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Verschreibung von Ritalin

Cottier Anton · P-M · Ständerat · Freiburg · Christlichdemokratische Fraktion

Mme Brunner, êtes-vous satisfaite de la réponse du Conseil fédéral ou demandez-vous la discussion?

Brunner Christiane · Ständerat · Genf · Sozialdemokratische Fraktion

Je suis partiellement satisfaite de la réponse du Conseil fédéral et je souhaite une courte discussion.

Cottier Anton · P-M · Ständerat · Freiburg · Christlichdemokratische Fraktion

Mme Brunner demande la discussion. - Ainsi décidé.

Brunner Christiane · Ständerat · Genf · Sozialdemokratische Fraktion

Je prends acte que le Conseil fédéral et l'Office fédéral de la santé publique prennent très au sérieux la question de la prescription de Ritaline. Je suis reconnaissante pour la réponse qui m'a été donnée. Toutefois, je ne suis pas encore tout à fait rassurée par cette réponse, parce qu'il faut quand même rappeler que la prescription de Ritaline a augmenté en Suisse de 690 pour cent entre 1996 et 2000 et si cette augmentation massive arrange bien les affaires de Novartis qui produit cette substance, l'essor de l'industrie chimique n'est pas automatiquement favorable au bien-être et à la santé des enfants.

La question de la prescription de Ritaline pose deux problèmes:

1. Le problème se pose lors du diagnostic de la maladie, c'est-à-dire le trouble du déficit d'attention avec ou sans hyperactivité (TDA). Dans le temps, quand on avait un enfant un peu agité, on attendait que ça passe; maintenant, on l'emmène chez le médecin qui va diagnostiquer le syndrome d'hyperactivité. J'ai quelque réticence à cet égard et aussi un peu d'expérience. Je me rappelle avoir dû aller chez le médecin scolaire pour un de mes fils qu'il considérait obèse, et il l'a dit d'ailleurs devant lui, ce qui m'a très fâchée. Il était bien enveloppé. Je suis quand même allée consulter mon médecin de famille qui a considéré ses tableaux de A à Z pour dire qu'il était un peu dans la limite supérieure. Evidemment, il s'est très bien développé. Dès qu'il a voulu plaire aux filles, il a minci à la vitesse grand V. Maintenant, il est adulte et pas obèse. Donc, les risques de dérapage sont grands, surtout à une époque où les parents eux-mêmes zappent sans arrêt devant la télévision, et on s'étonne ensuite que les enfants aient des problèmes d'attention et de concentration à l'école.

J'étais aussi un peu inquiète en lisant qu'on a même procédé à ce qu'on appelle des "tests diagnostics", c'est-à-dire la prescription de Ritaline pour voir, en fait, si elle était efficace, c'est-à-dire pour voir si l'enfant souffrait effectivement de TDA.

2. Le deuxième problème se pose par la prescription même de la Ritaline en tant que substance, et il y a un certain nombre de rapports scientifiques récents, dont personnellement je ne peux pas évaluer la qualité, qui font état d'effets négatifs à long terme, d'effets éventuellement cancérigènes ou d'effets cumulatifs persistants sur le myocarde. Et même si des effets négatifs sérieux n'apparaissent que dans peu de cas, nous ne pouvons pas les prendre à la légère en ce qui concerne la santé de nos enfants. De surcroît, la prescription de Ritaline en tant que telle ne peut résoudre, à mon avis, que des symptômes et le traitement médicamenteux devrait s'accompagner dans tous les cas de mesures psychothérapeutiques. Donc, il faut suivre parallèlement les deux voies thérapeutiques en question.

Je sais bien que l'Office fédéral de la santé publique n'a pas la compétence d'intervenir auprès des médecins afin qu'un diagnostic soit posé avec tout le soin nécessaire. Toutefois, il peut à mon avis susciter des débats, donner encore plus d'informations et mener ainsi une action préventive sur un plan général. J'attends donc, au-delà des assurances qui me sont données dans la réponse écrite à mon interpellation, que l'Office fédéral de la santé publique fasse un effort particulier et ne renvoie pas seulement la balle aux autorités sanitaires cantonales.

Je me permets de le dire d'une manière humoristique. Au fond, j'attends de la part de l'Office fédéral de la santé publique qu'il devienne lui-même hyperactif et qu'il ne prenne surtout pas de Ritaline!

Dreifuss Ruth · BR-F · Bundesrat · Genf

Il n'y a pas de risque que l'Office fédéral de la santé publique calme sa tendance à l'activité dans ce domaine. C'est suite à une intervention de sa part que l'enquête à laquelle vous avez fait allusion a été réalisée dans le canton de Neuchâtel. Il l'a publiée pour, justement, permettre ce débat et rendre attentif au risque qu'il y a de prescrire de la Ritaline, soit parce que le diagnostic est mal posé, comme vous l'avez fort bien dit, soit parce qu'on se réfère uniquement à un traitement médicamenteux en omettant les conditions nécessaires sur le plan pédagogique et du suivi. Nous recommandons d'ailleurs vivement que ce suivi ait lieu.

On peut être inquiet, préoccupé. On ne peut pas nier, semble-t-il, l'existence du trouble du déficit d'attention avec ou sans hyperactivité. Je dois dire, pour avoir rencontré moi-même parfois des enfants hyperactifs, que c'est un peu comme la question de l'obésité: on s'approche un peu de la limite ou bien on est franchement face à un problème. Certains de ces enfants sont effectivement malheureux parce qu'ils ne sont pas bien tolérés par leur environnement qu'ils épuisent, comme ils s'épuisent eux-mêmes dans une espèce de manie, pour reprendre un autre terme médical dont je ne sais pas s'il est ici tout à fait à sa place. Il y a un épuisement de l'organisme, il y a une difficulté à se concentrer, il y a de ce fait des échecs scolaires pour des enfants souvent particulièrement intéressés. Si l'on peut aider ces enfants à surmonter ces difficultés, cela est certainement un avantage.

Nous nous trouvons cependant en même temps face à la découverte du médicament et du trouble qu'il est censé soigner, et c'est une situation dangereuse. Il y a le risque d'abus de la prescription, le risque de se laisser aller, au fond, à une réaction qui pourrait être simple pour le médecin, pour les parents et pour les pédagogues mais, à la fin, nocive pour l'enfant. C'est la raison pour laquelle l'Office fédéral de la santé publique et mon département vont poursuivre l'observation du phénomène et émettre des recommandations dans le cadre des possibilités qui nous sont offertes et également des contacts que nous avons avec les médecins cantonaux. Je partage, encore une fois, les conclusions auxquelles vous arrivez quant aux cas dans lesquels la Ritaline peut être prescrite ou non.

J'aimerais aussi profiter de l'occasion qui m'est donnée pour rappeler au producteur de ce nouveau médicament de bien veiller à ne pas dépasser, alors là vraiment très clairement, les limites de la publicité. La publicité est interdite, c'est un médicament qui est soumis à prescription et qui est remboursé. Toute tentative de faire de la publicité ou de faire connaître la Ritaline en dehors des milieux médicaux - ce n'est pas ce que nous faisons aujourd'hui puisque nous attirons l'attention à la fois sur les chances et sur les risques de l'utilisation de ce médicament - serait immédiatement sanctionnée de la part de Swissmedic, chargé du contrôle de l'attitude des producteurs dans ce domaine.