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Göschenen, espace de circulation et paysage culturel. La responsabilité de la Confédération pour un aménagement visionnaire
Texte déposé
C’est avec l’ouverture de la route des Schöllenen au Moyen Âge, grâce à la construction du pont du Diable, que le col du Saint-Gothard est pour la première fois devenu entièrement praticable à pied et en calèche. Göschenen s’est ainsi développée en un point d’accès et d’échange stratégique à l’entrée nord de cet axe de transit central. Au fil des siècles, le trafic de muletiers, puis les liaisons de diligence postale et enfin les grands ouvrages d’infrastructure de l’époque moderne – la ligne ferroviaire du Saint-Gothard, la route nationale et le tunnel routier – ont profondément marqué le village et ses alentours.
Aujourd’hui toutefois, cette interaction unique entre histoire, paysage et circulation routière et villageoise n’est pas suffisamment mise en valeur. Les portails d’entrée manquent d’une volonté structurale claire, la légendaire « pierre du Diable » passe inaperçue et les transitions entre infrastructures et espace bâti paraissent parfois aléatoires et fragmentées. De sorte que cet espace donne davantage l’impression d’une surface résiduelle destinée à la circulation que d’un lieu aménagé de manière réfléchie.
Peu d’autres endroits en Suisse concentrent de manière aussi évocatrice, sur une superficie aussi restreinte, les différentes époques du développement des transports : des voies de communication historiques aux chefs-d’œuvre d’ingénierie, en passant par les axes de transit actuels d’importance nationale et internationale. Avec leurs parois rocheuses imposantes et leurs contours spectaculaires, les Schöllenen sont bien plus qu’une voie de communication, elles sont un espace culturel et paysager au caractère exceptionnel.
Cette particularité ne concerne pas seulement l’accès à la vallée d’Urseren, mais aussi le village de Göschenen lui-même, qui a été façonné par le transit au fil des générations tout en sachant s’adapter à ses répercussions spatiales et fonctionnelles ; et en conservant toujours son identité à part entière.
C’est précisément là sa chance : un aménagement minutieux permettrait non seulement d’améliorer cette région sur le plan fonctionnel, mais aussi de la mettre en valeur en tant qu’espace de circulation et paysage culturel forgeant une identité – comme l’expression d’un aménagement réfléchi et de qualité de la part de la Confédération.
La situation particulière de Göschenen, en tant que porte d’accès à la vallée d’Urseren et trait d’union entre plaine et montagne, doit être pleinement prise en compte. Elle ouvre également des perspectives pour des utilisations complémentaires dans les secteurs du tourisme et de l’hôtellerie et peut tirer profit du développement futur de la vallée d’Urseren ainsi que du pôle de transport.
Le nouveau pôle de transport, qui comprend le site actuel de la gare, se trouve à l’écart du centre du village, ce qui nécessite des efforts particuliers pour renforcer les liaisons fonctionnelles et spatiales entre la gare et le village et mieux relier entre elles les différentes parties de l’espace.
Renforcer l’identité du lieu par des interventions ciblées, réfléchies et discrètes est ici essentiel, et une attention toute particulière doit être accordée aux entrées des villages ainsi qu’aux périphéries de l’espace bâti.
Les projets d’infrastructure de la Confédération actuels et prévus – notamment ceux liés au deuxième tube du tunnel routier du Saint-Gothard ainsi qu’à d’autres aménagements du réseau routier – créent les conditions préalables indispensables au développement futur des transports. Ils revêtent une grande importance et ne doivent pas prendre de retard. C’est également l’occasion de poursuivre le développement de Göschenen comme du passage vers les Schöllenen et la vallée d’Urseren, en tant qu’espace cohérent se distinguant par un aménagement d’une grande qualité et une identité bien affirmée.
Dans ce contexte, je prie le Conseil fédéral de répondre aux questions suivantes :
1. Approche globale de l’espace de circulation et de l’espace bâti
Comment le Conseil fédéral garantit-il que, lors de la réalisation des projets d’infrastructure en cours dans la région de Göschenen, la qualité du village en tant que cadre de vie comme l’importance paysagère et historique de l’espace de circulation sont prises en compte de manière appropriée ?
2. La planification expérimentale, un outil complémentaire
Le Conseil fédéral est-il disposé à examiner si une planification expérimentale ouverte à toutes les options (en collaboration avec le canton d’Uri et la commune de Göschenen) pour la région Göschenen-Schöllenen, y compris les portails du tunnel, peut être mise en œuvre à titre d’instrument complémentaire, sans entraver l’avancement des projets en cours ?
3. Participation et cofinancement de la Confédération
Le Conseil fédéral est-il disposé, dans les limites de ses compétences en tant que propriétaire des routes nationales, à participer aux futurs processus d’aménagement et de conception et à les soutenir financièrement ?
4. Espace culturel de circulation relevant de la compétence de la Confédération
Quelles possibilités le Conseil fédéral envisage-t-il, dans les limites de ses compétences en tant que propriétaire des routes nationales et en lien avec les projets d’infrastructure en cours, de valoriser la région de Göschenen-Schöllenen comme espace de transport et paysage culturel d’importance, et notamment de rendre plus visible et plus tangible sur le plan spatial l’histoire des transports en Suisse – en particulier dans le contexte de la route du Saint-Gothard, du chemin de fer du Saint-Gothard et des autres infrastructures historiques – et développer ainsi l’importance historique de cet espace de circulation ?
Avis du Conseil fédéral
1. La Confédération s’emploie à limiter autant que possible les immissions et l’impact de ses infrastructures de transport sur l’environnement, l’aménagement du territoire et les biens culturels. À cette fin, elle travaille en étroite collaboration avec les services cantonaux compétents. Elle finance des mesures de compensation visant à atténuer les répercussions de ses projets d’infrastructure. Dans le cadre de la construction du deuxième tube du tunnel routier du Saint-Gothard, des projets ont été menés en collaboration avec le canton concernant l’évolution du paysage de la vallée de Göscheneralp, le regroupement des infrastructures, la renaturation du lac d’Uri et le réseau de chauffage à distance de Göschenen.
L’optimisation de la jonction de Göschenen aura des répercussions sur le territoire. Un nouveau tracé comprenant un pont permettra de canaliser les flux de circulation et de mieux les séparer. Ainsi, les flux de trafic qui se gênent mutuellement seront désengorgés et la circulation sera fluidifiée. Le projet sera mis à l’enquête publique prochainement. Avec l’interface multimodale de Göschenen, le canton d’Uri cherche à regrouper et à optimiser les infrastructures de correspondance entre le transport individuel, le train et une éventuelle installation à câbles, et à mieux les intégrer au village.
L’approche globale de l’espace de circulation et de l’espace bâti ainsi que l’amélioration de la qualité du logement et de l’urbanisation dans le village relèvent de la compétence des cantons et des communes. Dans le cadre de son plan directeur, le canton répond des mesures d’urbanisation mises en œuvre. Les régions sont elles aussi appelées à mettre en valeur leurs atouts spécifiques et à définir des projets adaptés. La Confédération peut apporter un soutien financier à des projets visant à développer, par exemple, l’« espace de découverte » de Schöllenen, notamment dans le cadre de la nouvelle politique régionale (NPR) et du programme San Gottardo – mais uniquement si ces projets présentent des avantages économiques.
2. et 3. Les planifications expérimentales constituent un outil éprouvé permettant d’aborder de manière systématique les questions complexes liées au développement de l’urbanisation et aux infrastructures de transport, en tenant compte de l’ensemble des services concernés. La responsabilité des planifications relevant du développement de l’urbanisation et du développement régional incombe généralement au canton ou aux communes ; il en va de même pour les planifications expérimentales.
Il appartient donc en premier lieu au canton d’évaluer si une planification expérimentale est appropriée pour la région Göschenen-Schöllenen. Si le canton d’Uri devait souhaiter mettre en œuvre une telle planification en collaboration avec la Confédération, celle-ci serait prête à assumer ses responsabilités et examinerait cette demande dans le cadre de ses compétences. Le canton et la Confédération devraient au préalable définir des conditions-cadres précises et la procédure à suivre. En outre, il faudrait s’assurer qu’une éventuelle planification expérimentale n’entrave pas l’avancement des projets d’infrastructure en cours. Il convient notamment de veiller à ce qu’elle n’entraîne pas de modifications de projets nécessitant une mise à l’enquête publique ; de telles problématiques doivent donc être exclues de la planification expérimentale.
4. Les voies de communication historiques de la région Göschenen-Schöllenen sont inscrites dans l’Inventaire fédéral des voies de communication historiques de la Suisse (IVS) en tant qu’objets d’importance nationale avec substance. Leur conservation et leur protection sont garanties par la loi fédérale sur la protection de la nature et du paysage (LPN) et par l’ordonnance concernant l’inventaire fédéral des voies de communication historiques de la Suisse (OIVS).
En ce qui concerne les mesures de conservation relatives aux objets figurant dans l’IVS, la Confédération peut allouer des aides financières en vertu de l’art. 13 LPN. Par le biais des conditions et des charges qui y sont associées, la Confédération exerce une influence sur les modalités concrètes de la conservation de ces objets. Toutefois, il n’appartient pas à la Confédération, mais à la commune et au canton de mettre en valeur et de développer la région Göschenen-Schöllenen en tant qu’espace de circulation et paysage culturel.
Sous la direction de l’OFROU, l’IVS fera l’objet d’un réexamen et d’une mise à jour d’ici 2035. Ce processus visera également à déterminer s’il convient d’ajouter à l’inventaire d’autres objets revêtant une importance particulière du point de vue de l’histoire des transports ou pour le paysage rural. La décision d’inscrire, de modifier ou de retirer des objets revient généralement au Conseil fédéral, après consultation des cantons concernés.