d'origine glaciaire des étages subalpin supérieur et alpin qui peuvent s'assécher en été. Le sol est un gley acide. L'association est répandue dans toutes les Alpes, sans être fréquente.

2.2.4 5 INTERET POUR LA PROTECTION DE LA NATURE

Les ba -marai', alcalin ou acides, c nlribuent grandement à la diverité écologique et paysagère de notre cnvironuemenl. Il' offrent tout le long de 1année une riche palette d couleur ' qui contra tent avec ceUes de environs.

Les ba -marais alcalins ont riche en espèce caractéristiques. Parmi Il plu ieur ont rares ou menacée n rai on de la régres ion de 1 ur habital (cf. tab. 1). Il ont riche ' en plantes à fleur gui offrent lIne source d nectar importante, notamment aux insecte de toUT- , MANUEL CONSERbière voisines. VATION DES MARAIS EN SUISSE A 1étage alp.in le ba -marai acide (Caricettttl1 goodenowii et Eriophoretum schetlchzeri) sont avec les groupements fonlinaux et le combes à neige hygwphile les eule biotope humides, ce qui leur confère lIne grande va leur biologique et paysagère malgré leur pauvreté Dari tique et leur étendue auvent mod te.

BIBLIOGRAPHIE GlUGNI, G. (1991): Etude phyto- ADRESSE DES AUTEURS écologique des bas-marais et marais de pente ( Carie ion davallianae) des BRAUN-BLANQUET,1. (1971): Dr Benoît Bressoud Préalpes chablaisiennes (suisses et Übersicht der Pflanzengesellschaf- Bureau d'études écologiques françaises). Phytosociologie, morten der Rhatischen Alpen im Rah- R. de Cordé phophénologie. microclimatologi~, men ihrer Gesamtverbreitung. III. 1957 Ardon hydrologie, pédologie, cartographIe. Teil: Flachmoorgeselischaften Mat. Levé Géobot. Suisse 67, 289 p. (Scheuchzerio-Caricetea fuscae). Dr Gianfranco Giugni Ver. Geobot. Inst. Rübel 46, 70 p. ECOCONTROL S.A. GORS, S. (1963): Beitrage zur Kenntnis basiphiler Flachmoorge- Studio di consulenze ambientali e BRESSOUD, B. (1989): Contribu- ingegneria forestaie selischaften (Tofieldietalia Prg. ap. tion à la connaissance du Caricion Via S. Franscini 5 Oberd. 49). 1. Teil: Das Davalisegatrofusco-saxatilis dans les Alpes. gen-Quellmoor (Caricetum davallia- 6601 Locarno Phytocoenologia 17(2): 145-270. nae W. Koch 28). Verott. Landesst. Natursch. u. Landschaftspfl. Bad. - BUTTLER, A. 1CORNALI, P 1 Manuel Württ. 31: 7-30. RICHARD, 1.-L. (1983): La tour- Conservation des marais bière des Pontins sur Saint-Imier. en Suisse 1 KLOTZLI, F. (1969): Die Grund- Phytosociologie, éléments d'écologie 1/1996 wasserbeziehungen der Streu- und et perspectives d'aménagement. Moorwiesen im nordlichen Schwei- Mat. Levé Géobot. Suisse 59, 79 p. zer Mittelland. Beitr. Geobot. Landesaufn. Schweiz 52, 296 S. DIETL, W. (1972): Die Vegetationskartierung aIs Grundlage für die KLOTZLI, F. (1973): Waldtreie Planung einer umfassenden Alpver- N assstandorte der Schweiz. Veroft. besserung im Raume von Glauben- Geobot. Inst. ETH, Stift. Rübel 51: büelen (Obwalden) (Kontaktzone 15-39. von Kalk- und Flyschalpen). Landenberg, Sarnen, 151 S. KRÀHENBÜHL, C. (1966): Le haut-plateau des Franches-Monta- DIETL, W. (1975): Die landschaftsgnes. Actes Soc. Jur. Emul. 68: 87- okologische Bedeutung der Flach- 178. moore. Beispiel: Davaliseggenrieder. Jb. Ver. Schutze Alpenpfl. KRÀHENBÜHL, C. (1968): Alpentiere 40: 47-64. Associations végétales du Jura bernois. Actes Soc. Jur. Emul. 71: 201- FELDMEYER-CHRISTE, E. 322. (1990): Etude phyto-écologique des tourbières des Franches-Montagnes LAND OLT, E. (1991): Plantes (cantons du Jura et de Berne, vasculaires menacées en Suisse.

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BARBARA lEUTHOlD Description des roselières (PHRAGMfTlON) et des ma ra is à grandes laÎches (MAGNOCARIClON) 2.2.5 1 INTRODUCTION

Les roselières et les marais à grandes laîches font partie des principaux groupements d'atterrissement des eaux dormantes et à courant lent. Elles sont souvent d'origine naturelle, mais certaines doivent leur existence à l'homme. Les roselières se rencontrent à partir d'une profondeur d'eau moyenne maximale de 2 m et s'avancent jusque sur des sols s'asséchant temporairement. Les marais à grandes laîches sont plus sensibles à la submersion. Ils succèdent aux roselières en direction des berges. En 1 MANUEL règle générale, ils ne sont submergés chaque année que quelques CONSER· semaines au maximum. La nappe phréatique est cependant très VATION DES haute, affleurant presque. Comme les roselières et les marais à MARAIS EN SUISSE grandes laîches possèdent de nombreuses espèces en commun, les deux alliances sont classées dans le même ordre (Phragmitetalia Koch 1926). Les roselières et les marais à grandes laîches sont des types de végétation plutôt pauvres en espèces, dominés par une seule espèce. Cela complique leur classification systématique. Dans cette contribution, les groupements de roselières et de marais à grandes laîches les plus fréquents de la littérature sont mentionnés. On a renoncé à une liste des espèces caractéristiques, car le plus souvent on ne rencontre que peu d'autres espèces que celles donnant leurs noms aux associations.

2 ROSELIERES (PHRAGMITION COMMUNIS KOCH 1926)

2.1 Phragmitetum communis (Gams 1927) Schmale 1939 (roselière)

La roselière (Phragmitetum communis) offre une très grande amplitude écologique. Elle pousse tant dans des stations oligotrophes qu'eutrophes et dans des milieux pauvres que riches en calcaire (KRAUSCH, 1965). Elle est capable de profiter de toute l'amplitude de niveau d'eau mentionnée en introduction. Dans la roselière, le roseau (Phragmites australis, syn. P. communis) est si concurrentiel que d'autres espèces de plantes ont souvent beaucoup de peine à pousser. La roselière est en quelque sorte une monoculture naturelle. En Suisse, c'est l'association la plus répandue de l'alliance.

2.2 Scirpetum lacustris (Chaouard 1924) Schmale 1939 (association à

jonc des tonneliers)

L'association à jonc des tonneliers (Scirpetum lacustris) se développe sur un substrat sablo-graveleux dans des eaux eutrophes, à une profondeur d'eau de 50 à 70 cm (OBERDORFER, 1992), souvent devant la roselière (Phragmitetum communis). Elle ne se rencontre que dans des lieux calmes car le jonc des tonneliers (Scirpus lacustris) est peu résistant en raison de sa tige remplie de moelle spongieuse et ne supporte pas un fort battement des vagues ou un vent violent (ELLEN- BERG, 1986). D'après OBERDORFER (1992), la présence d'espèces des groupements à potamots ou à feuilles flottantes est caractéristique. On rencontre ainsi en plus de l'espèce dénorninatrice des espèces comme le nénuphar blanc (Nymphaea alba) ou le potamot nageant (Potamogeton natans). LANG (1967) décrit en revanche au lac de Constance des unités très pauvres en espèces, dans lesquelles à côté du jonc des tonneliers ne pousse que le roseau. L'association à jonc des tonneliers est assez répandue en Suisse.

2.3 Typhetum angustifolio-latifoliae (Eggler 1933) Schmale 1939

(association à massettes)

Alors que certains auteurs distinguent deux associations à Typha, KLOTZLI (1973) les réunit. Le Typhetum affectionne les sols vaseux

2.2.5 des eaux eutrophes à une profondeur d'eau de 20 à 50 cm. Dans les stations d'origine anthropique (par ex. gravières, fosses de tourbage), le roseau (Phragmites australis) accompagne le plus souvent les massettes (Typha sp.). En Suisse, l'association à massettes est, comme l'association à jonc des tonneliers (Scirpetum lacustris), assez répandue, mais présente le plus souvent que sur de faibles surfaces.

2.4 Glycerietum maximae Huech 1931 (association à grande 1

MANUEL glycérie) CONSER- VATION DES Dans des eaux fortement eutrophes, l'association à grande glycérie MARAIS EN SUISSE (Glycerietum maximae) peut remplacer la roselière (Phragmitetum communis) (ELLENBERG, 1986). LANG (1967), qui a étudié la végétation riveraine du lac de Constance, a trouvé l'association dans des fossés ainsi qu'à l'embouchure des rivières importantes. Comme le roseau (Phragmites australis), la grande glycérie (Glyceria maxima) forme souvent des peuplements purs. En Suisse, le Glycerietum maximae a son centre de gravité dans la région Nord-Est, mais même là il est plutôt rare (KLOTZLI, comm. orale).

2.5 Acoretum calami Schulz 1941 (association à acore calame)

L'association à acore calame (Acoretum calami) est constituée de quelques touffes d'acores calames (Acorus calamus) (OBERDOR- FER, 1992). Elle pousse volontiers dans les cours d'eau lents jusqu'à 1 m de profondeur et affectionne les stations vaseuses, eutrophes à mésotrophes. En revanche, l'Acoretum ca/ami se rencontre en Suisse surtout dans les eaux dormantes. Sa répartition est la même que celle du Glycerietum maximae (KLOTZLI, comm. orale).

2.6 Cladietum marisci AlJorge 1921 (association à maris que)

L'association d'atterrissement caractéristique des eaux calcaires oligotrophes est l'association à marisque (Cladietum marisci). D'après KLOTZLI (1969), le substrat de l'association se compose en général de craie. Du point de vue phytosociologique, l'association à maris que

se situe entre les roselières (Phragmition) et les marais à grandes laîches (Magnocaricion). La marisque peut être associée à d'autres espèces, notamment le jonc des tonneliers (Scirpus lacustris), le roseau (Phragmites australis) ou le jonc noueux (Juncus subnodulosus) (SCHLÀFLI, 1972). A côté de sa forme typique de groupement d'atterrissement, le Cladietum marisci pénètre aussi volontiers dans les marais à grandes laîches et à choins en friche. Le Cladietum marisci est une association assez fréquente; elle manque cependant au Tessin (WELTEN / SUTIER, 1982).

2.7 Cicuto-Caricetum pseudocyperi Boer 1942 (association à laîche

faux souchet et ciguë)

Le Cicuto-Caricetum pseudocyperi peut précéder la ceinture de roseaux. Alors que la laîche faux souchet (Carex pseudocyperus) est sporadique sur les berges (par ex. infiltrée dans la roselière dans le Jura), le véritable Cicuto-Caricetum pseudocyperi est très rare en Suisse. La ciguë (Cicuta virosa) manque en général.

2.8 Rorippo-Oenanthetum aquaticae Lohm 1950 (association à

oenanthe aquatique et cresson amphibie)

C'est surtout le long des cours d'eau non canalisés que le Rorippo- .'

Oenanthetum aquaticae peut trouver des conditions favorables. L'association aime les surfaces limoneuses eutrophes et asséchées des berges. Parmi les roselières, elle occupe une place à part. Certains auteurs la classe dans un ordre particulier. Elle est rare en Suisse. Ses dernières stations se trouvent au Nord de la Suisse (KLOTZLI, comm. orale) .

2.9 Groupements à Sparganium erectum

Les groupements à Sparganium erectum sont en général des groupements de substitution de la roselière. On les trouve dans les eaux dormantes ou à courant lent à une profondeur de 20 à 50 cm sur un substrat vaseux. Selon LANG (1967), le roseau (Phragmites australis) se rencontre aussi en général dans ce groupement. Le groupement est répandu en Suisse, mais peu fréquent.

2.2.5

2.10 Scirpetum maritimi (Br.-BI. 1931) Tx. 1937 (association à scirpe

maritime)

Le Scirpetum maritimi est une association pionnière des eaux peu profondes et particulièrement salées, sur sols bruts vaseux ou limoneux fins (OBERDORFER, 1992). On le rencontre par exemple au bord des mares de gravières ou des fossés. L'association à scirpe maritime préfère les régions assez chaudes. Alors que le scirpe maritime (Scirpus maritimus) est sporadique en Suisse, le Scirpetum maritimi manque totalement en tant qu'associa- MANUEL tion. CONSER- VATION DES MARAIS EN SUISSE

2.11 Groupement à Equisetum fluviatile Steffen 1931

La prêle des eaux courantes (Equisetum fluviatile) peut être considérée comme une espèce pionnière de l'atterrissement (HESS et al., 1976). Elle préfère les sols tourbeux, par exemple des mares ou des étangs forestiers. Le groupement à Equisetum fluviatile est relativement fréquent en Suisse.

2.12 Sagittario-Sparganietum emersi Tx.1955 (association à

rubanier émergé et sagittaire à feuilles en flèche)

Dans les eaux à faible courant, plus rarement dans les eaux dormantes, eutrophes à polluées, l'association à rubanier émergé et sagittaire à feuilles en flèche (Sagittario-Sparganietum emersi) peut pousser à une profondeur de 20 cm à 1 m (OBERDORFER, 1992). Cette association aussi aime les sols vaseux. Elle se trouve au voisinage direct des groupements à potamots, parmi lesquels on peut aussi la classer. Le Sagittario-Sparganietum emersi est très rare en Suisse et ne couvre jamais de grandes surfaces. LANG (1967) l'a trouvé sporadiquement au bord du lac de Constance.

3 MARAIS A GRANDES LAICHES Fig. 1: Touradons de la laîche élevée

(MAGNOCARICION ELATAE KOCH 1926) au Kaltbrunner Ried. Photo: P. Bolliger

3.1 Caricetum elatae Koch 1926 (association à laiche élevée)

La laîche élevée (Carex elata) supporte de fortes fluctuations du niveau d'eau, davantage que les autres grandes laîches et le roseau (KLOTZLI, 1969; MARTI, 1994). C'est une plante d'atterrissement extrêmement efficace. L'association à laîche élevée (Caricetum elatae) pousse surtout sur des sols eutrophes, vaseux ou tourbeux, au voisinage du niveau moyen des eaux (OBERDORFER, 1992). Sous sa forme typique, elle fait de grands touradons. A côté de la laîche élevée, on rencontre le plus souvent d'autres espèces, par exemple le gaillet des marais (Galium palustre), le lythrum salicaire (Lythrum salicaria) ou la laîche à épis rapprochés (Carex appropinquata). Le roseau (Phragmites australis) est également largement présent. En Suisse, la laîche élevée est la plus répandue des grandes laîches dans les zones d'atterrissement du Plateau (HESS et al., 1976). LANG (1967) fait du Caricetum elatae la plus importante des associations des

2.2.5 zones d'atterrissement qu'il décrit. Des marais étendus à laîche élevée se rencontrent en différents endroits, par ex. au Lützelsee, au Neeracher Ried ou sur la rive Sud du lac de Neuchâtel (dont la végétation est appelée Grande Cariçaie en l'honneur des grands carex ou grandes laîches).

3.2 Caricetum appropinquatae (Koch 1926) Soo 1938 (association à

laîche à épis rapprochés)

L'association à laîche à épis rapprochés (Caricetum appropinquatae) , MANUEL CONSERne colonise que les sols tourbeux ou à anmoor mésotrophes. Elle est VATION DES MARAIS souvent en contact avec l'association à laîche élevée qui lui est proche EN SUISSE floristiquement et avec laquelle elle forme souvent des groupements de transition (OBERDORFER, 1992). Alors que ces groupements de transition sont fréquents, des peuplements purs de la laîche à épis rapprochés (Carex appropinquata) sont plutôt rares en Suisse et n'occupent que de faibles surfaces.

3.3 Caricetum paniculatae Wangerin ex von Rochow 1951 (association à laîche paniculée)

D'après MARTI (1994), l'association à laîche paniculée (Caricetum paniculatae) se rencontre dans des conditions stationnelles très voisines de celles de l'association à laîche élevée (Caricetum elatae). Mais la laîche paniculée (Carex paniculata) préfère à l'évidence des stations avec un apport d'eau et de substances nutritives constant, par ex. le long de fossés et de ruisseaux ou dans des milieux fontinaux. Le Caricetum paniculatae est fréquent en altitude, mais seulement sporadique sur le Plateau (KLOTZLI, 1969). Sur les rives des lacs artificiels comme le barrage de Klingnau ou le Flachsee près d'Unterlunkhofen, des peuplements de laîche paniculée sont apparus très récemment (MARTI, 1994).

3.4 Caricetum rostratae Rübel1912 (association à laîche à utricules

contractés en bec)

L'association à laîche à utricules contractés en bec (Caricetum rostratae) présente une large amplitude stationnelle. Elle peut coloniser des sols riches ou pauvres en bases, minéraux ou tourbeux. Pour

cette raison, elle est attribuée en partie aux marais à grandes laîches et en partie aux marais de transition (cf. vol. 1, contribution 2.2.6). La laîche à utricules contractés en bec (Carex rostrata) peut s'avancer jusqu'à des profondeurs d'eau de 1 m (HESS et al., 1976) et faire figure ainsi, surtout en altitude, d'espèce d'atterrissement formant des peuplements. Elle préfère les stations oligotrophes. En Suisse, le Carieetum rostratae est répandu, sauf sur le Plateau où il n'est bien développé qu'en de rares localités (KLOTZLI, 1969).

3.5 Caricetum graciUs Almquist 1929 (association à laîche gracile)

Le Carieetum gracilis remplace l'association à laîche élevée au Nord- Est de l'Europe moyenne (ELLENBERG, 1986). KLOTZLI (1969) décrit la station du Carieetum graciUs comme détrempé et eutrophe. L'association est souvent mélangée avec la laîche fausse laîche aiguë (Carex acutiformis). On n'observe que rarement des peuplements purs de laîche aiguë (Carex acuta; syn. Carex gracilis) en Suisse (par ex. près d'Altenrhein, SG; Bolle di Magadino, TI).

3.6 Caricetum vesicariae Chouard 1924 (association à laîche vésiculeuse)

La laîche vésiculeuse (Carex vesicaria) se rencontre d'après HESS et al. (1976) sur des sols calcaires, sableux ou limoneux, mais également sur des vases tourbeuses. Elle est répandue, mais ne constitue que rarement de grands peuplements (MARTI, 1994).

3.7 Caricetum acutiformis Eggler 1933 (association à laîche fausse

laîche aiguë)

La classification de l'association à laîche fausse laîche aiguë (Carieetum acutiformis) est controversée. OBERDORFER (1992) la décrit comme une association faiblement caractérisée des sols eutrophes et humides. D'autres auteurs ne considèrent pas les peuplements de laîche fausse laîche aiguë comme une association distincte.

2.2.5 En revanche, la clé de cartographie des stations humides du canton de Zurich la mentionne comme unité particulière. Elle se rencontre souvent dans des stations fortement eutrophes. Carex acutiformis y constitue fréquemment des peuplements purs.

3.8 Caricetum ripariae Soo ex Balatova-Thlackova 1968 (association

à laîche des rives)

La laîche des rives (Carex riparia) pousse sur des sols humiques, eutrophes et généralement calcaires (MARTI, 1994). D'après OB ER- , MANUEL CONSER- DORFER (1992), l'association à laîche des rives se rencontre sur des VATION DES MARAIS sols plus humides que l'association à laîche fausse laîche aiguë (Cari- EN SUISSE cetum acutiformis). Elle est répandue en Suisse, mais pas fréquente.

3.9 Caricetum vulpinae Nowinski 1928 (association à laîche des

renards)

Le Caricetum vulpinae pousse dans des dépressions périodiquement inondées sur des sols eutrophes, limoneux ou sableux. Il est régulièrement en mosaïque avec des prairies inondables (Agropyro-Rumicion) (OBERDORFER, 1992). En Suisse, s'il existe quelques stations de laîche des renards, elles ne sont pas représentatives de l'association typique (KLOTZLI, comm. orale).

3.10 Station à Carex vulpinoidea (station à laîche fausse laîche des

renards)

La laîche fausse laîche des renards (Carex vulpinoidea) est une plante nord-américaine, qui a été introduite chez nous. Elle a pu s'établir en quelques rares localités. KLOTZLI (1969) décrit par ex. un peuplement dans le marais de Wallisellen, abritant notamment en plus du néophyte divers joncs (Juncus) et épilobes (Epilobium), ainsi que le millepertuis quadrangulé (Hypericum tetrapterum). Entretemps, Carex vulpinoidea a cependant disparu de cette localité.

3.11 Phalaridetum arundinaceae Libb. 1931 (association à alpiste

roseau)

L Phalarid.etwn arundinà eae e renc ntre en général le I.ong des cours cl eau. Prè' de emb uchures, on peut au i le rellcan rer au bord des la . e's 'tation préféré~ ont des ols eulrophe' gén ' ralemen! calcaires sablo-lim neux à va eux, pré enta nt de E rte fluctua- Lion du njveau cl eau (OBERDORFER, 1992). 'as. ociation supporte bien les haute eaux et peul installer rapidement lU' des alluvion (nûche ou aprè cles dérangementantbropique . La fonne typique est très pauvre en espèce. mai on l'enc ntre au i a uvent dans l'ass cialioo cie e pèces comme la laîche élevée (Care.x ela/a) ou la laîche vésiculeu e ( arex. vesica/'ia). L roseau (Phragmites allstralis) est souv nt prés nt comme da n la plupart cl gr up ment de ra elière l d mara i fi grancl laîche. l'mtéri Ul' cie marais à grandes laîche le Phalaridelum arundinaceae occupe une place à part.

......

2.2.5 4 IMPORTANCE POUR LA PROTECTION DE LA NATURE

4.1 Importance botanique

Les roselières et les marais à grandes laîches sont en général des unités pauvres en espèces. Certaines associations sont dominées par des espèces de plantes rares comme l'acore (Acorus calamus) ou la ciguë (Cicuta virosa). Mais souvent elles sont formées d'epèces relativement fréquentes (par ex. Phragmites australis, Carex elata). On peut cepen- 1 MANUEL dant aussi rencontrer des espèces rares dans ces associations. La lysi- CONSERmaque à fleurs en thyrse (Lysimachia thyrsiflora) par exemple, espèce VATION DES MARAIS très menacée à l'échelle suisse d'après la Liste rouge des plantes vas- EN SUISSE culaires de Suisse (LAND OLT, 1991), se rencontre principalement dans les marais à grandes laîches. Autre exemple, la renoncule langue ou grande douve (Ranunculus Zingua) se rencontre presque exclusivement dans les marais à grandes laîches et les roselières.

4.2 Importance zoologique

La valeur zoologique des marais à grandes laîches et surtout des roselières repose principalement sur l'importance de ces associations pour diverses espèces d'oiseaux, dont certaines sont menacées d'après la Liste rouge de DUELLI (1994). Quelques espèces d'oiseaux d'eau ont besoin de grandes surfaces de roselières pour nicher, se nourrir et s'abriter. Les grandes roselières non dérangées sont par exemple le milieu vital du grand butor. Quelques oiseaux chanteurs comme la locustelle luscinioïde ou la rousserolle effarvatte ne se rencontrent que dans des roselières denses. Le râle d'eau, qui parcourt les roselières à la recherche de nourriture, atteint ses plus fortes densités dans les ceintures de roseaux et les marais à grandes laîches formant des touradons. Comme les sommets des touradons des marais à grandes laîches émergent en général même pendant les hautes eaux, ils offrent des emplacements de nids idéaux pour différents oiseaux. Les mouettes rieuses par exemple, qui n'ont que quelques colonies de nidification en Suisse, les utilisent.

BIBLIOGRAPHIE OBERDORFER, E. (1992): ADRESSE DE L'AUTEUR Süddeutsche Pflanzengesellschaften. Teil 1. 3. Auflage. Fischer, Jena. DUELLI, P (1994): Listes rouges 314 S. Dr Barbara Leuthold des espèces animales menacées de FON, Fachgemeinschaft Okologie Suisse, OFEFp, Berne, 97 p. SCHLÀFLI, A. (1972): und Naturschutz Vegetationskundliche Untersuchun- Zurlindenstr. 55 ELLENBERG, H. (1986): Vegeta- gen am Barchetsee und weiteren 8003 Zürich tion Mitteleuropas mit den Alpen. Toteisseen der Umgebung Andel- 4. Auflage. Ulmer, Stuttgart. 989 S. fingens. Mitt. Thurg. Naturf Ges. 40. S. 20-84. HESS, H. / LAND OLT, E. / HIR- ZEL, R. (1976): Flora der Schweiz WELTEN, M. / SUTTER, R. und angrenzender Gebiete. (1982): Atlas de distribution des TRADUCTION (2. Aufl.). Birkhauser, Basel. ptéridophytes et des phanérogames Band 1. 858 S. de la Suisse. Birhiiuser, Bâle, vol. 2, 698p. Dr Benoît Bressoud KLOTZLI, F. (1969): Grundwasser- Bureau d'études écologiques beziehungen der Streu- und Moor- R. de Cordé, 4 wiesen im nordlichen Schweizer 1957 Ardon Mittelland. Beitr. Geobot. Landesaufn. Schweiz. 52. 296 S. Manuel KLOTZLI, F. (1973): Waldfreie Conservation des marais Nassstandorte der Schweiz. Veroff. en Suisse 1 Geobot. Inst. ETH, Stiftung Rübel, 2/1996 Zürich. 51. S. 15-39.

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STEPHAN ZIMMERLI Descri~tion des associations végétales des marais de transition (SCHEUCHZERfETALlA PALUSTRISj 2.2.6 1 INTRODUCTION

Les marais de transition englobent aussi bien les associations oligotrophes des gouilles du Rhynchosporion que les marais à laîches mésotrophes du Caricion lasiocarpae. Ils figurent dans l'inventaire des basmarais, dans la mesure où ils n'ont pas été cartographiés comme unités 2 (gouilles) ou 4 (combes d'écoulement) dans l'inventaire des hautsmarais et marais de transition de Suisse.

Les associations végétales des marais de transition sont souvent développées comme gazons flottants (cf. fig. 1). Elles sont répandues dans , MANUEL CONSERles eaux mésotrophes ou oligotrophes avec un débit très réduit (eaux VATION DES dormantes). On trouve ainsi les gazons flottants dans des cuvettes ou MARAIS EN SUISSE des lacs de glace morte, des cuvettes glaciaires, des petits lacs de montagne sans amenée ni écoulement, ainsi que dans des mares de tourbières ou des creuses de tourbage. Fig. 1: Gazon flottant de laîche à fruits velus (Caricetum lasiocarpae) L'ordre des groupements végétaux nordiques des gouilles et des marais - une coupe schématique (ci VANde transition (Scheuchzerietalia palustris Nordhagen 1937) comprend DEN BERGHEN, 1952): 1 prêle des eaux courantes (Equisedeux alliances: les associations de gouilles (Rhynchosporion albae Koch tum fluviatile), 1926) ainsi que les associations de gazons flottants et de marais de tran- 2 potentille des marais (Potentilla sition (Caricion lasiocarpae Vanden Berghen apud Lebrun et al. 1949 = palustris) , 3 laîche à fruits velus (Carex Eriophorion gracilis Preisg. apud Oberd. 1957). Le tableau 1 donne un lasiocarpa ), aperçu de la systématique et des espèces caractéristiques des marais de 4 trèfle d'eau (Menyanthes tritransition en Suisse (Scheuchzerietalia palustris). foliata).

couche de mousse

.'

Unités Plantes vasculaires Mousses

SCHEUCHZERIETALIA Drosera anglica Calliergon trifarium PALUSTRIS NORDHAGEN 1937 Menyanthes trifoliata Meesia triquetra Potentilla palustris Sphagnum contortum Scirpus hudsonianus Sphagnum platyphyllum

RhyncllOsporion albae Koch 1926 Drepanocladus fluitans Sphagnum cuspidatum Sphagnum majus

• Caricetum limosae Osvald 1923 Carex limosa (0) em. Dierssen 1982 Scheuchzeria palustris (A)

• Rhynchosporetum albae Drosera intermedia (A) Koch 1926 Lepidotis inundata (A) Rhynchospora alba (A) Rhynchospora fusca (A)

Caricion lasiocarpae Vanden Calamagrostis neglecta Bryum neodamense Berghen apud Lebrun et al. 1949 Eriophorum gracile Calliergon giganteum Juncus stygius Cinclidium stygium Sphagnum teres

• Caricetum lasiocarpae Koch 1926 Carex lasiocarpa (0) Sphagnum obtusum (A)

• Caricetum diandrae Jon. 1932 Carex diandra (A) em.Oberd.1957

• Caricetum chordorrhizae Paul Carex chordorrhiza (A) und Lutz 1941

• Caricetum heleonastae (Paul und Carex heleonastes (A) Lutz 1941) Oberd. 1957

• Caricetum rostratae Osvald 1923 Carex rostrata em. Dierssen 1982

Tab. 1: Liste des espèces caractéris- A également caractéristique de tiques des marais de transition l'alliance (Caricion lasiocarpae) (Scheuchzerietalia palus tris) en o également caractéristique de Suisse l'ordre (Scheuchzerietalia)

2.2.6 2 LES ASSOCIATIONS DES GODILLES (RHYNCHOSPORION ALBAE Koch 1926)

DIERSSEN et REICHELT (1988) ont étudié de manière approfondie la classification du Rhynchosporion albae Koch 1926 en Europe. Les associations du Rhynchosporion albae sont caractéristiques des gouilles ainsi que des gazons flottants dans les mares de tourbière, les creuses et les petits lacs de montagne oligotrophes. Il s'agit d'associations à faible croissance qui, à basse altitude, ne se rencontrent pratiquement plus que dans les creuses et sont fortement menacées. MANUEL CONSER· VATION DES MARAIS

2.1 Caricetum limosae Osvald 1923 em. Dierssen 1982 EN

SUISSE

OBERDORFER (1992) décrit le Caricetum limosae comme une association végétale des gazons flottants dans les dépressions mouillées. Toutes les stations dominées par la laîche des bourbiers (Carex limosa) et la scheuchzérie des marais (Scheuchzeria palustris) , deux espèces caractéristiques, sont rattachées à l'association du Caricetum limosae. ZIMMERLI (1988) présente un aperçu du Caricetum limosae sur les gazons flottants de Suisse. La répartition des marais de transition et des hauts-marais (GRÜNIG et al., 1986) et des gazons flottants (ZIMMERLI, 1989) se concentre aujourd'hui principalement dans les étages montagnard supérieur et subalpin des Alpes suisses. Les stations les plus élevées où l'on rencontre le Caricetum limosae se situent à plus de 2'400 mètres d'altitude.

2.2 Rhynchosporetum albae Koch 1926

Le Rhynchosporetum albae est une association atlantique à subatlantique sur des sols tourbeux nus et oligotrophes. Au stade actuel des connaissances, on ne la rencontre en Suisse que dans des marais perturbés par l'homme, avec une limitation aux étages collinéen et montagnard. L'association est caractéristique des gazons flottants dans les eaux de creuses. Les espèces caractéristiques sont le rhynchospora blanc (Rhynchospora alba), plus rarement le rhynchospora brun rouge âtre (Rhynchospora fusca), le rossolis intermédiaire (Drosera intermedia) et le lycopode inondé (Lepidotis inundata) .

3 LES GAZONS FLOITANTS ET LES ASSOCIATIONS DES MARAIS DE TRANSITION (CARICION LASIOCARPAE Vanden Berghen apud Lebrun et al. 1949)

Cette alliance comprend les marais de transition mésotrophes qUl relaient, avec l'augmentation de la productivité, les associations du Rhynchosporion. Leur répartition se concentre principalement dans la zone boréale. En Suisse, on les rencontre dans les zones d'atterrissement de petits lacs (autrefois) oligotrophes et des eaux marécageuses, de l'étage collinéenjusqu'à l'étage subalpin. Leurs habitats dans la zone préalpine peuvent en partie se comprendre comme des reliques glaciaires et sont en très forte diminution (OBERDORFER, 1992). Les cinq associations sont caractérisées par la présence de la laîche à fruits velus (Carex lasiocarpa) qui forme des peuplements et donne le nom à l'alliance et par la laîche à tige arrondie (Carex diandra). Il est significatif que quelques espèces nordiques comme le trèfle d'eau (Menyanthes trifoliata) et la potentille (ou comaret) des marais (Potentilla palustris), qui sont en général des espèces caractéristiques de l'ordre, apparaissent de manière nettement préférentielle dans ces associations de marais de transition.

3.1 Caricetum lasiocarpae Koch 1926

OBERDORFER (1992) décrit le Caricetum lasiocarpae comme une association fréquemment développée en gazon flottant des sols mouillés et mésotrophes sur anmoor ou tourbe. On trouve une description détaillée de la végétation et des conditions stationnelles du Caricetum lasiocarpae de Suisse septentrionale chez KLOTZLI (1969). Le Caricetum lasiocarpae fait largement défaut aux étages montagnard supérieur et subalpin des Alpes suisses. Les localités les plus élevées de Carex lasiocarpa se trouvent au Nord des Alpes au col du Jaun à 1'510 m et dans les Alpes centrales au lac de Staz en Engadine à 1'810 m.

3.2 Caricetum diandrae Jon. 1932 em. Oberd. 1957

Selon KLOTZLI (1969), le Caricetum diandrae est une association très rare en Suisse avec seulement trois localités en Suisse septentrionale. BRAUN-BLAN QUET et RÜBEL (1932) présentent Carex diandra comme une espèce très dispersée des zones d'atterrissement

2.2.6 dans la ceinture extérieure des gazons flottants des lacs subalpins. Chez ZIMMERLI (1988), on trouve cinq localités de relevés de végétation du Caricetum diandrae situées entre 1'230 et 1'980 m d'altitude. L'association n'occupe toujours que de petites surfaces comme étroite ceinture en bordure de gazons flottants de lacs de montagne mésotrophes.

3.3 Caricetum chordorrhizae Paul et Lutz 1941

Cette association proche du Caricetum limosae est une relique gla- , MANUEL CONSERciaire très rare en Suisse. L'espèce caractéristique (Carex chordor- VATION DES rhiza) ne se rencontre qu'en très peu d'endroits dans le Jura, dans les MARAIS EN SUISSE Préalpes et dans l'est du Plateau.

3.4 Caricetum heleonastae (Paul et Lutz 1941) Oberd.1957

Cette association, proche du Caricetum diandrae, est très rare en Suisse. L'espèce caractéristique (Carex heleonastes) ne se trouve qu'en très peu d'endroits dans le Jura et les Préalpes.

3.5 Caricetum rostratae Osvald 1923 em. Dierssen 1982

En raison de sa large amplitude écologique, cette association est placée par certains auteurs parmi les marais à grandes laîches (Magnocaricion), par d'autres dans les marais de transition (Caricion lasiocarpae). Dans l'inventaire des bas-marais, le Caricetum rostratae figure au sein du Magnocaricion, dans l'inventaire des hauts-marais et des marais de transition dans le Caricion lasiocarpae (Unité 4). Carex rostrata est caractéristique des combes d'écoulement dans les hautsmarais et les marais de transition et joue en bien des endroits un rôle important dans l'atterrissement des gazons flottants. Il forme alors dans certains stades des peuplements purs.

4 IMPORTANCE POUR LA PROTECTION DE LA NATURE

Les marais de transition et surtout les gazons flottants ne se rencontrent que sur de petites surfaces et possèdent une haute valeur naturelle. Ils sont fortement menacés, soit par la destruction directe de biotopes, soit par les apports d'éléments nutritifs ou les atteintes dues au piétinement.

4.1 Importance botanique

Toutes les espèces caractéristiques des hauts-marais et des marais de transition ont fortement régressé au cours de ce siècle et ont déjà disparu de certaines régions. Une forme classique et répandue des marais de transition, le gazon flottant, se rencontre aussi bien dans les mares de tourbière dystrophes que dans les lacs de montagne calcaires et mésotrophes. Les gazons flottants sont, de part leurs conditions st ationnelles particulières à l'intérieur du complexe du marais, d'une importance particulière pour diverses espèces de plantes rares et menacées, parmi lesquelles on trouve:

  • la laîche à tige arrondie (Carex diandra), qui domine en bordure des gazons flottants des lacs de montagne mésotrophes,

  • la scheuchzérie des marais (Scheuchzeria palustris) dont la présence se concentre dans les gazons flottants des hauts-marais,

  • le rossolis anglais (Drosera anglica) , qui tend à une présence massive sur les gazons flottants (ZIMMERLI, 1988, 1989). Les espèces caractéristiques du Rhynchosporetum albae comme le rhynchospora brun rouge âtre (Rhynchospora fusca) et le rossolis intermédiaire (Drosera intermedia) sont considérées dans l'ensemble de la Suisse comme fortement menacées (LANDOLT, 1991). Même des espèces encore largement répandues dans les Alpes, comme la laîche des bourbiers (Carex limosa), le comaret des marais (Potentilla palustris) et le trèfle d'eau (Menyanthes trifoliata) sont devenues rares sur le Plateau et ont déjà disparu de certaines régions.

Les marais de transition se caractérisent en outre par une flore muscinale très spécialisée. Sur les gazons flottants on a pu relever 35 espèces de mousses, parmi lesquelles des espèces rares comme l'hépatique Cladopodiella fluitans, la mousse Calliergon sarmentosum et la relique glaciaire Calliergon trifarium (ZIMMERLI, 1988, 1989). Toutes les sphaignes non forestières de Suisse sont présentes dans les associations végétales des marais de transition.

2.2.6

4.2 Importance zoologique

Quelque espèces de libellule trè rare et menacé dépendent d mares de tourbières ou cl aulr seau oligotroph pour leur reproduction par exemple 1 aeschne subarctiq ue (Ae hna 'ubarctica) 1 ae chne azurée (Aeshna caerulea), l'agrion hasté (Coenagrion hastaLutum), la Jeucorrbine douteuse (Leucorrhinia du.bicl) et la corduJje arctique ( omalochlom arc/tea), Les marai. de tral1 ition fréquem ment itué a ux alentour de petit lac oligolr phes ou mésotroph , Corment, par leur caractère amphi- MANUEL bie, cie bi t , P fav rable aux libellule, WILDERMUTH 19 7) CONSERm nLionne par exemple, comme ile de dével ppemeol pour la cor- VATION DES MARAIS dulie arctiq ue le tapi' de lai' he cl bourbier (Cariee/Un? limo a ) et EN SUISSE 1 marai de laîche à tige arrondie (Cariee/um diane/me). Au lac de tel dan le Prattiga u (1 670 ln d atLitude), qui p ède de gaz n flottant é tendu et des gouiJles WILDERM TH (198 ) a pu observer L1 spèce de libellule ' nombre con idérabJe p ur celte altitucl . Parmi ell il faut menli,ol1ner des e l èce lrès précieuse comme 1agrion ha té 1ae chn azuré · t la le ucorrhin e douteu .

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ELIZABETH FELDMEYER-CHRISTE

Aperçu des unités de végétation de l'inventaire des hauts-marais et marais de transition de Suisse 2.2.7 1 INTRODUCTION

L'unité de base de l'inventaire des hauts-marais et marais de transition de Suisse (GRÜNIG et al., 1986) est un site de tourbières classé en un objet. Chaque objet est décrit par une carte de la végétation, une série de formulaires d'inventaire et un rapport d'expertise. L'inventaire rassemble donc des données sur les niches écologiques, la végétation, la morphologie et l'état de conservation des tourbières. Toutes les données relevées dans le cadre de l'inventaire sont déposées dans la banque de données du FNP (TOPOSKOP, cf. vol. 1, con- 1 MANUEL tribution 5.2.5) à Birmensdorf. CONSER- VATION DES MARAIS EN SU ISSE

2 UNITES DE VEGETATION DE L'INVENTAIRE DES HAUTS-MARAIS ET MARAIS DE TRANSITION Conditions d'admission dans l'inventaire des hauts-marais (voir vol. 1, contribution 2.1.1) C'est sur la base exclusive de leur peuplement végétal que les tourbières ont été prises en considération dans le cadre de l'inventaire et • Présence de sphaignes (Sphacartographiées. gnumsp.) • Présence en outre d'au moins 1 des 4 plantes vasculaires Lorsque trois critères décisifs de sélection sont réunis (voir vol. 1, con- caractéristiques des hautstribution 2.1.1.), la tourbière considérée est soumise à un examen plus marais ou 3 des 17 espèces vivant dans les haut-marais. La approfondi sur la base d'une clé dichotomique de cartographie (voir liste de ces espèces a été établie tab. 1). Cette clé permet de répertorier les différentes unités de végé- pour l'ensemble de la Suisse. tation qui sont ensuite cartographiées. L'échelle de cartographie utili- • Etendue de haut-marais d'au sée dans l'inventaire des hauts-marais est le 1:25'000. A cette échelle, moins 625 m ' d'un seul tenant. Cela correspond à 1 mm' sur les 1 mm 2 sur la carte correspond à une surface de 625 111 2 sur le terrain, cartes nationales de la Suisse à ce qui représente la limite de résolution de la méthode employée. Le l'échelle 1:25'000 ayant servi de taux de recouvrement par espèce ou par groupe d'espèces qui est uti- base à la cartographie. lisé dans la clé dichotomique de cartographie est noté d'après l'échelle d'abondance - dominance de Braun-Blanquet (BRAUN-BLANQUET, 1964, voir vol. 1, contribution 2.2.1). Chaque tourbière est de plus caractérisée d'après son état actuel, qui peut être soit proche de l'état d'origine (tourbière primaire), soit dégradé (tourbière secondaire).

.'

2.2.7

3 CARTOGRAPHIE DES TOURBIERES D'IMPORTANCE Tab. 1: Clé dichotomique utilisée

NATIONALE pour la cartographie de la végétation dans l'inventaire des hautsmarais de Suisse. Taux de recouvre- Seule la mosaïque de végétation actuelle est prise en compte pour la ment après BRAUN-BLANQUET cartographie. Toute interprétation au sujet de la végétation potentielle 1964: ou passée doit être évitée.

,

1 Taux de recouvrement 1 % - 5 %

La carte d'un objet modèle est présentée dans l'inventaire des hauts- 2 Taux de recouvrement 5 % - 25 % marais et marais de transition de Suisse (GRÜNIG et aL, 1986, voir 3 Taux de recouvrement 25 % - 50 % annexe). La couleur rouge caractérise les surfaces de tourbière primaire, la MANUEL jaune celles de tourbière secondaire. On considère comme tourbières CONSER· primaires celles qui n'ont pas été exploitées ou sont presqu'intactes et VATION DES que l'on juge susceptibles de se régénérer par elles-mêmes si on y sup- MARAIS EN SUISSE prime les charges nuisibles. Par contre les tourbières subissant l'influence de l'homme et partiellement exploitées comptent comme secondaires, pour autant qu'elles portent encore une végétation typique de haut-marais. Dans l'inventaire, les tourbières endommagées par le piétinement sont en général considérées comme primaires alors que celles qui sont fortement asséchées ou fertilisées ont d'office le statut de secondaires. Les surfaces vertes caractérisent la zone de contact. Par ce terme de zone de contact on entend ici la zone délimitée autour de la tourbière et destinée à la protéger des influences étrangères en provenance des environs. La zone de contact supporte d'être exploitée de manière peu intensive en tant que zone agricole ou forestière, pour autant que la tourbière n'en subisse aucun désavantage écologique, en particulier en ce qui concerne son régime hydrique et nutritif. La couleur brune s'applique aux zones de tourbe nue exploitée et la couleur bleue aux plans d'eau.

Le travail de cartographie a été fait sur la base de 20 unités, qui figurent sur le formulaire d'inventaire (GRÜNIG et aL, 1986, voir annexe) avec leur surface d'occupation respective. Comme les unités de végétation sont basées sur la végétation dominante, les types de végétation peu répandus ou non dominants n'ont pas été cartographiés. Cela peut être le cas par exemple d'une végétation de gouilles dans un haut-marais dominé par une végétation de buttes. Les unités cartographiées dans l'inventaire sont de deux types. D'une part les unités de haut-marais (1 - 6), bien différenciées et qui recoupent assez bien les associations phytosociologiques, du moins en ce qui concerne les tourbières plus ou moins naturelles. D'autre part, des

unités de cartographie plus grossières (7 - 20) qui étaient nécessaires à l'évaluation de la zone de protection périphérique. Elles regroupent les types de végétation qui n'appartiennent pas aux hauts-marais ainsi que des unités correspondant aux différents modes d'utilisation du sol (forêt pâturée, pâturage, arbustes, bas-marais, eau libre, zones tourbeuses amendées, prairies, terres cultivées, zones résidentielles, décharges, mégaphorbiaies, végétation mixte sur sol minéral, etc.).

4 RESULTATS DE L'INVENTAIRE Informations pratiques Le travail d'inventaire des tourbières suisses a permis de recenser 514 Toutes les données de l'invenobjets d'importance nationale jusqu'en 1986. Cela représente une sur- taire des hauts-marais et marais face de tourbière de 1471 hectares, soit 0,035 % de la surface de la de transition de Suisse sont Suisse. stockées dans la banque de données de l'Institut fédéral de re- Entre 1987 et 1993, de nouvelles campagnes de terrain ont permis de cherches sur la forêt, la neige et recenser encore 85 nouveaux objets, qui se sont tous avérés de petite le paysage (FNP) à Birmensdorf. taille avec une surface moyenne de 0,5 ha (GRÜNIG et al., 1993). Le Un programme informatique, appelé Toposkop, a été conçu statut d'importance nationale de ces nouveaux objets doit encore être pour permettre une utilisation confirmé par le Conseil fédéral dans le cadre de l'ordonnance sur les optimale simple de ces données hauts-marais. sur Macintosh. Toposkop est un instrument de travail destiné aux services administratifs s'occupant de la protection de la na-

4.1 Distribution générale des tourbières ture et du paysage et il n'est pas

commercialisé. Le FNP en offre une version régulièrement actua- La répartition des tourbières en Suisse est très inhomogène (voir fig. lisée, pour le moment gratuite- 1). Situées pour le 70 % d'entre elles à une altitude comprise entre 850 ment, aux offices cantonaux et 1'450 mètres d'altitude, elles se concentrent dans le nord des Préal- s'occupant de ce type de protection et à leurs mandataires (voir pes et dans la partie romande de la chaîne du Jura, là où les conditions LONGATTI, 1994 ou géologiques et climatiques ont favorisé leur développement. La http://www.wsl.ch/land/ Brochugrande majorité des tourbières du Plateau a disparu à la suite de l'ex- reITOPOload.html) ploitation de la tourbe, des améliorations foncières et de l'amendement. On trouve d'ailleurs une plus forte proportion de tourbières dégradées aux basses altitudes. La faible proportion de tourbières dans les Alpes centrales et du Sud s'explique naturellement par des conditions géomorphologiques et climatiques défavorables.

2.2.7

4.2 Etat de conservation

Parmi les étendues de tourbières préservées en Suisse, seules 35 % peuvent être qualifiées de primaires. Cela représente 497 ha. Dans les Alpes, on trouve les parcelles de tourbières primaires dans les hautsmarais de pente et de couverture. C'est un type de tourbière qui exige une large zone-tampon pour être à l'abri des eaux de ruissellement minéralisées. Dans le Jura par contre, les zones primaires se rencontrent dans des hauts-marais concentriques qu'une zone-tampon relativement étroite suffit à protéger. Du fait de la nature karstique du terrain, les tourbières sont généralement bordées d'une ligne d'em- , MANUEL CONSER· posieux qui forme une barrière hydrologique naturelle (voir vol. 1, VATION DES MARAIS contribution 3.2.2). EN SUISSE Les deux tiers de la surface des tourbières en Suisse sont secondaires, c'est-à-dire conditionnées par l'homme. Elles couvrent 973 ha. Il s'agit de surfaces qui, après avoir été drainées, sont exploitées comme terrains agricoles ou sylvicoles ou simplement laissées en friche et sujettes à l'embroussaillement. Il peut s'agir aussi de parcelles autrefois tourbées ou asséchées à cette fin et abandonnées ensuite. Les tourbières secondaires constituent un écosystème d'une grande valeur, en particulier comme réserve de faune.

4.3 Végétation des tourbières

La fréquence relative des différents types de végétation n'est pas la même selon qu'il s'agit de tourbières primaires ou de tourbières secondaires. En conditions naturelles, il y a en Suisse une forte prédominance de la pinède de tourbière, alors que la végétation de buttes et de gouilles est très rare. Dans les tourbières secondaires, la végétation dominante est la végétation mixte, qui reflète tout autant les influences périphériques que l'installation d'espèces étrangères à la suite d'interventions humaines. La forte représentation de la végétation secondaire de buttes, de même que celle de boulaie et de pessière de tourbière, s'explique par la fréquence de la pratique de l'assèchement.

4.4 Distribution de quelques espèces de tourbière

Les conditions de vie pour les espèces végétales de haut-marais se résument à une extrême acidité, associée à des teneurs minimes en

. 1

Fig. 1: Carte de la répartition des tourbières d'importance nationale en Suisse.

, - .'.

Fig. 2: Carte de la répartition de Sphagnum magellanicum d'après l'inventaire suisse des hauts-marais d'importance nationale.

,," " '. .. ' l ' • 'J;j

, . - - -

,

éléments nutritifs et en oxygène. Seul un petit groupe d'espèces, comprenant une majorité de bryophytes (sphaignes, hépatiques) et quelques plantes vasculaires, a su s'adapter à ces conditions extrêmes. Du fait de leur grande spécialisation, ces espèces ne pourraient cependant survivre en dehors des haut-marais et marais de transition. Cela explique qu'une bonne partie de cette flore figure soit sur la "Liste

2.2.7 Fig. 3: Carte de la répartition de Sphagnum fuscum d'après l'inventaire suisse des hauts-marais d'importance nationale.

-- - '.

-- - ••1 - - MANUEL

= . CONSER- VATION DES MARAIS EN SUISSE

Fig. 4: Carte de la répartition de Sphagnum compactum d'après l'inventaire suisse des hauts-marais d'importance nationale.

. ....

• -

--

  • -- --

  • -- - -

rouge" des espèces vasculaires de Suisse menacées ou rares (LAN- DOLT et al., 1991), soit sur la "Liste rouge" des bryophytes menacées ou rares de la Suisse (URMI, 1991). La répartition de quelques espèces caractéristiques de tourbières est présentée sur les cartes (fig. 2 à 7). Ces cartes de répartition ne sont pas exhaustives car elles sont construites sur la base exclusive des

.'

Fig. 5: Carte de la répartition de Sphagnum tenellum d'après l'inventaire suisse des hauts-marais d'importance nationale.

--

"::: --

-

Fig. 6: Carte de la répartition de Andromeda polifolia d'après l'inventaire suisse des hauts-marais d'importance nationale.

données collectées dans le cadre de l'inventaire des hauts-marais. Sphagnum magellanicum (fig. 2) est une espèce typique des tourbières oligotrophes, où elle forme de larges buttes. Présente dans plus de 90% des objets, sa carte de répartition se confond avec la carte de la répartition des tourbières à travers la Suisse (fig. 1).

2.2.7 Fig. 7: Carte de la répartition de Betula nana d'après l'inventaire suisse des hauts-marais d'importance nationale.

--

--- --- 1 MANUEL CON SER- VATION DES MARAIS EN SUISSE

Sphagnum fuscum (fig. 3) est une espèce de haut-marais oligotrophe, qui peut former de vastes buttes en habitat généralement ouvert. En Suisse, l'espèce se rencontre principalement le long de la chaîne du Jura et dans la partie centrale des Alpes, plus rarement dans les Préalpes. Mais, alors que l'espèce est toujours rare dans le Jura et les Préalpes, où elle forme des buttes très circonscrites dans des tourbières fortement dominées par Sphagnum magellanicum, elle constitue l'élément dominant dans les tourbières des Alpes centrales (Haute- Engadine) où elle peut évincer totalement Sphagnum magellanicum. Sphagnum compactum (fig. 4) et Sphagnum tenellum (fig. 5) ont la même écologie et se rencontrent en milieu oligotrophe dans les landes humides ou sur la tourbe nue, principalement dans des gouilles. Cependant, Sphagnum compactum est absente du Jura, à l'exception d'une seule station dans la vallée des Ponts-de-Martel, alors que Sphagnum tenellum se distribue à travers toute la Suisse. Parmi les plantes vasculaires inféodées aux tourbières, on voit qu'Andromeda polifolia (fig. 6) est répandue et distribuée à travers toute la Suisse, alors que Betula nana (fig. 7) est limitée aux tourbières jurassiennes, à l'exception d'une seule station préalpine.

BIBLIQGRAPIDE ADRESSE DE L'AUTEUR

BRAUN-BLANQUET J. (1964): Dr. Elizabeth eldrneyer- Ill; te PJlanzensoziologie. 3. Auflage, Centre cie con ultalion pour la pro- Springer, Wien , XN + 65,. tection de tourbière In titut fédéral de recherche ur la GRÜNIG, A.I VETTERLl, L. I forêt, la neige et 1. pay age WILDT. O. (19 6): Inventaire de CH-8903 B.irmensdorf hauts-marai el marai de transitiOn de ujsse. Rapport 281. ln titul f' déral cl recherches sur la Forêt, Manuel la n ige ct le paysage. Birmensdorf onservalion de: maTai 62 pp. cn uisse J 1.1199 GRÜNIG A. I HAAB R. I VET- TERLI, L. (1993: omplément · à 1Inventaire des haut -maraj et marais de Win ilion d importance nationale. Non publié déposé à l'Institut fédéral de recherches sur la forêt la neige elle pay age, Binnen dorf.

LANDOLT, 6.1 UCHS, B.P. ! HEITZ, 1 UTfER, R. (1991): Li te Rouge. Planle vasculaire menacée en Suisse. Berne. OFEFp, 183 pp.

L AITI P. (1994): Top kop Inv nlare à di crétion. Pr duktbechrieb. Eidgenë i che For chung - an 'lait fOr Wald, Schnee un 1Landscluut, Bù-m,en dorf, 4 S.

UR1vll, E. (1991): Lisle Rouge. Les bryophyte menacées ou rare de la ui e. Berne. OFEFP. 59 pp.

Annexe 2

Formulaire d'inventaire et carte des tourbières de l'objet-modèle No 0

Rapport No 281 Institut fédéral de recherches forestières, 8903 Birmensdorf

Inventaire des hauts-marais et marais de transition de Suisse Carte de l'objet-modèle Localité: Les Tourbières No de l'objet: 0 Coordonnées: 534000 /234910 CN: 1103,221 Altitude, m: 940 No d'objets parti els: 3 Auteur: Jean Curieux Date: 27.2.1986 Canton(s): XY No des communes: 0 Fragment de la carte nationale 1 :50000, feuille 221 Objet No: 0

Etendue de la tourbière (ha) . . . . . . . . . . . . . 34,0 Environs de la tourbière Zone de contact (ha) .. . .. .. . . .•. , . . • •• 35,2 (1 = petites surfaces, 2 = grandes surfaces) Surface totale (ha) . .... . . . . . . . . . . . . _ _ 69,2 forêt . . .... .. . . . . . . . . . . . . . . pâturages . . • ...... • .... . . . .. .. •... Types de formation des tourbières (ha) forêt pâturée / pâturage boisé .. .. ... .•... A tourbière concentrique . .. . . . . . . . . . 5 .3 buissons / reboisements . . . . . . . . . . ..... . C tourbière en ensellement .. . . ... .. .. 0,0 cultures / prairies artificielles . ..... . •.... o tourbière de pente . ..... . . •....•. 3,3 bâtiments / jardins .... . ... . .... .• .... E tourbière d'altitude. . . . . . . . . . . . . •. 0 ,0 remblais / décharge .. . . ... ... .. . . .... . 2 A-E tourbière primaire . . . . . . . . . . . . . . .. 8.6 voies de communication / tourisme . • . ..... type originel (A-F) .. . .. . .. . . .. . .... . A emposieux .. . . . . . . . . . . . . .. .. . . . ... . 1 eaux de surface .... ... . .... .. . .....• 1 Structures et état des tourbières (+ = présence) Espèces végétales gouilles . ....... ... ... • .. . .. . . . . .. . + Vasculaires: combes d'écoulement . ..... . ... . + (1 = rare, 2 = fréquente) mares de tourbière . . . . . . . . . . . . . . . ... . + Andromeda polifolia . . ... ... . . . . . . . . . . " 1 forêt de ceinture . ... .. ... . ....... ... . + Caliuna vulgaris ..... .. .. .... . .....•. 2 marais de ceinture . . .. • .. .• .. . .... .. . . + Carex limosa ...... .. . . . . . _ . . .. ...• . 2 fossés de drainage .. .. _ . . ... . .. . ..... . + Carex magellanica .. . .. .. . . . •. . ...•... - avec végétation de combe d'écoulement ... . + Carex pauciflora ........ . .. .. . . ..... . 2 sentiers piétinés . . . . . . . . .. . .• .. .. •... + Drosera anglica ... . .. ..... . . ........• barrières hydrologiques ... ... . . .... •... Drosera intermedia/obovata .... . . ......• surfaces de régénération . . ...... ....... . + Drosera rotund ifol ia . .. ... ..... ......• ' surfaces pâturées .. . ... . . . ....... . .. . Empetrum nigrum/hermaphroditum .... ... . surfaces de lande ... .. .. ... ...... •... + Eriophorum vaginatum ... .. . . .. .......• 2

érosion de la tourbe .. . ....... . ... . . . . + Lycopodium inundatum .. . . .. .. ...... . Fragment de la carte nationale 1 : 25 000, feuille 1103 surfaces raclées ...... ... . . ..... . . ... . + Melampyrum pratense . . ...... . . ...... . 2

  • sans végétation ....... .. .. ... . .... . + Oxycoccus quadripetalus/microcarpus ..... . 2 fossés de tourbage .. • . . . . . . . . . . ... .... Pinus montana . . . .. .. ....... .... . .. . 2

  • inondés . . . . . . . . . . . . . . . .... .. ... . Rhynchospora alba ... . .. .. .. .. ••... . . 1 étangs d'excavation .... . • .. . . ... .. .... + Scheuch zeria palustris . ... .. . . . •.......

  • atterris . ........ ... ... . .... .... . + Trichophorum caespitosum ...... .•...•. 2 surfaces déboisées . . • ... .. • . . . . . . . . . . . Vaccinium uliginosum .... . . .. . . ...... . 2 surfaces fauchées .... . • .. .• .... .. .. .. Vaccinium vitis-idaea .. ... . . . .. . •....•. 2 embroussaillement / reboisement .. . . . . .. . . + dérangements récents / autres . ... . . . . . . . . + Sphaignes: (+ = présente) Unités cartographiées (ha) Sphagnum angustifolium .. . ..••....... . Tourbière primaire (rouge): Sphagnum centrale .... ..... . . . . . . . . . . 1 végétation de buttes ....... .•....... 0,6 Sphagnum compactum . . . . . . • . . . . . . ... + 2 végétation de gouilles . . .. . ... .... ..• 0,0 Sphagnum contortum .... .. . . . . . . . . . . . 3 pinède de tourbière . ........ .•..... 7,8 Sphagnum cuspidatum . . ... . ....... . ... * 4 végétation de combe d'écoulement ... . . . 0,2 Sphagnum dusenii . .... ... ..• ... •. ... . 5 boulaie et pessière de tourbière . . . .. .. . 0,0 Sphagnum fallax •. .... . . .. ... ......•. 6 végétation mixte de tourbière .. .... .. . 0,0 Sphagnum fimbriatum .. ......•.•• _ . . .. Tourbière secondaire (jaune): Sphagnum flexuosum .. ... __ . .......•. 1 végétation de buttes . .... .. . ......•. 2,0 Sphagnum fuscum .. .. •..••....••. ... 2 végétation de gouilles . . . . . . . ...... . . 0,3 Sphagnum girgensohnii . . . . . . . . . . . . • . . . 3 pinède de tourbière ... . ..... .. . . . . . 0,0 Sphagnum magellanicum .. ..•.•........ * + 4 végétation de combe d'écoulement ... . . . 0,7 Sphagnum nemoreum . . . . . . . . . . . . . • . .. 5 boulaie et pessière de tourbière .. .... . . 19.4 Sphagnum obtusum ... ...•.• ....... ••

6 végétation mixte de tourbière .. ...••.• 3,0 Sphagnum palustre • ... . . . . . . . . . . . . . . . + Sphagnum papillosum .. ..... ...... . .•. Zone de contact (vert): Sphagnum platyphyllum ..•..•..... . ... 533 7 forêt ... . ....... • .... . . ....... . 3,7 Sphagnum plumulosum . . . • . . . . . . . . . . . .

• 8 pâturages boisés • .. • . . . • .... .... . . 8,1 Sphagnum pulchrum .... . . . . . . • . . . . . . . 9 pâturages . . . . . . . . . . . . . . . . ...••.• 5,0 Sphagnum quinquefarium ... .. _ .. . .... . 10 buissons / reboisements . ... .. ....•.. tourbière primaire • centre de l'objet recensé

1.7 Sphagnum recurvum .. .. ......• ..... .• +

11 bas-marais / atterrissement ..... .... . . 8,5 Sphagnum robustum ... • . . . . . . . . . . . ... (carte 1 : 50 000) 12 plans d'eau (bleu) ... . . . . .. . ... . . . . 0,3 Sphagnum rubellum . . . •.... . •.. . •.•.• • + D tourbière secondaire • 13 surfaces raclées (brun) .. .. . . .... . .. . 1,9 Sphagnum subsecundum . . . . . . . . . . . . . . . 14 prairies / herbages ... . ... .. . ...... . 5,2 Sphagnum tenellum . .. . . . . . . • . . . • . . . . 15 cultures / prairies artificielles .. . . . • . .. . 0,0 zone de contact Sphagnum tenerum . . . . . . . . . . . . . . . . . • . 16 bâtiments / jardins ........ ...• .. ... 0,0 Sphagnum warnstorfii . . . . . . . . . . . . ... . . + 17 emposieux ..... . . . . . . . .. . . ....• . 0,0 plan d'eau 1-3 objets partiels

• 18 végétation mixte .... . ...... ...... . 0,0 19 mégaphorbiaies . . . . . . . . . . . .. . . . . . . 0,0 * espèces typiques du haut-marais tourbe nue exploitée 1-20 unités cartographiées

Fond des carte s reproduit avec l'autorisation de l'Office fédéral de topographie du 21 21986

PHILIPPE GROSVERNIER / ALAIN LUGON / YVAN MATIHEY

Le complexe de végétation des hauts-marais 2.2.8 1 POURQUOI "COMPLEXE DE VEGETATION"?

Les hauts-marais sont caractérisés par des associations végétales ty- La nomenclature pour les mousses piques (voir vol. 1, contributions 2.1.1 et 2.2.7). Dans les conditions est celle de SMITH (1980). très particulières du haut-marais (voir vol. 1, contributions 2.1.1 et 3.1.2), la végétation se caractérise en effet par son haut degré de spécialisation et une faible diversité spécifique. Du point de vue phytosociologique toutefois, certaines associations sont apparentées aux marais de transition (voir vol. 1, contributions 2.2.6 et 2.2.7). Les associations végétales des hauts-marais sont distribuées, sur le ter- Fig. 1: Schéma d'une tourbière à l'état naturel. MANUEL rain, dans une mosaïque très fine de microhabitats. Cette mosaïque est a butte CONSER· constituée d'un ensemble d'éléments structurels (figure 1), auxquels b gouille VATION DES MARAIS s'ajoutent les habitats boisés, constitués par les pinèdes et les forêts de c mare EN SUISSE ceinture. La combinaison d'associations végétales de haut-marais, de d gazon flottant marais de transition et de forêts dans ces différents habitats forme le e combe d'écoulement complexe de végétation du haut-marais. f pinède de tourbière Pour aborder l'étude des unités de végétation du haut-marais, il faut g forêt de ceinture prendre conscience de l'importance des changements de conditions h marais de ceinture abiotiques qui surviennent sur une distance de quelques mètres, voire i bas-marais quelques décimètres seulement, en fonction de divers habitats. Source: selon GRÜNIG et al. (1986)

Qf;Hlf tourbe " i- --- '1 sous-sol minéral

2 LES HABITATS DU HAUT-MARAIS PRIMAIRE Fig. 2: Haut-I1J.arais primaire: succession de la végétation depuis le complexe de buttes et de gouilles au premier plan jusqu'à la pinède claire à 2.1 Les microhabitats du centre du haut-marais l'arrière-plan. Photo: NATURA Par analogie avec les étages de végétation, auxquels correspondent différents types de végétation, on peut définir des microhabitats en partant du sommet des buttes jusqu'aux mares les plus profondes. Les principaux types de microhabitats du haut-marais décrits par SJORS (1948), LINDSAY et al. (1985) et STEINER (1992) se répartissent le long de deux gradients fondamentaux, déterminés l'un par la profondeur de la nappe d'eau permanente, l'autre par l'acidité et la disponibilité des éléments nutritifs (voir figure 2). Nous reprenons ici la description sommaire des principaux types de microhabitats décrits par LINDSAY et al. (1985; voir figure 3).

2.2.8 Fig. 3: Coupe transversale entre une T4 butte et une gouille, et répartition de différentes espèces de sphaignes le long de ce profil. Chaque espèce occupe une niche bien déterminée et TI 2 caractérisée par le plus ou moins grand éloignement de la nappe Tl 3 -- 4 d'eau. Les lettres T et A devant les

Al ------- dénominations désignent respectivement les microhabitats terrestres et aquatiques.

1 Sphagnum imbricatum

MANUEL

2 Sphagnum rubellum

CONSER-

3 Sphagnum magellanicum VATION

DES MARAIS

4 Sphagnum papillosum EN

SUISSE

5 Sphagnum pulchrum

6 Sphagnum cuspidatum

2.2 Les habitats boisés

Source: selon LINDSAY et al. (1985), modifié Vers la périphérie du haut-marais apparaissent les groupements boisés. La pinède de tourbière (unité 3 de l'inventaire des hautsmarais et marais de transition, IHM) fait encore partie du complexe de végétation du haut-marais. Elle est dominée par le pin sylvestre (Pinus sylvestris) sur le Plateau et par le pin de montagne (Pin us mugo s.1.) en montagne. Les peuplements sont suffisamment lâches pour permettre le développement des plantes caractéristiques du haut-marais.

Sur la marge du haut-marais, là où la topographie s'incurve abruptement et où le drainage naturel est plus intense, apparaissent les forêts de ceinture (boulaies et pessières, unité 5, IHM). Lorsqu'elles n'hébergent plus les espèces caractéristiques du haut-marais, elles sont assimilées aux autres forêts (unité 7, IHM) et sont alors considérées comme végétation de contact.

Buttes 1BuUes hautes (T3ff4) Structures bombées de 0.3 à lm de hauteur (1-2 m pour (allemand: BultelTorfmooshügel; T4) et de 1 à 2 m de diamètre, dominées par des anglais: hummocks/high hummocks) sphaignes. On y trouve souvent des lichens, des sousarbrisseaux et des pins de très petite taille.

Hauts replats (T2) Zones plus ou moins planes, recouvertes de sphaignes, (allemand: Bultfliichen; situées entre 10 et 30 cm au-dessus de la nappe d'eau, et anglais: high ridges) caractérisées par l'abondance des sous-arbrisseaux.

Bas replats (Tl) Zones relativement planes, s'élevant jusqu'à 10 cm (allemand: Teppichhorizonte, Bultfussfliichen; au-dessus de la nappe. Sphagnum magellanicum ou anglais: lawns, low ridges) S. papillosum domine la strate muscinale. La physionomie des groupements est déterminée par la linaigrette à larges gaines (Eriophorum vaginatum) .

Gouilles à sphaignes (Al) Légères dépressions, de 0 à 10 cm de profondeur, (allemand: Torfmoosschlenken; occupées par des gazons de sphaignes. anglais: cal'pet, Sphagnum hollows)

Bourbiers, gouilles (A2) Petites pièces d'eau boueuses temporaires, de 0 à 20 cm (allemand: Torfschlammschlenken; de profondeur, asséchées en été. Elles sont caractérisées anglais: mud-bottom hollows) par la rareté des sphaignes et par des herbacées en peuplements dispersés.

Mares temporaires (A3) Pièces d'eau susceptibles de s'assécher périodiquement, (allemand: periodische Kolke; mais en grande partie dépourvues de végétation. anglais: drought-sensitive pools)

Mares (A4) Pièces d'eau permanentes, pouvant atteindre plusieurs (allemand: Kolke; mètres de profondeur et de diamètre, avec des sphaignes " anglais: permanent pools) flottantes. L'eau libre est colonisée à partir du bord par des hélophytes à rhizomes.

Combes d'écoulement (TA2) Petites combes d'origine naturelle, dans lesquelles le trop- (allemand: Rüllen) plein d'eau acide du haut-marais s'écoule vers la périphérie. La végétation y est dominée par des laiches (Carex lasiocarpa, C rostrata) et par Sphagnum fallax.

Tab. 1: Principaux types de microhabitats des hauts-marais. Dans l'inventaire fédéral des hautsmarais et marais de transition de Suisse, les buttes et les replats (T3 à Tl) sont regroupés dans l'unité 1 (végétation de buttes), les gouilles à sphaignes (Al) et les bourbiers (A2) dans l'unité 2 (végétation de gouilles), tandis que les combes d'écoulement (TA2) forment l'unité 4.

2.2.8

MANUEL CONSER- VATION DES MARAIS EN SUISSE

3 LESHABITATSSECONDAlRES Fig. 4: Haut-marais secondaire; le

complexe de végétation du premier plan est influencé par un drainage. En Suisse, seules 35 % des étendues de hauts-marais persistent à l'état La surface au second plan est une primaire (GRÜNIG et al., 1986). L'utilisation des marais (voir vol. 1, grande fosse de tourbage dans contribution 3.2.4) a imposé de profondes modifications aux hauts- laquelle un marais de transition s'est réinstallé entre-temps. marais (drainage, modification de la topographie, eutrophisation, etc.; Photo: NATURA voir figure 4). La variété des habitats secondaires (voir figure 5) s'en est souvent trouvée accrue, au détriment il est vrai des biocénoses hautement spécialisées de haut-marais.

'ma Fig. 5: Sch e . d'une tourbière à l'état secondmre. ni [Ui! tourbe

a tertre b surface raclée c dépression bourbeuse d surface de ruissellement e rigole d'érosion f canal de drainage g fossé de drainage h mur d'exploitation i creuse

2.2.8 Tertres (T4, T5) Zones non exploitées, fortement asséchées, se trouvant (allemand: Torfhügel; surélevées de 1 à plus de 4 m de hauteur par rapport aux anglais: hags) environs, suite à l'extraction de tourbe.

Surfaces raclées (Tl, A2) Surfaces plus ou moins planes de tourbe nue raclée pour (allemand: abgetorfte FUichen; l'extraction de tourbe horticole. Les conditions anglais: milled peat fields) d'ensoleillement, de température et d'humidité y sont extrêmement changeantes.

Dépressions bourbeuses (A2) (allemand: Torfschlammschlenken; Pièces d'eau très temporaires et peu profondes sur les surfaces raclées. MANUEL anglais: mud-bottom hollows) CONSER- VATION DES Surfaces de ruissellement (TA2) Surfaces de tourbe nue en pente, soumises à une MARAIS EN (allemand: ÜberrieselungsfHlchen; alternance de périodes sèches et de périodes inondées à SUISSE anglais: runnels, overflows) cause du ruissellement superficiel de l'eau.

Rigoles d'érosion (TA2) Rigoles profondes de quelques décimètres à plus de (allemand: Erosionsrinnen; 1 mètre et dues à des phénomènes d'érosion localisés anglais: erosion channels) suite au raclage ou à la pâture. Les conditions édaphiques sont similaires à celles des combes d'écoulement.

Fossés, canaux de drainage (TA2, A3, A4) Les canaux de drainage n'excèdent pas quelques déci- (allemand: Drainagegraben; mètres de largeur et de profondeur. Ils ne sont que anglais: drainage ditches) temporairement inondés, par des eaux courantes. Les fossés atteignent 2 à 3 m de largeur et plus de 1 m de profondeur. Certains tronçons peuvent rester inondés en permanence.

Murs d'exploitation de tourbe (T4, T5) Anciens fronts d'exploitation qui forment des murs de (allemand: Torfstichkante) tourbe nue pouvant atteindre 3 à 4 m de hauteur.

Creuses, fosses de tourbage(TA2, A2, A3, A4) Excavations issues de l'extraction de tourbe combustible. (allemand: Torfstiche; Certaines de ces creuses, profondes de quelques mètres, anglais: peat pits) s'étendent sur plusieurs ares, d'autres ne dépassent pas quelques mètres carrés.

Tab. 2: Les habitats secondaires

4 LES UNITES DE VEGETATION DES HAUTS-MARAIS PRIMAIRES

4.1 La végétation des habitats aquatiques

4.1.1 Mares, gouilles et bourbiers du Rhynchosporion albae Koch

La végétation de ces groupements est décrite à la contribution 1/2.2.6. Nous n'y revenons donc que pour quelques particularités en relation avec leur pr~sence dans les hauts-marais. L'association du Caricetum limosae Osvald 1923 em. Dierssen 1982 présente plusieurs sous-associations qui occupent des habitats aquatiques de types A1-A3, acides oligotrophes à subneutroclines mésotrophes. Plus riche en espèces, la végétation du Rhynchosporetum albae Koch 1926 est rarement totalement recouvrante. Les sphaignes (Sphagnum cuspidatum, S. tenellum entre autres différentielles de sous-associations) supportent mal les très fortes fluctuations d'humidité des gouilles de type A2 occupées par l'association.

4.1.2 Combes d'écoulement du Caricion lasiocarpae Vanden Berghen in Lebrun et al. 1949

Les associations du Caricetum lasiocarpae et du Caricetum rostratae Osvald 1923 em. Dierssen 1982 sont typiques des combes d'écoulement (type TA2), mais on les trouve aussi dans des gouilles plus oligotrophes où les sphaignes forment un tapis continu (type Al).

4.2 La végétation des habitats terrestres

4.2.1 Replats et buttes de l' Oxycocco-Empetrion hermaphroditi Nordhagen ex Tüxen 1937

Empetro hermaphroditi - Sphagnetum fusci (Du Rietz 1925) em. Dierssen 1982 Caractérisée par Betula nana, Empetrum hermaphroditum et Vaccinium oxycoccos, cette association peu courante est marquée par la dominance de Sphagnum fuscum (espèce différentielle). On y retrouve toutefois aussi les espèces caractéristiques du Sphagnetum magellanici (cf. 4.2.2).

2.2.8 L'association forme des buttes (type T3), souvent très élevées et aux pentes raides (type T4), et des replats plus ou moins humides où les sous-arbrisseaux sont nombreux (types T2 et Tl). La dominance de Sphagnum fuscum atteste du caractère plus continental du climat qui lui est favorable. L'association se rencontre ainsi essentiellement dans les Alpes centrales orientales, où elle reste rare.

Sdrpo cespitosi - Sphagnetum compacti Waren 1926 em. Dierssen Relativement pauvre en espèces, couvrant souvent des surfaces importantes, l'association présente une physionomie caractérisée par , MANUEL CONSERla dominance de Scirpus cespitosus et Sphagnum compactum, et par VATION DES MARAIS l'alternance de plages de tourbe nue. Ces deux espèces ne sont toute- EN SUISSE fois que des différentielles d'association, dans la mesure où elles peuvent également dominer dans d'autres groupements. L'association peut être considérée comme une vicariante altitudinale du Sphagnetum magellanici. Elle occupe les replats (type Tl), plus rarement des bourbiers (type A2). Elle constitue un groupement peu producteur de tourbe, soit pour des raisons climatiques défavorables, soit à la suite d'un drainage. Elle nécessite néanmoins d'abondantes précipitations qui assurent, au moins temporairement, des conditions d'humidité optimales du sol, si bien qu'un drainage trop important lui est fatal. Enfin, elle est aussi caractéristique des surfaces surpâturées, avec des plages de tourbe nue et des signes d'érosion. Peu fréquent, voire absent du Jura, le Scirpo cespitosi-Sphagnetum compacti est fréquent dans les Préalpes et les Alpes.

4.2.2 Gouines à sphaignes, replats et buttes du Sphagnion magellanid Kastner & Flossner 1933 em. Dierssen in Oberdorfer et al. 1977

nom mut. (= Sphagnion medii)

Sphagnetum magellanici Kastner & Flossner 1933 nom. mut. (= Sphagnetum medii) Le Sphagnetum magellanici est probablement l'association la plus typique des hauts-marais. Bien qu'elle n'ait pas d'espèces caractéristiques, elle se distingue par une combinaison typique d'espèces différentielles telles que Sphagnum magellanicum, S. capillifolium, Polytrichum strictum, Eriophorum vaginatum, Carex pauciflora, Vaccinium oxycoccos, V uliginosum, Andromeda polifolia, Drosera rotundifolia. Calluna vulgaris y est fréquente, et si Pinus mugo s.l. peut apparaître sous forme de pieds isolés, le Sphagnetum magellanici reste un grou-

pement essentiellement non boisé, affectionnant les milieux oligotrophes et acides. L'association occupe avant tout les replats (types Tl et TI). Mais elle s'étend aussi dans les gouilles minérotrophes à sphaignes (type Al) (sous-association à Scheuchzeria palustris, avec Carex limosa) et sur les buttes (type T3 et T4) (sous-association à Sphagnum fuscum). Le Sphagnetum magellanici est bien représenté dans notre pays, principalement dans les Préalpes et la chaîne du Jura.

Eriophoro vaginati - Scirpetum cespitosi Rübel 1933 nom. mut. (= Scirpetum austriaci Osvald 1923 em. Steiner 1992) Cette association remplace le Sphagnetum magellanici à l'étage subalpin. Caractérisée par la présence de Scirpus cespitosus aux côtés d'espèces typiques des Oxycocco-Sphagnetea, elle occupe sensiblement les mêmes microhabitats (T4 à Tl, Al), et plusieurs sous-associations peuvent y être distinguées selon le degré trophique et l'humidité du milieu. Mais on la trouve aussi sur des surfaces de tourbe nue à humidité changeante (ruissellement sur terrains en pente, piétinement du bétail, type TA2). L'Eriophoro vaginati-Scirpetum cespitosi se rencontre dans les Préalpes et les Alpes. Dans le Jura, l'association n'est bien développée que sur territoire français, où elle côtoie le Sphagnetum magellanici à même altitude.

Pino mugo - Sphagnetum magellanici (Kastner & Flossner) Neuhausl 1969 nom. mut. Le Pino mugo-Sphagnetum est l'association boisée typique des hautsmarais. Elle est caractérisée par Pinus mugo agg. (incl. P. mugo Turra s.str., P. uncinata Mill. ex Mirb. S.str. et P. rotundata Link) et la présence des espèces différentielles du Sphagnion magellanici. La forme prostrée (buisson bas, aux branches étalées au ras du sol) de P. mugo reste confinée aux Alpes centrales orientales, les formes érigées étant typiques des Préalpes et du Jura. L'association se développe en ceinture autour du complexe buttesreplats-gouilles de types Tl à T3 du centre du haut-marais, dans les secteurs un peu moins humides, mais toujours acides. Vers le centre du haut-marais, la sous-association typique est très ouverte, avec des arbres petits et rabougris. Vaccinium uliginosum est nettement favorisée en sous-bois aux côtés d'Eriophorum vaginatum. Les sphaignes (Sphagnum magellanicum, S. capillifolium) forment un tapis continu. Vers l'extérieur du marais, la sous-association à Cladonia arbuscula présente un aspect plus fermé, où les pins prennent un

2.2.8 port droit et élevé. Andromeda polifolia, Vaccinium oxycoccos et Drosera rotundifolia disparaissent, et V. myrtillus domine nettement V uliginosum. Le tapis de sphaignes quant à lui se montre souvent plus lâche, et la structure buttes-gouilles s'estompe. Cette association est fréquente dans les hauts-marais de Suisse. Les déboisements en vue de l'exploitation de la tourbe ont considérablement réduit l'étendue de ces milieux boisés primaires. Le drainage, lorsqu'il n'est pas trop intense, a par contre probablement favorisé l'extension du pin sur des hauts-marais autrefois non boisés (cf 5). MANUEL CONSER·

4.3 La végétation des forêts de ceinture VATION

DES MARAIS Pessières de ceinture du Vaccinio-Piceion Braun-Blanquet 1939 em. EN SUISSE Kielland-Lund 1967

Bazzanio-Piceetum Braun-Blanquet 1939 Picea abies détermine la physionomie de cette association, caractérisée par Bazzania trilobata et Sphagnum girgensohnii, et par Dieranum scoparium comme espèce différentielle avec l'épicéa. Parmi les autres espèces marquantes du groupement, Lycopodium annotinum est une caractéristique de classe (Vaeeinio-Piceetalia) et d'alliance (Vaccinio-Piceion), tandis que Vaccinium myrtilLus, V. vitis-idaea, Pleurozium schreberi et Hylocomium splendens sont des caractéristiques d'ordre (Vaccinio-Piceetea). L'exploitation de la tourbe en périphérie des hauts-marais et les pratiques agricoles ont bien souvent altéré ou évincé ce type de forêt de ceinture, qui ne couvre plus de très grandes superficies en Suisse à l'état primaire.

.'

5 LES UNITES DE VEGETATION DES HAUTS-MARAIS SECONDAIRES Face à la diversité extraordinaire des milieux secondaires, la phytosociologie sigmatiste ne La description des types de végétation secondaire est basée sur des permet plus de caractériser les critères floristiques, mais aussi et surtout physionomiques ou structu- milieux de manière satisfaisante rels (types biologiques, stratification, habitat). Il s'agit en ce sens (aire minimale insuffisante et trop morcelée, absence de comd'aller plus loin que la simple identification d'un groupement phytosobinaisons caractéristiques d'esciologique reconnu. pèces, espèces dominantes for- Chaque type s'inscrit ainsi généralement dans une succession, dont le mant faciès ... ). point de départ est déterminé par le genre et l'intensité des perturba- Pour maîtriser ce handicap, GROSVERNIER et al. (1992) tions humaines en cause (figure 6). Comprendre, grâce à une typolo- ont proposé une typologie des gie appropriée, l'origine et le potentiel d'évolution d'un groupement milieux tourbeux secondaires. végétal constitue une condition préalable indispensable à une gestion L'intérêt majeur de cette typologie est qu'elle permet d'aborder cohérente des hauts-marais, notamment dans une perspective de la caractérisation de la plupart restauration de ces milieux perturbés. des milieux secondaires en tant que stades de différentes successions végétales (MATTHEY, 1996).

5.1 Landes et faciès herbacés ou muscinaux

Par définition, les landes forment des groupements végétaux dominés par les sous-arbrisseaux. On distingue différents types de landes selon l'espèce dominante. Les plus courantes sont les landes à Calluna vulgaris. La rareté des sphaignes démontre le caractère stabilisé de ces milie.ux soumis à de fortes contraintes (tertres et murs d'exploitation,

Sphagnetum magellanici l Sphagnetum magellanici II Fig. 6: Illustration des stades d'une succession avec faciès à Eriophorum

Forêts secondaires 1! Pino mt/go- p}wgflelilm mage/lonici II

'f.., , ' ...... . Faciès à Eriophorum vaginotum, sphaignes e l chaméphytes vaginatum. ~ succession progressive succession régressive Tous les types et toutes les voies de succession ne sont pas représentés. '"1 Lande à Cal/una vulgaris ;; Pinède econda ire sur faciès el Eriopho/'um vaginatLllrl . A à Eriophorum vaginalum., el y,.. . / . phajgnes Faciès à Eriopho/'um vagil1aturn, et phaignes Faciès à 'li-iophorum vaginatum Tourbe nue

2.2.8 Si les conditions hydrologiques ne sont pas trop défavorables (surfaces raclées, fosses d'exploitation, de type A2), les sphaignes peuvent former progressivement un tapis où s'implantent des espèces caractéristiques des Oxycocco-Sphagnetea. Il s'agit alors de stades évolutifs menant, par une succession progressive, à la restauration de communautés proches de celles du Sphagnetum magellanici (MAITHEY, 1996). Lorsque l'espèce qui détermine la physionomie du groupement est une herbacée, le terme de lande n'est plus approprié. On parle dès lors de faciès. Sur tourbe acide oligo-mésotrophe, les faciès dominants MANUEL sont constitués de hémicryptophytes cespiteux (plantes herbacées CONSER· pérennes formant des touradons) comme Eriophorum vaginatum, VATION DES MARAIS Scirpus cespitosus ou Mo/inia caerulea. EN SUI SSE Les habitats favorables comme les dépressions bourbeuses (A2), les fossés de drainage ou les creuses (types Al à A3) permettent un La structure en touradons retour rapide des sphaignes (Sphagnum fallax est une pionnière fré- d'Eriophorum vaginatum en particulier contribue à créer des quente). Mais dans les habitats les plus défavorables comme les tertres conditions micro climatiques par- (T5 et T4), les surfaces raclées (Tl), les surfaces de ruissellement ou ticulières au sol (MATIHEY, les rigoles d'érosion (TA2), les sphaignes sont généralement absentes. 1996). L'humidité relative ambiante plus élevée sous la canopée Toutefois, en favorisant le développement de faciès à Eriophorum herbacée peut contribuer de vaginatum, on peut contribuer indirectement à la restauration de manière déterminante à la réapcommunautés de sphaignes (voir ci-contre). parition des sphaignes, et ce même en l'absence d'un rehaus- Du point de vue phytosociologique, les stades les plus évolués des sement de la nappe d'eau dans le faciès à Eriophorum vaginatum et Sphagnum recurvum s.l. tendent sol (GROSVERNIER, 1996). vers des groupements proches du Sphagnetum magellanici. Ils constituent un groupement secondaire largement répandu en Suisse. Les faciès à Scirpus cespitosus évoluent quant à eux vers des groupements fragmentaires de l'Eriophoro vaginati-Scirpetum cespitosi, ou encore du Scirpo cespitosi-Sphagnetum compacti. Les habitats les plus secs comme les surfaces raclées (Tl), les tertres

ou certains murs d'exploitation (T4, T5) sont parfois trop défavorables aux plantes vasculaires et sont souvent recolonisés par des gazons de mousses très denses. Polytrichum strictum en est l'espèce pionnière principale et elle prépare en quelque sorte le terrain au retour des sphaignes et des plantes supérieures. La réapparition de chaméphytes comme Vaccinium uliginosum, Calluna vulgaris ou plus rarement Betula nana, et de Sphagnum magellanicum et Vaccinium oxycoccos signent le retour progressif aux conditions caractérisant les landes, puis, si l'évolution se poursuit, le Sphagnetum magellanici. Les faciès à Polytrichum strictum peuvent constituer des stades stabilisés durant plusieurs décennies, avant que les conditions, notamment hydrologiques, ne permettent la réimplantation des sphaignes. Mais la

restauration d'un Sphagnetum magellanici secondaire est tout à fait possible en l'espace de 40 à 50 ans (MATIHEY, 1996).

5.2 Forêts secondaires

Sans défrichement ni exploitation de tourbe, un abaissement par drainage de 10 à 20 cm du niveau annuel moyen de la nappe peut suffire à provoquer une évolution régressive des groupements du Sphagnion magellanici et des pinèdes du Vaccinio-Piceion. Dans un premier temps, le pin (Pinus mugo s.l.) profite de cet assèchement et envahit ., tout le haut-marais (SCHULTHESS, 1990). Mais avec l'accentuation de l'assèchement, les espèces caractéristiques du haut-marais disparaissent. Ces pinèdes de contact ne répondent plus dès lors aux critères définissant la végétation de haut-marais selon l'inventaire fédéral. Elles se rattachent à la sous-association à Cladonia arbuscula du Pino mugo-Sphagnetum magellanici. Enfin, dans les cas les plus évolués, on observe un envahissement progressif des pinèdes par l'épicéa (Picea abies), qui conduit le groupement vers des pessières secondaires proches du Bazzanio-Piceetum. Dans des habitats relativement favorables du point de vue hydrologique, notamment de grandes fosses de tourbage de type TA2, l'évolution de la succession aboutit à la formation de forêts mélangées de feuillus (Betula pubescens, B. pendula surtout) et de conifères (Picea abies, Pinus sylvestris). Les sphaignes y sont régulièrement présentes, avec Sphagnum fallax, S. magellanicum et S. cap illifolium , de même que d'autres espèces des Oxycocco-Sphagnetea comme la linaigrette engainante (Eriophorum vaginatum) ou la canne berge (Vaccinium oxycoccos). Selon la dominance soit de Pinus sylvestris, soit de Betula pubescens ou B. pendula, les groupements sont apparentés respectivement au Vaccinio uliginosi-Pinetum sylvestris Kleist 1929 em. Matuskievicz 1962 ou au Vaccinio uliginosi-Betuletum carpaticae Lohm & Bohm 1972 em. B. & K. Dierssen 1984 (alliance du Phyllodoco-Vaccinion Nordhagen 1936).

5.3 Bas-marais acidoclines secondaires

L'épaisseur de la couche de tourbe a souvent été fortement réduite par l'exploitation, si bien qu'aujourd'hui nombre de groupements végétaux se développent sur des substrats tourbeux peu épais et plus minérotrophes. Il en résulte l'apparition, jusqu'au coeur de l'ancien

2.2.8 haut-marai de groupements végétaux dominés par de esp ces caractéri tique de bas-marais ou de marais de transition (voir vol. 1 contributions 2.2.3 à 2.2.7). Les espèces des Oxycocco-Sphagnetea y ont cependant fréquente, car ce groupements secondaires constituent différent rades de sucees 'ion de re tauration de groupem nts de plu en plu acides et oligotrophes aboutissant à la formation d'ass - dation econdaire du phagnion mag llanici. La di tinctioD de ce ba -marai secondaire , par rapport aux ullÎté. de bas-marai ur 01 non tourbeux, rev Al par con équent une importance capitale lorsque Lon envi age la ge tion et la restaurati n de MANUEL bauts-maJai . CONSER- VATION DES MARAIS EN SUISSE

6 INTERET POUR LA PROTECTION DE LA NATURE

6.1 Importance botanique

Les hauts-marais constituent l'unique milieu de vie de plusieurs espèces de plantes hautement spécialisées comme Drosera rotundifolia, Andromeda polifolia, Eriophorum vaginatum ou Vaccinium oxycoccos (voir vol. 1, contributions 2.1.1 et 2.2.7), ainsi que de certaines espèces de mousses et d'hépatiques.

6.2 Importance zoologique

Quelques espèces animales sont également strictement inféodées aux hauts-marais. Des libellules comme la Cordulie arctique (Somatochlora arctica) ou des Leucorrhines (Leucorrhinia pectoralis, L. dubia) utilisent les petits milieux aquatiques, primaires ou secondaires, tout comme certaines arraignées et des coléoptères aquatiques (voir vol. 1, contributions 3.3.2 et 3.4.2). Certains papillons dépendent d'espèces caractéristiques du hautmarais pour le développement de leur chenille, comme le Nacré de la canne berge (Boloria aquilonaris) ou le Solitaire (Colias palaeno) (voir vol. 1, contribution 3.4.2). Ces espèces sont très menacées en raison de la destruction des hauts-marais. Enfin, quelques espèces ont vu leurs milieux d'origine à ce point perturbés par les activités humaines (intensification des pratiques agricoles dans les prairies humides notamment) qu'elles ne trouvent aujourd'hui plus que des milieux de substitution dans les tourbières. Le Pipit farlouse (Anthus pratensis) y a ainsi trouvé refuge, de même que nombre d'espèces de papillons. L'abandon progressif des pratiques agricoles extensives, à l'image de celles de la région de Rothenthurm, conduit cependant à la formation de friches, voire à un embroussaillement qui menace de disparition les espèces précitées (voir aussi vol. 1, contribution 3.3.1).

2.2.8 BIBLIOGRAPIDE SCHULTHESS, l (1990): Der Ein- ADRESSE DES AUTEURS fluss von Entwasserung auf die Bewaldung eines Hochmoores. Eine GROSVERNIER, Ph. (1996): Dr Philippe Grosvernier Studie zur rezenten Bewaldungsent- Stratégies et génie écologique des Dr ès sc. Nat. Univ. NE wicklung am Etang de la Gruère sphaignes (Sphagnum sp.) dans la NATURA, Etudes en biologie (JU). Diplomarbeit, Universitat restauration spontanée des marais appliquée Zürich, 190 p. jurassiens suisses - une approche Le Saucy 17 expérimentale. Thèse, Université de Neuchâtel, Suisse, 349 p.

GROSVERNIER, Ph. 1 MATIHEY, Y.I MULHAU- SER, G. (1992): Typologie des mi- SJORS, H. (1948): Myrvegetation i Bergslagen. Acta Phytogeogr. Suec. 21: 1-299.

SMITH, A.IE. (1980): The moss flora of Britain and Ireland, Cam-

2722 Les Reussilles

Alain Lugon Lic. ès. sc. nat. Univ. NE ECOCONSEIL Cartographie et analyses du territoire et de , MANUEL lieux tourbeux de l'arc jurassien. l'environnement SA CONSERbridge university Press, Cambridge, VATION Actes 1992, Société Jurassienne Rue D.Jeanrichard 44 DES 706p. MARAIS d'Emulation, pp. 145-186. 2300 La Chaux-de-Fonds EN SUISSE STEINER, G.M. (1992): Oster- GRÜNIG, A./VETTERLI, L.I reichischer Moorschutzkatalog. Dr Yvan Matthey WILDI, O. (1986): Les hauts-marais Lic. ès. sc. nat. Univ. NE Bundesministerium für Umwelt, et marais de transition de Suisse. ECOCONSEIL Cartographie Jugend und Familie, Wien, 509 p. Rapport FNp' Birmensdorf, 281, et analyses du territoire et de 58 p. l'environnement SA Rue D. Jeanrichard 44 LINDSAY, R.I RIGGALL, 1. 1 2300 La Chaux-de-Fonds BURD, F.H. (1985): The use of small-scale surface patterns in the classification of British peatlands. Manuel AQUILO 21: 69-79. Conservation des marais en Suisse 1 MATIHEY, Y. (1996) Conditions 1/1997 écologiques de la régénération spontanée du Sphagnion magellanici dans le Jura suisse. Thèse, Université de Neuchâtel, Suisse, 340 p.

REDACTION

Commentaires sur les inventaires 2.3 Les inventaires des hauts-marais, des bas-marais et des sites maréca- Manuel geux sont effectués. Alors que le groupe des personnes, offices et insti- Conservation des marais en Suisse 1 tutions concernés par la réalisation des inventaires était restreint, le 2/1994 nombre d'interlocuteurs et de personnes concernés par la consultation et la mise en application légale des inventaires augmente rapidement. Simultanément se présentent de nouveaux problèmes et se posent de nouvelles questions. Au cours des consultations est également apparu le besoin de nouveaux éclaircissements. Les contributions suivantes tiennent compte de ces besoins en répondant aux questions et en discutant les problèmes. La première contribution réunit une série de commentaires à des questions formulées lors de la , MANUEL CONSERmise en consultation de l'inventaire des bas-marais. D'autres contri- VATION DES MARAIS butions concernant les trois inventaires suivront au fur et à mesure EN SUISSE des besoins.

310.710.9421 250 6.94 1

MARIO F. BROGGI

Questions et réponses relatives à l'inventaire des bas-marais 2.3.1 1 INTRODUCTION

De larges cercles, notamment les cantons, furent consultés sur l'inventaire des bas-marais. Les personnes et services consultés formulèrent beaucoup de questions et de demandes, mais présentèrent également des propositions. Il s'est avéré que des malentendus étaient à la base de certaines prises de position et que diverses conditions-cadre de l'inventaire de même que les étapes suivantes de la mise en application n'étaient pas claires. La présente contribution répond aux principales questions. â , MANUEL CONSER- VATION DES MARAIS EN SUISSE

2 EXPLICATIONS DE QUELQUES CONCEPTS

2.1 Périmètre des bas-marais dans l'inventaire fédéral

Question: Qu'est-ce qui est représenté sur la carte nationale dans l'inventaire des bas-marais d'importance nationale?

2.1.1 Exposé du problème

Dans l'inventaire fédéral des bas-marais selon l'art. 18a, al. 1 LPN, le Conseil fédéral désigne les biotopes d'importance nationale, détermine leur situation et précise les buts visés par la protection. Procédure de délimitation: L'inventaire des bas-marais s'est déroulé selon des critères uniformes pour toute la Suisse et a fait l'objet d'une cartographie au 1:25'000; il représentait dans un premier temps un relevé de biotopes susceptibles de se voir attribuer l'importance nationale (pour les bases, cf. OFEFp, 1991). Les surfaces n'appartenant pas aux bas-marais mais situées à l'intérieur d'un bas-marais furent sorties des biotopes lorsqu'elles dépassaient 0,25 ha, dimension qui permet encore de les représenter sur la carte nationale au 1:25'000. Les surfaces plus petites à l'intérieur des biotopes, dont la végétation ne correspondait pas aux critères de cartographie des bas-marais, furent laissées aux bas-marais. L'estimation du pourcentage du biotope recouvert par ces surfaces a été inscrite sur la feuille d'inventaire. Les bas-marais d'une surface inférieure à 1 ha n'ont fait l'objet ni d'une cartographie ni d'une évaluation. Les zones-tampon n'ont pas été délimitées au cours du travail d'inventaire. D'autres éclaircissements seront nécessaires pour leur délimitation dans le cadre de la mise en application de la protection des marais, qui est de la compétence des cantons.

2.1.2 Réponse

L'inventaire des bas-marais se contente de déterminer la situation et l'étendue d'un biotop'e de bas-marais d'importance nationale. La précision de la représentation des limites au 1:25'000 se situe entre 10 et 20 m; c'est pourquoi l'inventaire fédéral ne permet pas encore un découpage au niveau du parcellaire. Il est donc seulement une base pour une future application de la protection des marais par les cantons. Les résultats de l'inventaire des bas-marais ont été transmis aux cantons pour consultation. Là où cela s'avère nécessaire du point de vue technique, le périmètre est adapté ou l'évaluation est révisée, en col-

2.3.1 laboration avec les cantons. Dans certains cantons, respectivement pour certains biotopes, cette mise au point s'est déjà effectuée.

Alors que la désignation des bas-marais d'importance nationale est du ressort de la Confédération, la protection de ces marais est, selon l'art. 18a, al. 2 LPN, l'affaire des cantons. Toutes les mesures qui précisent cette désignation, par exemple la fixation des limites au niveau du parcellaire, la délimitation des zones-tampon, l'inclusion de surfaces de régénération réelles ou potentielles, les débroussaillements prévus sur les anciennes parcelles de bas-marais, etc., ne sont pas 1 MANUEL représentées dans l'inventaire fédéral, mais font partie de la mise en CONSERapplication et sont donc l'affaire des cantons. VATION DES MARAIS EN SUISSE Fig. 1: L'objet protégé se compose du biotope d'importance nationale (objet de l'inventaire), auquel s'ajoutent les zones-tampon. Si le canton délimite ensuite une zone protégée, elle peut englober d'autres biotopes proches de l'état naturel et des surfaces de revitalisation.

Objet: bas-marais d'importance nationale = périmètre dans l'inventaire des bas-marais

- ".. .. ,.. [.. Z] / ' / ' / ' Zone-tampon

Zones-tampon avec exploitation différenciée

Surface de revitalisation

- Limites d'une éventuelle zone protégé

La mise en application de la protection des marais selon l'art. 18a, al. 2 LPN exige entre autres, en plus des limites précises au niveau du parcellaire, la délimitation d'une zone-tampon suffisante du point de vue

écologique et l'exposé des mesures de protection et d'entretien nécessaires à la conservation du bas-marais. Cela nécessite de travailler à une plus grande échelle (en général 1:5'000).

La zone protégée est formée du bas-marais d'importance nationale désigné au cours de la procédure de délimitation (= objet), auquel s'ajoutent les zones-tampon suffisantes du point de vue écologique issues de la mise en application, les éventuelles surfaces de revitalisation et d'autres surfaces proches de l'état naturel. On trouvera des conseils relatifs aux exigences envers les mesures de protection et d'entretien dans le présent manuel (cf. p. ex. tome 2, contribution 1.1.2).

2.2 Zones-tampon

Question: Qu'entend-on par "zones-tampon suffisantes du point de vue écologique" autour des biotopes marécageux?

2.2.1 Exposé du problème

Comme dans l'Ordonnance sur les hauts-marais du 21 janvier 1991, le projet d'Ordonnance sur les bas-marais prévoit que les cantons délimitent autour des biotopes marécageux des zones-tampon suffisantes du point de vue écologique, le tout formant alors l'objet protégé. La nécessité des zones-tampon est généralement admise, mais il subsiste des imprécisions quant à leur délimitation et à leur gestion.

2.2.2 Réponse

Par analogie avec l'Ordonnance sur les hauts-marais, les zones-tampon feront également partie intégrante de tobjet protégé dans les basmarais. Les dispositions relatives aux zones-tampon sont donc présentées dans l'Ordonnance correspondante. Les restrictions d'exploitation qui en découlent doivent être indemnisées. Les zones-tampon ont comme fonction principale d'intercepter les apports de substances nutritives en provenance des cultures intensives adjacentes et de prévenir d'autres atteintes nuisibles. La délimitation tiendra compte des exigences particulières des animaux et de leur écologie. A cet effet, les inventaires cantonaux et nationaux (amphibiens, libellules, papillons diurnes, etc.) fourniront de précieux documents. Les zones-tampon sont à concevoir comme ceinture de protection entourant le biotope de bas-marais. Lors de leur délimitation, il faut avant tout tenir compte de la situation du bas-marais dans le terrain,

2.3.1 des conditions hydriques (nappe phréatique) et pédologiques, du mode d'exploitation dans les environs et de la sensibilité propre à la végétation des marais.

La zone-tampon hydrique se compose d'une surface adjacente au biotope marécageux, dans laquelle n'est tolérée aucune modification du régime hydrique susceptible de compromettre l'approvisionnement en eau nécessaire à la conservation des marais.

La zone-tampon trophique est une bande de terre agricole cultivée, MANUEL située en dehors du biotope marécageux à protéger et soumise à des CONSERrestrictions d'exploitation. La zone-tampon trophique doit prévenir VATION DES MARAIS l'engraissement indirect des marais pauvres en substances nutritives. EN SUISSE

La zone-tampon suffisante du point de vue écologique englobe les fonctions de zone-tampon trophique, de zone-tampon hydrique et de zone-tampon vis-à-vis d'autres menaces pour la flore et la faune spécifiques du biotope. Ceci peut se réaliser par la délimitation de parcelles entières ou d'unités de gestion avec différents degrés d'exploitation ou aussi par une bande-tampon qui, par un dimensionnement suffisant, peut remplir toutes les exigences, sans que des dispositions différenciées ne soient nécessaires.

On peut imaginer plusieurs possibilités de réalisation selon la situation du biotope. Dans les régions intensément exploitées du Plateau, les zones-tampon seront en général plus grandes et différenciées. Au contraire, en montagne où la pression d'exploitation est moins forte, elles pourront rester plus petites. Dans le cas où des biotopes proches de l'état naturel entourent les marais (prairies maigres, forêts), on peut même se passer de zones-tampon (cf. vol. 1, contribution 2.1.2).

Pour aider concrètement à leur dimensionnement, l'OFEFP a fait élaborer une clé des zones-tampon. Les résultats seront publiés dans le présent manuel.

Aujourd'hui, l'agriculture voit les zones-tampon encore comme des restrictions pour l'exploitation. Ceci pourrait changer au cours des prochaines années, si les zones-tampon sont considérées et indemnisées comme partie intégrante de la compensation écologique ou si elles deviennent des surfaces d'extensification en raison de la réduction des débouchés. Les difficultés occasionnées à l'exploitation sont indemnisées en conséquence.

3 DISPOSITIONS POUR LA DELIMITATION DU PERI- METRE DU BAS-MARAIS

3.1 Précisions quant à la définition du bas-marais

Question: Les bas-marais doivent-ils posséder un sol tourbeux?

3.1.1 Exposé du problème

La nouvelle disposition constitutionnelle (Art. 24sexies, al. 5 cst.) dé- L'étude systématique des marais a commencé par des clare que les marais et les sites marécageux d'une beauté particulière traités sur les possibilités de et présentant un intérêt national sont placés sous protection. L'inven- leur mise en valeur, en partitaire des bas-marais de Suisse est un inventaire des biotopes selon culier par l'exploitation de la l'art. 18a de la LPN. tourbe. De ce point de vue, les marais qui ne possédaient pas une couche de tourbe La surface des bas-marais a été délimitée sur la base de la végétation exploitable, c.-à- d. moins de rencontrée lors des relevés de terrain (périodes de végétation 1987 et 30 cm, n'étaient pas intéressants (cf. norme industrielle 1988). La végétation (couverture végétale) permet une cartographie allemande 4047). La tourbe basée sur des critères uniformes et facilement applicables. se trouvait aussi privilégiée par la palynologie, un secteur Au cours de la procédure de consultation, certains se sont demandé si de la science qui a connu un grand essor depuis les années les bas-marais ne devaient pas, en plus de leur végétation caractéris- vingt de notre siècle (cf. tique, posséder aussi une couche minimale de tourbe. tome 1, contributions 3.2.1 et 3.2.2).

3.1.2 Réponse En français, le terme "marais"

Généralités sur la définition des marais: désigne indifféremment des'ma- Pour identifier une surface comme marais, on peut envisager deux rais tourbeux ou non. Lorsque l'on veut spécialement faire approches différentes, soit l'approche pédologique/géologique (giseréférence à la tourbe, on parle ment), soit l'approche géobotanique et écologique. Pour l'exploitation de "tourbière". De même, dans de la tourbe, c'est l'épaisseur de la couche de tourbe exploitable qui le langage populaire de Suisse est primordiale. De ce point de vue, la délimitation des marais sur la alémanique, les termes de "Moos" et de "Ried", qui sont base du critère de gisement est parfaitement appropriée. En revanche, le plus souvent utilisés à la place ce critère n'est pas adapté aux intérêts de la botanique (RÜBEL, de "Moor", s'appliquent à des 1930). marais tourbeux ou non. Lorsque l'on veut spécialement faire référence à la tourbe, on Les deux approches du marais ont conduit à des définitions impré- parle de "Turbenried" ou de cises. Ainsi, dans le message relatif à l'initiative populaire "Pour la "Tourbenmoos" . protection des marais - Initiative de Rothenthurm", on trouve une définition des marais qui renferme le concept de tourbe. On cite WIL- DERMUTH (1978), pour lequel le marais est un terrain souvent marécageux recouvert de végétation, sur un sol tourbeux.

2.3.1 Dans la langue courante, on parle soit de marais (marais en général), soit de tourbière (si l'on veut mentionner spécifiquement la présence de tourbe). De même en allemand, on parlera de "Moos" ou "Ried" (marais en général) ou alors de "Turbenmoos" ou "Turbenried" (tourbière).

La problématique de la définition du marais était connue lorsqu'on a entamé la cartographie des bas-marais en 1986. Ce fut un point de discussion important au cours de l'avant-projet d'inventaire des basmarais. Un document de travail, se basant sur une importante re- MANUEL cherche bibliographique, fut élaboré à cet effet. Ce document fut en- CONSERsuite discuté avec d'autres experts. Cette discussion approfondie a VATION DES MARAIS montré que dans le cas de l'inventaire des bas-marais, il faut utiliser EN SUISSE une définition du marais qui tienne compte des biocénoses. Concrètement, cela signifie qu'il faut utiliser une définition qui s'appuie sur l'approche géobotanique et écologique et non pas sur l'approche gisement.

L'Ordonnance sur la protection de la nature et du paysage (OPN) du 16 janvier 1991 confirme cette approche, car la désignation des biotopes dignes de protection, parmi lesquels nommément cités les hautsmarais, les marais de transition et les bas-marais, fait appel à des listes d'espèces indicatrices des milieux naturels (art. 14, al. 3 OPN). Des limitations à cette procédure de désignation des biotopes sur la base de critères géologiques ne sont pas citées dans l'OPN.

Examen complémentaire: L'examen de marais cartographiés quant à leur sol a montré que des associations végétales typiques de bas-marais, comme les marais à laîche de Davall, ne sont pas forcément liées à des sols organiques. D'autres facteurs, comme le régime hydrique et les facteurs qui s'y rattachent (pH, bases et nutriments, température du sol, disponibilité en 02) sont plus importants. Les cartographies de la végétation et des sols ont ainsi montré que les marais à petites laîches croissent dans un même territoire sur des pseugogleys et des gleys réduits dépourvus de tourbe aussi bien que sur des sols tourbeux (cf. également à ce sujet volume 1, contribution 2.1.3). L'application stricte de l'exigence d'une couche minimale de tourbe dans un bas-marais pourrait entraîner à l'intérieur d'un bas-marais des limites insensées et impraticables, ne correspondant ni à la couverture végétale, ni aux types d'utilisation agricole (cf. volume 1, contribution 2.1.3, paragraphes 4 et 5). Cette exigence compliquerait nettement

l'application de la protection des marais par la nécessité d'un réseau dense de relevés pédologiques pour déterminer l'épaisseur de la tourbe. Mais surtout ceci serait en contradiction avec la protection des espèces exigée par la loi (cf. annexe à l'OPN), puisque, pour bon nombre de ces espèces, la tourbe ne joue qu'un rôle secondaire.

Pour la protection des biotopes, l'unique solution correcte consiste donc à cartographier les bas-marais sur la base de la couverture végétale, puisque c'est la conservation des biotopes et de leurs biocénoses menacées qui est demandée et non pas la possibilité d'exploiter de la tourbe. En renonçant à prendre en considération l'aspect pédologique, cela signifie en revanche qu'on ne tiendra pas compte des types de végétation qui ne correspondent pas aux unités de bas-marais, même s'ils sont sur un sol tourbeux.

3.2 Prairies humides et mégaphorbiaies humides comme partie intégrante des bas-marais

Question: Les prairies humides et les mégaphorbiaies humides (Calthion et Filipendulion) appartiennent-eUes à la végétation des bas-marais?

3.2.1 Exposé du problème

L'inventaire des bas-marais de la Suisse a pris en considération les unités de végétation suivantes: les roselières (Phragmition), les marais à grandes laîches (Magnocaricion), les bas-marais alcalins et acides (Caricion davallianae et nigrae), les prairies à molinie (Mo linion), les marais de transition (Scheuchzerietalia) , pour autant qu'ils ne soient pas encore relevés dans l'inventaire des hauts-marais, ainsi que les prairies humides et les mégaphorbiaies humides (Calthion et Filipendulion). Ces deux dernières catégories ont été regroupées pour former une des sept unités relevées. Au cours de la procédure de consultation de l'inventaire des bas-marais, des voix se sont élevées, en particulier dans les milieux agricoles, pour mettre en cause ce choix.

3.2.2 Réponse

La présence de ces deux unités de végétation (Calthion et Filipendulion) sur des stations humides à mouillées ne peut être contestée. Elles apparaissent naturellement dans ces endroits par autofertilisation et encore plus fréquemment suite à des activités humaines

2.3.1 comme l'apport direct d'engrais, le lessivage de ceux-ci ou le débordement de l'eau surfertilisée des fossés. Cela signifie qu'il s'agit souvent d'unités de bas-marais fertilisées. Ces deux unités sont donc en général totalement imbriquées dans les autres associations des bas-marais, possèdent d'importantes affinités écologiques et floristiques et peuvent aussi renfermer des espèces figurant sur les listes rouges. Elles apportent en outre une contribution à la diversité et donc à la beauté des marais. Ces deux unités ont par conséquent été cartographiées et incluses dans l'évaluation.

Selon les personnes qui critiquent ce choix, si l'on inclut les prairies , MANUEL CONSERhumides, on influence d'autres critères d'évaluation (p. ex. la grandeur VATION DES MARAIS des marais et la distance qui les sépare) et l'on favorise ainsi EN SUISSE l'attribution de l'importance nationale au biotope. Un examen statistique de ce point de vue a montré qu'une renonciation aux prairies humides n'aurait qu'une faible influence sur le nombre de biotopes d'importance nationale.

3.2.3 Conclusion

Les raisons qui militent pour l'inclusion des prairies humides lors de l'inventaire des bas-marais sont reconnues:

  • Les prairies humides font partie intégrante du complexe de végétation des bas-marais.

  • Les prairies humides possèdent une forte capacité tampon envers les influences extérieures.

L'opinion qui soutient que l'inclusion des prairies humides fournirait une image trop optimiste n'est pas valable. En renonçant à inclure les prairies humides dans l'inventaire fédéral, on n'obtiendrait pas d'allégement en surfaces pour les cantons fortement concernés.

3.3 La situation des forêts marécageuses dans l'inventaire des basmarais

Question: Pourquoi les forêts marécageuses ne sont-elles pas comprises dans l'inventaire fédéral des bas-marais?

3.3.1 Exposé du problème

Les forêts marécageuses croissent sur sols tourbeux ou à anmoor, là où la nappe phréatique se situe en permanence près de la surface. Elles forment souvent le stade final d'un processus d'atterrissement en

bordure d'eaux dormantes. Par une exploitation de type taillis ou par reboisement de prairies humides, on obtient parfois des forêts marécageuses dans lesquelles la strate herbacée de bas-marais domine encore. Etant souvent tributaires des mêmes conditions pédologiques, les forêts marécageuses et les bas-marais sans végétation ligneuse sont souvent imbriqués. De ce point de vue, on peut discuter de l'opportunité d'inclure les forêts marécageuses dans l'inventaire des bas-marais.

3.3.2 Réponse

Lors de la délimitation des bas-marais par rapport aux autres unités de végétation, on a exclu en plus des groupements fontinaux et des hautsmarais, les forêts et les bosquets mouillés. Le degré de recouvrement (considéré comme la projection des houppiers des ligneux au sol) était un critère pour l'inventaire des bas-marais. Les surfaces présentant un degré de recouvrement par des végétaux ligneux supérieur à 50% ne satisfaisaient en général pas aux critères d'inventaire.

En dessous de la limite de la forêt, seules les roselières et les grandes et petites cariçaies mouillées sont naturellement dépourvues de ligneux. La majorité des bas-marais sont issus de défrichements et ne peuvent être conservés que par une exploitation régulière. La protection des bas-marais englobe aussi leur conservation en tant que terrain agricole extensif et proche de l'état naturel, exploité de manière traditionnelle. L'embroussaillement et le boisement intégral ne sont par contre pas des buts de protection, car ils impliquent une diminution des plantes héliophiles et donc de la diversité des espèces. "\. Une fois qu'ils sont entièrement boisés ou embuissonnés, les basmarais doivent en général être laissés à eux-mêmes, car ces communautés sont également menacées et par conséquent dignes d'être conservées. Pour répondre à cet objectif, l'inventaire doit mettre l'accent sur les bas-marais qui étaient encore exploités sur le plan agricole au cours de ces dernières années et où la poursuite de l'exploitation peut être envisagée sans trop de frais supplémentaires. La plupart de ces biotopes sont avant tout menacés par une intensification de l'exploitation agricole ou par d'autres types d'exploitation.

Les forêts marécageuses sont en partie du moins comprises comme unités de végétation particulières dans l'inventaire des zones alluviales d'importance nationale. Elles ont été cartographiées dans le périmètre des zones alluviales. En dehors de ces zones, les forêts marécageuses bénéficient d'une certaine protection du fait de la loi forestière.

2.3.1

4 DISPOSmONS RELATIVES A L'IMPORTANCE

NATIONALE

4.1 Relation entre importance nationale et beauté particulière

Question: Les bas-marais d'importance nationale satisfont-ils également à l'exigence de la beauté particulière?

4.1.1 Exposé du problème

Selon l'art. 24sexies al. 5 de la Constitution, les marais et les sites , MANUEL CONSERmarécageux d'une beauté particulière et présentant un intérêt natio- VATION DES MARAIS nal sont placés sous protection. Selon le projet d'Ordonnance sur les EN SUISSE bas-marais, les bas-marais d'importance nationale satisfont également à l'exigence de la beauté particulière. Dans la législation, la "beauté particulière" n'est nulle part définie; de même, l'égalité supposée entre importance nationale et beauté particulière n'est pas spécialement étayée. En revanche, un e.xamen du contenu de cette égalité a été réalisé durant l'avant-projet d'inventaire des bas-marais et lors de la fixation de la procédure d'évaluation.

4.1.2 Réponse

Beauté d'un marais: La beauté ou l'impression esthétique qm emane d'un maraIS est ressentie de manière subjective. C'est pourquoi on peut rencontrer des avis très différ~nts quant à la beauté particulière d'un certain marais. Un marais est perçu comme beau lorsqu'il présente des caractéristiques désirées. Ce qui est souhaité dans une certaine situation dépend de la personne qui observe, de son niveau de connaissance des biotopes marécageux, de son attitude envers la nature, etc. En outre, l'esprit de l'époque joue également un rôle (il suffit .de se rappeler le plan Wahlen durant la seconde guerre mondiale; à l'époque, les marais ne passaient pas pour "beaux", mais étaient ressentis comme un préjudice pour la production). Le concept de beauté ne se laisse pas quantifier. On ne peut que mentionner des éléments qui contribuent à la beauté. Actuellement, les éléments suivants sont importants pour la "beauté particulière" d'un marais: l'étendue (par exemple un grand marais sur la rive d'un lac ou un vaste marais à petites laîches dans les Préalpes)

l'espace réduit, compartimenté, qui peut dégager un sentiment de sécurité (p. ex. une forêt marécageuse) la diversité, par exemple différentes séries de végétation et structures la monotonie, dans le sens de sobriété la couleur, comme un grand champ de trolles en fleurs, des linaigrettes en fruits, les couleurs automnales l'intégrité (pas d'atteintes massives provoquées par des installations).

Evaluation du biotope marécageux: Pour déterminer l'importance nationale, l'évaluation se base sur les deux critères mesurables et applicables que sont la superficie et la végétation. Cela permet aussi bien à des marais uniformes de grande étendue qu'à de petits marais diversifiés d'obtenir le nombre de points nécessaires. Les éléments relatifs à la beauté mentionnés ci- dessus sont largement repris au travers des unités de végétation et de la superficie.

Les alentours du biotope marécageux: Il n'a pas été tenu compte de l'imbrication avec d'autres biotopes lors de l'évaluation d'un biotope de bas-marais. Un bas-marais ne peut pas être dévalorisé uniquement parce qu'il n'est pas imbriqué avec d'autres biotopes de valeur ou parce qu'il n'est pas entouré d'un paysage naturel, richement structuré. L'évaluation de l'inventaire des bas-marais ne porte que sur les biotopes. En accord avec cela, l'Ordonnance sur les bas-marais se rapporte aux bas-marais et non à leurs alentours. Si les alentours ont subi des atteintes, cela ne constitue pas un argument contre la beauté d'un marais.

Etat de conservation: L'état de conservation influence la beauté d'un biotope. Les basmarais fortement dégradés n'ont pas été classés d'importance nationale. Des critères plus sévères ont été appliqués sur le versant nord des Alpes, au vu de la densité relativement élevée des bas- marais. Dans ce cas, l'exploitation actuelle n'a pas été un critère déterminant.

4.1.3 Résumé

La beauté d'un bas-marais dépend de trois critères: la grandeur, la variété et l'état de conservation. Ces trois critères sont également utilisés pour déterminer l'importance nationale. En général, les bas-marais d'importance nationale remplissent ainsi également le critère de la beauté particulière selon l'art. 24sexies alinéa 5 de la Constitution.

2.3.1

4.2 La grandeur du marais comme critère de l'importance

nationale

Question: Faut-il exclure de l'inventaire fédéral les bas-marais d'une superficie inférieure à 3 ha?

4.2.1 Exposé du problème

Lors de la cartographie des bas-marais de Suisse, les marais de moins d'un ha n'ont pas été relevés, en admettant qu'en général ils ne pourraient pas être classés d'importance nationale. Des objets plus petits peuvent cependant, sur demande du canton, être relevés dans l'inven- , MANUEL CONSERtaire fédéral, dans des cas particuliers, en les considérant comme des VATION DES MARAIS singularités. Lors de la procédure de consultation relative aux bas- EN SUISSE marais, il a été proposé que les bas-marais d'une superficie inférieure à 3 ha ne soient pas pris en considération, parce qu'une aussi petite surface ne saurait être d'importance nationale. De plus, le total des quelque 1'000 biotopes relevés est jugé trop élevé.

4.2.2 Réponse

Une évaluation de tous les biotopes relevés dans le projet d'inventaire des bas-marais d'importance nationale et d'une superficie inférieure à 3 ha donne le résultat suivant: Parmi les 1 '084 objets d'importance nationale proposés, 105 couvrent une superficie comprise entre 1 et 3 ha. D'après les critères d'évaluation, tous les biotopes de bas-marais qui sont directement contigus à un haut-marais d'importance nationale et ont une surface d'au moins 1 ha sont également d'importance nationale. Si l'on exclut ceux-là, il reste 66 bas-marais d'une superficie de 1 à 3 ha qui ne sont pas contigus à un haut-marais; cela représente 6% de tous les bas-marais d'importance nationale. Ces objets sont répartis dans leur grande majorité dans des cantons du Plateau et doivent leur importance nationale à leur grande richesse. Dans cette région, ils contribuent à la diversité et à l'indispensable mise en réseau des biot~pes. De ceci, il ressort clairement que:

  • Une augmentation de la surface minimale à 3 ha n'apporterait, notamment dans les régions de flysch des Préalpes riches en marais, une réduction sensible ni du nombre d'objets, ni des surfaces considérées comme dignes de protection.

  • Inversément, sur le Plateau où l'on a enregistré les plus grandes pertes en surfaces de marais (95%), les marais résiduels remplissent une importante fonction dans l'équilibre naturel. Dans cette région,

une augmentation de la surface minimale serait écologiquement fausse. La grandeur minimale choisie de 1 ha pour les relevés de terrain reste donc adaptée; le plus petit bas-marais isolé d'importance nationale couvre 1,67 ha.

4.3 Densité des marais et fonction d'échange

Question: Pourquoi ne regroupe-t-on pas plusieurs petits marais pour former un objet et pourquoi d'autres biotopes proches de l'état naturel ne sont-ils pas pris en considération?

4.3.1 Exposé du problème

Dans bien des cas, de petits marais isolés forment une unité géographique, unité qui se reflète également souvent au niveau de leurs populations biologiques. De même, des marais, des prairies maigres et des forêts claires peuvent constituer une mosaïque digne de protection, mais dont les surfaces prises séparément sont trop petites pour entrer dans les divers inventaires fédéraux; en les rassemblant, ces mêmes surfaces se verraient attribuer une importance nationale. La densité élevée de marais et la fonction d'échange avec d'autres structures proches de 1'état naturel fournissent des arguments importants pour la protection de la nature, qui peuvent éventuellement être pris en considération pour rehausser l'évaluation de ces marais.

4.3.2 Réponse

Ces arguments ont été discutés au cours de l'avant-projet et des discussions d'évaluation. Les résultats peuvent se résumer ainsi:

Procédure: La désignation de l'importance nationale a dû s'effectuer dans la majorité des cas sur la base d'une seule visite. C'est pourquoi il fallait disposer de critères d'évaluation facilement applicables durant toute la période de végétation, ce qui écartait par exemple tous les critères relatifs à la protection des espèces (animales et végétales). De même, il n'était pas possible d'évaluer les alentours, par exemple pour la délimitation d'une zone-tampon.

Regroupement de plusieurs petites surfaces pour former un objet:

1 La distance maximale de 100 m entre les parties d'un biotope est

issue d'un choix raisonné; elle doit en premier lieu empêcher que des

2.3.1 parcelles de marais, morcelées par une agriculture intensive, mais à l'origine d'un seul tenant, restent séparées. Cette règle est également opportune en montagne en raison de la structure très compartimentée du terrain. La distance de 100 m permet encore un échange génétique pour un grand nombre d'espèces.

2 Les surfaces de bas-marais d'au moins 0,25 ha (taille minimum pour

la représentation au 1:25'000) situées dans un rayon de 100 m autour d'un biotope d'au moins 1 ha ont été ajoutées à ce dernier. MANUEL

3 La possibilité de regrouper des biotopes voisins (distance> 100 m) a

CONSER· été examinée. Pour former les groupes, on n'a cependant pas pu dé- VATION DES MARAIS finir de règle simple et qui soit en même temps valable pour toute la EN SUISSE Suisse, car les particularités régionales sont très marquées. La mise en réseau de biotopes doit être considérée dans ce cas sous l'angle de la "compensation écologique" (Art. 18b LPN).

4 Pour les marais qui sont isolés en raison de la règle des 100 m, alors

qu'un lien existe par l'intermédiaire d'autres types de biotopes naturels, on pourra solliciter l'importance nationale en tant que singularité. Ces cas seront motivés sur la base d'un catalogue de critères (cf. volume 1, contribution 2.3.2).

5 Les sites marécageux sont par définition des zones marquées par les

biotopes marécageux. En conséquence, un grand nombre de marais sont inclus dans l'inventaire des sites marécageux. C'est ainsi que 38% de tous les bas-marais d'importance nationale, couvrant 61 % de la superficie globale des bas-marais cartographiés, sont situés dans les 91 sites marécageux délimités par l'inventaire (état de la procédure de consultation). En outre, 19% des bas-marais supposés d'importance régionale, correspondant à 23% de la superficie globale des bas-marais, sont situés dans le périmètre des sites marécageux d'importance nationale. Les zones présentant une grande densité de marais se situent ainsi en majeure partie (env. 84% de la superficie) également dans les sites marécageux délimités. Cela inclut entre autres beaucoup de biotopes qui ne possèdent ni l'importance nationale ni l'importance régionale.

Prise en considération d'autres biotopes naturels:

1 Afin d'évaluer l'état naturel des alentours des bas-marais, la fonction d'échange a été relevée sur le terrain comme une donnée parmi

cinq autres choisies pour l'évaluation. Une analyse postérieure a

montré que la "fonction d'échange" était le critère le plus subjectif. En outre, on a pu constater que le critère d'échange était très peu pertinent quant à la classification d'importance nationale. TI a donc été laissé de côté lors de l'évaluation finale.

2 La prise en con idération d'autres biotopes naturels n'a pa pu e

réaliser dans le cadre des inventajre des biotopes de marais. Ceci n'était d'ailleurs jamais prévu car des problèmes méthodiques de toute autre dimen ion seraient alors apparu. La concordance avec J inventaire des hauts-marais est cependant effective dans le sen où les bas-marais contigus à de haut -marais d'importance nationale ont également obtenu J'importance nationale queUe que soit leur taille.

2.3.1

5 DISPOSmONS RELATIVES AU TYPE D'EXPLOITATION

TOLERE

5.1 Pacage

Question: Les bas-marais peuvent-ils être pâturés?

5.1.1 Exposé du problème

Plus de la moitié des bas-marais cartographiés sont entièrement ou MANUEL partiellement pâturés. Ceci concerne principalement les vastes alpages CONSERdans les zones de flysch des Préalpes. Autrefois, les marais des fonds VATION DES MARAIS de vallée étaient également pâturés, le plus souvent sous forme d'une EN SUISSE exploitation extensive du domaine communal (cf. aussi pour l'u~ilisation volume 1, contribution 3.2.3). A ce propos, il faut signaler qu'un bovin pesait (poids vif moyen) il y a environ cent ans un quart de moins qu'aujourd'hui. On peut attribuer à ce supplément actuel de poids une part de responsabilité dans les dégâts de piétinement. Du point de vue fourrager, les bas-marais ne représentent pour le bétail au mieux que des surfaces complémentaires de pâture. Ce fourrage de piètre valeur n'est probablement brouté que lorsque le meilleur des surfaces en dehors des marais a déjà été pâturé, ou que ces surfaces ne sont plus accessibles pour diverses raisons.

Le projet d'Ordonnance sur les bas-marais stipule que "les marais sont protégés contre les dégâts dus au piétinement". Cet énoncé mérite une explication.

5.1.2 Réponse

Les bas-marais de plaine doivent être exclus du pacage, puisque les surfaces nécessaires à un pacage extensif sont rarement disponibles et qu'un pâturage permanent entraînerait des dégâts de piétinement trop importants (cf. aussi tome 1, contribution 3.1.5). Dans les alpages, en revanche, un pacage extensif des bas-marais est en général compatible avec les objectifs de protection des marais, à condition que la charge des pâturages soit adaptée et qu'ils ne soient ni drainés ni fertilisés. Alors que les hauts-marais et les marais de transition doivent être clôturés, cette mesure constituera une exception pour les bas-marais, dans le cas de groupements végétaux spécialement sensibles, situés dans des endroits exposés.

Comme les moutons modifient de manière fondamentale la végétation, le pacage des moutons n'est généralement pas compatible avec les objectifs de la protection des marais.

La protection des marais dans les alpage ne doit pas s'effectuer au travers de mesures isolées mais bien plutôt s'intégrer dan le cadre d'une planification globale de l'économie alpestre, qui englobe les différentes exigences et utilisation. La régulaliou de la charge ba ée sur la capacité de production de surfaces productive de J alpage repré eote, dan cette optiC[lle l'in ù'umeot de planification le plus important et le plus ratio·nnel.

En résumé, on peut affirmer que le pacage extensif des bovins dans les bas-marais des alpages est compatible avec la protection des marais si l'on respecte quelques mesures d'accompagnement, qui sont en général dans l'intérêt même de l'économie alpestre.

D autres explication relatives a ce Lhème ont présentées dan le manuel pour la conservati.on de marais, vol ume 2, contribution 3.1.5 , Le pacage des haut -marai t d ba -maraj .

2.3.1 BIBLIOGRAPHIE ADRESSE DE L'AUTEUR

MARTI, K.I MÜLLER, R. (1993): Dr Mario F. Broggi Zones-tampon pour les marais. Büro für Siedlungs- und Umweltpla- Recherche bibliographique sur nung (BSU) mandat de l'OFEFP, Les cahiers de Olgastrasse 8 l'environnement 213, Berne, 42. 8001 Zurich

OFFICE FEDERAL DE L'ENVI- RONNEMENT, DES FORETS ET DU PAYSAGE (OFEFP, 1991): Inventaire des bas-marais de Suisse 1986-1989. Rapport technique sur la MANUEL TRADUCTION préparation, le travail de terrain, les CONSER· VATION concepts, l'évaluation. 19 p. + an- DES MARAIS nexes, Berne. Philippe Poget EN Ing. forestier EPFZ-SIA SUISSE

RÜBEL, E. (1930): Die Pflanzenge- 232, Rte d'Aire-laVille sellschaften der Erde, Berne. 1242 Satigny

WILDERMUTH, H. (1978): Natur aIs Aufgabe, Ligue suisse pour la protection de la nature, Bâle, 298 p.

RENSEIGNEMENTS

OFEFP, Groupe de coordination pour la protection des marais Hallwylstrasse 4

3003 Berne

Manuel Conservation des marais en Suisse 1

MARIO F. BROGGI

Critères pour le traitement des singularités dans les bas-marais 2.3.2 1 DEFINITION

Par singularités, il faut entendre des particularités, des raretés ou des cas exceptionnels. Il manque dans l'Inventaire des bas-marais un examen détaillé de chaque objet avec la liste complète des espèces, la mention des espèces rares ou des complexes de végétation avec d'autres types de biotopes. Pour évaluer ces aspects, il est nécessaire d'utiliser des critères supplémentaires. L'énumération suivante donne les arguments possibles pour considérer un biotope comme singularité et définit le contenu de l'expertise qui doit être présentée. , MANUEL CONSER· VATION DES MARAIS EN SUISSE

2 POSSIBILITES ET LIMITES DE LA METHODE D'EVA- LUATION DE L'INVENTAIRE DES BAS-MARAIS DE SUISSE

2.1 Situation légale initiale

L'article 18a de la Loi fédérale sur la protection de la nature et du paysage (LPN) donne au Conseil fédéral, après consultation des cantons, la compétence de désigner les biotopes d'importance nationale et de fixer l'emplacement des objets et les buts de protection. Un recensement des bas-marais sur l'ensemble de la Suisse a servi de base pour cette désignation.

2.2 Méthode utilisée

La nécessité de réaliser une cartographie et une évaluation sur l'ensemble de la Suisse pendant un court laps de temps ne permettait pas de tenir compte des particularités. Le travail de terrain n'autorisait au cours des deux périodes de végétation (mai à octobre) qu'une visite des surfaces potentielles de marais préalablement délimitées sur carte. De ce fait, la prise en compte d'espèces animales ou végétales particulières avait été exclue dès le début, car le plus souvent eUes ne sont pas visibles pendant toute la période de végétation et ue peuvent en conséqueuce être recensées de façon exhaustive et représentative. De plus, pour un inventaire national, il n'était pas possible de prendre comme référence l'état des connaissances concernant les marais bien connus du Plateau. Il fallait tenir compte du fait que beaucoup de marais des Préalpes et des Alpes sont encore peu ou mal connus. Il a fallu en conséquence simplifier la méthode pour limiter le travail tout en garantissant des résultats fiables. De plus, la méthode de cartographie et d'évaluation devait être reproductible et facile à comprendre.

Cinq critères possibles d'évaluation de l'importance nationale furent pris en compte lors de la cartographie à l'échelle nationale, à savoir:

  • la taille de l'objet

  • le nombre d'unités de végétation présentes (diversité)

  • la rareté des unités de végétation

  • l'état de conservation

  • la fonction déchange.

2.3.2 Déjà avant le début de l'inventaire, la consultation d'experts avait permis d'établir que les objets de moins d'un hectare ne sont en général pas d'importance nationale. Pour réduire notablement le temps de cartographie, on a renoncé à leur recensement.

A la fin de la cartographie, différents tests d'évaluation ont été réalisés pour toutes les régions naturelles et plusieurs méthodes statistiques comparées. Les critères de "surface" et de "végétation" (avec distinction du nombre d'unités de végétation et du nombre de groupes d'unités) se sont finalement révélés comme suffisants pour l'évaluation. MANUEL CONSER- Une méthode simple pennet ainsi d'obtenir des résultats qu'une autre VATION DES plus approfondie n'aurait modifiés que dans de rares cas. n était clair MARAIS EN SUISSE dès le début que la méthode ne pennettait pas de tenir compte des fi· nesses et des cas particuliers. C'est la raison pour laquelle il doit être possible de désigner ultérieurement des objets d'importance nationale en raison d'une richesse botanique ou zoologique particulière ou d'une autre valeur naturelle. De tels objets sont appelés singularités. Elles doivent s'appuyer sur une expertise pour être prises en compte. D'autre part, il devrait également y avoir des objets ne devenant pas d'importance nationale malgré les tests de vraisemblance réussis. C'est le cas notamment des objets en mauvais état de conservation. Dans les Préalpes, caractérisées par une forte densité de marais, les exigences de qualité sont encore renforcées.

3 EXPLOITATION DE LA PROCEDURE DE CONSULTATION POUR LES SINGULARITES

Les prises de position (plus de 60) des Cantons, des Offices fédéraux et des organisation concernées par rapport à l'Inventaire des bas-marais ont aussi été exploitées dans le contexte des singularités. Les voeux et les suggestion varient en fonction de l'expéditeur. Une réévaluation de certains objets est souvent demandée par des cantons possédant peu de bas-marais et par les associations de protection de la nature. De même, pendant les procédures de consultation cantonales, un nombre grandissant de propositions a émané ensuite des communes des cantons de montagne. En tout, ce sont actuellement quelque 250 propositions qu'il faut évaluer. Les arguments avancés peuvent être regroupés en deux groupes:

3.1 Mention de valeurs naturelles particulières

  • Puisqu'aucune espèce animale ou végétale rare ou menacée n'a été prise en compte dans l'évaluation, certaines propositions signalent:

  • la présence de plantes ou d'animaux rares ou menacés avec renvoi aux listes rouges ou aux espèces protégées, la présence de localités reliq~es, marginales dans l'aire de répartition ou exceptionnellement basses ou élevées d'une espèce,

  • la présence de populations particulièrement abondantes d'une espèce. .....

  • La richesse en espèces ou en groupements végétaux est souvent mentionnée.

  • De même, il existe des mentions de groupements végétaux très rares ou d'autres particularités naturelles.

  • Finalement, on se réfère à l'importance des derniers objets du Plateau ou des vallées alpines (question de représentativité).

3.2 Mention d'objets sous-évalués dans l'Inventaire

• La règle fixée après consultation exige de considérer comme objets distincts ceux qui se trouvent à plus de 100 mètres d'un autre. Cette "règle des 100 mètres" ne tient pas compte dans certains cas des conditions régionales, d'autant plus que des causes tant naturelles qu'anthropogènes ont pu entraîner la fragmentation d'un bas-marais en plusieurs objets évalués séparément. De même, les concentrations

2.3.2 de petits objets ne sont partiellement pas d'importance nationale car chaque objet est évalué séparément. Malgré leur concentration et leur unité tant géographique que du point de vue de la biologie des populations, les petits objets passent pour de moindre valeur sauf s'ils se trouvent dans un site marécageux d'importance nationale. C'est le cas d'un quart de tous les marais de Suisse et de plus de la moitié de leur surface.

  • Certains bas-marais forment des complexes avec d'autres types de biotopes proches de l'état naturel (par ex. des prairies maigres sèches, des forêts humides). Chaque biotope considéré séparément est trop MANUEL petit pour entrer dans l'inventaire fédéral respectif. Ensemble, ils CONSERfonctionnent cependant comme une unité naturelle et leur valeur VATION DES MARAIS cumulée exige une réévaluation. Le danger consiste à ce que ces EN SUISSE objets qui possèdent assurément une grande valeur du point de vue de la protection de la nature du fait de la diversité de leurs biotopes soient sous-évalués lorsque l'on considère chaque biotope séparément.

  • Souvent des bas-marais sont considérés comme réserve naturelle conjointement avec les biotopes associés. Il convient donc de prendre en compte tout le périmètre de protection.

  • Les surfaces de marais embuissonnées par manque de soin et de façon générale les surfaces de régénération devraient également être considérées comme bas-marais.

Tous les autres cas - propositions de changement de périmètre du basmarais ou mentions d'objets oubliés - peuvent entraîner une réévaluation et ne sont pas traités ici. Ils font l'objet d'un examen séparé.

4 PROPOSITIONS POUR L'EVALUATION DES SINGULARITES

4.1 Exigences générales

Comme pour l'évaluation des objets de l'Inventaire, l'établissement et la reconnaissance du statut de singularité doivent être reproductibles et exprimés avec des arguments clairs. Pour cette raison, les critères devraient être autant que possible quantifiables et applicables à l'échelle nationale; ils devraient aussi minimiser les appréciations subjectives. De même que pour les critères de l'Inventaire, il convient de chercher pour les singularités un seuil plausible entre importance nationale et régionale. Les critères généraux de diversité et de beauté, souvent utilisés, ne sont pas suffisants dans ce cas. Il faut s'appuyer sur l'obligation légale qui, d'une part, exige la protection des plantes et des animaux indigènes et, d'autre part, prescrit la désignation de biotopes d'importance nationale. On trouvera ci-dessous la présentation des critères qui peuvent permettre de considérer un bas-marais comme d'importance nationale en tant que singularité.

4.2 Présence d'espèces animales ou végétales menacées

La description et l'évaluation de biotopes dignes de protection s'effectuent conformément à l'article 14, al. 3 de l'Ordonnance sur la protection de la nature et du paysage (ONP), notamment d'après les Listes rouges de plantes et d'animaux menacés ou rares, publiées ou reconnues par l'OFEFP. Si les listes rouges constituent une base d'évaluation importante, il faut être conscient de la problématique inhérente. Les Listes rouges quantifient quelque chose qui en fait n'est pas quantifiable. Des espèces connues sont sciemment préférées aux moins connues, tandis que sont prises en compte des espèces dont le maintient n'est dû tout au plus qu'à l'inertie des biocénoses. L'accent mis sur des espèces- phares a un côté arbitraire. Pourtant, la direction générale au moins doit être correcte. De plus, il faut tenir compte de l'absence de bases mieux adaptées dans le domaine de la protection de la nature.

2.3.2

4.2.1 Présences de plantes rares ou menacées

La liste rouge des plantes vasculaires menacées en Suisse (LAN- DOLT, 1991) et la liste rouge des bryophytes menacées ou rares de la Suisse (VRMI, 1992) sont deux outils très importants pour l'évaluation complémentaire de l'importance nationale.

La définition des catégories de menace reprend la classification de l'VIeN:

  • Endangered (très menacé); E = 4 points (8 points pour de grandes populations apparaissant vitales pour l'espèce) MANUEL

  • Vulnerable (menacé); V = 2 points CONSER-

  • Rare (rare); R = 1 point. VATION DES MARAIS EN SUISSE Dans la liste des plantes vasculaires de LANDOLT (1991) sont mentionées 2'696 espèces, dont, au niveau suisse, 223 R, 247 V et 332 E.

Pour être d'importance nationale, un objet doit obtenir 12 points cumulés (selon la pondération proposée) d'espèces appartenant à ces deux listes. Pour les plantes vasculaires, on prend la rareté régionale. Vn objet est d'importance nationale s'il possède par exemple 3 espèces E, ou 2 E et 4 R, ou encore 1 E, 3 V et 2 R etc. De grandes populations (en général 500 - 1000 individus) d'une espèce menacée de disparition doivent recevoir une valeur supérieure (E = 8 points). On tiendra compte dans le futur de l'élargissement des connaissances et de la parution de nouvelles listes rouges, par exemple celle des lichens.

Dans le cas d'espèces avec très peu de localités en Suisse (condition préalable minimale: espèce E à J'échelle suisse), une justification spéciale est nécessaire et un objet peut exceptionnellement devenir d'importance nationale sur la base de ce seul critère si la population de l'espèce menacée de disparition semble en mesure de survivre dans la localité.

On a renoncé ici à utiliser les 4 listes de plantes et d'animaux qui servent d'annexes 1-4 à l'Ordonnance sur la protection de la nature et du paysage (OPN), car certaines espèces y figurent pour d'autres motifs que leur rareté, par exemple en raison de leur attractivité. En revanche, les données sur les lichens, les champignons et les algues apportent des arguments complémentaires. En général, même de petites localités isolées de plantes sont viables et contribuent à la protection des espèces.

4.2.2 Présence d'animaux rares ou menacés

On trouve dans DUELLI, P. n est proposé d'utiliser les Listes rouges d'animaux de la même façon (1994) les listes rouges suivantes que ceUes de plantes (cf. bibliographie). des animaux menacés de Suisse: En règle générale, les relations écologiques nécessaires à la survie des AGOSTI, D.! CHERIX, D.: espèces animales sont assurément plus complexes et ne peuvent être fourmis, 45-47. quantifiées que dans une moindre mesure que pour les plantes. En AMIET, E: abeilles, 38-44. outre, on manque souvent de connaissances sur les aires minimales. BRANCUCCI, M.: coléoptères En conséquence, on propose d'utiliser les Listes rouges existantes aquatiques (seulement Hydradephaga),60-63. d'espèces animales menacées ou rares ainsi que les connaissances sur DUELLI, p.: névroptères, d'autres groupes zoologiques. Dans le cas des espèces animales rares 64-65. ou menacées, la structure du milieu joue un rôle accru à côté des liai- DUFOUR, c.: tipules, 52-54. GONSETH, Y.: papillons de sons entre biotopes. C'est pourquoi il est utile de donner une justificajour, 48-51. tion écrite approfondie de la dépendance des espèces menacées par GROSSENBACHER, K.I rapport au marais. Pour les espèces avec peu de localités en Suisse HOFER, U.: reptiles, 31-32. GROSSENBACHER, K.: sont valables les mêmes exigences que pour les plantes. amphibiens 33-34. KIRCHHOFER,A/ZAUGG, B.! PEDROLI, J.-c.: poisson et Exemple cyclostomes, 35-37. Proposition de considérer comme d'importance nationale les bas-marais de la MAIBACH, A 1MEIER, c.: région d'Engen sur le Walenstadterberg (canton de St-Gall) libellules, 69-71. MARGGI, w.: carabes et cicin- L'Engenried (objet 625 de l'Inventaire des bas-marais de Suisse) est considèles, 55-59. déré comme d'importance régionale (13 pts = 7 pts de surface + 2 pts d'unités NADIG, AI THORENS, p.: de végétation + 4 pts de groupes d'unités de végétation). La surface totale orthoptères, 66-68. atteint juste 5 ha. Une cartographie ultérieure basée sur d'autres critères a NIEVERGELT, B. 1HAUSmontré qu'il s'agit d'un marais de pente calcaire comprenant prairie à moli- SER, 1., MEYLAN 1A., nie, marais à laiche de Davall, marais à choin et peuplement lâche de roseau. RAHM, U.! SALVIONI, M.I L'expertise fournie met en évidence la richesse en espèces, un nombre excep- VOGEL, p.: mammifères (sans tionnel d'espèces végétales rares, menacées et protégées et une mosaïque fine

les chauves- souris), 20-21. de différents groupements végétaux de marais ainsi que des transitions avec SARTO RI, M.! LANDOLT, P.I des groupements à humidité changeante (prairies maigres). Ce sont 17 espè- ZURWERRA, A.: éphémères, ces de la Liste rouge de LANDOLT (1991) qui sont mentionnées, notam- 72-74. ment le spiranthe estival (Spiranthes aestivalis) et l'ophrys abeille (Ophrys SCHWEIZERISCHE KOORapifera), dont c'est la seule localité connue dans la région Sargans-Walensee. DINATIONSSTELLEN FÜR De plus, quatre espèces d'escargots sont menacées d'après la Liste rouge. On FLEDERMAUSSCHUTZ mentionne aussi la présence dans la région du pipit des arbres, du traquet OST UND WEST: chauvestarier, de la pie- grièche écorcheur et du pic vert. souris, 22- 23. La seule présence de 8 plantes vasculaires "vulnerable" et d'une espèce TURNER, H.! WÜTHRICH, "rare" donne 17 pts d'après la proposition de pondération du paragraphe M.I RÜETSCHI, J.: mollus- 4.2.1. Ces données botaniques sont renforcées par les aspects zoologiques. ques, 75- 79. Les autres données de l'expertise confirment la valeur de l'objet et justifient ZBINDEN, N.! GLUTZ VON de le considérer comme d'importance nationale. BLOTZHEIM, U.N.! SCHMID, H .I SCHIFFERLI, L.: oiseaux nicheurs avec statut dans les différentes régions, 24-30.

2.3.2

4.3 Diversité et rareté des groupements de plantes et d'animaux

On admet en général que la diversité des unités de végétation implique celle des espèces. C'est pourquoi les critères de protection des espèces concernant la diversité recouvrent ceux de la protection des biotopes. On peut considérer que la présence de plus de 200 espèces des plantes vasculaires dans un objet dénote une richesse Ooristique particulière. Ce chiffre peut être considéré comme un critère possible d'importance nationale. Une richesse faunistique comparable doit être explicitée. MANUEL CONSER- La présence de groupements végétaux rares, particulièrement beaux VATION DES MARAIS ou formant d'intéressants complexes doit faire l'objet d'une expertise EN SUISSE écologique pour permettre de considérer cette particularité comme un critère éventuel d'importance nationale. Par exemple, la présence de marais de transition à basse altitude est une rareté et peut être un argument pour considérer un objet comme d'importance nationale. La présence d'un objet isolé dans une vallée ne suffit pas à elle seule à justifier une importance nationale. Un tel objet doit plutôt être considéré comme d'importance régionale.

4.4 Autres critères de valeurs naturelles

Il n'est guère possible ici d'énumérer toutes les autres valeurs naturelles qui plaident en faveur de l'importance nationale de certains basmarais. Il s'agit notamment d'une origine géologique ou d'une forme d'exploitation culturelle exceptionnelles pour la Suisse. Ce genre de critère doit également s'appuyer sur une expertise.

4.5 Réévaluation raisonnable des critères de l'Inventaire

4.5.1 Règle des 100 mètres

Pour que des interruptions occasionnelles, par ex. par des cultures intensives, ne fractionne pas artificiellement les objets, tous les objets partiels distants de moins de 100 mètres sont réunis dans un même objet. De même, la morphologie du terrain, surtout en montagne, peut entraîner la séparation naturelle de biotopes humides. On espère encore un échange intensif d'espèces entre objets partiels distants de moins de 100 mètres. Ce critère peut se révéler trop rigide dans certains cas concrets qui méritent d'être réexaminés. Des exemples

d'objets susceptibles de justifier une réévaluation sont offerts par un bras mort depuis longtemps isolé et atterri, des marais de part et d'autre d'un plan d'eau (étangs et petits lacs) ou des concentrations de nombreux petits marais.

Les conditions d'one admission sont:

  • L'inclusion dans un objet de plans d'eau limitrophes (bras morts, petits lacs, étangs) pour annuler la règle des 100 m permet d'atteindre le nombre de points requis pour l'importance nationale sans que la proportion d'eau dans la surface totale de l'objet dépasse 50 %.

  • Des concentrations de petites surfaces marécageuses sont considérées comme nécessaires à la survie d'espèces de plantes et d'animaux rares et menacées.

4.5.2 Complexes de biotopes proches de l'état naturel

On peut mentionner dans ce contexte l'article 18, al. 1bis LPN qui énumère comme biotopes particulièrement dignes de protection "les rives, les roselières et les marais, les associations végétales forestières rares, les haies, les bosquets, les pelouses sèches et autres milieux qui jouent un rôle dans l'équilibre naturel ou présentent des conditions particulièrement favorables pour les biocénoses". Les bas-marais, notamment dans la zone d'atterrissement d'un lac ou dans le fond d'une haute vallée alpine, forment souvent des zonations ou des complexes avec d'autres biotopes naturels ou proches de l'état naturel. Les inventaires sectoriels risquent d'ignorer dans certains cas cet effet cumulatif du point de vue de la protection de la nature, surtout lorsqu'il concerne de petites surfaces. Il manque provisoirement un examen global. n convient de reconsidérer les cas présentant à l'évidence une grande valeur naturelle et où les bas-marais dominent. La condition préalable est que le contact se fasse avec d'autres types de biotopes proches de l'état naturel (forêts humides, zones alluviales, groupements fontinaux, fragments de hauts-marais, prairies maigres, cours d'eau, plans d'eau, etc.) et non pas avec des cultures intensives, des constructions et autres installations. On peut utiliser comme indice la valeur de fonction d'échange donnée dans l'Inventaire: elle doit être de 5 (appartenance de l'objet à un réseau de milieux naturels ou proches de l'état naturel) ou de 4 (contact avec au moins deux structures naturelles ou proches de l'état naturel).

4.5.3 Etat de conservation de l'objet

L'état de conservation décrit l'ampleur des atteintes visibles à la végétation d'un objet. Les objets en bon état de conservation méritent

2.3.2 une revalorisation: Les objets dont l'état de conservation est de 5 (pas d'atteintes) dans la cartographie des bas-marais remplissent une condition supplémentaire d'admission.

4.5.4 Cas limites national-régional

Les objets ayant reçu 13 ou 14 points sur l'échelle d'évaluation de l'Inventaire des bas-marais de Suisse sont très proches du seuil les séparant de l'importance nationale. Le fait de manquer de peu les conditions de l'importance nationale peut favoriser une décision en faveur de l'admission comme singularité. , MANUEL CONSER- VATION DES

4.6 Contacts avec d'autres biotopes d'importance nationale MARAIS

EN SUISSE

Les commentaires de l'Ordonnance sur les hauts-marais stipulent qu'un bas-marais compris dans la zone-tampon d'un haut-marais d'importance nationale est lui aussi d'importance nationale. Il existe également des interactions multiples avec d'autres biotopes proches de l'état naturel, lesquelles sont particulièrement importantes pour la protection des espèces animales. D'autres inventaires fédéraux sont donc susceptibles de fournir des arguments en faveur de la désignation d'un bas-marais d'importance nationale. Les bas-marais forment en particulier des complexes avec des zones alluviales d'importance nationale. Lorsqu'un tel biotope d'importance nationale touche un basmarais, celui-ci peut aussi devenir d'importance nationale.

4.7 Changements dans l'objet

La possibilité de régénérer des bas-marais embuissonnés ou ayant subi des atteintes n'a pas été prise en compte dans l'évaluation des objets de l'Inventaire. L'article 16, al. 2 de l'Ordonnance sur la protection de la nature et du paysage (OPN) stipule: "Les inventaires ne sont pas exhaustifs; ils seront régulièrement réexaminés et mis à jour". Ainsi, des changements positifs à l'intérieur des objets, qui ont pour conséquence un nouveau classement, peuvent donc être pris en compte lors d'une prochaine révision de l'inventaire concerné.

5 RESUME DES PROPORTIONS

Le tableau suivant constitue une check-list de tous les critères à prendre en compte dans l'évaluation d'un cas de singularité. Un classement d'après plusieurs des critères exposés réduit quelque peu la marge d'incertitude. Le choix de critères présentés ne sera jamais exhaustif, de telle sorte qu'une évaluation concrète de chaque cas particulier restera toujours nécessaire. Dans des cas particuliers fondés, il est possible d'envisager le classement d'un bas-marais comme d'importance nationale sur la base d'un seul critère. Il est donc indispensable qu'une expertise accompagne toute communication de singularité. Elle doit préciser les conditions régionales, décrire les valeurs naturelles principales et passer en revue les critères du tableau Tab. 1: Aperçu des critères et condi- 1 en justifiant ceux qui sont remplis. tions de singularités

Critères de singularités Examen à l'aide de Conditions

1 Espèces végétales rares ou Listes rouges 12 pts (E = 4 pts, V =2, R = 1)

menacées Exc.: E = 8 pour les grandes populations d'espèces E (listes nationales)

2 Espèces animales rares ou Listes rouges id. plantes + preuve de la dépenmenacées dance de l'espèce par rapport au

biotope "marais"

3 Espèces avec peu de localités Liste des espèces de l'objet ? justification

en Suisse

4 Richesse en plantes vasculaires Liste des espèces de l'objet plus de 200 espèces

5 Richesse en espèces animales Liste des espèces de l'objet ? justification

6 Groupements végétaux rares Expertise ? justification

(beau peuplement, réseau diversifié)

7 Autres particularités naturelles Expertise ? justification

8. "Objets reliques" Expertise ? justification 9. Incorporation de plans d'eau, Expertise En supprimant la règle des 100 m, concentration de petits objets l'objet est d'importance nationale; proportion des bas-marais supérieure à 50 % 10. Complexe de biotopes Expertise Dominance de bas-marais; Inventaire des bas-marais fonction d'échange =4 ou 5: ? justification

11 Etat de conservation Inventaire des bas-marais Valeur = 5 (non perturbé)

2.3.2 Critères de singularités Examen à l'aide de Conditions

12 Cas limites national-régional Inventaire des bas-marais 13 ou 14 pts l'Inventaire

13 Bas-marais en contact avec Inventaires fédéraux de biotopes Si un autre biotope est d'impord'autres biotopes tance nationale, le bas-marais

l'est aussi

Un bas-marais peut devenir d'im- Il est difficile de fixer pour chacun des critères un seuil raisonnable entre portance nationale lorsqu'il est en importance nationale et régionale. On a essayé de le faire pour les critècontact avec d'autres biotopes res quantifiables. Pour les autres (signalés par un point d'interrogation), 1 d'importance nationale ou quand une justification écrite est exigée. MANUEL il remplit les exigences d'au moins CONSER- 3 des critères de singularité 1- U. VATION DES MARAIS EN SUISSE

6 PERSPECTIVES

On escompte de la réévaluation d'un objet devenant d'importance nationale:

  • une meilleure publicité pour l'objet et ainsi un plus grand soutien des buts de protection, respectivement la conservation intégrale de l'objet

  • une subvention fédérale supérieure pour les mesures de protection et d'entretien.

Dans ce contexte, il faut préciser qu'il doit exister non seulement des objets d'importance nationale, mais également des objets d'importance régionale ou locale. Il n'est donc pas raisonnable et juste de mettre le maximum d'objets dans la catégorie supérieure. Chaque nouvel inventaire fédéral demande une plus grande coordination entre tous les inventaires. La superposition des inventaires complets et de tous les objets recensés pourra ensuite nous donner une vue d'ensemble appropriée pour réévaluer des biotopes proches de l'état naturel et dignes de protection. Des lacunes éventuelles dans le réseau de biotopes seront enfin visibles. L'intégration des inventaires sectoriels dans un inventaire fédéral des valeurs naturelles (l'inventaire des inventaires) mettra mieux en évidence les liens existant entre eux.

.. • 1

BIBLIOGRAPHIE REMERCIEMENTS ADRESSE DE L'AUTEUR

DUELLI, P. (1994): Listes rouges L'auteur remercie les collaboratrices Dr Mario F. Broggi des animaux menacés de Suisse, et collaborateurs de la direction du Büro fur Siedlungs- und Liste rouge de l'OFEFP, Berne, projet bas-marais (B. Bressoud, E. Umweltplanung (BSU) 93p. Leupi, K. Marti, B. von Wyl), le Olgastrasse 8 Centre de coordination pour la 8001 Zurich LAND OLT, E. (1991): Plantes vas- protection des marais de l'OFEFP, la culaires menacées en Suisse -listes Commission de coordination pour la rouges nationale et régionales, Liste protection des marais et le Prof. Dr rouge de l'OFEFP, Berne, 183 p. F. Klotzli pour la critique des projets. Une révision des critères sera URMI, E. (1991): Les bryophytes entreprise lorsque l'on disposera de ADRESSE POUR DES menacées ou rares de la Suisse, Liste nouvelles connaissances fondamenrouge de l'OFEFp, Berne, 59 p. tales. RENSEIGNEMENTS COMPLEMENTAIRES

Groupe de coordination pour la protection des marais, OFEFp, Division Protection de la nature Hallwylstrasse 4

3003 Berne

TRADUCTION

Dr Benoît Bressoud Bureau d'études écologiques R. de Cordé 1957 Ardon

Manuel Conservation des marais en Suisse 1

MARIO F. BROGGI

Critères pour la définition des bas-marais d'importance régionale et locale 2.3.3 1 SITUATION INITIALE

Le Conseil fédéral, après avoir pris l'avis des cantons, désigne les biotopes d'importance nationale. Il détermine la situation de ces biotopes et précise les buts visés par la protection (art. 18a LPN). Les cantons sont responsables des biotopes d'importance régionale et locale (art. 18b LPN), mais la Confédération participe également au financement des mesures de protection et d'entretien (art. 18d LPN). D'après l'art.

18 LPN, il Y a lieu de protéger tout particulièrement entre autres "les

rives, les roselières et les marais" . MANUEL L'obligation de protéger concerne donc toutes les catégories de bas- CONSERmarais. Seules diffèrent les compétences et la pesée d'intérêts. VATION DES MARAIS Dans le cadre de l'inventaire des bas-marais d'importance nationale, EN SUISSE tous les objets de plus d'un hectare ont été évalués. Sur un total de plus de 3'300 objets recensés et évalués, 1'100 environ obtinrent finalement l'importance nationale. Environ 2'200 objets ne remplirent pas les critères de l'importance nationale. DALANG et FISCHBA- CHER (1992) estiment à 52'000 le nombre de bas-marais de moins d'un hectare en Suisse. L'inventaire des bas-marais d'importance nationale ne s'est pas prononcé sur la définition et la classification des bas-marais d'importance régionale et locale. Les personnes concernées par la mise en application souhaitent des directives de la part de l'OFEFP. La présente contribution doit répondre à ce voeu. Elle contient une clé pour l'évaluation des bas-marais qui ne sont pas d'importance nationale basée sur la même méthodologie que l'inventaire fédéral des bas-marais. La fixation des seuils de l'importance nationale est décrite de façon détaillée et reproductible dans le rapport technique de l'inventaire des bas-marais de Suisse 1986-1989 (OFEFP, 1991). Lors de la cartographie de terrain, il a fallu renoncer à un examen détaillé des objets, entre autres de la composition spécifique et de la présence d'espèces rares. C'est la raison pour laquelle il a été admis que l'on puisse reconnaître ultérieurement l'importance nationale d'un objet en tant que singularité. Les critères d'examen des cas de singularités des bas-marais sont présentés dans le présent Manuel (tome 1, contribution 2.3.2).

2 CRITERES DE CLASSEMENT REGIONAL / LOCAL

Les critères de classement essentiels sont:

  • les points d'évaluation selon la méthodologie de l'inventaire des bas-marais

  • la surface

  • l'état de conservation de l'objet. Ces critères peuvent également être appliqués aux objets non évalués précédemment.

2.1 Points d'évaluation

Le seuil de l'importance nationale pour des marais peu perturbés est de 15 points. Pour les objets très dégradés, le seuil dépend de la région naturelle (détails dans OFEFP, 1991). Les points d'évaluation de chaque objet sont calculés d'après les critères de "surface" et de "végétation" . Les bas-marais obtenant entre 12 et 14 points, et qui manquent donc de peu l'importance nationale, doivent être considérés comme d'importance régionale. Les bas-marais qui obtiennent 5 points ou moins sont d'importance locale. Pour les objets de 6 à 11 points, les critères de "surface" et d' "état de conservation" sont déterminants pour la distinction des objets d'importance régionale et locale.

2.2 Surface

Une surface minimale d'un hectare est une condition préalable à l'obtention de l'importance régionale. Les bas-marais plus petits sont d'importance locale. Ce seuil fixé par les experts peut être abaissé à 0.5 ha dans les cantons pauvres en bas-marais. Tous les bas-marais de Suisse ont été attribués à leur région naturelle respective (Jura, Plateau, Nord des Alpes, Alpes centrales, Sud des Alpes). Dans chaque région naturelle, une échelle de valeur a été définie en fonction de la surface de tous les objets recensés (cf. OFEFP, 1991). Les objets sont répartis en fonction de leur superficie en 13 classes contenant un nombre égal d'objets. Les plus grands obtiennent 12 points, les plus petits O. Les conditions particulières propres aux 5 régions sont donc prises en compte dans l'attribution des points de surface.

2.3.3 A l'exclusion des bas-marais d'importance nationale, les objets de 5 points et plus obtiennent provisoirement l'importance régionale (voir les changements possibles à cause de l'état de conservation). Sur la base unique de ce critère de surface, la moitié des objets de plus d'un hectare obtient l'importance régionale et l'autre l'importance locale. La surface des objets est calculée à l'échelle du 1:25'000 d'après les critères de l'inventaire des bas-marais.

2.3 Etat de conservation

, MANUEL CONSER- L'état de conservation traduit l'importance des atteintes visibles à la VATION DES MARAIS végétation d'un objet. Il a été évalué sur le terrain à l'aide d'une EN SUISSE échelle à 5 degrés (OFEFp, 1991). Les valeurs de surface et d'état de conservation sont prises en compte conjointement. Un objet moyennement à fortement perturbé (état de conservation 1 ou 2) ne peut être considéré que d'importance locale. Les objets pas ou peu perturbés (état de conservation 3, 4 ou 5) et qui obtiennent 5 points et plus de surface sont d'importance régionale. En raison de leur rareté, les bas-marais de moins de 5 points sont aussi d'importance régionale sur le Plateau.

.'

2.4 Clé de détermination de l'importance

La classification s'effectue à l'aide de la clé suivante:

bas-marais < 1 ha importance locale '. Attention! Ce seuil peut être abaissé à 0.5 ha dans les cantons pauvres en basmaraIS. .'

valeur ~ 15 points + bon état de conservation

Etat de conservation = Etat de conservation = Etat de conservation = Plateau: Etat de con- 3,4 ou 5, c.-à.-d. non, 1 ou 2, c.-à.-d. 1 ou 2, c.-à.-d. servation = 3, 4 ou 5 localement ou moyennement à moyennement à c.-à.-d. non, localement faiblement perturbé fortement perturbé fortement perturbé ou faiblement perturbé

3 SINGULARITES D'IMPORTANCE REGIONALE

L'évaluation des objets à l'aide de la clé ci-dessus reste grossière. Des particularités peuvent justifier que des bas-marais d'importance locale deviennent d'importance régionale. En conséquence, la possibilité de réévaluer ultérieurement un objet doit subsister. De solides arguments

2.3.3 sont cependant nécessaires pour permettre un réexamen. L'objet doit remplir l'un au moins des critères suivants.

Fonction d'échange La fonction d'échange traduit les relations entre l'objet et son environnement immédiat. Elle a été évaluée sur le terrain à l'aide d'une échelle à 5 degrés (OFEFP, 1991). Les bas-marais appartenant à un réseau de biotopes et dépourvus de facteurs de perturbation et les bas-marais attenants à au moins deux structures proches de l'état naturel sont particulièrement susceptibles MANUEL d'une réévaluation, surtout sur le Plateau. Une fonction d'échange de CONSER- 4 ou 5 dans cette région est un argument pour l'importance régionale. VATION DES MARAIS EN SUISSE Bas-marais en contact avec des objets d'autres inventaires Lorsqu'un bas-marais se trouve dans le voisinage d'objets d'autres inventaires, un cumul de valeurs naturelles peut en résulter. L'importance du bas-marais ne devrait pas être inférieure à celle des objets voisins (cf. aussi critères pour le traitement des singularités dans les bas-marais).

Diversité spécifique et espèces rares Lorsqu'un bas-marais se caractérise par une richesse spécifique particulière ou par un nombre élevé d'espèces animales ou végétales rares (cf. aussi art. 14, al. 3 LPN), on lui applique les mêmes critères que pour le traitement des singularités dans les bas-marais (cf. tome 1, contribution 2.3.2):

  • présence de plus de 100 espèces de plantes vasculaires = richesse spécifique élevée

  • au moins 12 points additionnés d'espèces des listes rouges: très menacé (E) = 4 pts, menacé (V) = 2, rare (R) = 1. Les listes rouges reconnues par l'OFEFP (DUELLI, 1994; LAN- DOLT, 1991; URMI, 1992) servent de base pour le calcul.

Autres particularités naturelles Une expertise doit prouver dans chaque cas d'autres valeurs naturelles (par ex. de nature géomorphologique) justifiant une réévaluation.

La justification du statut de singularité d'importance régionale se fait de préférence à l'aide d'un court rapport qui présente les arguments retenus.

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BffiUOGRAPIllE ADRESSE DE L'AUTEUR

BROGGt, M. E (1.994): rilète DI' Mario F. Broggi p ur Le traitement des singul<rités Br ggi und Partner GmbH dans les ba -marais. Manuel Conser- Olga tra e 8 vation des mal-ais en uisse tome l, 8001 Zurich contribution 2.3.2, 13 p.

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